‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 39 sur 55 · LUIAM.K · texte numérisé non relu

LUIAM.K

Ce bvstème düiiue encore un pouvoir plus grand au producteur indigène de réduire les prix, sans diminuer son bénéfice, (jue si ses déliouclies se bornaient a ceux c|ui étaient ouverts au commerce étranger. Nous avons vu aussi que l’extension des débouchés tend à réduire le coût de production, par une autre raison qui est indépendante de celle-ci, la plus grande division du travail qu’elle établit. En conséquence , quel que soit le prix auquel la production d’une denrée commence dans un pays, ce prix peut être réduit, sans réduction de salaire ou de profit, par 1 exclusion de toute concurrence étrangère, ce qui met les producteurs du pa^ s en possession du commerce entier, au lieu de ne leur en donner qu’une partie.

Ricardo, Mill et tous les économistes marquants admettent que la concurrence entre les nouveaux producteurs doit réduire les prix, de manière à ramener les profits au taux ordinaire. Aucun d’eux ne conroit qu’un excès de prix, tant qu’il existe, puisse donner aucun profit extraordinaire aux manufacturiers indigènes, excepté pendant un très-court es-

Eü 1848, l’importation fut de 155,377 tonnes,

et la production aux Etats-Unis de 800,000 »

Total. 953,577 tonnes,

ou 99 livres 5/4 par tête.

En 1849, les importations s’élevèrent à 289,050 tonnes,

et la production tomba à 650,000 »

Total. 959,650 tonnes,

ou 95 livres 7,8 par tête.

En 1850, les importations furent de 557,552 tonnes,

et la production ne fut que de 564,000 »

Total. 901,532 tonnes,

soit 86 livres 7j8 par tête.

En 1851, les importations furent de 341,750 tonnes,

et la production ne s’éleva qu’à 415,000 »

Total

soit consommation de 60 livres 5/4 par tête.

754,750 tonnes,

L KCIIANGE.

pace de temps ; car, dans le cas contraire, il susciterait une concurrence, jusqu’à ce que les profits dans la branche d industrie favorisée fussent ramenés au niveau commun. Il n y a nulle raison de craindre que la communauté tout entière n’obtienne pas tout le bénéfice de chaque diminution des frais de production, ou du prix qui sert à rémunérer le manufacturier.

La méthode que les nations adoptent habituellement pour obtenir le libre usage de leurs avantages naturels , c’est d’imposer des droits à l’importation des marchandises étrangères que les nationaux désirent produire eux-mêmes. On les appelle droits de protection, et la politique qui sanctionne leur application se nomme système de protection. La plupart des économistes modernes condamnent cette politique par des motifs que nous avons suffisamment examinés, — dont le principal est qu’il n’y a, pour une nation, aucune différence, au point de vue de l’avantage, entre le commerce intérieur et le commerce étranger. Les plus éclairés d’entre eux admettent cependant une exception assez large pour couvrir tous les cas auxquels l’argument qui précède peut s’étendre. Say, Rossi, Scialoja, J. -S. Mill et d’autres, qui adhèrent généralement à la théorie opposée, admettent cette e.xception par des motifs qui sont au fond les mêmes. M. J. -S. Mill dit :

« La supériorité d’un pays sur un autre, dans une branche de production, ne vient souvent que de ce qu’il s’y est livré . de meilleure heure. Il peut n’y avoir aucun avantage inhérent d’un côté, ou aucun désavantage de l’autre, mais seulement une supériorité actuelle d’expérience et de talent acquis. Un pays qui a ce talent et cette expérience à ac- (iuérir peut, à d’autres égards, être plus apte à la production ejue celui qui l’a pralkiuée plus tôt; et, en outre, il est juste de remarquer que rien n’a une plus grande tendance à accélérer les progrès dans une branche de production que

de l’essaver sous de. noiiyelles conditions. Mais on ne peut

L^ÉOHANGE.

attendre que des individus veuillent introduire une nouvelle industrie à leurs propres risques, ou plutôt avec une perte certaine, et prendre sur eux le fardeau de la continuer en activité, jusqu'à ce que les pr()ducteurs se soient mis au niveau de ceux qui en connaissent les procédés depuis un temps infini. Un droit de protection continué pendant un temps raisonnable est quelquefois le mode le moins vexatoire au moyen duquel un pays peut se taxer pour le

soutien de cette expérience. »— Polit ical Economy, book V, chap. X, § 1.

Il est à remarquer que cette concession ne fait pas mention des circonstances atténuantes qui, dès le commencement même de l'expérience, diminuent, si même elles ne balancent pas entièrement l’excès momentané de prix qui est regardé comme une taxe. L'appauvrissement du sol, la perte que (ause le transport des produits agricoles sur des marchés éloignés, protluits qu il faut exporter pour paver les frais de conversion, — ces sacrifices et d'autres encore qui accompagnent le commerce étranger, ne sont comptés pour rien ; 1 école dont M. Mill est, avec justice, un des professeurs les plus distingués, ne les connaissant pas. Mais, en faisant abstraction de ceux-ci, il reste un fait qui permet la plus large application de notre doctrine. Chaque pavs possède nécessairement, plus que tout autre, des ^avantages pour 1 élaboration des matières premières tirées de son propre territoire, puisqu'il économise ainsi les frais de transport de ces matériaux et des articles contre lesquels ils sont échangés, quand ils ont reçu leur nouvelle forme inclListrielle. La manufacture du sucre de betteraves nous fournit un exemple frappant du point auquel ces avantages peuvent balancer ceux qui résultent de certaines supériorités naturelles. Cette industrie doit son origine, en France, au blocus qui ferma au sucre des tropiques les jiorts du continent. Quoique très-dispendieuse d’abord, elle crût lentement, sous la protection des droits dont le produit exotique fut frappé pour

augmenter le revenu public, jusqu'à ce qu’enfin on trouva que la production de cette denrée était devenue si grande qu'elle remplaçait en grande partie le sucre de canne, et diminuait sérieusement le revenu. En 1837, ce produit fut donc soumis à un droit, dont on supposa que le taux restreindrait la fcibri cation à environ un tiers de la consommation annuelle du royaume, ce qui devait laisser les deux autres tiers du marché au sucre des colonies. Le sucre de betterave dépassa cependant cette proportion et continua à remplacer son rival. En 1 847, on éleva les droits sur le sucre de betterave, fait en France, au niveau de ceux imposés sur le sucre des colonies. La fabrique continua, néanmoins, d'augmenter, et, par conséquent, de supplanter le sucre de canne, au détriment du revenu public; et, en 1831, une lui fut passée, dont Faction cependant fut suspendue jus- ([u'en 1832, ordonnant que, pendant quatre ans, les sucres des colonies françaises payeraient six francs de moins par 100 kilogrammes (220 livres), que les. sucres indigènes. La production de ce dernier article n'en continua pas moins à augmenter très-rapidement, car elle s’éleva, en 1831, à 76,131,128 kilogrammes, au lieu de 02,173,214, qu'elle avait donnés en 1830 quoiqu'il soit de fait que le produit d’un arpent de cannes pèse plus que celui d'un arpent de betteraves, et c^iie la canne fournit une plus grande proportion de sucre. Dans les Etats du Zollverein allemand, la culture du sucre a augmenté d’une manière encore plus remarquable ; elle était presque quatre fois plus grande en 1 83 1 qu'elle ne l'était en 1 844.

Chaque pays commence l'œuvre de transformation de ses produits indigènes avec la perspective d'un avantage qu'il est sûr de réaliser, pourvu seulement que les habitants aient la capacité de s'élever à ce dégré de talent dont la possesf’ion antérieure donne aux manufacturiers étrangers une su-

* Annuaire de l’Economie politique, 1852, page 175.

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