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leur position au tien de l'améliorer. Mais, diront-ils, nous que la privation de travail plonge dans la misère, nous qui ne vivons pas de théories, nous détruisons la cause du mal pour ramener le bien.
Qui oserait répondre en présence de la souffrance des travailleurs que les machines portent, il est vrai, préjudice an petit nombre, mais qu'elles réalisent le honbeur des masses? Les travailleurs pourraient répondre avec juste raison : Quoique nous soyons le petit nombre , il nous faut vivre, et vos belles théories ne nous peuvent rien. Donnez-nous du travail, c'est nu tirait pour nous.
La théorie du laisse-z-faire , laissez-passer serait impuissante à calmer des cerveaux exalté* par la faim , qu'on ne laisse pas passer, elle.
« Suivant moi, écrivait un ouvrier dans ces derniers temps, suivant moi les machines, loind'élre une source de prospérité pour un pays, ne sont qu'une cause de perturbation et do malaise ; car, par elle il n'est point de sécurité pour l'avenir: ni le pénible apprentissage qu'il aurait faii . ni l'habileté qu'il aura acquise dans sa profession, ne pourront mettre sa famille :i l'abri de la misère ; ses habitudes contractées depuis l'enfance seront renversées. Une machine paraît , tous ses réVes de btnheur sont anéantis : car pour l'homme le bonheur c'est l'espoir qu'en travaillant quatorze ou quinze heures par jour d'un travail pénible, il pourra s'endormir sans craindre pour le lendemain,
L'ouvrier qui exhale ainsi ses plaintes a raison ; il est certain que l'introduction d'une machine (tans un ordre d'industrie quelconque , jette la perturbation dans les ateliers. Le cbet d'industrie pouvant produire plus vite en dimi-
nuant le nombre de ses ouvriers , en met à la reïorme un certain nombre dont le sort dévient fort triste. Si les salaires de l'ouvrier étaient régies comme nous le dirons, d'une manière plus équitable , il aurait pu mettre de côté, dans les jours de prospérité, une petite somme destinée a lui faire traverser les mauvais jours.
Un autre travailleur écrivant sur le même su • jet, offre l'exemple de l'Angleterre à l'appui de cette assertion favorite des ouvriers : l'introduction des machines dans une industrie quelconque y apporte le malheur.
« En Angleterre, dit-il, les ouvriers vivaient du produit de leur travail avant que leur pays eût le malheur de connaître les machines ; à mesure que celles-ci s'introduisirent dans les ateliers, on supprima une partie des ouvriers, et l'on diminua le salaire de ceux qui restèrent; il y eut donc un plus grand nombre d'ouvriers pour faire moins de travaux dont le prix de façon était diminué. Il est vrai que , pendant que les ouvriers cherchaient des ressources où ifs pouvaient, les maîtres s'enrichissaient d'autant plus vite , qu'il* payaient moins les façons, cela s appelait peut être une compensation !... bien que plus tard on fut obligé de créer la taxe des pauvres pour remédier au manque de ressources des ouvriers, et d'employer la mitraille pour guérir de la faim ceux dont l'appétit criait trop fort ; mais ce sont des moyens comme d'autres de diminuer le nombre des oisifs et l'intensité de la misère.
« La France dut vouloir soutenir la concurrence avec sa voisine, et elle fut obligée, pour notre malheur , de se servir des mêmes procédés qu'elle , et de chercher les moyens de la surpasser en économie ; voilà donc U misère <pii, aug-
mentant ses ravages en Angleterre par la rivalile de la France, passe la Manche, et vient nous assaillir à notre tour. »
Certes, de pareilles plaintes sont dures à entendre dans un pays comme la France qui se dit civilisé ; dans un pays riche de son sol et de sa position, où chaque ouvrier devrait recueillir un assez fort capital , dans les temps de prospérite', pour faire face aux époques de détresse, et avoir le temps de consacrer à d'autres travaux la capacité industrielle qu'il avait acquise par un apprentissage coûteux auquel il avait consacré tant d'honorables fatigues. Aussi long-temps que la société n'aura pas assuré des moyens d'existence , par un travail productif, à ceux de ses membres qu'une calamité passagère , indépendante de leur volonté, vient frapper dans leur vie matérielle , tant qu'elle ne croira pas devoir un minimum, chèrement acheté par ce que; nous avons appelé' le travail pénible, à ceux que l'introduction des machines peut tout-à-conp plonger dans la misère, tant que l'industrie n'aura pas créé dana son sein un fonds d'amortissement de la détresse., elle sera mal venue a étaler avec complaisance les merveilleux effets de l'emploi des machines sur la richesse sociale. A côté de cette prospérité qu'elle fait sonner si haut , il y a du sang et des larmes de désespoir.
Il y a des moyens radicaux de soulager les infortunes imprévues et imméritées dont nous avons parlé , ces moyens sont -. la création des
la suppression des maisons de jeu et des bureaux de loterie, l'affranchissement de l'industrie dans ses trois branches , l'abaissement du prix des denrées par l'abolition des impots indirects et de l'octroi des villes. Tant que tous ces moyens
puissaus d'amélioration du sort des classes labo J rieuses ne seront point employés, les travailleurs auront le droit de se plaindre de l'introduction des machines dans les différens ateliers d'industrie , car elle leur enlève leur moyen de travail, et leur arrache le pain de la main.
Hâtons-nous de dire que, même dans l'état peu satisfaisant des choses à l'égard des machines . on ne doit pas hésiter , sous peine de rendre la socie'té slalionnaire , à sacrifier le bien privé au bien public. Le mal qui résulte de l'emploi des machines est partiel, limité; et le bien qu'elles produisent est immense, général : il ne faut donc pas négliger les masses dans la crainte de nuire à quelques existences isolées ; ce serait une économie politique mal enlendue, d'autant plus que le malaise que nous avons signalé comme la suite de l'emploi des machines est passager , et que peu a peu les travailleurs trouvent à se caser, à s utiliser malgré la mauvaise organisation sociale que nous subissons. Souvent même par line heureuse réaction , l'emploi des machines qui multiplient le travail et les produits finit par créer aux travailleurs un instant délaissés,^ es occupations et eu plus grand nombre , et plus lucratives, dans le genre d'industrie qu'il? ont momentanément abandonne'. Parlons des ouvriers imprimeurs, par exemple. Si l'imprimerie n'élait pas monopolisée, elle pourrait employer le double du nombre d'ouvriers qu'elle occupe aujourd'hui ; et si , dans l'état de liberté où nous voudrions qu elle fut , elle parvenait à simplifier le travail jusqu'au point de supprimer la moitié de ses travailleurs , qu'arriverait -il ? La portion de travailleurs supprimés souffrirait momentanément, cela est certain , et totalement inévitable dans l'état actuel des choses j
mais bientôt le bas prix des ouvrages de librairie et de tous les produits de l'imprimerie les mettant à la portée d'un bien plus grand nombre de lecteurs, il deviendrait nécessaire d'augmenter le travail. En d'autres termes, ce genre de produit trouvant plus de débouchés, il faudrait produire davantage. De toutes parts de nouvelles imprimeries s'élèveraient qui donneraient du travail à toute la portion d'ouvriers <\ae ce perfectionnement des machines avait mis à la réforme, et bientôt, même d'autres travailleurs seraient appelés dans les ateliers d'imprimerie.
Cet exemple suffit pour donner une idée complète de l'effet produit, à la longue , il est vrai, par l'introduction des machines dans l'industrie. Il faut appliquer le même raisonnement à d'autres genres de production. Supposons que de nouvelles machines à filer le coton ou la lame viennent a être inventées, elles amèneront quelques perturbations dans certains ateliers ; niais peu à peu le prix de revient étant abaissé, le nombre des consommateurs s'accroîtra, de non- Telles fabriques s'élèveront qui occuperont tous les ouvriers que l'introduction des machines avait lésés , el d'autres avec eux; les populations seront mieux vêtues , el le seront à meilleur marché; il y aura en définitive augmentation du bien-être général, pour un malaise momentané , et d'autant peu durable que la société sera mieux organisée.
D'après ce que nous avons dit , le problème à résoudre est celui-ci : trouver des moyens de subsistance pour ceux que l'introduction des machines dans les diverses industries prive momentanément de travail. Ce problème est embarrassant ; mais il n'est point insoluble. Outre le* moyens que nous avons déjà indiqués , uo
gouvernement vraiment ami des classes laborieuses qui font k force des nations par leur courage , et qui enfantent leur richesse par leur industrie , en trouverait d'autres encore. Il pourrait, s'il le voulait, leur faire un sort tellement supérieur à celui qu'elles subissent , qu'elles seraient à l'abri des calamités qui les accablent quand leurs moyens de travail sont diminués.
L'un des premiers moyens à employer pour arriver à l'amélioration du sort des masses, serait de faire supporter une part d'impôt plus forte à la propriété foncière , pour pouvoir supprimer
est l'enfant gâte' de tous les gouvernails , et obtenir justice sur ce point est cbose difficile. Un jour viendra cependant, il faut l'espérer, où le pauvre trouvera autant de protection que le riche. Alors le système prohibitif qui protège le petit nombre et blesse les intérêts des masses, sera aboli. Alors les droits d'octroi qui taxent les viandes communes et ne frappent point les viandes de luxe , ces droits qui atteignent le vin du pauvre et laissent passer presque sans taxe le vin du riche, ces droits qui prélèvent sur le bois du pauvre le même droit que sur celui du riche, seront supprimés ou établis en sens inverse ; s'ils sont supprimés , attendu qu'il faut aux villes des ressources financières pour leur administration intérieure, ils seroitl remplacés par des centimes additionnels à la propriété foncière.
Avec ces notables chaugemens dans le système des impôts, évidemment les travailleurs seront plus heureux dans leur présent, et ils pou rron Is'assurer des ressources p our 1 eur a veni r.
Une objection bien singulière a été faite à ceux qui soutiennent que l'emploi des machines eat tin bien, on leur a dit qu'il pourrait arriver
propriété foncière
telle époque dans l'avenir où les machines Tenant à suppléer les bras dans presque tous les travaux, la société périrait parce qu'il faudrait que les ouvriers mourussent de faim. La société ne périrait pas , et les travailleurs ne mourraient pas de faim ; il est vrai Je dire qu'il ferait indispensable d'adopter une nouvelle répartition des produits de l'industrie , une répartition plus équitable que celle qui a lieu maintenant, alors que les machines sout loin encore d'avoir suppléé tous les travailleurs.
Nous avons dit que les travailleurs ne mourraient pas de faim ; en effet, nous devons reconnaître avec le célèbre Malthus que la population croît et décroît dans la même proportion, d'accroissement el de déct oissemenl de la production. Or, dans le cas où les machines viendraient à remplacer les hommes, la production serait la même, les hommes vivraient eu se croisant les bras, au lieu de vivre en travaillant péniblement -, oui , dans cas uiimie où , comme le dit si curieusement M. de Sismondi , en Angleterre, par exemple, le roi demeuré seid dans son Ile tournerait une manivelle qui ferait arcomplir toutes les productions de la Grande-Bretagne par des automates, dans ce cas, disons-nous , la prodiictionnediminuerail pas, et nous ne voyons pas pourquoi le roi resterait tristement seul dans son [le, puisqu'il pourrait y faire vivre toute la nation sans travail de sa part. La population pourrait être la même, puisque la production n'aurait pas diminué; seulement , nous le répétons, il faudrait de toute nécessité trouver une autre répartition des produits. Un nouveau système de propriété surgirait de cet état de choses.
Dans l'état actuel de notre organisation sociale, il faut mettre le travailleur à même de
réaliser des économies , il faut se garder d'offrir à sa cupidité des moyens de ruine , et à sa misère des occasions de dépravation ; il faut en un mot l'instruire et le moraliser.
De tout ce qui précède, concluons que l'emploi des ma cli mes dans I industrie est le plus puissant moyen d'augmenter les richesses nationales et particulières ; cjue leur emploi qui froisse momentanément des existences les rend plus tard à leur état normal, et eu augmente même le bien-être, que si l'Angleterre est arrivée à un liant degré île prospérité industrielle , elle le doit à la supériorité de ses machines qui sont perfectionnées sans cesse, mieux qu'en aucun lieu du monde ; que l'on considère comme une règle invariable d'économie politique, et comme un aphorisme, la vérité suivante : l'accroissement du capital entraîne l'accroissement du travail ; on doit naturellement conclure de là que les machines, accroissant le capital, augmentent le travail et sont d'une heureuse influence sur l'industrie.
Si l'Angleterre, malgreTeuiploi si fructueuxdes machines , a été obligée a' en venir à la honteuse nécessité de sa taxe des pauvres , il ne faut point attribuer ce malheur aux machines , mais bien au pris trop élevé des denrées de première nécessité, ii la loi prohibitive des blés et des vins étrangers, à la concentration effrayante et immorale de la propriété foncière dans les mains d'une aristocratie puissante qui vit dans le faste et ruine le peuple. Le contre-poids à cet e'tat de choses si fécond en calamités dé toute espèce, est produit par l'industrie et l'usage des machines; ces deux puissances ont en un mot doublé la population de la Grande-Bretagne eu cinquante ans , il résulte de ce prodige ipmw
quable de l'ace roissemeat des produits par l'introduction des machines , qu'une meilleure répartition des produits, en supposant que des machines fonetioncasseiit au lieu d'hommes, proviendrait toute perturbation dans les existences laborieuses.
On conçoit qu'eu Angleterre le mal momentané' produit par les machines à mesure qu'elles
car là la répartition des produits n'est point e'q ni table , les chefs d'industrie , le cierge et l'aristocratie ont tout, et le peuple n'a pas de quoi vivre. Cet état de choses si déplorable cessera un jour en Angleterre ; puisse-t-il n'y point cesser brusquement et par les éclats de la tempête ! Gela est à craindre cependant; car les gouvernemens sont tous aveugles et confions en leur étoile, et puis ils supposent que toute la nation est heureuse quand les sommités sont dans la prospérité. Ils concluent toujours du bonheur des riches au bonheur des pauvres.
Eu France des améliorations sensibles ont été réalisées dans la situation des classes laborieuses. Les denrées de pr emicie nécessité sont cbe?. nous à meilleur marché qu'eu Angleterre, elles pourraient être à plus bas prix encore. Lespro-
Iniétés sont plus divisées et nous jouissons dans es temps ordinaires d'une plus grande liberté. Si les machines en France étaient plus multipliées, la classe des travailleurs v jouiriit d'une
avoir traversé des jours mauvais. Les produits qui servent à satisfaire aux besoins ou aux jouissances, seraient plus abondaus. Hâtons-nous de dire (jue ce serait bien inutilement que l'industrie, aidée de la puissance des machines, opérerait des prodiges du production si les moyens de
distribution ne recevaient point ua accroissement proportionné à l'augmentation du travail ; car les produits sont sans valeur lorsqu'ils ne trouvent pas de débouchés. C'est l'industrie commerciale , laquelle fait le sujet du chapitre suivant , qui ouvre les débouchés ; mais il faut qu'elle soit secondée puissamment par les voies de communication.
Dans toutes les industries il y a des instrumens naturels , c'est-à-dire des agens fournis par la Sature, tels que l'air, l'eau , la terre qui reçoit les semences et les vivifie. Il y a aussi des instrumens artificiels qui sont les capitaux ; nous verrons plus tard qu'il y a plusieurs sortes de capitaux.
Une différence immense existe entre ces deux sortes d'instrumens , les instrumens naturels ne sont pas susceptibles d'extension et de destruction , tandis que les instrumens artificiels ou capitaux peuvent recevoir une augmentation indéfinie, et sont sujets a se détériorer et à se dé-
Eresque toujours les diverses espèces d'instrumens d'industrie sont réunies pour opérer ensemble ; de même que les trois branches d'industrie sont exercées à la fois. Un meunier, patexemple, peut récolter du blé , il est industriel agricole; il le mont, il devient industriel manufacturier aidé par la puissance des machines ; il le transporte à la ville voisine sur le marché lorsqu'il esta l'état de farine , il l'échange, et dévient alors industriel commerçant. Il a successivement donné à sou produit trois nature* de valeur ; la première par la formation du produit, la seconde par sa transformation, la troisième par sa translation d'un lieu où il avait peu de valeur dans un autre lieu où il en acqueYait
beaucoup. Il y a de nombreux exemples de cette alliance des trois branches d'industrie.
Après avoir parlé des deux premières branches de l'industrie dans leur ordre seul rationne] ; après avoir traité de la production des matières premières, industrie agricole ou agriculture ; de la production de valeur par la transformation de ces matières, transformation qui a pour but de les rendre propres à satisfaire tes besoins et les -goûts des consommateurs, nous devons nons occuper de la troisième branche d'industrie, rie eelle qui consiste à donner de la valeur aux produits en les mettant sous la main des consommateurs.
L'indu strie commerciale que nous voulons désigner rapproche les produits du lieu de consommation; elle facilite et opère les échanges, en un mot elle donne aux produits leur valeur réelle; c'est elle qui fait acquitter tous les frais nécessités par les deux premiers genres de production, frais qui jusqu'alors étalent des avances remboursables par le dernier consommateur.
Une 1 balle de coton est recueillie en Amérique, filée et tissite en France, teinte et employée à draper des appartemens; celui qni l'achète à l'état de tissu pour en faire confectionner des draperies doit rembourser les frais de culture, ceux de transport, et enfin les frais du fabricant et ceux du tapissier.