CHAPITRE VIII
Industrie commerciale.
ISous avons tu , dans les chapitres précèdent, quels sont les moyens d'opérer des deux industries qui ont pour but , l'une de créer les matières premières, l'autre de les transformer et de les approprier aux nuages divers des consommateurs. Nous allons maintenant fixer l'attention du lenteur sur cette troisième branche de l'industrie , qui est destinée à donner une valeur réelle aux produits, en les rapprochant de ceux qui les consomment.
L'industrie commerciale a pour but démettre le sceau à la valeur des objets, en réalisant leur échange; elle s'empare des produits excédans du travail, de ceux que le producteur ne veut pas consommer , et qu'il veut offrir en échange direct ou indirect de ceux qu'il désire con-
Sans les puissances de l'industrie commerciale, les particuliers et les peuples ne consommeraient et ne produiraient par conséquent que ce qui leur serait individuellement nécessaire, la production bornce alors aux besoins locaux ne créerait plus de richesses , la population resterait slalionnaire d'abord , et aux premières calamités agricoles on manufacturières, qui viendraient à se déclarer, les peuples, dans 1 absence de moyens d'échange avec leurs voisins, seraient décimés par la famine et la privation des objets
destines à protéger la vie de l'homme contre le» causes extérieures de destruction.
Par l'industrie commerciale, au contraire, les deux autres industries sont vivifiées ; elle est l'une des sources les plus fécondes de la prospérité des nations , elle crée leurs véritables richesses qui gisent dans la valeur effective, c'està-dire prouvées par l'échange des produits du sol et des manufactures. On sait que les produits avant l'échange sont sans valeur réelle, et qu'ils ne sont d'aucune utilité pour le consommateur et pour le producteur, et que le commerce solde, aux différens producteurs qui ont extrait et transformé un produit, les avances qu'ils ont faites, plus tes bénéfices du capital. Le commerce livre au consommateur les différens produits que celui-ci transforme ou consomme reproductivement ou improductivement.
S'il les consomme improductivement, la richesse nationale est diminuée, mais le consommateur a satisfait à un besoin moral ou matériel; le con ■ traire a lieu si le consommateur emploie les produits qu'il reçoit du commerce d'une manière reprodtictive. L'opération de l'échange augmentant la valeur des produits, le commerce qui s'y livre accroît la richesse de l'état de tout ce surcroit de valeur. L'augmentation de >aleur créée par le commerce se mesure par la différence qui se trouve entre le prix des objets sur le lieu de leur production, et le prix de ces mêmes objets, là où ils ont été transportés ef où ils sont demandés.
Une pièce de vin de Bourgogne, par exemple, coûtera 5oo francs prise dans la Côte-d'Ur; transportée en Russie , on en obtiendra 1000 fr. Ces mille francs constatent la valeur acquise sur place par le produit, et celle qui lui a été don-
ni'c par les services productifs du négociant, du voitnrier ou du matelot, ceux des commissionnaires et des commis qui se sont, chacun dans sa sphère . employés au transport de cette pièce de vin. Par le seul fait du transport de cette pièce do vin de la Côte-d'Or à SMPéterabaurg, l'industrie commerciale a augmenté sa valeur d'une manière évidente.
L'idée que l'on se forme du commerce est généralement trop restreinte, on ne rattache souvent à l'industrie commerciale que les opérations par lesquelles nu transporte les produits d'un bieu a un autre. Il faut comprendre, dans cette branche importante de l'industrie, toutes les opérations qui consistent à acheter en gros pour revendre en détail. En effet, faire le commerce, c'est rapprocher du consommateur les objets de consommation; or il est évident que celui qui achète sur la place de grandes quantités de savon, par exemple, pour lesvendrepar portions, rapproche ce produit de la bourse moîleste du petit consommateur , qui ne pourrait acheter plus de quelques livres de ce produit.
Il y a trois manières de faire le commerce, c 1 est-a-dire qu'il s'effectue sur trois échelles. On peut se livrer aux opérations commerciales sur le marché local, sur le marché national, et surlemarcAeVira^er.Ilacquiertuneplus grande importance selon qu'il s'élève de l'un à I antre.
Dans le marche local, les denrées n'ont qu'une valeur bornée à la consommation circonscrite de la localité, elles sont destinées à satisfaire aux
Jouissances ou aux besoins d'un fort petit nomire de consommateurs.
Dans le marché national , qui a pour tlie'àtre tout le territoire d'une nation, le cercle des consommateurs s'élargit, les valeurs augraen-
tent , parce qu'il y a une plus grande reuce d'acheteurs, la marchandise y est pins souvent demande'e qu'offerte, l'échange s'y opère plus facilement.
Le marché étranger que l'exportation alimente, offre un bien plus vaste champ encore aux spéculations commerciales-, l'univers leur est ouvert, et les peuples entre eux sont les concurrens dans cette vaste arène. C'est sur le marché étranger que les produits acquièrent leur plus haute valeur. C'est sur ce marché que les nations et les particuliers s'enrichissent plus rapidement. C'est au commerce que les nations sont redevables des avantages immenses que procure le marché étranger. C'est pour cela que celles qui ont bien compris les phénomènes de la formation des richesses , ont favorisé l'industrie commerciale de toute leur puissance , voyez l'Angleterre.
Si l'on restreignait la France à son marché national , elle perdrait une partie de sa foi tune publique, et un grand nombre de familles seraient ruinées ; une foule de branches d'industrie languiraient et seraient bientôt anéanties, la population décroîtrait avec rapidité , les capitaux chercheraient d'autres emplois productifs ; il y aurait , eu un mot , perturbation générale dans ^économie sociale.
pays bien administré doit s'étudier à fournir tous fes moyens de succès passibles à l'industrie commerciale. Il ne faut pas l'encourager plus que les deux autres industries, mais il est importantde ma intenir l'équilibre entre les trois branches. Il est des cas oit l'une demande plus ^•■r.r n „r HD (. m «« l'autre. En général, on "■ ït ensemble; c'est biea-étre des na-
tiens ; elles ne peuvent point marcher isolement sans amener des catastrophes. L'industrie agricole sans l'industrie manufacturière ne fournirait qu'à nos besoins physiques de la manière la plus incomplète, et les deux industries réunies, sans le commerce, seraient loin de prospérer, elles ne créeraient que les produits nécessaires à la consommation des producteurs. Le commerce, si les deux autres brandies d'industrie languissaient après ses nombreuses exportations, aurait dégarni le pays des produits nécessaires à son bien-être.
On le voit, c'est de l'harmonie parfaite des trois branches d'industrie que doit naître la prospérité' des peuples. Cette prospérité' t'.ent aux progrès de l'industrie, et les progrès de l'industrie se constatent , non pas par l'état de la production, niais par l'échange, etc'estle commerce qui opère l'échange. Le commerce peut donc être cousidéré comme le thermomètre à-peu-près exact de la prospérité publique. L'un des signes certains des progrès de l'industrie dans une contrée' f c'est la création de produits nouveaux qui peu vent être vendus à bon marché. Mais la richesse nationale serait peu accrue si ces produits nouveaux n'acquéraient point, par les phénomènes du commerce, toute leni' valeur vénale.
Plus i>ne nation produit d'objets qui peuvent figurer dans les marchés étrangers % plus elle voit s'accroître sa richesse. Cela se conçoit, lorsque l'échange des produits s'effectue sur les grands marchés plutôt que sur les marchés moyens, ou les petits marchés; ils y acquièrent toute la valeur dont ils sont susceptibles.
Sur le marché local , les produits n'atteignent que leur valeur de production qui paie les salaires de ! ouvrier, les revenus du capital et les
profits du propriétaire; la richesse est ainsi bernée , tandis que par le transport des objets de consommation sur les grands marchés, la valeur de ces objets est accrue de toute la différence qu'il y a entre leur prix au marché local et leur prix ait marché étranger.
Il est certain que la prospérité' de l'Angleterre serait moindre de plus des quatre cinquièmes, si son commerce se fut borné au marché local et national. La consommation limitée n'eut point nécessité une augmentation de travail , l'accroissement de la population n'aurait pas eu lien, et les immenses richesses qu'elle a amassées n'auraient jamais été réalisées. Il est vrai que l'injuste répartition de ses richesses fait presque dégénérer en calamité ce qui devrait être pour elle une source de bonheur public.
Un des immenses avantages de l'échange des produits sur les marchés étrangers, c'est que cet échauge est pour ainsi dire sans limites, puisqu'il s'exerce sur tin si vaste théâtre ; tandis que 1 échange sur les deux autres marchés a des bornes nécessaires et même assez circonscrites.
Que l'on suppose l'Amérique, si fiorissaule maintenant sur tout son littoral septentrional et méridional, sans communication avec l'ancien monde, que deviendra sa prospérité? Ses produits consommés par les nationaux seulement, seront réduits à une quantité fort minime; les capitaux, loin d'augmenter, diminueront; les facultés productives seront restreintes ; les populations languiront en ne produisant rien au-delà de leur consommation, el bientôt la civilisation du temps des Incas sera la seule que pourront supporter des peuples abâtardis par la misère et l'isolement.
Avec son commerce immense et actif, au con-
sont ouverts, ses produits y viennent acquérir toute leur valeur , ses capitaux s'accroissent, ses industries prospèrent dans toutes leurs brandies, sa population est en progrès, sa consommation reproductive fait sa prospérité, qu'une sage liberté augmentera sans cesse, si elle parvient k modifier son système financier;
Le commerce peut vivifier les contrées les plus arides, les contre'es circonscrites dans les limites les plus e'troites, II les met en rapport avec les pays voisins , et les plages lointaines, en ouvrant de nombreux débouchés ; il excite leur génie industriel. Si elles ne sont pas assez riches des produits de leur sol, mais 'que leur position soit favorable à la création d'une sorte d'entrepôt , de marché , pour les objets de consommation créés par d'autres contrées plus favorisées qu'elles en apparence , elles sont !e point central d'une multitude de transactions qui se croisent en tous sens, elles peuvent alors se couvrir de manufactures, et voir leur prospérité grandir avec rapidité, L'Angleterre et la Hollande offrent l'exemple d'une prospérité due au génie commercial et manufacturier.
Si un jour la France, calme et paisible au milieu d'une paix solidement assise, pouvait négliger un peu les hautes spéculations politiques pour s'occuper davantage des théories commerciales les plus ralionelles, si ses gouvernans , moins occupés de leur position personnelle,
Prenaient plus k cœur ses intérêts matériels, ienlôt son sol fertile sillonné de roules et (le .canaux, ses industries affranchies, ses travailleurs heureux et honorés, la rendraient l'entrepôt du monde entier.
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position géographique, l'une des plus
avantageuses qui se puissent trouver, semble l'y avoir destinée. Baignée par le lac imposaut de la Méditerranée, battue par les flots de l'Océan, étendant ses belles provinces des Pyrénées aux Alpes et aux rives fécondes du Rbin , elle semble destinée à acquérir une importance commerciale dont l'Angleterre, dans son état actuel de prospérité, avec ses possessions des Indes où elle compte 70,000,000 de sujets , ne donne qu'une faible idée.
Aujourd'hui que les instrumens de l'industrie commerciale sont multipliés et perfectionnés, lorsque leur puissance dépasse toutes les prévisions humaines, il y aurait à mettre eu œuvre en France des élémens de prospérité tels que la condition du pauvre serait promptément améliorée sans nuire le moins dii monde à la position du riche.
Au lieu de s'arrêter aux systèmes injustes, mesquins et ruineux des prohibitions qui ont pour résultat de prohiber le bonheur public ; au lieu de favoriser quelques privilégiés au détriment des masses, il faudrait ouvrir des débouchés nouveaux à l'intérieur et à l'extérieur, affranchir l'industrie et créer de nouvelles forces consommatrices en rapprochant les distances.
Lorsque l'industrie des peuples ne sera plus monopolisée, le vrai secret de leur prospérité sera «ans le rapprochement des dislances , qui ouvrira des voies de consommation inconnues. Mais qu'espérer d'une nation assez imbue de
S réjuges économiques pour compter une foule 'hommes qui , bien qu'animés des meilleures intentions , disent aux industriels maîtres de forges : faites-nous du fer , du fer national ; nous le paierons plus cher , n'importe , nous aurons du fer français ; il sera moins bon , n'importe ,
il sera français. Ils disent aux industriels raflîneurs : faites-nous du sucre indigène, raffinez le sucre brut de nos îles seults; faites du sucre de betteraves, nous vous donnerons des primes, et nous prohiberons les sucres étrangers. jVous paierons le sucre le double de ce qu'il vaut, n'importe, nous aurons du sucre national.
Ils ne voient point , ces hommes abusés , que pour avoir des denrées nationales il en coûte un haut prix, ils ne voient pas que les prohibitions par lesquelles nous protégeons nos industries nationales, suscitent fa prohibition de celles de nos denrées que nous appelons naturelles , que ces représailles gênent le commerce d'exportation, ferment les débouchés, restreignent la somme de nos produits, et diminuent leur consommation.
Il ne résulte de ces erreurs économiques et de cet orgueil national mal entendu que le bienêtre de quelques producteurs , et le malaise des masses consommatrices. On enrichit, par l'application de ces faux principes d'économie sociale, quelques particuliers, privilégies nouveaux, qui sont obligés de faire payer la peine qu'ils
produits qui .sans leurs efforts n'y seraient point obtenus , mais qui seraient merveilleuse ment suppléés par des produits appropriés à la nature des lieux , par des produits de bonne qualité, ef par des produits, en un mot, d'une valeur échangeable plus considérable.
Toutes les prohibitions entravent le commerce en restreignant la consommation; avec la liberté la consommation décuplerait , la production aussi , par conséquent ; le pays où elle serait proclamée verrait s'accroître rapidement ses richesses , et bientôt les privilégiés eux-mêmes ,
d'abord lésés , trouveraient dans l'accroissement de la prospérité nationale des élémens de bonheur particulier qui les dédommageraient bientôt des perles qu'ils auraient éprouvées.
C'est peu a peu que cette liberté industrielle si désirable doit se réaliser ; elle doit arriver sans secousses pour ne point amener de perturbation dans les existences favorisées ; on n'y regarde pas de près quand il ne [s'agit que de compromettre les intérêts des masses, parce qu'elles ne savent pas d'où leur vient le malaise dont elles souffrent ; elles l'attribuent généralement à des circonstances indépendantes de la volonté humaine ; tandis qu'if est rare , au contraire , que les calamités publiques ne soient le fruit de 1 incapacité, de 1 incurie ou des calculs criminels des hommes. Mais les masses ne savent pas cela, aussi les ménage-ton fort peu. Les intérêts industriels, au contraire, qui seraient lésés par les grandes améliorations réclamées par la justice et la raison sont éminemment criards et exigeans, il faut leur pré]>arer une douce transition. Pour cela on ira lentement, et on aura raison ; les prohibitions seront remplacées par des taxes , les taxes seront peu à peu abaissées pour disparaît: e enfin et faire place à un système fondé sur la liberté.
Nous ne disconviendrons pas qu'en présence des peuples armés de toutes pièces contre notre industrie, nous ne devons pas rester sans défense ; mais nous ajouterons que la disparut ion des entraves commerciales d'une contrée abaisserait les barrières étrangères , et que de là concurrence industrielle naîtrait le bas prix des produits, ce qui en augmenterait considérablement la consommation.
On peut se faire une idée des effets de cette
augmentation de consommation par l'abaissement du prix de certains objets. Autrefois les tissus de coton , ou calicot, n'étaient point accessibles aux bourses modestes ; aujourd'hui les
Srogrès de l'industrie commerciale, ceux de l'in? ustrie manufacturière ont déjà rapproché ce produit d'un grand nombre de consommateurs, si bien qu'il est peu de personnes en France qui ne puissent se procurer (les tissus de coton.
Mais supposons que les nombreuses entraves apportées an commerce par les prohibitions , le défaut de moyens de transport et l'absence ou l'insuffisance des voies de communication, supposons que ces entraves viennent à disparaître , il y aurait bien plus de demandes, la consommation prendrait nu accroissement incalculable, le génie industriel de la fabrication simplifieiait encore, et rendrait moins coûteux les procédés industriels , afin d'entrer avantageusement en concurrence avec les manufactures étrangères , et tout le monde serait vêtu.
Si la législation sur les laines était modifiée., l'industrie commerciale vivifierait l'induslrie manufacturière , et le peuple serait mieux couvert Ainsi les lois de restriction , les systèmes prohibitifs et les privilèges industriels entravent le commerce , et par conséquent portent préjudice à l'industrie en général dont il est la fin. Il lui faut deux choses , des produits d'abord , et des voies de communication ensuite; maïs faciles , rapides et sûres, et avec ces deux choses la liberté.
Dans leur funeste aveuglement les gouvernans semblent ne point comprendre que la prospérité nationale amènerait le calme et la paix , que la glupart des guerres de peuples à peuples,, et presque toutes les guerres civiles sont le fruit de
la gêne des relations industrielles , que le grand développement qu'ils pourraient donner aux trois brandies de l'industrie tournerait lt leur ])vofit en jetant la prospérité dans toutes les classes de la société , et en augmentant le capital national. Leurs idées sont obscurcies parles exigences de ceux qui vivent des abus, et le point delà difficulté sociale leur échappe. Ils s'imaginent que s'ils froissaienl les intérêts de quelques familles ils mettraient la société en péril , et ne voient pas qu'ils la compromettent davantage , et en minent la base eu sacrifiant le bienêtre des masses. Ne devrai eu l-ils pas peuscr que ces masses auront un jour l'intelligence complète île leur position et qu'elles en exigeront l'amélioration. A quelques perturbations près, se diseiitils, nous pourrons marcher lony-lemps encore avec l'organisation actuelle; nous voyons, il est vrai , la société se soulever de temps en temps ; mais elle retombe toujours dans la meinc ornière.
TJn Jour, cependant, et il faut bien se pénétrer de cette vérité, un jour la vraie cause du malaise sera parfaitement comprise, et alors il faudra céder violemment, et sans compensation, la position privilégiée qu'on avait acquise, et qu'il aurait été prudent de laisser aller peu à peu sans secousse et sans perturbation.
Il est une vérité sur laquelle tous les gouvernemens modernes sont d accord : tous ont bien senti que le commerce avec l'étranger est une source de prospérité dont les effets sont incalculables, tous ils ont reconnu que par lui l'échange a reçu une direction nouvelle qui fait circuler rapidement dans toutes les veines du corps social la richesse puhlique qui grandit par les prodiges qu'i! fait naître, et cependant, chose
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étrange , ils n'ont pas craint de lui créer des entraves ; tout en se rendant compte de sa puissance productrice, ils lui ont refusé les démens de son activité, ses matières premières, à lui, c'est-à-dire les produits. En effet, en entravant la production par d' énormes impôts, eu appelant la prohibition par la prohibition , en fermant les débouchés, ils paralysent les forces industrielles et limitent d'une manière funeste l'excédant de produits sur lequel travaille le commerce à l'étranger.
En France le produit vignicole, déjà d'une si haute importance commerciale, pourrait être une source immense de prospérité publique si l'industrie qui le fait naître n'était frappée d'entraves nombreuses. Il est atteint dans l'impôt foncier, dans l'impôt indirect, dans l'octroi, dans les lois de douanes, partout. Une armée de collecteurs en fait l'objet de persécutions odieuses dirigées contre le cultivateur , le propriétaire , le commerçant et le consommateur. C'est ainsi qu'on empêche l'extension de la production d'une denrée dont le commerce à l'étranger quadruplerait la valeur.
On prétend pousser au développement de l'industrie commerciale, et l'on étreint odieusement l'industrie agricole dans la création de son produit le plus important ! Ce que nous di sonslà de l'industrie viguicole peut s'appliquer à d'autres industries; et cela est d'autant plus dé-
Slorable, qu'en privant le commerce étranger c ses e'iémens , on diminue la puissance d'un grand moyen de civilisation.
En effet l'industrie commerciale doit être envisagée non -seulement sous un point de vue économique , mais encore sous un point de vue philosophique. Elle hâte les progrès des peuples
dans la carrière de la civilisation, elle-les rapproche dans leurs diverses fractions, et entre eux. Elle opère la diffusion des lumières. L'industrie commerciale est mi canal civilisateur par lèquel les idées d'ame'lioration sociale et de bien-être s'infiltrent dans les grandes réunion* d'hommes. Un peuple bar tare se civilise promptement s'il entre en relation avec des peuples plus avancés que lui. Cet effet produit à dis-; tance peut, à plus forte raison , avoir lieu dans le sein même d'une nation lorsque quelques^ unes de ses parties sont restées dans l'ignorance.
On peut le dire sans crainte d'être démenti, si la Vendée, par exemple, avait eu plus de moyens d'échange, elle aurait produit davantage , le commerce l'aurait mise en rapport avec les villes dont les populations ont des idées sociales plus saines que celles des populations des campagnes; sans perdre sa croyance même reli ■ gieuse et sa foi politique , elle reconnaîtrait qu'une résistance partielle ne conduit qu'à l'affaiblissement du parti qu'elle sert, et elle perdrait bientôt son âpreté inorale, sans abdiquer son énergie.
Pour ramener la Vendée clans une voie meilleure il faudrait avant tout la faire produire en lui ouvrant des débouchés nombreux; il faudrait y introduire de bons procédés agricoles, y élever des manufactures qui occupassent les bras et les têtes. Il faudrait y apporter et y faire naître des élémens d'industrie qui , en se vivifiant les uns les autres, la conduiraient promptement à la prospérité et au calme. Avec des routes , des ponts , des canaux , des chemins de fer, l'industrie naîtrait comme par enchantement, et avec elle le bonheur, la paix et la civilisation.
L'absence des moyens d'échange, l'inactivité
action, les entraves créées par de
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de la pmdu;
«faction des Objets échangeables , il s'en un (ort et paissant dans l'absence des bonne; statistiques, c'est un obstacle général. "
M. Bérès, du Gers, ef d'autres économistes ont signalé cette lacune de la 'science économique comme supposant au développement de Hni dustriei a La science du cOminerçant, dit ce statisticien distiugué, qui repose spécialement surla connaissance précise tics pris d'achat et dè vente snt 1 chacun des lieux ôù fa marchandise se produit et passe a la consouiriiatioh n'a parmi flous autiin des élémens oui pourraient la fixer : aussi, au lieu des résultats d'un àft tout positif, nVt-elte que les cliances périlleuses d'une véritable-loterie, »
Quant au manufacturier : a Tantôt il ne produit pas un objet nécessaire, croyant à tort que (Vautres le produisent; d'autres fois, an contraire, comptant sur un débit fa'cilë/iî double sa fabrication , encombre par-là les marchés, et trop tard s'aperçoit d'une rivalité funeste . et qui ne se révèle à* lui que par les maux qu'elle lui cause ; .souvent enfin il demeure en arrière du progrès, npn par amour de la routine, mats parce qu'il ne' sait pas que le perfectionnement s'opère ailleurs. ' , : l' .H'iwhiî^
» L'agriculture pins limitée encore par la nature même des choses dans son cercle d* observations, ne sait auquel dés produits du sol 11 lui est avantageux de donner la préférence. II passe
sans règle de la culture de la vL-ne à celle céréales, de l'éducation des bœufs a est»
rhpnl An iki mnutnn W «It.c cri.i—k,» Ht
ïès choses à contre aeas, et t'est ainsi .ju ti arrive àmandire l'art précieux qui , s'il était phw e'dniré dans sa .marche, pourrait cependant faire sa richesse et sou bonheur. »
Pour arriver au bonheur et à la richesse, l'industrie aurait besoin non-seulement de connaître.par une statistique exacte, !es forces .productives et les besoins de son pays et de l'étranger; mais il lui faudrait avant tout l'affranchissement ue l'industrie qui est gnrottée par des entraves sans nombre. Toujours test-il que tes économistes reconni liront l'avantage qu'if y au- Mit à dresser , comme le dit fort heiiren sèment M. Berès, nn inventaire nationfa Avec lui les triis branches d'industrie seraient mbins sujettes à faire fausse route; elles marc lieraient plus sûrement > leur but: Mais il faut aussi le reconnaître, elles perdraient de cette audace aventureuse qui tente la fortune et trouve souvent des voies nouvelles, et de nouveaux débouchés, c'est-à-dire la réalisation de la valeur des produits , là où les calculs froids de la statistique n'auraient laissé présumer que dès écueils.
Disons un mût «e l'intermédiaire Ordinaire à'ii moyen duquel le commerce effectue l'échangé des produits que l'on ne veut pas consommer , contre lés Hrodtiîts qnè l'on a l'intention dé con^ sommer. Il faut que cet intermédiaire soit un objet préféré de tous- il est destine â fixer l'a tirix de l'ohjet, et ce prix est l'expression de & valeur, Cette valeur est éri hausse ou pp baissé setôh què l'offre l'emporte sur la demande ', 6ii lit démande sur l'offre.
^'intermédiaire de .l'échange est l'or oniVgeu* ;j et comme la nécessité de livrer de; la mon, naie a chaque échange entraînerait des fra.t
trop considérables, on a eu recours aux lettres de change, et aux opérations des banques.
Il ne faut pas confondre l'achat et la vente : dans le premier cas le consommateur offre de
producteur donne des objets de consommation pour de l'argent; mais comme cet argent n'est accepté dans l'échange que dans le but de se procurer plus tard des produits, par sa valeur essentiellement échangeable, ou doit en conclure que l'échange des produits contre de l'argent équivaut à l'échange des produits contre d'autres produits.
Quiconque achète, échange un produit à la création duquel il a concouru , ou qu'il a formé directement. S'il est producteur cela ne fait point de doute , s'il est propriétaire, oisif, cela est contesté. On se demande comment un homme qui ne produit pas peut acheter avec des produits ; comment un propriétaire de terres qui reçoit de ses fermiers le prix du loyer de ses fonds, échange des produits contre des produits. Cependant il est évident que le propriétaire a prêté à l'industrie agricole le premier et le plus important sans contredit des inst rumens du travail, il a concouru à la production par le prêt de sa terre , et il a dû recueillir le fruit de ce prêt au moyen de produits représentés par l'argent de ses fermiers. Nous ne disconviendrons pas que cette manière de produire est la plus agréable ; et qu'il serait à désirer que chacun piit produire ainsi; mais cela est physiquement impossible ; il faut donc se résigner à voir le petit nombre posséder le sol qui n'est point assez vaste pour que chacun en ait sa part suffisante, seulement il est juste et rationnel de laisser à chacun l'espoir et la chance d'arriver par le travail,
des produits, dans le second le
la bonne conduite el l'économie à la position du producteur loyalement oisif.
La différence qui existe entre les services productifs du capitaliste ou du propriétaire de terre, et les services productifs des travailleurs a fait rêver d'ingénieuses utopies. Quelques novateurs renversant le syftèrae actuel de propriété voulaient concentrer celle-ci entre les mains d'une théocratie seule juge de la capacité de chacun , et réglant seule la part du revenu de chacun selon son travail , c'étaient les Saint-Simoniens. Les Fouriéristes mettent la propriété en commun et l'exploitent par phalanges industrielles amenées par les passions humaines diri-
Ëées avec adresse vers un but utile à la société, es hommes recommandables qui ont éclairé bien des points obscurs d'économie politique, abandonnant la méthode d'observation, se livrent aux ingénieuses combinaisons de leur imagination ardente; ils créent un système de toutes
fièces pour un avenir qu'ils rêvent à leur guise. Is semblent oublier la société actuelle , et quand on leur oppose les inextricables difficultés que leur système rencontrerait dans son application, ils montrent du doigt un avenir tout au moins problématique. Ce n'est pus de l'observation des laits qu'ils déduisent h science économique, mais de leurs spéculations.
Tontes les idées nouvelles sur lu propriété ont été inspirées par les abus que les differens systèmes politiques ont accumulés, et non pas par le droit de propriété lui-même; car ce droit maintenu dans de justes bornes est le germe le
filus fécond de propriété publique. Bouleverser a propriété ce serait bouleverser la société tout entière, et comme le désordre pourrait se prolonger assez pour compromettre même son exis-
tcncc , les esprits les plus sages veulent faire disparaître les abus , mais non la propriété' , et considère!) t le propriétaire et le capitaliste comme producteurs par le seul fait du prêt de leurs inst ru mens de travail.
Cette modération est peu du goût de ceux qui veulent changer là constitution dé la propriété , et qui pensent que ce changement est lé cri , le besoin de l'époque. C'est ici que la peur dé l'inconnu, comme oit l'a dit en politique, doit fiiire reculer les novateurs. Détruisons hardiment les abus qui ont favorisé des agglomérations de fortunes , immorales , parce qu'élles sont injustes; mais ne détruisons pas la pro.
L'ilotisme, l'esclavage, le servage ont été" successivement détruits, la société a déjà subi de profondes transformations, pourquoi ne serait-elle pas transformée (te nouveau par un changement dans la constitution de la propriété?voilk le langage de ceux <(ui; les malheurs des travailleurs oui rempli de la plus louable sollicitude.
Nous répondrons a cela que les tiansl'ormalions que 1 on signale soDt arrivées peu-à-peu cl à de longs intervalles; à peine débarrassés du «rvage , nous voulons nous débarrasser aussi di s combinaisons de la propriété. A supposer qu'il y ait nécessité à le faire , ce que nous n'admettons pas, il faudrail que celle nécessité fût reconnue par des masses imposantes, et .que, les idées nouvelles sur cette matière eipset^ franchi les frontières françaises; sans, cela un, bai déversement partiel amenant des résistances générales, il y aurait effusion de sang , violence* et consolidation du système que l'on voudrait
détruire, système déjà réformé et consacré par U révolution de 89. ■ . i„ . . .;.
Nous le répétons donc, dans ht. crainte ds perturbations qui compromettraient la société tout entière, il faut se borner à demander de larges et profondes améliorations ; mais vouloir l'anéantissement de la base sur laquelle tourne toute l'organitation sociale , c'est se montrer téméraire et peu prévoyant.
Souvent , nous l'avouerons , la friponnerie et la , mauvaise. foi concentrent les instrument In travail dans des mains impures; rtlùs souvent aussi l'ordre,- l'économie, le travail, la moralité', les confient à des mains recomroandables.
Revenons aux phénomènes de l'industrié commerciale, dont cette digression sur la propriété nous avait détourné. - ...
JjÇ commerce local , national et étranger doit toujours , dans les échanges qu'il opère , réaliser lé remboursement de toutes les avances faites pendant les phases diverses de 1» production ; depuis la production de la valeur des matières premières, par leur extraction du sein de la terre, jusqu'à la production de leur valeur vénale, en passant par celle de leur valeur manufacturière. Il faut que tous les producteurs successifs soient rentrés dans leurs avances, ou il y a perte.
Plus les produits trouvent de déboueliés, plus la, richesae.d'un pays augmente. Si les débouchés sont bornés , les. produits ont moins.de valeur, on en crée moins, la nation s'appauvrit, Sftjs sonC, nombreux, les produits açquièrcnt uns grande valeur et se multiplient beaucoup , il styifosjBSriïR- nationale. c, .JUmMi sont . de, trois Sortes ; locatw, nttic-nau* et étrangers. Us débouché* locaux sont limités à la consommation de 1a localité 1
les débouchés nationaux ont toute l'extension des besoins de la nation , mais les débouchés étrangers sont, pour ainsi dire, saus limites. C'est par eux que s'écoule à l'extérieur l'excédant des produits dont le pays n'a pas besoin, pour les y rapporter sous diverses formes. Cet excédant resté sur les marchés local et national , y eût perdft sa valeur, et au moyen des débouchés, au contraire, il est consommé reproductive ment , et vivifie l'industrie daus ses trois branches.
Diverses causes restreignent ou augmentent lés débouchés. Le bas prix ou le haut prix des marchandises doivent entrer en première ligne parmi les causes d'augmentation ou de diminution des débouchés. Nous citerons, à cet égard, un exemple fourni par un économiste modtrne, que l'une des infatigables tribunes populaires , le Bon Sens , nous a révélé. M. Bérangej-, dans de fort bonnes considérations sur les machines, nous donne un exemple frappant des effets de l'abaissement du prix des objets, et nous démontre que cet abaissement en augmente la Tente.
« En 1790, dît-il, un mouvement de pendule coûtait i5o francs; tous ceux dont la fortune leur permettait d'en acquérir à ce prix s'en ap-
Erovisiounèrenf , et , lorsqu'ils en fuient fournis, ;s ouvriers horlogers se trouvèrent sans ou- «" vrage. Il fallut alors de toute ne'cessité choisir entre ces deux choses, renoncer à travailler, ou baisser les prix des mouvemens , afin de les mettre à portée des fortunes plus modiques de ceux qui n'auraient pas pu les payer i5o francs, et qui pouvaient les payer 120. Cette diminution eut lieu; elle redonna de l'activité au travail , et les horlogers firept des pendules jusqu'à
ce que tous ceux qui pouvaient payer les mouvemens î 20 francs en (tissent fournis. Pu is quand le travail vint encore à manquer , il fallut songer à de nouvelles machines ( pour se créer de nouveaux débouchés) qui, en fabriquant a meilleur marche', permirent d'étendre la consommation.
« On. imagina successivement d'e'lablir les machines à pignons, celles à dentures. Puis, plus tard , on se servit de de'coupoirs , de laminoirs, d'autres machines abréviatives qui furent émises , non pas toutes ensemble , mais snecessiment, et chacune d'elles correspondit à une diminution de prix du mouvement de pendiile.
Chaque fois que la production s'élevait au-dessus de la consommation, il devenait nécessaire de baisser les prix pour trouver des de'bouchés. Aujourd'hui les mouvemens de pendule sont à si bon marché, que presque tous les ouvriers de beaucoup de professions lucratives peuvent avoir une pendule. Lorsque tous ces ouvriers seront approvisionnés , il faiidra de nécessité que le prix des pendules diminue , afin que des ouvriers . moins aisés puissent h leur tour en acheter. »
On voit , par cet exemple, que l'abaissement du prix des marchandises leur ouvre de nouveaux débouche's. Cet abaissement active la production et les opérations commerciales , ou * d'échange. L'utilité des produits, c'ert-à-dirc les services qu'ils peuvent rendre, multiplie aussi les débouchés que l'activité de la production tend à augmenter.
La réaction de tous ces phépomènes économiques les uns sur les autres est sensible. C'est avec des produits qu'on opère l'échange; or, plus on produit, plus on peut échanger, plus
un pava contient de producteurs, plus il offre de débouchés; les producteurs multiplient les consommateurs, et plus ils produisent, plus ils consomment eux-mêmes. (
Ce que nous disons des producteurs* applique aux nations ; plus elles produisent, plus elles consomment, et par les phénomènes admirables du commerce, les produits de tous les climats divers circulent dans les contrées les plus reculées, pourvu qu'elles soient productive».
Mais, pour arriver à la plus grande extension des phénomènes du commerce , il faut bannir a jamais le système exclusif qui consiste a croire que tout ce que gagne un pays , un autre le perd. Rien d.- pareil n'a lieu ; c'est uneerremeiitrelenue par l'ignorance et par ceux qui profitent des fausses idées économiques en circulation chez Jes peuples. Lorsqu'un peuple gagne par un échange . celui nvec qui il échange réalise le même gain, car l'objet que chaque peuple reçoit acquiert plus de valeur entre ses mains qu'il n'en avait entre celles de l'antre. Les produit s échangés sont les uns et les autres a la convenance des deux peuples qui échangent, et tons deux, en se débarrassant d'un excédant de produits sans valeur pour eux, reçoivent une valeur supérieure, et font un bénéfice l'un et
Tes'peuplcs industriels doivent désirer d'être en relations avec d'aatrea peuples aussi avancés qu'eux eu industrie ; plus les .richesses des uns et des autres seront grandes, plus leurs échanges seront actifs . plus leur prospérité s'accroîtra. Il est donc de l'intérêt tien entendu des peuples de désirer la prospérité de leur» voisins. Concluons de là qu'if faut être très-sobre de resr triciions, et proscrire les prohibitions, et que
les restrictions elles-mêmes nu doivent être qu'une nécessité passagère amenée par l'état d'hostilité industrielle dés autres peuples.
Les prohibitions consistent à déipndre d'importer ou cl exporter tels ou tels objets manufacturés, telles ou telles matières' premières. Le plus ordinairement les matières premières sont frappées de prohibitions pour Texporlalion , et les produits manufacturés . pour 1 importation. Cette différence établie entre les produits repose sur une donnée fausse qui consiste à croire que ce que nous recevons de l'étranger pour des malières premières n'est pas tout profit , et que le contraire arrive quand il s'agit de produits manufacturés. Celte manière de considérer les choses ne souffre pas l'examen, caries matières premières livrées et payées remboursent des avances el soldent des profits, de même que des objets manufacturés. L'importance des objets livrés au consommateur étranger se mesure par la valeur de ces objets.
En définitive, il y a autant d'avantage à exporter des matières premières que des objets travaillés; seulement il v a déplacement de bénéfices parlicubers. Si nous livrons des malières premières, les profits seront pour une certaine classe de producteurs, sî nous livrons des matières ouvragées, les bénéfices seront réalisés par une autre classe de travailleurs; mais la nation aura autant d'avantage à exporter les uns que les autres , et pour elle les profits seront les mêmes.
Si l'état d'hostilité industiielle des nations étrangères ne permet pas la liberté entière , il faut qu'un gouvernement (avoriie,, autant que gosaible, l'exportation et l'importation, cjui soflt
des soin ces fécondes de la prospérité 1 des na-
Avec les prohibitions que l'on décore du titre menteur de système protecteur, on arrive à protéger quelques individus, et à Ic'ser les intérêts des masses.
On se plaint souvent du peu de débouchés ouverts à certaines marchandises; cela tient pour la plupart du temps au système restrictif gui frappe de droits qui équivalent à une prohibition les produits étrangers. Il faut savoir accepter des peuples les produits qu'ils créent, ou il faut s'attendre à ce que nos marchandises seront reponssées, et demeureront sans valeur.
Les planteurs de coton, les planteurs de cannes a sucre, si vous refuse?: leur colon et leur sucre, repousseront vos vins et vos autres produits. Vous protégerez quelques industries partielles, mais la richesse nationale en souffrira. Les denrées du pays auxquelles les marchés nationaux seuls seront ouverts , perdront une grande partie de leur valeur vénale, et les trois branches d'industrie souffriront.
Il est bon d'encourager l'industrie nationale par des tarifs restrictifs sagement ménagés et d'une courte durée ; mais il faut craindre de les multiplier, et d'accabler le consommateur en lui faisant payer plus qu'elles ne valent des denrées qu'ils auraient à bon marché , si l'on ne persistait pas à vouloir favoriser des industries souvent incapables par position.
La législation des sucres multiplie sans cesse les exemples frappans du mal que peuvent produire les prohibitions. Dans l'état actuel de cette législation , pour favoriser quelques raffineurs et protéger nos maigres colonies, nous sommes obligés de payer le sucre le double de
ce que le paient Ions les peuples qui nous BTois in en t.
Pour favoriser la culture dos cannes à sucre dans nos trois colonies qui, abandonnées à ellesmêmes, ne sauraient lutter contre les îles voisines, on a établi une surtaxe sur les sucres étrangers. On savait que celte eurUxe ouvrirait exclusivement nos marchés uationaux ans sucres de nos colonies, qu'il en résulterait bien une augmentation de prix sur cette denrée,
Jiarce que nos planteurs, pour rentrer dans eurs avances, pourraient nous faire la loi ; mais on supposait sans doute que là s'arrêteraient les effets de ces prohibitions. Ce à quoi l'on n'avait pas pensé , c'est que les nations dont nous repoussions les sucres repousseraient à leur tour nos produits, et que la perte serait immense pour l'industrie française en général.
Depuis la Restauration, le dommage causé à la nation par le tarif des sucres est immense. Il n'a pas seulement sa source, ce dommage; dans le prix exagéré du sucre , mais surtout dans les représailles de prohibitions exercées par les nations avec lesquelles nous étions en relations, et dont les marchés qui sont maintenant fermés à nos produits étaient pour nous de précieux débouchés. Mais il faut à toute force entretenir à grands frais irais chaudières à sucre qui fonctionnent plus mal que celles de tons nos voisins de colonies , pour la pins grande prospérité de quelques colons et de quelques raffineurs.
Si les prohibitions étaient remplacées par un droit très-peu élevé, le fisc y gagnerait, fa consommation du sucre serait peut-être quintuplée, et l'usage presque général de celte précieuse denrée contribuerait à donner un peu de bien-
être aux classes les plus laborieuses et les plus pauvres de la population.
Certes, nous ne voudrions pas que l'on fît table rase en détruisant brusquement les abus , en abolissant les droits d'enu-ée qui pèsent suc les marchandises étrangères, en ouvrant instantanément nos marches aux produits des deux hémisphères, Nous savons qu'il y a des existences à protéger, à ménager, nous savons que bien des avenirs, si l'on peut s'exprimer ainsi, ont été calcules et préparés sous I empire des» lob existantes, et que dans U destruction de ce qui est mal, il faut procéder lentement, avec mesure et prudence.
En ramenant peu à peu les choses à leur état normal, en faisant insensiblement disparaîtra les prohibitions et les taxes qui entravent le commerce étranger, la production nationale prendrait une extension jusqu'alors inconmie. Les produits manqueraient bien plutôt à la. consommation, que la consoinmaUoi) ne manquerait aux produits.
Et puis il faudrait enfin se pénétrer de cette grande vérité économique : un, peuple a toujours plus d'avantage à laisser faire aux autres nations ce quelles font mieux que lui; créer un genre d'industrie qui est inhabile a soutenir ?a concurrence avec l étranger au bout d'un certain temps, ce n'eslpoint rendre service à.sonpays.
Les, économistes prévoyans s'effraient d abnrd, lorsqu'il est question d'une industrie à cre*er dans une contrée. On a beau leur dire que le pays s'affranchira enfin par cette industrie du tribut , c est le mot consacre, qu'il paie à l'étranger; comme on ne paie pas de tribut, comme on dit, sans recevoir des valeurs en échange, ces belles considérations touchent peu, et ceu*
qui voient jpJtïs loin que le présent , se transportent par la pensée au temps où la pauvre industrie souffreteuse languit et crie merci. Elle de- , mande protection, et le gouvernement, dans son funeste instinct d'entraves , d'une main donne la croîs d'honneur au créateur rie la nouvelle industrie, et de ..l'autre lance la prohibition prolectrice du produit obtenu à grande peine dans une contrée placée dans des conditions peu favorables à la créât iou du protégé. Alors les peuples dont les denrées sont repoussées usent de représailles, et la nouvelle industrie malheureusement porte atteinte à la valeur de nos produits ; quelques individus y gagnent de grandes fortunes ; mais la masse dès consommateurs y perd doublement, elle paie plus cher des produits de qualité inférieure.
Un gouvernement sage et qui comprend sa mission , doit teudre à amener peu a peu la liberté du. commerce, parce qu'elle est la spvrcé la plus féconde de la prospéi lté des nations. C'est par elle que les trois branches d'industrie reçoivent toute l'extension dont elles sont susceptibles. Les marchés s'agrandissent, les relations sont sans limites , les débouchés se multiplient , la production est activée, la consommation s'élève et la population grandit ; eii un mot toutes fefl sources de la prospérité' publique sont fécon-
Lé système adopte' par les gouvernera ens modernes n'admet malhenrec sèment point la libérée". L'industrie commerciale est par eux circonscrite dans des bornes fort étroites quipara-
f* l les efforts de la production. Ceux quipre't sus destinées des peuples, plus occupes sont du maintien de leur pouvoir, que du être des sociétés , se forment une puissante
clientelle , c'est le palriciat des temps modernes compose' des industriels les plus riches et les plus intéressés au maintien des abus. Celle aristocratie de nouvelle espèce fait passer ses intérêts particuliers avant l'intérêt général. Les tarifs des douanes, diessés dans un esprit étroit et mesquin de privilèges particuliers sont maintenus avec une persistance intelligente, et les masses travailleuses souffrent toujours. L'ignorance est pour beaucoup, il faut l'avouer, dans le maintien de ces abus. On a cru long-temps que la prohibition était utile au pays qui l'exerçait, quand il s'agissait pour lui de protéger des industries nationales, et l'on supposait que l'avantage offert par les industries créées à grands frais, compensait merveilleusement la perte causée par les représailles étrangères.
Et pub les douanes qui embarrassent le commerce de tant d'entraves , ont un côté fiscal qui les rend chères aux guuvernemens. Elles assurent la perception de droits nombreux, qui ont le double but d'enrichir le trésor de l'Etat, et de satisfaire au* eiigences des glands industriels dont ils assu enl le monopole, et qui' se rallient toujours à la forme gouvernementale qui lés protège.
Les douanes pourraient être souvent utiles, si elles se bornaient à exercer une force restrictive modérée ; mais elles sont nuisibles en ce que elles exécutent de vraies prohibitions, tantôt avouées, tantôt déguisées sous le nom de taxes.
Elles favorisent la plus odieuse des injustices , en créant le monopole au profit de producteurs indigènes qui, tranquilles sur l'avenir parce qu'ils ne redoutent pas la concurrence , font de dures conditions aux consommateurs. Le mal produit par des tarifs élevés ou prohibitifs n'est point
passager, comme on pourrait le supposer ; il n'est au contraire que trop durable.
En effet, lorsque nous refusons nos débouchés aux produits des étrangers, ceux-ci nous ferment les leurs. La taxe sur les bestiaux a ferme* les marchés allemands à nos vins et à notre sel. L'abolition destaxesne remédierait point totalement au mal produit par l'incapacité de ceux qui lus ont votées; carilafallu quelesAlleinandstrouvassent d'autres débouchés cl d'autres sources de consommation. Ils se sont accoutumés à se passer de nous ; et aujourd'hui nous sommes menacés d'un malheur industriel dont les suites sont incalculables pour la France, et ses contre'es yiticoles surtout : tous les cercles de l'Allemagne se liguent entre eux par un système uniforme de douanes , qui , en abolissant les entraves intérieures de chaque principauté , de eba- • ' que royaume, vivifiera le commerce allemand, en repoussant les barrières jusqu'aux frontières les plus reculées du vaste empire commercial qui s'élève. Mais en même temps, cet empire formé peut-être bientôt de deux puissances du premier ordre, la Prusse et l'Autriche, et de plusieurs petits royaumes et principautés, fermera impitoyablement ses marchés aux contrées qui ne lui ouvriront pas les leurs.
Le temps presse , l'accession au système allemand s'étend rapidement, et pendant ce temps, en présence des réclamations les plus menaçantes , notre gouvernement semble n'être occupé que d'intérêts politiques. Quand bien même ce grand événement commercial ne s'effectuerait point, lors même que ce fait économique si important , n'aurait pas lieu, il serait fort difficile de rétablir les anciennes relations; car, comme potis l'avons dit , les effets de la prohibition ne
sont point momentanés , ils suivit etit même 'à l'anéantissement tle leur cause première.
Toujours est-il que l'abaissement des tarifs pourrait amener de grands et favorables changemens dans la situation commerciale de la France, tant est grande sa virtualité économique.
Les forces appelées protectrices, produiraient beaucoup moins de mal si elles étaient temporaires, si elles cessaient aussitôt que les industries nationales bien entendues, que l'on avait l'intention de faire naître, sont en état de lutter avec avantage contre les industries étrangères ; mais elles se maintiennent au-delà de celte époque.
Il y a pour le consommateur, cl par conséquent pour la natiou dont la richesse se forme des for- ' tunes particulières, un avantage réel'à se pourvoir à l'étranger des pioduits dont if a besoin, lorsque l'étranger les lui livre à meilleur marché, et de meilleure qualité; car il peut alors employer au succès d'industries nationales plus heureuses, l'économie qu'il a faite en s' approvisionnant hors de son pays.
Lorsque le système prohibitif n'était pas général , a l'époque où il n'avait pas encore été adopté par tons les peuples, il y avait un grand avantage pour nue nation industrielle qui l'adoptait presque seule, et qui eu armait son industrie en présence de l'industrie étrangère désarmée; niais lorsque ce fnner.te système eut reçu toute son extension, toutes les industries furent gênées chez tous lés peuples; chacun d'eux ré-
Eondit à des prohibitions par des prohibitions, ■ consommations se restreignirent, et) par conséquent lts productions. Les marchés nationaux" furent les seul* débouchés ouverts aux produits
de chaque peuple; l'iaiibstrie fut lésée de toutes parts; l:i disparut ion des entraves pourrait seule la ranimer.
Espérons que le temps approche où les peuples comprendront leurs véritables intérêts, où ils sentiront que les systèmes restrictifs et prohibitifs ont fait leur temps ; et qu'il faut maintenant, sous peine de s'isoler et de ne consommer que des produits plus chers , et moins boni qua si on les puisait sans entraves à toutes les sources industrielles de l'univers, en se parquant dans ses tarifs , qu'il faut enfin abaisser les Barrières imposées aux importations et aux exportations, et proclamer la liberté du com-
Jnous amènera la liberté civile et po- : fera descendre l'aisance et le bienoutes les classes de la société, elle sera (es masses en les rendant plus lieuses, en les attachant à une patrie qui donne [(action à leurs besoins moraux et physiques ont •« prospérité ne coûte point de larmes S l'humanité.
Nous avons vu combien la protection accordée à certaines brandies d'industrie que l'on veut naturaliser , peur ainsi dire, sur un sol ingrat , était onéreuse à la nation qui la consentait, voici ce que pense Smith à cet égard :
u II ne paraîtrait pus déraisonnable que la dépense extraordinaire, nécessitée par la protection dont peut avoir besoin quelque branche particulière de commerce, fût défrayée , ou par une taxe modérée qu'on prendrait sur cette branche, elle-même, telle par exemple qu'un, léger droi t que paieraient les cominerçans aV moment où ils voudraient entrer dans ce commerce, ou » ce qui me semble plus juste encore, par un droit spécial de tant pour cent sur touljs m
marchandises qu'ils importent dans l'intérieur, ou qu'ils exportent du sein du pays même avec lequel ils entretiennent ce commeree particulier.
On ciit que les droits des douanes furent originairement établis pour aider à protéger le commerce en général contre les pirates et tous ceux qui lui font la guerre; or, si la nécessite d'une protection générale fit juger raisonnable l'établissement d'une taxe universelle, il devrait paraître également équitable d'imposer une taxe particulière sur chaque branche de commerce, ur défrayer la dépense extraordinaire qu'exige nécessité d'une protection spéciale, »
Dans l'état actuel de nos tarifs , c'est le consommateur qui paie une prime au producteur protégé, pour qu'il puisse, siins crainte de concurrent e , élever le prix île ses produits de tout le droit qui peso sur les produits étrangei s identiques. Le monopole établi par les prohibitions profite aux quelques fabricant qui l'ont sollicité, et nuit aux consommateurs qui paient les produits pins chers , ce qui les appauvrit , et froisse par conséquent les intérêts nationaux ; car la fortune publique suit les vicissitudes des fortunes particulières qui sont ses élémens. * Maigre les déplorables effets des tarifs de nos douanes, nous avons vu la France, en raison de son génie industriel et de son admirable position, lutter avec avantage contre des conditions délétères, et arriver sous une petite organisation sociale vicieuse à un grand degré de prospérité. Ses forces productives, ses relations, l'activité de sa population , sont pour elle des élémens de succès industriels bien plus forts que les causes de dépérissement auxquelles il fallait résister. Si les barrières qui entravaient sot cpmmerco
eussent été abaissées dans ses temps de prospérité, l'aisance eût été générale, au lieu d'être partielle, surtout si les impôts eussent été plus équitablement supportés. Eu effet , tous les signes de la prospérité industrielle n'indiquent
Eas qu'il y a prospérité pour le travailleur. Le jxe de classes privilégiées est toujours l'indice de la misère des travailleurs: faste et misère se louchent chez les peuples ; et c'est d'une organisation sociale meilleure qu'il faut attendre le bonheur de tons; quand il existera, il y aura moins d'éclat, moins de fracas, moins de colossales fortunes , mais plus de véritable prospéririté, de cette prospérité qui prend la société de sa base à son sommet.
Lorsque la révolution fi( disparaître les entraves qui s'élevaient entre les provinces , les trois branches d'industrie prirent un essor rapide qui amena la France à un degré de bien-être inouï jusqu'alors. Si les douanes ou grandes barrières des peuples entre eux tombaient un jour devant les sages calculs de l'économie politique bien entendu» , les échanges des nations entre elles seraient bien plus rapides, bien plus nombreux; ils feraient grandir l'industrie dans toutes ses branches , et les consommateurs de tous les pays auraient des moyens multipliés de satisfaire à leurs besoins, et à bon marché.
« Napoléon, dit M. Say, fit certainement tort a l'Angleterre et au continent en gênant autant qu'il dépendit de lui les relations réciproques de l'une et de l'aulre; mais, d'un autre côté, il fit involontairement du bien au continent de l'Europe, en facilitant, par cette agrégation d'états continentaux, fruit de son ambition, une communication plus intime entre ces états. Il ne restait plus de barrière! entre la Hollande ,
la Belgique, une partie de l'Allemagne, l'Italie et la France, et de faibles barrières s'élevaient entre les autres états, l'Angleterre exceptée, a Je juge, continue Say , du bien riai résulta de ces communications par t'etat de mécontentement et de dépression du commerce qui est résulté du régime qui a suivi , et où chaque état s'est retranché derrière une triple ligne de douaniers. Chacun a bien conservé les mêmes moyens de production, mais d'une production moins avan-
^lairttenanl les barrières se sont dressées de toute leur hauteur , elles Arrêtent l'industrie et ne fout que les affaires des monopoleurs t et non celles du pays. Avec la manie pernicieuse dé ne vouloir point être tributaire (c'est le grand mot) de nos voisins ; on se jette dans des entreprises nouvelles qui nécessitent des protections , et ces protections élèvent le prix des denrées , et le consommateur finit pâr èlte tributaire ; mais c'est Ai quelques fabricans français.
Quand à force de plaintes amères on se' décide à examiner la question des douanes, il se trouvé fort psu de capacités pour l'étudier et la discuter. Qu'arrive- t-il ? Les hommes qui sous la Restauration allaient puiser leurs inspirations d'économie politique dans les salons aristocratiques, où l'on ne rêvait que monarchie anglaise perfectionnée , sont h peu de choses près les seuls qui entendent quelque chose à la matière : on les consulle; ils arrivent avec leurs idées de restrictions et de prohibitions favorables presqn« toujours aux grands propriétaires, él comme ils sont tons grands propriétaires , les questions sont toujours résolues datts un sens Opposé à la
i commerce, 'il s'agit de la question des houilles et
'des fers , question vitale pour l'industrie qui doit fous ses sitccèi à ces deux, produits, puisqu'ils servent à Taire les machines , et a les mettre ea mouvement; il faudrait craindre de consulter dés maîtres de forges, et des possesseurs de houillères , et cç sont précisément ces messieurs qui sont appelas à statuer, ha solution de la question des sucre* ne devrait pas être demandée aux raffineuj-j , on aux possesseurs de plantation» dans nos trois îles à sucre ; et c'est précisément à un rafBneur et ù un grand propriétaire de terrain saccharifère, s'il s en trouve, qu'elle sera coudée de préférence.
S'il s'agit de la législation sur les céréales, les grands propriétaires de terres sont seuls consultes sur 1 opportunité de sa modification ; ils opinent tous pour que.... leurs termes leur rapportent le plus possible.
Si l'on traite de la taxe des bestiaux , les nourri sseurs de l'Alsace ont voix prépondérante, et chaque tète de bétail d'Allemagne est taxe^e prohibitivement pour la plus grande prospérité du riche cultivateur , et le malaise du pauvre.
Ainsi, toutes les questions vitales d'économie politique sont toujours résolues dans un sens favorable au monopole. L'u supposant, ce qui a lieu souvent, que la probité dirige dans leur examen ceux que l'on consulte, ne sont-ils pas, a leur insu, portés à continuer un système qui fait prospérer leurs affaires particulières , parce qu'ils se laissent aller à conclure de leur prospérité privée à la prospérité générale.
Ainsi', soit par erreur funeste, soit par calcul coupable , les abus se maintiennent , les tarifs restrictifs et prohibitifs restent debout; et toute la machine industrielle est en souffran-
cr. Le peuple est malheureux et se plaint, sa douleur ^e traduit par des mouvemens et des collisions funestes au commerce, puis il rentre dans le calme sans avoir pu indiquer la vraie cause di- sun malaise, parce qu'où la lui cache pour le tromper plus long-temps.
Ce système est contraire à ta saine raison , et ne lient pas contre le plus léger examen. En effet, on a pour toujours abandonné Terreur qui consiste à croire qu'il y a de l'avantage pour une nation à faire chez elle tout ce qui est nécessaire à sa consommation. Une nation qui aurait la manie de tout faire serait aussi ridicule qu'un particulier qui voudrait confectionner ses habits, son chapeau , ses souliers et son pain ; et qui, dans la crainte d'être leur iributaiie, ne s'adresserait point au boulanger , au cordonnier , au chapelier et au tailleur. L'état de société et la division du travail lui offrent à meilleur marché les produits qu'il n'obtiendrait-* ses propres efforts qu'à des prix e'ievés et de qualité' inférieure.
De même que nous devons être tributaires de tous les hommes de travail que nous venons de designer , de même une nation ne doit pas craindre d'être tributaire d<s peuples qui font mieux qu'elle les produits dont elle a besoin.
Ce qu'il y a de remarquable au milieu de l'organisation industrielle restrictive qui nous presse, c'est que tous les monopoleurs entraînés par l'opinion publique blâment tous les monopoles, si ce n'est le leur. Celte réprobation universelle encourue par notre système actuel nous promet, pour un avenir qui ne saurait être éloigné, l'a (franchissement du commerce.
Les questions industrielles et sociales s'élaborent lentement, il faut du temps pour détrôner
l'erreur, il en faut davantage pour détruire les abus dont beaucoup de gens profitent ; il faut amener ceux, qui exploitent l'état social actuel à comprendre que les intéressés entendent merveilleusement la question, qu'ils ont touché le point de la difficulté, et qu'ils demandent justice avec connaissance de cause; que la leur refuser plus long-temps serait compromettre le repos social , et surtout celui des hommes qui s'enrichissent à l'abri d'an système de privilèges. Par des concessions graduées , les existences ne sont point froissées, les abus disparaissent, et chacun trouve sa place au banquet de la vie , où il doit y avoir un couvert pour tous, quoi qu'eu ait dit M. Say. C'est ainsi que peu à peu les erreurs peuvent céder la place aujt vérités, dans la pratique comme dans la théorie.