‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 40 sur 55 · l’Éohangf · texte numérisé non relu

l’Éohangf

périorité momentanée, et qu’ils puissent se procurer des machines aussi bonnes. A moins que ce pays ne \euille avouer que ses artisans sont naturellement stupides et incapables de se perfectionner, il n’a aucune raison de ne pas viser à ce but. Le talent nécessaire une fois acquis, il ne pent V avoir aucune difficulté à 1 égard du capital. Les denrées alimentaires et les matières premières se trouvent partout; et les matériaux pour la construction des machines, tels que le bois, le minerai de fer, et les autres éléments du capital, abondent dans le monde entier, où ils n’attendent que l’intelligence qui doit les combiner de la manière convenable, et mettre en jeu les pouvoirs inertes emprisonnes dans les forêts et dans les mines. Le mécanisme de l’échange à l’étranger est, d’ailleurs, tout aussi dispendieux que celui de la fabrication opérée dans le pays. Le tra\ail et les matériaux employés à construire un vaisseau pour exporter le coton à Manchester et pour rapporter l’étoffe à Mobile, suffiraient à l’érection d’une fabrique qui durerait bien plus que le vaisseau, et convertirait plus de coton en étoffe que ce dernier ne pourrait en porter et en rapporter pendant toute la durée de son existence. Peu importe qui fournit le mécanisme de l’échange ; il faut bien que la jouissance en soit payée, et à un taux suffisant pour pourvoir à son renouvellement dans l’intervalle durant lequel un travail ordinaire le met hors de service. Quoique les premiers frais puissent être avancés par des marchands étrangers, ils sont nécessairement couverts par les charges imposées aux producteurs qui fournissent le fret. Un individu, dont les facultés sont limitées et dont l’existence est courte, peut trouver important, et quelquefois même absolument nécessaire, de se servir du mécanisme plus dispendieux du commerce étranger, au lieu de combiner les matériaux existants et leur donnei la forme du mécanisme industriel, qui est le plus durable. Mais une communauté est immortelle, et, au moyen de l’association, sa puissance est suffisante pour accomplir tous les

l’kchanoe.

projets qu’une économie prévoyante peut dicter. Avec une continuité de succession et une éternité de durée, elle ne doit jamais se permettre de sacrifier les intérêts permanents

d un avenir illimité à la convenance du présent, qui passe si rapidement.

On objecte que la politique de protection est hostile au commerce; que les nations du monde, par la différence de leurs climats, sont désignées à la production de différentes denrées; que leur intérêt mutuel exige qu’elles échangent. La Russie et l’Angleterre ne peuvent produire de figues ni de coton, mais toutes deux ont besoin de ces articles. Elles ne peuvent se les procurer que par l’exportation d’autres espèces de marchandises, pour la production desquelles elles jouissent d’avantages particuliers. La nature a indiqué ce qu’on a appelé « la division territoriale du travail, » qui ne peut se maintenir que par l’échange international. Il y a là une vérité incontestable ; mais elle ne combat en aucune manière les considérations que nous avons présentées. Laqueslion n’est point sur l’écliange entre les nations de leurs produits naturels respectifs, mais sur la forme sous laquelle ces produits doivent être échangés. Sans doute il est de l’intérêt de chaque peuple, après cpie ses besoins sont satisfaits, d’échanger le surplus de ses productions avec le moins de frais possible, contre le surplus d’autres espèces de denrées que d autres nations peuvent lui offrir. Ce qui est réellement échangé, cependant, c est le travail incorporé de chaque côté aux denrées, — valeur résultant du travail, et représentant principalement les aliments qui ont servi à soutenir ce travail. La distance entre les deux parties qui désirent trafiquer étant donnée, les obstacles naturels à l’accomplissement de leur dessein se mesurent par le volume des marchandises qu’elles possèdent respectivement, en proportion du travail qui les a produites. Chacune aura plus à échanger, et recevra davantage en retour, selon qu’elle condensera une grande valeur sous un petit volume. Les mineurs de l’Illinoi.s et ceux

(le la Pensylvanie échangeront entre eux plus de plomb en saumons contre plus de fer en gueuses, qu'ils ne le pourraient si ces échanges étaient faits avec le minerai seulement. On peut faciliter et étendre le commerce extérieur de la même manière que celui de l'intérieur. Adam Smith a concentré toute la philosophie de la matière dans le passage suivant :

« Un pays situé dans l'intérieur des terres, naturellement fertile et aisément cultivé, produit une grande quantité de provisions au delà de ce qui est nécessaire à l'entretien de ses cultivateurs; et à cause de la cherté du transport par terre, et des inconvénients de la navigation des rivières, il peut être fréquemment difficile d'exporter ce surplus. L'abondance fait alors baisser le prix des denrées, et invite un grand nombre d’artisans à s'établir dans le voisinage, où ils voient que leur industrie peut leur procurer une plus grande quantité des choses nécessaires et agréables à la vie que dans d’autres endroits. Ils manufacturent les matières premières que le sol produit, et échangent leurs articles fabriqués, ou, ce qui est la même chose, le prix de ces articles, contre une plus grande quantité de matériaux et de provisions. Ils donnent une nouvelle valeur au surplus du produit brut, en économisant les frais de transport aux bords des rivières, ou à quelque marché éloigné; et ils fournissent aux cultivateurs quelque chose en échange, qui leur est ou plus utile ou plus agréable, à des prix plus bas qu'ils ne pouvaient l'obtenir auparavant. Les cultivateurs obtiennent un meilleur prix pour le surplus de leurs denrées, et peuvent acheter à meilleur marché d'autres commodités dont ils ont besoin. Ils sont ainsi tous encouragés et acquièrent plus de facilité à augmenter ce surplus de produits par une plus grande amélioration et une meilleure culture de la terre ; et comme la fertilité de la terre a donné naissance aux manufactures, de de même les progrès de celles-ci réagissent sur la terre, et augmentent encore davantage sa fertilité. Les manufactu-

l'Échange.

riers fournissent d'abord à la demande du voisinage, et en- 1 suite, à mesure que leur ouvrage s’améliore et se raffine, à celle des marchés plus éloignés. Car, quoique les produits bruts, et même les articles de fabrique grossière, ne puissent supporter qu’avec la plus grande difficulté les frais d'un ^ long transport par terre, les articles soignés et d'un grand i fini le peuvent aisément. Sous un petit volume ils contiennent souvent le prix d’une grande quantité de produits bruts. Uno : pièce de drap fin, par exemple, qui ne pèse que quatre-

vingts li\res, contient le prix, non-seulement de quatrevingts livres de laine, mais quelquefois de plusieurs mil- , liers de liv'res de grain, qui ont nourri les différents ouvriers et ceux qui les employaient. Le grain, qu’on n aurait pu exporter que difficilement sous la forme qui lui est propre, est virtuellement exporté sous celle d’objet manufacturé, et

peut être aisément envoyé aux extrémités les plus éloignées du monde. »

Nous voici ramenés à la proposition : que la véritable manière d'étendre et d'augmenter le commerce extérieur est de faire fleurir le commerce intérieur, qui, dans l'ordre de la nature, le précédé, et dont le trop— plein l'alimente. 11 paraît I aussi que la manière de fournir une issue au surplus des produits bruts de l'agriculture,— la nécessité d’ouvrir à nos . produits agricoles une issue plus large (jue notre consommation intérieure étant l’argument le plus puissant dont on se serve dans ce pays pour combattre les restrictions sur l'importation, c est de donner à ces produits une forme qui en permette le transport aux endroits les plus distants, et les j rende beaucoup plus vendables. C'est parce que la Grande- Bretagne en a agi ainsi, à un degré si éminent, qu'un des membres de son Parlement, avocat zélé de cette politique du I commerce extérieur qui, en Angleterre, se pare du beau nom

i de libre-échange, a pu dire avec vérité « que la Grande-

Bretagne est le pays du monde qui exporte le plus de grain ; car son grain, après avoir été converti , dans le laboratoire

Page 1