‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 5 sur 55 · LOI DE LA CIRCULATION PERPETUELLE · texte numérisé non relu

LOI DE LA CIRCULATION PERPETUELLE

les plus liivoraLlcs à rindustrie humaine, ne pourraient, dans ancnii ras, aupjraeiiter plus rajtidenient ; que dans une progression arithmétique. » l! démontre ces tendances disparates, eu disant: « L’espèce humaine croîtrait comme les nombres 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 2o6, tandis que les subsistances croîtraient comme ceux-ci : 1, 2, 3, 4, 3, 6, 7, 8, 9. Au bout de deux siècles, la population serait aux moyens de subsistance comme 236 est à t). »

M. Mill, le premier écrivain de ce nom [Eléments d'économie politique, page 36), qui emploie le terme capital, pour désigner les moyens de subsistance et tout ce qu’on peut donner en échange pour se les procurer, établit en ces termes la doctrine qubl professe en commun avec Maltbus : « Il est donc suffisamment évident qu’il y a dans la po- « pulation une tendance à augmenter plus vite que le capi- « tal. Si cela est prouvé, il n’est d’aucune importance à « présent de constater la rapidité do cet accroissement. (Juel- « que lente que soit Paugmentation do la population, pourvu « f[ue celle du capital soit encore plus lente, les salaires se- « vont tellement réduits, qu'une portion de la population « mourra régulièrement de faim. Et l’on no peut détourner « cette terrible conséquence qu’en employant des moyens « pour empêcher que l’accroissement du capital ne soit « moindre que celui de la population. »

Le passage que nous avons écrit en italiques n’est que le résultat logique et nécessaire des lois de la nature humaine et de la nature physique, telles que Maltbus les conçoit. Epouvantés d’un tel arrêt, les hommes cherchent à s’y soustraire par la résistance à leurs propres inclinations. Aussi, dans les pages suivantes de son ouvrage, M. Mill examine la question do savoir par quels expédients on peut faire marcher de pair la population et le capital, soit en restreignant la tendance de la population à augmenter, soit en tâchant d’imprimer à raccroissement du capital, à son naturel développement, un mouvement plus rapide ; et il arrive en-

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fin à cette conclusion : u Le bonheur de l’homme ne peut (( être assuré que si on prend des moyens énergiques pour « faire augmenter le capital aussi vite que la population ; et « le grand problème pratique est de trouver les moyens de « limiter le nombre des naissances. »

Les idées de Malthus ont été adoptées, non - seulement par M. Mill, mais encore par la plus grande partie des économistes anglais, jusqu’à ce jour; et, au delà du détroit, elles ont été reçues et approuvées par la plupart des écrivains du continent. Il est vrai qu’on a proposé différentes théories pour montrer qu’il est possible d’éviter les tristes résultats attachés nécessairement aux principes de Malthus, et pour signaler des forces contraires qui restreignent naturellement l’accroissement de notre espèce. Aucune de ces théories n’a cependant reconnu rien de semblable à un équilibre naturel entre la population et les subsistances, si les hommes croissent longtemps en nombre avec la rapidité que détermineraient leurs instincts innés, dans leur action régulière et normale. Au lieu d’ennuyer le lecteur par de nombreuses citations à l’appui de cet exposé, nous nous bornons à reproduire les expressions du London Times, lorsqu’il annonça ce fait effrayant, prouvé par le recensement de 1831, qui x^enait d’être complété, que le nombre des habitants de l’Irlande avait diminué de 1,639,330 pendant les dix dernières années. « Pendant une génération entière, dit le Times, l’homme a été, dans ce pays-là, une superfétation, et la population un fléau. » Et, revenant sans cesse sur le même sujet, ce journal représentait le sentiment exprimé SI criimeiit, comme celui de tous les économistes de la

Cl rande-Br etagne .

Nous n’examinerons pas ici la manière de procéder de 1 homme dans la culture de la terre, sujet que Malthus a traité avec soin dans scs Principes d'économie politique, piîbliés en 1813, où il explique pourquoi les moyens de .subsistance augmentent dans une proportion moindre que la

LÜI DE LA CIKCCLATION PEKPÉTLELLE.

population. La doctrine sur la rente, fondée sur cette théorie, et plus communément attribuée à llicardo , viendra naturellement dans un autre chapitre. Il suffit ici d'observer que la théurie de Malthus, sur les relations c[ui existent entre la populatiun et les subsistances, est évidemment fondée sur cette notion fausse, que la consommation des aliments par 1 homme est leur destruction ; — qu'ayant une fois servi à soutenir la vie animale, leur aptitude à cet office est entièrement épuisée. Ne pas observer ([ue, dans le cours naturel des choses, ils retournent à la terre et à l'atmosphère, pour v être de nouveau transformés en aliments et recommencer à soutenir la vie animale, c'était se condamner à l'erreur de croire que le pouvoir du sol de produire des aliments peut être re,i;ardé comme une quantité absolue, incapable d'au^- Jiienter on proportion du pouvoir do consommation de ceux qui l'habitent. Il n'est guère possible d'expliquer l'adoption implicite par un écrivain intelligent d'une opinion si erronée, si l'on ne se souvient que les découvertes de la chimie organique, qui la condamnent si absolument, n'ont été faites que depuis vingt-cinq ans, et sont postérieures d’autant d'années aux publications de Malthus.

Si l'épuisement dont parle Malthus a lieu par suite de la culture de la terre, c'est évidemment parce que l’homme, au lieu de suivre les méthodes qui lui sont indiquées par la nature, d’imiter les procédés par lesquels la fertilité du sol et l'échange incessant entre la vie végétale et la vie animale étaient entretenus avant qu'il intervînt, a eu recours à de folles inventions pour entraver la loi naturelle. Mais à chaque loi est attaché le châtiment de ceux qui la violent : celle-ci se venge en affamant le coupable.

La nature offre , sans doute, des exemples de ce qu'on appelle épuisement spécial. Des espèces différentes de plantes demandent des proportions très-différentes des nombreuses sortes de nourriture inorganique qu'elles tirent du sol. Le chêne requiert une grande quantité de certains éléments^ le

DANS LA MAllERE El DAXS LA FOKCE.

pin une grande quantité de certains autres , mais très-peu de ceux dont le chêne a besoin. En conséquence, les forêts de chênes et de pins se succèdent alternativement, ou il arrive d'autres mutations qui dépendent du caractère du sol. Sur le Rhin , entre Landau et Kaiser-Lautern , on voit des forêts de chênes, vieilles de plusieurs siècles, céder la place au hêtre, tandis que d'autres composées de chênes et de hêtres succombent sous les usurpations des pins. Dans notre prtqife pays, nous avons de fréquentes occasions de voir que la sectjiide végétation au sein des forêts primitives diffère de celle quelle remplace. La nature nous enseigne ainsi la nécessité de la rotation des récoltes, et l'agriculture a fait les plus grands progrès depuis que les hommes ont parfaitement suivi cett(' leçon.

Mais la nature n'enseigne nulle part un système dont le résultat est un épuisement continuel et permanent, quoii.pie les économistes de l'école de Malthus l'aient fait. Elle n'offre aucun exemple encourageant une politique dont le but serait de faire d'un pays le grenier du monde et de l'autre son atelier. Il n'entre pas dans ses plans que les agriculteurs d'aucune nation n'aient « d'autre intérêt que d'exporter. )> Si, comme nous le voyons, par le rapport de la section d'agriculture du Patent-Oftice, pour l'année 1849 , « les fermiers do l'Ohio, de l'Indiana, du Michigan, de l’Illinois et du ^Viscousin, exportent un million de tonnes de denrées alimentaires, contre une tonne qu'ils réimportent des atomes tirés précédemment de leur sol vierge , qui reviennent y tonner des produits agricoles », c’est à des arrangements pervers, dont la nature n'est pas responsable, et non pas à une tendance découlant de scs lois, qu'ils doivent attribuer 1 appauvrissement de leurs terres et la diminution de cette puissance végétative qu'elles exerçaient au profit de la vie Immaine. Le même document nous montre comment la nature lurc(‘ I homme désobéissant à ses lois à rétablir l’équilihre (|u il a rompu. « Rieiwi est plus certain, y est-il dit.

ÏOI DE LA aUCULATlON PERPETUELLE

qu un district ou un Ktat qui exporte en abondance les « matériaux dont la nature a besoin pour former les denrées « alimentaires, sera obligé! tôt ou tard d^exporter quelques- « uns de ses consommateurs de pain et de viande » tandis que la récompense de Tobéissance est « qu’un Ktat peut « nourrir et vêtir sur son territoire une population dix fois « plus grande qu’au dehors. » Nous ne pouvons voir, dans la nature des choses, aucune raison de fixer cette disproportion a un chiffre aussi bas ; car il est impossible d’imaginer une limite a la population , si l’homme veut seulement se conformer à la loi dont la nature nous signale l’existence dans tous les procédés qu’elle emploie; loi en vertu de laquelle il faut restituer au sol tous les matériaux alimentaires qu’il a prêtés pour le soutien de la vie animale et de la vie végétale. Cette restitution peut être faite, en principal et intérêts , au moyen des éléments fournis par l’atmosphère , et incorporés dans la substance matérielle qui, après la période de sa vitalité, retourne au sein de la terre.

Nous nous sommes contenté d’indiquer la loi la plus générale de la nature physique, comme une réfutation décisive de la théorie de Malthus. Nous n’ajouterions aucune force à notre argument, en multipliant les citations de faits observés, qui sont incompatibles avec cette théorie. Nous pourrions, cependant, les prendre dans tous les pays du monde dont 1 histoire est connue. Et, vraiment, il y a une vaste portion du globe où il est impossible de concevoir qu’une pareille théorie eût pu être inventée. Si l’économie politique avait pris naissance dans les régions tropicales, il y a lieu de croire que les appréhensions des philosophes auraient été d’un caractère tout opposé. Les habitants de la zone torride voient les ouvrages les plus gigantescpies do riiomme ensevelis si rapidement sous une végétation riche et puissante , que M. Stevens a trouvé , dans l’Amérique centrale, les ruines de grandes villes et de temples immenses environnées do forêds tellement épaisses, qu’un petit nombre de générations

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avait suffi pour effacer de la mémoire des Indiens du voisinage jusqu’au souvenir do ces monuments! Dans les régions équatoriales de l’Amérique du Sud et aux Indes occidentales, dit M. de Humboldt, un terrain de 100 mètres carrés, planté de trente ou quarante bananiers , produit plus de 2,000 kilogrammes de substance nourrissante , et la quantité de matière nutritive obtenue d’une plantation de bananiers, comparée à celle produite par le même espace semé en blé, est dans la proportion de 133 à 1, et de 44 à 1, si, au lieu de blé, un y plante des pommes de terre. Dans l’ancienne présidence espagnole de Quito , réunie à la république de l’Ecuador, la végétation ne s’arrête jamais. L’Européen y voit avec surprise la charrue et la faucille en pleine activité à la même époque ; des plantes de la même espèce se flétrissent ici de vieillesse, tandis que là elles commencent à fleurir. Il en est de même dans le Venezuela et dans les vallées du Pérou ; presque toutes les plantes cultivées, depuis l’orge jusqu’au riz et à la canne à sucre, y viennent en perfection , et le climat permet qu’on y plante et qu’on y récolte chaque jour de l’année. Le bassin de l’Orénoque est capable de nourrir toute la race humaine actuellement arrivée à l’existence. Cependant ces régions sont à présent les moins habitées de la terre. Les hommes y sont si rares et les marchés si éloignés, qu’un voyageur, qui vient de visiter ce pays (M. Cainaii), rapporte que de nombreux troupeaux do moutons s’y vendent au taux de trois sous par tête. Dans un climat comme celui-là, il eut ete difficile aux théoriciens les plus spéculatifs de penser que l’augmentation de la race humaine puisse excéder les forces végétatives de la nature. Cependant, s’il existe une loi telle que Malthus la suppose, elle doit régir ces contrées aussi bien que la Laponie. Mais cette loi n’existe pas. C’est en vain que nous voudrions trouver un cas où la terre ait refusé de marcher de pair avec les besoins de la vie animale, quelque rapidement qu’ils aient augmenté, pourvu , toutefois , qu’on ait permis aux

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