‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 43 sur 55 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Eift IVIonnale el le l*rlx«

Nous avons jusqu'ici traité l’échaiigej autant que nous

I avons pu, comme s’il avait lieu au moyen du troc. Il y a, cependant, beaucoup d'inconvénients dans une pareille méthode. L'homme qui veut disposer d'un quartier de bœuf peut avoir besoin de pain, de couteaux, de calicot, de toile pour chemises, de thé, de livres et de divers autres articles.

II lui faudrait, au prix de beaucoup de fatigues, aller chez les différentes personnes qui tiennent les produits qu'il désire, et leur donner à chacune la part de sa marchandise qui, après discussion, serait fixée comme équivalent. L'homme à qui le calicot appartient, et qui est disposé à le troquer, pourrait bien avoir déjà fait une provision de bœuf. Dès l'époque la plus reculée où les hommes ont établi une association un peu régulière les uns avec les autres, ils ont essayé d'obvier aux inconvénients de l'échange direct par l'adoption de quelque agent spécial, au moyen duquel les valeurs des différentes denrées fussent exprimées, et qui fût généralement accepté en échange des produits et des services, puur être ensuite et indéfiniment trof^ué contre d'autres produits ou d'autres services. Il y a plusieurs propriétés appartenant aux métaux précieux, tels que l’or et l’argent, qui les rendent particulièrement propres à remplir ce but, et qui montrent que leur adoption universelle n'est rien moins qu’accidentelle ou arbitraire. L'une d'elles est leur uniformité absolue de qualité. Etant des substances simples, ils sont partout les mêmes : l'or de la Californie et celui de l’Australie sont identiques; l’argent du Mexique et celui du la Russie sont précisément la même substance. Une autre

la MOXXAIE El LE l’KIX.

propriété qu’ils ont, c’est de pouvoir être di\ isés en parcelles très-petites, et d'être réunis en larges masses par la fusion. Ils sont extrêmement durables, le feu les endommage fort peu, et la rouille ne les altère pas ; ils peuA'ent passer longtemps de main en main sans souffrir, par le frottement, de dépréciation sensible. Ils sont très-ductiles, point sujets à se casser ; ils se mêlent aisément avec d'autres métaux qui augmentent leur dureté, et dont on peut les séparer de nouveau sans grande perte ; et ils reçoivent et retiennent une empreinte qui dénote leur poids et la pureté du métal. Les qualités que nous avons énumérées leur donnent une grande valeur, quand on les emploie dans les arts, indépendante du service qu'ils rendent' comme monnaie ; circonstance très-importante,;en ce qu'elle les place et les maintient sur le même pied que tous les autres produits utiles.

Une autre circonstance qui les rend propres à serAÛr de medium d échange , c'est qu’ils contiennent une grande Aaleur sous un petit volume. Ceci est dû, en partie, à la rareté comparative des dépôts connus dont on peut extraire les métaux précieux ; en partie , à l'infériorité des instruments qu'on a employés, et des ouvriers qui se sont livrés aux travaux des mines. Cette occupationa toujours présenté une perspective éblouissante et est toujours accompagnée de grands hasards et de déceptions. Elle a été presque partout le travail des peuples barbares, ou elle a rendu barbares ceux qui se sont livrés à ses illusions. Ce commerce a été, conséquemment. Coûteux et sans profit. Deux avantages résultent de cette circonstance, a 1 égard des métaux précieux employés comme intermédiaires généraux de l’échange. Le premier est qu’une petite quantité suffît à faciliter le transfert d'une grande quantité des autres produits utiles ; le second, c’est une tendance à maintenir l'uniformité de leur valeur, en limitant les additions qui, à de certaines époques, ont été faites à la quantité qui existait déjà. Si l’on réfléchit qu'ils durent trèslongtemps, et que la quantité en circulation souffre moins

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de diminution que presque toutes les choses qu elle aide a faire passer de main en main, on verra clairement qu une légère addition annuelle à la quantité déjà en usage , — quoique inférieure à l’augmentation de la masse générale dos produits pendant le même temps, — réduirait rapidement leur valeur, et les priverait de cette fixité qui est la principale qualité d un médium de circulation. La circonstance est importante aussi, à l’égard du degré d’uniformité de va- ' leur qui existe entre l’or et l’argent dans différents endroits. Leur valeur, comme toute autre chose, est limitée par la quantité de travail nécessaire pour les produire sur le marclio où elle est estimée, et dans ce travail est nécessairement compris celui du transport, à partir du lieu de leur origine. L’argent était moins cher au Mexique , dans le voisinage des mines, qu’à New-York, où il était transporté ; et il valait moins dans cette ville qu’à Londres, qui est encore plus éloigné. L’or est à plus bas prix à San-Fraiicisco cp’à la Nouvelle- Orléans, de tout le coût de transport entre ces deux points. La différence est, cependant, moindre ciu’elle ne le serait a l’égard de l’argent, parce que ce dernier, sous le même volume, ne représente rju’environ un cjiiatorzième du travail employé à l’extraction de l’or, et l’addition causée par le coût du transport constitue une plus grande proportion de sa valeur. Les frais de transport de ces deux métaux sont si légers qu’ils n’amènent qu’une variation insignifiante dans leur valeur à des endroits peu éloignés les uns des autres, comme entre les villes maritimes et celles de 1 intérieur d une île comme la Grande-Bretagne.

Les considérations que nous venons de présenter montrent évidemment que l’or et l’argent sont merveilleusement propres à servir de mesure commune de valeur, dans la comparaison des produits, et sont des instruments très-commodes pour effectuer des échanges. Il est cependant clair que, dans un temps et dans un lieu donnés, le blé peut tout aussi bien mesurer la valeur de l’or que l’or mesure celle du blé, ou

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de tout autre objet dont on désire la possession. Quoique l’or puisse varier moins dans différents endroits et à différentes époques, il est néanmoins sujet à des variations, nonseulement à l’égard d’une denrée particulière, comme le blé, mais à l’égard de l’argent et de toutes les autres denrées. Nous avons été témoins, depuis la découverte des régions aurifères de la Californie et de l’Australie, d’un changement de cette espèce , c[ue nous pouvons exprimer comme nous voudrons, ou en disant que la valeur de l’or a baissé et baisse encore, ou que la masse des denrées a haussé de valeur en comparaison de ce métal. Cela résulte de ce que la quantité d’or ajoutée maintenant chaque année à la masse en circulation dans le monde, est environ cjuatre fois plus grande cjue ne l’était l’augmentation annuelle avant 1848. Puisque l’or s’obtient avec moins de travail direct , il doit aussi s’obtenir avec moins de travail indirect, c’est-à-dire employé à la création des autres produits, car l’or n’a aucune valeur, excepté comme moyen de se les procurer.

On voit aisément que les métaux précieux, c[uand on les offre à la vente, sous la forme de poudre ou de lingots, se conforment aux lois générales qui règlent le trafic des autres denrées. On peut supposer, cependant, que quand ils ont subi l’opération du monnayage, et que le gouvernement leur a donné cours, sous la dénomination de dollars, de francs ou de souverains , ils ont revêtu un nouveau caractère, et sont moins sujets aux variations qui s’attachent aux productions ordinaires de l’industrie. Il est évident, cependant, que la monnaie ne diffère de la matière première qu’en ce (ju’elle est raffinée à un certain degré de pureté, mêlée avec une certaine quantité de métal plus grossier, et émise en pièces d’une forme et d’un poids fixes, que leur nom indic{ue. La bonne foi du gouvernement garantit le soin et l’honnêteté avec lesquels l’essai et les autres opérations ont été faits J et le nom qui est estampé sur la pièce n’est qu’une manière abrégée d’énoncer les faits. Le service que rend

LA monnaie et le PRIX.

THùtel des Monnaies est de vérifier et de certiiîerj pour le bénéfice de chaque individu à qui la monnaie peut être offerte, ce que celui-ci ne pourrait vérifier lui-même sans peine et sans dépense. Il faut donc ajouter le montant des frais de cet important service à la simple valeur que la monnaie tire du poids de ses éléments. La rétribution due à THotel des Monnaies, quand il en demande une, s’appelle droit de seigneuriage. Comme le gouvernement fait cette opération sur une très-grande échelle, elle eét susceptible d’une Lien plus grande économie que ne pourraient en apporter des individus qui la feraient sur une plus petite échelle. Ce droit peut comporter un léger excédant sur les frais de fabrication sans provoquer le monnayage particulier. Si, cependant, le gouvernement essaye de s’attribuer quelque chose de plus qu’un mince profit , il ouvre la porte à l’exportation des lingots dans les pays voisins où le monnayage se fait à plus bas prix. La grande facilité avec laquelle on peut transporter et cacher les métaux précieux empêche l’exécution de toute loi contre l’exportation ; et si une telle loi pouvait opérer avec succès, elle aurait pour effet de repousser l’importation des lingots, et de détourner une partie du courant naturel vers le territoire de quelque État plus libéral. Cependant, dans les Etats où le gouvernement ne demande aucune rétribution pour ses services, comme cela arrive dans la Grande- Bretagne ‘ pour le monnayage de l’or, la différence entre la valeur de la pièce de monnaie et le métal dont elle est composée est réduite au montant de l’intérêt perdu pendant les quelques jours nécessaires à l’essai.

L’exquise sensibilité avec laquelle la monnaie sent les lois

* Il en était de même aux États-Unis ; mais on vient de passer une loi qui soumet l’or en barres à un droit de seigneuriage de 1/2 pour 100, et qui réduit de près de 7 pour 100 le poids de l’argent dans les demidollars et les plus petites pièces. On pense généralement que la monnaie d’or a été soumise à un droit de seigneuriage, mais je ne donne pas cette interprétation à la loi.

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générales du commerce et leur obéit s’est montrée, toute.s les fois qu’on a essayé de maintenir, à la fois, l’or et l’argent comme mesures de valeur. Il est très-possible de régler, à un jour donné, le monnayage des deux métaux, selon leur valeur respective. Il n’y a aucune difficulté à constater quel poids il faudrait aujourd’hui donner à Y aigle, pour le faire accepter couramment comme l’équivalent e.xact de dix dollars en argent. Mais, avant la prochaine session du Congrès, leur valeur relative peut avoir changé. L’aigle qui, chez nous, n’est que la représentation de dix dollars, peut acheter en Angleterre ou en France une quantité d’argent estimée à l’Hôtel des Monnaies dix dollars et soixante-six cents. C’est ce qui arriva avant l’altération de la monnaie d’or, en 1 834. Il en résulta que tous les aigles frappés depuis nombre d’années furent e.xportés comme marchandise. D’un autre côté, la valeur de l’or peut baisser, de sorte que dix dollars en argent, que leur possesseur ne peut donner en payement que comme l’équivalent d’un aigle, puissent acheter une quantité d’or que l’Hôtel des Monnaies recevra pour un aigle et trente cents. Ce cas s’est présenté dernièrement, et notre monnaie d’argent a aussitôt disparu ; inconvénient, dont le Congrès a cherché le remède, il y a quelques jours à peine, dans 1 avilissement de la monnaie d’argent. Ce moyen peut être, ou non, efficace pendant quelque temps. Il est clair que nous ne sommes pas fondés à croire qu’il fixera pour toujours un rapport qui, de sa nature, est sujet à une fluctuation continuelle.

Quiconque est légitime possesseur d’une portion des métaux précieux ne peut l’avoir acquise qu’en retour d’un travail employé directement à l’obtenir, comme en l’extrayant des mines, ou en échange de services rendus par son travail ou son capital qui n’est que l’accumulation de ser- Mces passés. Il la possède, ad intérim, comme le moyeu de «e procurer d’autres services, quand il en aura besoin. Il

Ine peut ni la manger, ni la boire, ni la faire servir à aucun

LA MONNAIE ET LE PHlX*

•JÜO

jiiitre besoin, jusqu’à ce qu’il Tait échangée. Si elle est sous la forme de monnaie, elle porte un témoignage, confirmé par l’autorité publique, que le porteur a rendu une certaine (juantité de services dont il n’a pas encore été rémunéré. Dans une de ces admirables brochures au moyen desquelles Bastiat chercbait à cummuniquer au peuple de France les notions fondamentales de l’économie politique, après la révolution de 1848, alors qu’on cherchait avec tant d’ardeur à en résoudre les problèmes, il exposait avec détail ce qu’il appelait avec raison la signification réelle de l’inscription gravée sur les pièces de monnaie. On pourrait, sans trop de liberté, traduire ainsi son langage : « llendez au porteur, «’ontre le présent, des services équivalents à ceux qu’il a rendus à la société, dmit la valeur a été mesurée par celle de trente-six grains d’argent pur contenus dans cette pièce. Hn foi de quoi, des agents, nommés par le public pour ce faire, ont estampé sur cette pièce le nom de demi-dollar et d’autres devises établies d’un consentement général. » L’argent est ainsi l’indice d’un crédit que son possesseur a fait au reste du genre humain. Son emploi, dans la circulation, est celui d’une lettre de change, tirée sur tous ceux à qui elle peut être présentée, et que chacun consent à garder pendant un temps , parce que la matière dont elle est formée a, dans les arts, une utilité durable, et une valeur fondée sur le travail nécessaire pour la produire dans un temps et dans un lieu donnés.

Il est évident que l’usage de ce medium n’a aucune influence sur les lois essentielles de l’échange. Il en facilite l’opération, comme l’aune ou le litre, en tant que son emploi est celui d’une mesure de valeurs. Comme instrument de transfert, il active l’échange, comme le font les charrettes, les wagons de chemins de fer et les barques. Plus la population est concentrée, et moins elle a b':’soin de ces movens de transport; et il en résulte précisément la même économie dans la quantité de monnaie qn’nne communauté se voit

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obligée d’employer. Il est aisé de voir que plus la quantité est petite, et mieux cela vaut; car ce qu’il en coûte pour réparer annuellement les pertes causées par l’usage est proportionné à cette qnantité; et tout ce qu’on économise sur la circulation peut servir à la production dans les arts. Le capital, grand ou petit, doit s’obtenir et se conserver par le travail ; et empêcher qu’aucune portion de ce traA'ail ne soit employée mal à propos au mécanisme d’échange , c’est lui donner la faculté de contribuer à augmenter la production dos choses à échanger. Les nations les plus riches sont donc celles chez lesquelles la circulation métallique n’a qu’une très-petite proportion aA'ec la masse des richesses. Fii France, la quantité de la monnaie est bien plus grande qu’en Angleterre ; elle est bien plus forte en Espagne qu’aux Etats-Unis. En Angleterre et dans ce pays-ci, le crédit, indépendant de tout signe métallique, a remplacé l’usage de la monnaie dans une immense quantité d’affaires ; ce qui revient à dire qu’on a trouvé des signes à meilleur marché, et d’une égale vertu.

La forme la plus simple de crédit est peut-être celle des comptes-courants, entre des personnes qui ont de nombreuses relations commerciales les unes avec les antres : comptes balancés à la lin de l’année par le payement d’nn solde, lequel doit être moindre que le total des valeurs transmises «l’un correspondant à l’autre, et avoir avec ce totàl la moin-

dre proportion possible. La seconde forme est celle par laquelle A, à qui B doit une S(3inmc d’argent, la transporte à <: en payement de sa propre dette. S’il arrive que C soit le débiteur de B de la même somme on |d’une plus grande, et ce cas a probablement suggéré pour la première fois les lettres de change, — leurs comptes sont de suite liquidés, <‘t des proihüts montant à trois fois la valeur de la lettre de change ont été échangés sans l’usage d’une seule pièce de monnaie. Si, cependant, C ne se trouve pas être le débiteur B, il accepte le billet dans la conviction que ce dernier

p'ijera a réchéance, et avec la double garantie que la loi im-

fî

LA monnaie et Le prix.

pose d A, le tireur, de faire les fonds dans le cas de lafiiillife de B. Néanmoins, si, avant riîchéance du billet, G désire obtenir le payement des services ou des produits, en reconnaissance desquels le billet lui a d abord été donné, — c’est-àdire, s il désire acheter des produits, — il transmet le billet à la personne avec laquelle il veut faire affaire. Si cette dernière avait une confiance entière dans la solvabilité de A et de B, elle pourrait accepter le transfert sans autre garantie. Il est cependant ordinaire, dans la pratique, que G endosse le billet, ce qui lui impose la nécessité de rembourser le détenteur, en cas de non-payement de la part des autres obligés. De cette manière, le billet peut passer dans un grand nombre de mains, et servir a effectuer un nouveau transfert de denrées à chaque négociation, et remplacer ainsi une quantité de monnaie égale à sa valeur. On a calculé, d’après des documents fournis par les reçus du bureau du timbre, que le total des lettres de change eu circulation dans la Grande-Bretagne, en 1847, était de 113,000,000 liv. sterl., ou 500,000,000 dollars ; tandis que, pendant les vingt-cinq années précédentes, la moyenne des lettres de change en circulation à la fois était de 99,300,000 livres st. Gela surpasse toutes les valeurs monétaires de toute espèce prises ensemble. Ou dit qu’il n’est pas rare de voir des eflets de commerce revêtus de vingt ou trente endossements, et quelquefois d’un bien plus grand nombre.

Il y a un danger manifeste à garder de l’argent chez soi : c est ce qui a conduit à 1 établissement des banques de dépôt par des particuliers ou par des associations qui s’engagent à recevoir et à mettre en sûreté l’argent de leurs clients, et de payer à vue sur leurs mandats. Un avantage qui résulte de l’usage des mandats, c’est qu’ils peuvent être tirés exactement pour la somriie requise; et si celui qui reçoit cette somme a un compte ouvert chez le même banquier, un débit au compte du tireur et un crédit à celui du porteur, sur le giMud-livrc du iKinquier, effectue le transfert sans qiVcui ait

J-A MONNAIE ET LE riUX.

la peine do compter la monnaie, ou de la porter d’un endroit à un autre. Dans une grande ville, où il y a de nombreux banquiers, quoique les dépôts soient fits dans des maisons de banque différentes, le résultat est le même, parce que cliaque banquier reçoit les mandats tirés sur d’autres, et ensuite ils règlent leurs comptes ensemble. La London Clearing House est un établissement soutenu par les banquiers de cette ville, où ils échangent tous les jours les mandats et les billets que chacun d’eux possède, tirés sur les autres. La Clearing House crédite chaque banquier des billets et des mandats qu’il envoie, et qui sont acceptés par les parties sur lesquelles ils sont tirés, et le débite de ceux qui sont tirés sur lui; chacun paye ou reçoit, à la clôture des affaires du jour, la balance de son compte général. Par ce moyen, il se fait journellement des payements montant à

1 0, 000,000 dollars, sans qu’on emploie plus 1,000,000 do

dollars en billets de banque. On n’emploie point de monnaie; les soldes qui pourraient exiger un payement en monnaie sont reportés au compte du jour suivant.

11 ne faut aux banquiers qu’une très-courte , expérience pour apprendre que, du montant total des dépôts faits chez eux, une portion considérable séjourne dans leurs mains, et qu’ils peuvent la prêter en toute assurance, sans risque' de ne pouvoir faire honneur aux mandats tirés sur eux. G’est de cette manière que les banquiers se rémunèrent de la peine, du risque et des dépenses qu’ils encourent en recevant des epots et en faisant des payements pour leurs chalands.

L avantage que le public en retire, c’est qu’il circule une P us grande proportion du numéraire, qui, sans cela, resterait entre es mains des individus qui en sont possesseurs. G’est précisément la même économie que de mettre sur une route un certain nombre de voitures partant tous les jours à des leures fixes, afin de donner à ceux qui demeurent sur cette toute la facilité de voyager sans avoir chacun sa voiture.

monnaie, comme les voitures, n’aide à la production que

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lorsqu’elle est en mouvement ; et le nombre d’échanges que celles-ci et celle-là peinent effectuer dépend de la rapidité de la circulation. On verra que cet arrangement tend à réduire le taux auquel on peut faire des emprunts : car il amène sur la place, afin de chercher des occasions de placement à intérêt, une quantité de monnaie qui , sans ce moyen, resterait inutile dans les poches ou dans les coffres de personnes éloignées les unes des autres. Outre cela, il augmente le désir que chacun a d’échanger son argent contre des marchandises, s’il sait qu’en cas d’un besoin imprévu, il a la facilité de se procurer l’usage de l’argent jusqu’à ce qu’il puisse en obtenir par une vente de propriété.

Les banques de l’Etat de New-York, avec des capitaux montant à 62,207,216 dollars, avaient en dépôt, au 4 septembre 1852, 66,897,497 dollars; leurs prêts et leurs escomptes se montaient à 130,124,403 dollars; et leurs billets en circulation s’élevaient, à la même époque, à un peu plus de 30,000,000 dollars. Il est évident, d’après cet exposé, que les dépôts entre leurs mains leur donnent un grand pouvoir de faire des prêts.

Il est bien plus commode, pour beaucoup de raisons, qu’un individu, au lieu de tirer un mandat sur son banquier, ce (jui n’est qu’une simple délégation sur des fonds placés entre les mains de ce dernier, possède la reconnaissance de ces fonds souscrits par le banquier, accompagnée d’une promesse de les payer à vue au porteur. Il est, aussi, très-commode que ces promesses écrites, qui se transmettent par simple livraison, soient préparées de telle sorte qu’on puisse faire de petits et de grands payements. Les billets de banque remplissent ces conditions. Le crédit d’un banquier, ou d’une association de banquiers, est ordinairement d’une notoriété plus générale , quoiipi’il puisse n’avoir pas une base plus solide, que celui du tireur d’un mandat. Celui-ci peut, par conséquent, employer des billets de banque dans ses échanges avec des personnes qui pourraient craindre le

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défaut de payement de son mandat, ou ne A'oudi’ajent pas l’accepter, parce que, ne pouvant le diviser suivant leurs besoins, elles seraient obligées d’en aller faire le recouvrement elles-mêmes. Les billets do banque possèdent encore des avantages sur la monnaie, en ce qu’ils sont bien plus aisés à porter. Ceci est une grande recommandatioji aux yeux des persomjes qui ont de grandes somjues à recevoir ou à payer. Les banquiers qui les émette Jit y trouvent leur avan- Lige, par le fait que les billets, au lieu d’être présentés immédiatement à leur caisse, restent dans la circulation pendajit une période qui varie selon les circonstances. Les billets d une banque de la A ille de NeA\'-àork émis un joür lui sont rendus le lejjdejiiaiii par quelque autre institution, de sorte que leur émission donne peu ou point de profit, et ne contmue que pour la commodité de ceux qui fout des affaires avec la Banque. Les Banques de province, d’un autre côté, peuvejit soutenir ujie large circulation. Elles échangent leurs billets, payables à vue sans intérêt, contre les billets à ordre de particuliers, payables à une époque future et portajit intj*rêt, sans se dessaisir de l’usage d’aucun capital, — pendajit la période qui s’écoule avant que les billets de banque re- \iennent à leur caisse, — excepté du faible capital nécessaire pour remplacer de tejiips à autre le papier sur lequel sont giavées leurs promesses de payement. Chaque banquier apprend par expérience quelle sonniie de numéraire il doit garder, pour faire face au remboursement inunédiat de ses billets. Le papier de connnerce qu’il a escompté, dont les tireurs et les endosseurs sont soumis comme le banquier à 1 obligation du solde en espèces , est évidejument la source générale et dernière d’où il lui faut tirer les fonds destinés à racheter ses billets et à payer ceux qui lui ont confié dos dépôts. Les produits qu’un billet de banque sert à échanger en sont, en définitive, les moyens d’acquittement. Un marcbaud de grain à Buffalo achète une cargaison de blé ou de laiine, avant qu’elle ait quitté le vaisseau qui l’a amenée de

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l-.V M0>>A1K KJ LE l’Ill.X.

CleveJand ou de Alilwaukie. Après Tavoir transbordée sur des Ijateaux, il Tenvoie par le canal à New-York ; puis il tire sur son consignataire dans cette ville pour le montant de sa valeur, fait escompter sa traite par un banquier, reçoit ses billets de banque et paye la personne à qui il a acheté le grain. Le consignataire de New-York vend le grain, se met en fonds par là pour dégager son acceptation, et quand elle vient à échéance, il transfère ces fonds au banquier de Buffalo. Ils sont alors portés au crédit de celui-ci sur les livres de son correspondant à New-York; et quand un marchand de Buffalo a besoin d’argent à New-York pour y payer des marchandises, ledit banquier fait traite, à son ordre, sur son dépositaire dans cette dernière ville, et reçoit une prime comme rémunération des frais et des risques qu’il épargne au marchand, en le dispensant d’emporter de l’argent monnayé.

Le banquier est en mesure alors de rembourser les billets de banque émis par lui, ceux du moins qui sont encore en circulation ; car il a été obligé de garder en caisse, dans l’intervalle, une somme suffisante pour payer ceux c^ui lui étaient présentés. L’avantage du banquier est assez évident;

celui de la communauté consiste dans la substitution d’un instrument d’échange plus commode et à meilleur marché à la place de la monnaie.

Si les profits du banquier ne sont pas réduits au taux général, de sorte que la communauté obtienne tous les ser- X ices que son talent et son crédit peuvent rendre, à aussi bon marché qu’elle obtient tout autre service, c’est parce qu’on met des obstacles aune libre concurrence. Tel a été le cas

presque partout. On a érigé les affaires de banque en monopole pour le petit nombre, à qui on l’a accordé comme un privilège spécial. Même quand on a permis à des individus de s y livrer, on leur a impose des restrictions, qui les ont empêchés d’associer librement leurs capitaux et leur crédit dans une mesure qui assurât toute l’économie désij-ablc. Le système qui approche le plus de la lumque libre*

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