CHAPITRE II
Formnlloii .les terrains, leur adaptation à roccnpatlon
et k la culture*
Les lies de corail des mers des tropiques prfeentent les exemples les plus rem.arqu.ables île la rapidité avec laquelle le roclier nu se pare de la vie végétale et se dispose à devenir l’habitation do l’homme. Les êtres animés qui construisent ces îles, dans les profondeurs inconnues de l’ücéan, portent, comme l’indique le nom de leur espèce (zoopliyte ou
animal-plante), les signes caractéristiques des deux ordres de vitalité. Us remplissent leurs fonctions, quoique privés de cœur ou de système de circulation. Les différents polypes d’un groupe ont chacun une bouclie, des tentacules et un estomac , — là s’arrête la propriété individuelle, — et forment une masse vivante d’animaux, nourris par des bouches et des estomacs sans nombre, mais unis entre eux ^par des tissus. Us n’ont d’autre pouvoir d’action que celui d allonger leurs bras pour saisir la nourriture qui passe devant eux, et ils se propagent par bourgeons. Une légère saillie se montre d’abord sur leur coté, le bourgeon augmente , un cercle de tentacules apparaît avec une bouche au milieu ; la croissance continue jusqu’à ce que le rejeton soit aussi grand que son auteur, et alors il commence aussi à pousser des bourgeons. C’est ainsi que le groupe multiple continue à augmenter. Ils forment le corail par des sécrétions continues, jusqu à ce qu’ils aient construit un récif qui atteigne la surface de l’eau. Mais il est essentiel à l’existence de ces constructeurs
sous-marins qu’ils soient toujours couverts d’eau, et, quand ils sont arrivés à la hauteur de la marée basse, ils meurent. L(‘ phénomène de la formation prend alors une nouvelle
LEUR ADAPTATION A l’oCCUPATION ET A LA CULTURE. 39
marche : le sommet de ce rocher se couvre, par couches successives, des fragments pulvérisés de corail et de gravier que les vagues ont détachés des flancs du récif et lancés à la surface. Agassiz pose en fait que toute la portion de la Floride connue sous le nom de Everglades n’est qu’un vaste liane de corail, composé d’une série de récifs à peu près parallèles, qui se sont élevés successivement du fond de la mer à la surface, et que 1 action aes marées et des courants a peu à peu soudés à la terre ferme, en remplissant de débris de madrépores les intervalles ejui les séparaient.
Le coco, a\'ec son enveloppe, que la nature semble avoir destinée à flotter sur les eaux, prend racine sur le sable nu de 1 île de corail, à peine élevée au-dessus du niveau de l’Océan. Arrosé par récume de la mer, il croît vigoureusement '. Nourri d abord par le peu d’aliment organique que les restes des zoopbytes qui construisirent l’île lui fournissent, l’arbre forme bientôt, par la décomposition de ses feuilles, un terreau qui suffit à la croissance d’autres végé-
’ «Comment les graines des plantes sont-elles apportées si à propos sur ces nouvelles côtes ? — Par les oiseaux voyageurs , ou par les vents et les vagues de l'Océan? L’éloignement des autres côtes rend diflicile ' Ja réponse à cette question. Mais l’île nouvellement élevée n’est pas 1» ulot en (ontact avec l’atmosphère, que l’on trouve à sa surface, dans »os contrées du Kord, un filet doux et soyeux, qui, à l’œil nu, ressemble a ues taches et a des mouchetures colorées. Quelques-unes .le ces mouchetuiTS sont cernées de lignes saillantes simples ou doubles, courant au our I U bord ; d’autres sont croisées par des lignes semblables qui les
directions. Graduellement les couleurs claires foncées; le jaune brillant, qui était la couleur domi- . n te d abord, se change en brun, et le gris-bleu des lépraides devient
fniiïi inouïs (les taches avoisinantes s’approchent et se cou-
uarii- . autres; et sur le fond noir qui se forme ainsi
tantV^l!' ‘'e forme circulaire et d’une blancheur écla-
tiifiiiA „ ^ I à ainsi une sorte de membrane ou de tégument orga-
en commln^T successives. Comme le genre humain, en se formant
la urn àegrés de civilisation, de même
l'Iipii 3 l'°r lies pliinles sent liées à des lois
I iiysiiiucs il,.tcnm„é..s. , IhimhoUt.
' f V'ifli
40 ‘ FORMATION DES TERRAINS
taux. U sert à de uorabreux usages : quand les liabifants paraissent, il leur fournit la matière première des habillements légers que le climat demande ; des tasses laites de sa cofiue, des ustensiles de toute espèce, des nattes, des cordages, des lignes à pêcher, de niuile ; il donne à la fois un aliment, une boisson, et des matériaux de construction. Le fruit se présente, sur le même arbre et au même instant, à tous les degrés de formation, depuis la chute de la fleur jusqu^iu fruit mûr, sec et dur, tout prêt à germer. Le paiidanus ou pin spirale, autre arbre qui prend bientôt racine dans la couche légère du sol, en poussant de son tronc des arcs-boutants, qui se plantent dans la terre et élargissent la base qui soutient l’arbre dans sa croissance, fournit un fruit à gousses , d’un goût douceâtre , « qui , quoiqu’un peu amer, dit M. Dana dans sa Géologie de la tournée d’exploration dans les mers du Sud, peut se conserver et servir de nourriture, quand les autres aliments viennent à manquer. » Les crabes et le petit poisson des récifs, le gros, pris dans les eaux profondes avec des hameçons de bois, aident à la subsistance des indigènes. « Ces faibles ressources, dit M. Dana, maintiennent une population de dix mille personnes dans la seule île de Taputeouea, dont la surface liabi-
tuble ii^cxcccIg pus six niillGs carres. » ^
La formation du sol est rapide, lorsque le sommet^ d’une muiitagne sous-marine est ainsi préparé, par la germination des plantes, à devenir la demeure de riiomme. Celle qui transforme en terreau les pics des montagnes terrestres comprend un plus grand nombre d’états iutermédiaires, et donne naissance à une plus grande variété de lésultats. Quelques-uns des rochers, tels que les ardoises et les schistes, se décomposent avec une telle facilité, qu’on peut voir le phénomène s’accomplir en peu de temps, et nous avons des uccasions fréquentes d’en observer les progrès. Les masses granitiques, au contraire, qui, d’après l’opinion des geoloo-ues, constituent la couche inférieure et primitive du globe,
LEUR ADAPTATION A l’oCCLPATION ET A LA CLLTLRE. 41
et qui, par suite du déchirement et du soulèvement de la croûte de la terre, ont été amenées à en occuper les sommets, sont d’une nature moins friable. Mais leur composition chimique tend à favoriser leur dissolution par l’action des éléments. La présence des alcalis dans le feldspath et le mica, qui sont combinés dans le granit avec la silice, joue un grand rôle dans ce changement. L’acide carbonique, le grand dissolvant des matières les plus dures, décompose la potasse avec laquelle est combinée la silice dans le feldspath, et la lend soluble. L intensité de la gelée, et la longueur du temps pendant lequel les roches des hautes montagnes y sont exposées, les brusques changements de température auxquels elles sont soumises, leur peu d’aptitude à conduire le calorique, l’exfoliation et les craquements qui résultent des différences de dilatation de la surface à l’intélieur, 1 humidité de 1 air pendant l’été, alors que les vapeurs aqueuses se condensent sur les sommets, telles sont quelques-unes des causes qui hâtent la destruction des roches, dans ces lieux élevés. A mesure que les variations de l’atmosphère accomplissent cette décomposition, les molécules detachees tombent par leur propre poids, et sont entraînées par les pluies dans les vallées sous-jacentes, qui reçoivent de la même manière les débris des rochers intermédiaires. Pendant cette opération, la pierre n'est pas seulement mécaniquement divisée, mais ses composants insolubles se transorment en sels solubles de chaux, de soude, etc., qui peu- Aent etre absorbés par les racines des plantes. Dans la f ecomposition du feldspath, le silicate de potasse est enlevé par es eaux, et, tandis que le sable reste sur les pentes, Panmme et la silice s’accumulent dans les vallées, et forment ce mé ange d argile et de sable, si éminemment favorable à a croissance de Pherbe et des céréales. Ainsi s’étagent les eirains dhers, depuis le granit nu des sommets, en passant
pai e sol poreux et léger des coteaux, jusqu’à la couche fé- ^encle des prairies de la vallée.
42 FORMA riON DES TERRAINS,
Copendant, une espèce de végétation trouve sa nourriture sur la surface même des rochers. Les lichens et les mousses croissent Lien au-dessus de la ligne des neiges éternelles ; et, dans les pâles climats du nord, sur la paroi nue des granits, croît une espèce de lichen, que le voyageur canadien, pressé de la faim, cherche avec avidité, et auquel il donne le nom app»‘tissant de tripe de roche. Cett(î matière végétale, décomposée, est halayée du sommet des collines par chaque orage, et s’accumule à la hase avec les depots d origine minérale. Au bout de quelque temps, il se forme ainsi, au pied des versants, un sol qui est capable de nourrir de grands \egétaux. Les feuilles et le bois mort qui tombent du premier de ces arbres engraissent le sol autour du tronc, dans un cercle mesuré par l’étendue des branches. Le procédé continue probablement de la manière suivante : sur la circonférence do
ce premier cercle ainsi fumé, et au point du versant qui, situé entre le tronc de l’arbre et le sommet de la colline, n est pas aussi riche que le point inferieur en principes végétaux, il devient possible à un arbre de croître. Celui-ci, à son tour, devient le centre d’un cercle de terrain fertilise, sur la circonférence supérieure duquel s’accumulent, par la chute des feuilles et des branches, de nouveaux matériaux, capables de nourrir un nouveau rejeton. Cha(pio arbre engraisse ainsi la place de son successeur, et la végétation remonte vers le sommet, sur un sol c[ui diminue constamment en fertilité, et qui, quoique devenu plus fécond et plus tenace, par la décomposition des herbes qui y croissent, laisse toujours échapper cpielques portions de ses éléments minéraux et végétaux, qui vont enrichir la vallée d’en bas h On voit là un
1 « Les plantations du dernier duc d’Athol consistent principalement en nudezes blancs, et croissent sur un sol maigre et montueux, dont la base est formée de gneiss, de mica, d’ardoise et de schiste argileux. En six ou sept années, les branches les plus basses s’étendent, s’entrelacent et ombragent complètement le sol. Rien, par consécpient, ne croît sur cette terre jusqu’à ce que les arbres aient atteint leur vingt-quatrième
lÆra ADAPTATION A L'oCCrPATION ET A LA CULTrilE, 43
do ces phénomènes d’actions et de réactions réciproques, si communs dans les opérations de la nature; un dérangement d’é([uililjre, qui met en mouvement le mécanisme qui doit le rétablir. Les affinités chimiques, la gravitation, l’action dissolvante des courants d’eau, portent jusqu’aux plaines les pins basses les principes minéraux et organiques qui doivent alimenter la végétation ; et la végétation, à son tour, les reporte sur les coteaux, et se prépare ainsi les moyens d’avancer. Les plantes les plus grêles et les plus pauvres sont toujours en a-\ ant, comme les pionniers et les troupes légères, qui nettoient le terrain devant les colonnes épaisses d’une armée ' .
Les siècles s’écoulent : des marais croupissants, qui remplissent 1 air de vapeurs et de brouillards, occupent les baslonds des vallées ; des forêts épaisses d’arbres gigantesques les environnent, au pied des versants ; au-dessus d’elles, la végétation diminue ; les arbres, plus petits et plus clair-semés, font place graduellement aux buissons et aux broussailles, derrière lesquels viennent les herbes et les plantes
année, alors les feuilles des basses branches commencent à tomber, et la première éclaircie considérable a lieu. L’air et la lumière étant ainsi admis, riierbe peut pousser et la terre se couvre graduellement d’un beau gazon. Le terrain qui, avant, ne valait que 9 pence ou 1 schelling 1 arpent, comme pâture pour les moutons, au bout de trente ans vaut de 7àl0schelings l’arpent. » Johmon’s Agricul. Chemistry. Lect. 17, § 8.
* « La relation suivante indique une marche analogue dans les saules qui t missent sur les bords du Mississipi, au-dessous de la Nouvelle- Orleans. — « La croissance des saules, sur le côté de la rivière où la terre empiété sur l’eau, est quelquefois si réguli'ere qu’ils ressemblent à une jeune plantation. Au premier rang, sont les jeunes pousses, sortant à peine du limon déposé depuis deux ou trois ans. Derrière eux, s'élève une haie P us ancienne , de quatre à huit pieds de haut. Encore plus en arrière, vien un tioisième rang, de vingt-cinq pieds de haut; et quelquefois il se rouvecinq rangées, chacune surpassant l’autre en hauteur, dessi-
montant, parce que le sol dése d abord a été continuellement élevé pendant les inondations annuelles. » Lyell’s second visit to the United States. Vol. II, page 113
** FOKMAÏUI.V UES TEEinAlNS,
qui ne demandent qu’une moindre quantité do nourriture et qiu la trouvent dans le sol léger, poreux et sablonneux des hautes terres, à travers lequel la pluie filtre aisément et ont la surface en pente permet aux averses de s'écouler.
tnhn, 1 honinie arrive pour commencer TcDuvre de la eullure. L’histoire nous apprend que partout il a d’aljord passe pari état de chasseur, alors il vit des différents pror mts de la chasse et de la pêche ; qu’ensuite il s’est adonné a la Aie nomade, alors la chair et le lait de scs troupeaiw, paissant 1 herbe naturelle, lui servent de nourriture, et leurs peaux lui donnent des tentes et des habits.
-4 ces premières époques de la société, la personnalité dit ratai et de la richesse est trè.s-vague encore. La contrée où la trihu chasse, les rivières dans lesquelles elle pèche, les ■savanes où paissent les troupeaux des nomades, ne sont pas possédées individuellement, elles sont la propriété conimuiie de la trihu ; et, quand elle les a épuisées, elle émigre en corps pour en trouver d’autres également sans maîtres, ou .bien elle fait la guerre pour déposséder la tribu étrangère dont le territoire parait mériter qu’on le dispute. Chaque individu prend part i la fortune commune. La peuplade entière vit pauvrement ; et celui à qui il arrive dlofr du superflu aujourd hui le partage avec son compagnon, sauf à ui demander assistance, si le lendemain il est moins heureux. Pour que la propriété du sol s’individualise, pour que 1 homme ne relève, dans les conditions de son existence, que du résultat de ses efforts personnels, il faut d’abord que la
A le nomade ait été abandonnée, et que les hommes se soient otfiblis dtins dss dGinGiiros fîxGs.
.Mais l’homme qui fait le premier pas dans la voie de l’a griculture, où doit-il s’établir? où peut-il s’établir’ Son choix est évidemment soumis à son pouvoir. Ses outils sont de 1 espece la plus grossière ; ce sont les choses et les formes que la nature lui met sous la main, coiniiie le coquillage que les insulaires de la me;- du Sud emploient en manière de houe.
LELIl ADAPTATIOaN A l'oCCI'P.VTIOX ET A LA CLLTI RK. il)
Toutes les .armes et tous les instruments qui ont servi à ses ancêtres, pendant que la tribu passait par les stages de la vio de cliassenr et de pâtre, étaient du même genre. Un caillou av.ait servi de fer de flèche, et l'arête vive d'un silex était le seul instrument tranchant qu'ils eussent su façonner. Un arc taillé an moyen de ce couteau, avec la corde faite d'une lanière de peau de daim, était leur arme principale pourchasser ou pour combattre de loin ; une massue durcie au feu, armée quelquefois d'une pierre coupante .attachée à l'extrémité par des courroies, était l'arme pour le combat corps à corps. Uii os pointu de la jambe d'uii daim servait aux femme.s d'aiguille, et les tendons du même animal leur fournissaient le fil pour coudre les vêtements de peaux de la famille. Voilà tous les moyens d'action que l'expérience et les traditions de sa tribu ont donnés au sauvage. Ou u’a qu'à regarder dans mi musée une collection de ces iiLstrumcuts pour voir combien ils sont imparfaits, et eu même temps pour observer, avec un peu d’êtouiiement, qu'ils suffisent pleinement aux besoins limités de ceux qui s'en servent, et que, pendant des siècles, les générations se succèdent, sans faire d’aiiiélioratioiis sensibles dans leur outillage primitif.
Ce n est pas tout : le premier cultivaleur no peut recevoir que peu de secours d'une population très-peu nombreuse. « On a supputé, dit Lyell le géologue, que huit cents arpents « ne fournissent pas à une comumu.auté de chasseurs plus « de subsistance qu'un demi-arpent do terre cultivée. » Licbig nous donne l'e-xplicatiou scientifique de ce fait Il est
‘ « Une nation de chasseurs, sur un espace limité, est absolument incapalile de s’accroître au delà d’un certain point, qui est bientôt atteint. Le carbone nécessaire à la respiration ne peut s’obtenir que des animaux, dont un nombre limité peut seul vivre dans l’espace supposé.
es animaux reçoivent des plantes les principes élémentaires de leurs oigancs et de leur sang, et les transmettent aux sauvages ([ui ne vivent que de leui chair. Mais celte cliair ne contient plus alors les principes bpn azotés qui, chez l’animal vivant, ont servi à entretenir le mécanisme
FORMATION DES TERRAINS
donc évident cpic les individus d'une tribu, au moment de se lormer en communauté agricole, doivent être répandus sur im grand espace et séparés les uns des autres par de longues lietances. Et il est extrêmement probable même cpic le premier cul lyatenr a été un homme ejue sa faiblesse physique avait empeche de suivre ses compagnons dans leurs migrations.
LU individu, ou une communauté d'individus, ayant si peu de ressources, ne peut entreprendre de cultiver un ter- ■ qui exigerait de grands trav.aux do jiréparation. Les .1 lees couvertes de grands arbre.s, iju'il faut couper et encv ei , les marais, imprégnés d'eau, (pi'un énergifjue drainage convertirait en fertiles prairies, présentent à uL peuplai pauvre et faible des difficultés insurmontables. Le mauvais air , cause par la décomposition de l’épaisse végétation des basses terres, engendre des fièvres, qui s’opposeraient à toute ntatii e de cultiver les fertiles bas-fonds i, quand même les
Ist irorb„'ae”ar'^?“r "“T“' ^
le sucre Mak 1, i î ™"'Pl““i- ‘’ami'io.l cl
suc, c. Mais qunise livres de viande ne conlicniicnl pas plus de car-
I ne que quatre livres .famidon i et tandis que le sauvage, 1,'rc un lüïüèn ^ il’arnidon, pourrait so maintenir en vie et en
1 ”e sa ë à l ce r"' P™™™-- Iccarlioiie
exprêsël'’s1r lï"'" •’ - Ica
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.'I. ,1e llnmlmldt. dans les Asyeds de te nature, eoiielnl qu’il y a pro-
LF.l'R .tD.VPTATlON A l’oCCUPATION ET A LA CULTURE. \1
colons auraient le pouvoir de les déblayer et de les dessécher, quand même ils auraient une provision suffisante d'aliments pour attendre la récolte, qui ne peut venir qii’après cet énorme travail préliminaire. Mais leurs moyens d’îiction sont nuis, et le besoin d’aliments est pressant et imphicable. Ainsi, non-seulement tout les invite, mais tout les force à commencer la culture sur le sol léger et maigre des versants élevés, on il n’y a pas de dessèchement à faire, pas de gros arbres à couper et à enlever, où l’on peut tracer des sillons avec un simple morceau de bois, et dont le produit payera promptement un travail facile, qui ii’a besoin d’appeler à son aide ni les combinaisons de la mécanique ni la force des animaux. La réculte sera petite ; mais, si faible qu’elle soit, c’est encore pour le cultivateur plus d’aliments que n’en avaient ses sauvages ancêtres, quand ils parcouraient, en chassant, mi espace mille fuis plus grand, où paissaient leurs troupeaux dans des prairies naturelles. Si, pendant que sou grain pousse, le laboureur est encore obligé de pourvoir à sa nourriture par la chasse et la pèche , du moins, quand sa moisson est faite, il a des provisions jusqu’à la moisson prochaine. Cette avance lui permet de consacrer une partie du temps qui n’est pas absorbé par la culture à inventer et à confectionner de meilleurs instruments, à mieux abriter sa lamille et ses provisions, et à soigner les animaux qu’il a pu apprivoiser. C’est toujours le premier pas qui est pénible et coûteux. L’excédant d’une année, l’accroissement et le jverfectionnement qu’il permet d’apporter dans l’outillage, donneront, l’année d’ensuite, un excédant plus considérable. Le cultivateur peut alors creuser la terre plus prufundément,
Jtabilile que les premiers colons de l’Amérique du Sud vinrent d'un pays fioid, {larce qu’ils habitèrent de préférence les hautes terres. « Dans le Me.xifjue et le Pérou, dit-il, on ne trouve de marques d’une haute civilisation ([lie sur les plateau.x élevés. Aous avons vu, sur les Andes, des nimes de palais et de bains à des élévations de J.titX) cl l,8tXl toises (10,200 cl 11,510 jiieds anglais), »
FOltMATlON DES TEKttAlNS,
et obtenir ainsi une plus riclic récolte. Il peut aussi abattre les plus petits arbres, étendre ainsi le cercle de ses opérations, et mettre en activité les puissances d’un sol déjà plus productif. Ses enfants, en grandissant, prennent part à ses travau.ï ; les plus jeunes et les plus faibles s’emploient aux travaux les plus faciles qui, autrement, prendraient une partie du temps de leur père, et les plus forts joignent leurs efforts aux siens pour accomplir ceux qui, impossibles à un seul
bomme, sont aisément et promptement achevés par trois ou quatre.
A mesure que les familles croissent en nombre, et que do nouvelles se forment par des mariages, elles s attaclient naturellement au sol sur lequel le mari ou la femme ont pris naissance. Les mêmes causes produisanl les mêmes effets sur les hommes placés dans des conditiuns semblables, les preniiers terrains soumis à la culture doivent avoir été ceux qui s étendent le long du sommet des collines, sur le même niveau général. Le moyen que ces nouvelles familles ont
de s éloigner le moins possible, c'est d’occuper la terrasse immédiatement au-dessous, ou la bande inférieure du même versant. Elles s’établissent ainsi sur un terrain d’une plus grande fertilité; disposant de plus grandes facilités d’association et d’un matériel plus nombreux et plus complet d instruments de travail, elles peuvent mettre en culture ces terres que leurs pères ne pouvaient atta([uer. De génération en génération, les progrès de l’agriculture s’étendent, dans le même sens, des terrains moins fertiles aux terrains plus fertiles. Il en résulte nécessairement une facilité croissante de production, une plus grande quantité d’aliments obtenue d’une même quantité de travail, et, conséquemment, une plus grande quantité de travail disponible pour d’autres emplois que la production immédiate de la subsistance. La division du travail qui en résulte, et le vaste accroissement du pouvoir appliqué indircciement h Li sub.sistancc d’une bociete qui s’accroît, sont des olijets que nous u’avous pa,.
LEUR AD.U'TATION A L’oCCLP.VnON ET A LA CI LTIRE. 41)
encore à étudier. Il n’est pas nécessaire non plus d’examiner longuement la méthode par laquelle l’homme, imitant les procédés de la nature, reporte sur les terrains plus anciens et plus maigres, pour les féconder, les éléments de fertilité qu’il lire des terres nouvellement cultivées. Le seul fait qui doit, pour le moment, fixer toute notre attention, c’est que la marche naturelle de la société, quand elle prend possession du sol par le travail, est de passer des terrains les moins productifs aux plus productifs ; et, par conséquent, de partir de la faiblesse et de la pauvreté pour arriver à la richesse et à la puissance.
Il est très-remarquable c|u’un fait d’un caractère aussi frappant, et qui entraîne des conséquences si importantes, n’ait jamais été observé, ou, s’il l’a été, qu’il n’ait jamais été signalé comme se présentant universellement dans l’histoire de chaque communauté, jusqu’à ce qu’il fût publié par M. Carey, dans son Past, Présent and Future, imprimé en 1848 , et qui marque cette année comme une nouvelle ère dans les annales de l’économie politique. Il le présente comme une loi de la nature, comme une manifestation et une forme capitale de la grande loi du progrès. Non-seulement ce fait avait échappé à l’attention des économistes, avant M. Carey; mais, pendant près de quarante ans, tous les savants en Angleterre et une partie de ceux du continent avaient cru, et heaucoup d’entre eux continuent à croire, que le fait et la loi sont précisément l’inverse du fait et de la loi qu’il a établis.
En 1815, Malthus publia son Essai sur la nature et le jyrogrès de la rente. La théorie qu’il y énonce avait, il est vrai, été présentée quelques années auparavant par M. Anderson, et M. West avait aussi publié une brochure contenant, en substance, les mêmes vues que celles de Malthus. Ces deux ouvrages avaient paru à des époques si rapprocliées l’une do l’autre, que l’on pense rpie chacun de ces écrivains ignorait les idées de l’antp, aussi bien que celles d’Andei-
formation des terrains.
son. Cependant, cette théorie s’est identifiée avec le nom do
Alalthus, et encore plus intimement avec celui de Ricardo,
qui, Lientùt après, en fit la base d un système, et présenta
les déductions qu’on pouvait lép^itimement en tirer, avec un
tcdent qui a fait oublier les véritables inventeurs de cette
doctrine. Nous préférons donc la présenter dans les termes de Ricardo.
Lorsque des bommes font un premier établissement dans une contrée riche et fertile, dont il suffit de cultiver une Ires-petite étendue pour nourrir la pujuilation, ou dont la culture n ’exjge pas plus de capital que n’en possèdent les colons, d n’y a point de rente; car.qui songerait à acheter le droit de cultiver un terrain, alors que tant do terres restent sans maître, et sont, par conséquent, à la disposition de quiconque viendra les cultiver?... Si la terre jouissait partout des mêmes propriétés, si son étendue était sans homes et sa qualité uniforme, on ne pourrait rien exiger pour le droit de la cultiver, à moins que ce ne fût là où elle devrait à sa situation quelques avantages particuliers. C’est donc uniquement parce que la terre varie dans sa force productive, et parce que, dans le progrès de la population, les terrains d’une qualité inférieure ou moins bien situés sont défrichés, fju’on en vient à payer une rente pour avoir la faculté de les exploiter. Dès que, par suite des progrès de la société, on se livre à la culture des terrains de fertilité secondaire, la rente commence pour ceux de premier degre, et le taux de cette rente dépend de la différence dans la qualité respective des deux espèces de terre. Dès que 1 un commence a cultiver les terrains de troisième qualité, la rente s établit aussitôt pour ceux de la seconde, et est réglée de même par la différence dans leurs facultés productives. La rente des terrains de première qualité hausse en mêiiie temps, car elle doit se maintenir toujours au-dessus de celle de la seconde qualité, et cela en raison de la différence de produits que rendent ces terrains avec une quan-
I tité donnée de travail et de capital. A chaque accroissement j de population, qui force un peuple à cultiver des terrains
d’une qualité inférieure pour en tirer ses subsistances, le loyer des terres supérieures haussera.
; Supposons que les terrains n°® 1, 2, 3 rendent, moyen-
nant l’emploi d’un même capital, un produit net de f 00, 90 et 80 quarters de blé. Dans un pays neuf, où il y a J, quantité de terrains fertiles, par rapport à la population, et où, par conséquent, il suffit de cultiver le n" f, tout le produit net restera au cultivateur et sera le profit du capital qu’il a avancé. Aussitôt que rauginentation de population sera devenue telle qu’on soit obligé de cultiver le n« 2, quille rend que 90 quarters, les salaires des laboureurs I déduits, la rente commencera pour les terres n° 1; car il faut ou qu’il y ait deux taux de profits du capital agricole, ou que l’on enlève 10 quarters de blé, ou leur équivalent, du produit n“ 1 pour les consacrer à un autre emploi. S Chic ce soit le propriétaire ou une autre personne qui cultive le terrain n® 1, ces 10 quarters en constitueront toujours la rente, puisque le ciilth'ateur du n” 2 obtiendrait le même , résultat avec son capital, soit qu’il cultivât le n° 1 en pavant dix quarters de blé de rente, soit cpi’il continuât à cultiver le 11“ 2 sans payer de loyer. De même, il est clair que lorsqu’on aura commencé à défricher le terrain n“ 3, la rente du n“ 2 devra être de 1 0 quarters de blé ou de leur valeur, tandis que /a rente du 1 devra atteindre 20 quarters; le cultivateur du n“ 3 ayant le même profit, soit qu’il cultive le terrain n“ t en payant 20 qiiaters de rente, soit qu’il cultive le 11“ 2 en en payant 1 0, soit enfin qu’il cultive le n“ 3 sans payer de rente.
Telle est la théorie connue sous le nom de Doctrine de la
I rente, de Ricardo, et célébrée coiiime le plus grand effort de
l’économie politirpie , depuis l’éqKtqiie d’Adam Smith. Le seul point de celte tlu'orie qui nous intéresse à présent.
c’est celui où elle pose comme un fait indubitable que les
J *2 FORMATIUX DKS TEKRAIXS,
terrains soiiniis les premiers à la cultur<î sont ceux qui étaient doués de la plus grande fertilité, et que, par suite du progrès de la société, les hommes sont continuellement forcés d’avoir recours à ceux d’une moindre fi'condité. Ceci a fourni à Malthus une explication facile de la prétendue tendance de la population à augmenter plus rapidement que les moyens de subsistance. S’il en était ainsi, chacune des générations successives obtiendrait ses aliments avec une difficulté toujours plus grande ; il lui faudrait employer une plus grande proportion de son temps et de son travail à satisfaire ses premiers besoins, à soutenir l’existence purement végétative de la race ; et il ne lui resterait qu’une proportion toujours plus faible de temps et de trax'ail à appliquer aux arts niécaniques, ou à toute autre espèce d’industrie qui no tend pas directement à la production d(îs aliments. Tel serait le premier eTet de cette loisur la condition de la race buniaine en général. Elle a d’autres conséquences non moins remarquables sur la position et le degré de bien-être relatif des diverses classes de la société : nous les examinerons en temps et lieii,et le démenti formel que leur donnent les faits sera pour nous une preuve décisive do la fausseté de cette théorie.
C’était une idée très-plausible que, les bommes, «ayant toute la terre dex-ant eux et pouvant choisir », eussent choisi tout d’abord les terrains qui poux'aient donner à leur travail les plus grands résultats. Et il fallait bien qu’elle fût XTaisemblablo pour qu’elle ait été si généralement acceptée, et qu’elle soit restée si longtemps sans contradiction. Mais elle était manifestement basée sur cette bypotlièse : que les hommes, dès l’origine de l’agriculture, ont eu le- 'pouvoir de déblayer et de labourer indifféremment les terrains fertiles ou les terres arides, et qu’ils n’avaient qu’à choisir entre des choses également faisables, l’une offrant de plus grands avantages, et l’autre de moindres.
Nous avons déjà présenté, d’une manière très-sommaire, mi abrégé des considérations par lesquelles M. Carey q
LEUR ADAPTAÏIOX A l’oCCITATION ET A LA CC'LTUUE.
prouvé qu’une analyse plus attentive aurait indiqué une marche précisément contraire à celle imaginée par Ricardo. Ce dernier a entièrement oublié l’absence totale ou la mauvaise qualité des instruments, cause qui, à l’aurore de la civilisation, a dû partout forcer le choix de l’homme, en limitant son pouvoir. Ce fait universel, que personne ne conteste , suffirait seul pour faire adopter une hypothèse contraire à celle de Ricardo.
Mais la question est résolue d’une manière plus satisfaisante par un appel à l’histoire ; car il s’agit d un fait. Quelle a été la manière de procéder des hommes, quand ils ont pris possession des pays que nous voyons occupés depuis longtemps, et qu’ils les ont cultivés ? Quelle est leur manière de procéder, telle qu’elle nous est présentée par les communautés contemporaines, à différents degrés de progrès ? Notre raisonnement, basé à priori sur des probabilités, pourrait être erroné ; car l’omission d’un seul élément fausse quelquefois un calcul tout entier, et nous pourrions n’avoir pas fait à cet élément la part qui lui revenait ; mais nous sommes parfaitement certain qu’une erreur de ce genre n’est pas possible dans l’étude pratique des faits. Toutes les causes qui pouvaient influer sur le résultat ont certaine-
ment agi, qu’on ait observé ou non leur existence. C’est à cette pierre de touche que M. Carey a soumis la question. Il trace l’histoire de la colonisation des différentes sections de notre pays, du Mexique, des Indes occidentales et de l’Amérique du Sud, et fait voir que partout les premiers colons ont occupé les terrains secs et légers des hautes terres, laissant à leurs successeurs la tâche de déblayer les vastes forêts dos vallées, et de dessécher les marais le long des rivières. Partout où nous allons, nous trouvons que plus la population est dense et la niasse de richesses grande, plus les bons terrains sont cultivés ; tandis que, partout où la terre est abondante et la population rare, on voit la culture s’éloigner des bords des courants d’eau, et se tenir le long des crêtes
^4' FÜUMATION DES fEURAI.XS,
des collines. Dans les régions assez civilisées pour que les canaux et les cliemins de fer y soient en usage, chaciiii peut vérifier le fait, en observant combien l’aspect est différent, des terres qui bordent leur parcours, et de celles qui avoisinent les \ ieilles routes. On voit presque toujours ces dernières gravir le sommet de chaque colline qui se trouve dans le voisinage de leur direction générale, môme quand, au point de \ ue de la distance, il n y a point d’éiconomie à passer sur la hauteur, au lieu de tourner sa base. En effet, on remarque généralement que la longueur d’un chemin de fer, qui joint deux villes très-éloignées l’une de l’autre, est plus courte que le parcours de la vieille.route, qui formait auparavant le moyen de communication entre elles, quoique la V oie ferrée soit, de plus que la route ordinaire, soumise à des conditions c]ni lui interdisent de raccourcir la distance en augmentant les pentes. Mais la grande route est bordée de champs cultivés et de maisons. Elle avait été faite pour faciliter les communications entre ces dernières; elle avait été tracée par les pieds des hommes, avant qu’elle fût marquée par l’agent voyer ; et le but pour lequel elle avait été construite l’a forcée de suivre la population, sans égard pour la peine que sa pente rapide donnerait aux attelages cjui devaient la parcourir. Le chemin de fer est, au contraire, construit par des ingénieurs dont la mission est de réduire la furce qui doit traîner de lourds fardeaux à son minimum, eu égard à la distance et à la pente. Il s’élance à travers les marais et les forêts, comme s’il voulait fuir les habitations des hommes. Elles s’élèveront un jour à ses cotés, car il a desséché les marécages et a fait pénétrer la lumière du soleil au sein des sombres forêts ; mais, quand un chemin do fer vient d’être ouvert, nous sommes communément frappés de voir cet ouvrage, chef-d’œuvre de l’art, jeté, sans intermédiaires, au milieu du contraste de la nature la plus sauvage L
’ « La colline Tiirlle-Creek se trouve sur le passage de la roule ceu-