‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 11 sur 44 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

BALANCE DU COMHEKCE.

Importation. — Exportation.

L'importation et' l'exportation des marchandises a donné lieu a des notions chimériques sur la balance du commerce. L'importation qui consiste à acheter à l'étranger des produits que l'on transporte dans son pays, excède -t- elle l'exportation qui consiste à acheter dans son pays des produits que l'on envoie à l'étranger, on dit que la balance du commerce nous est défavorable ; le contraire a-t-il lieu , alors la balance est tout-a-fait dit-on en noire faveur. Et c'est précisément, qui le croirait? le contraire qui a lieu. En effet, les gains réalisés par une nation sont

formés des gains fa ils par les particuliers; or, plus les retours des particuliers ont de valeur excédante sur les marchandises exportées, plus il y a de bénéfices pour eus , et la nation a laquelle ils appartiennent. Il est donc évident que , si l'importation excède l'exportation , c'est que le commerce dont l'exportation est inférieure à l'importation, reçoit pins de valeurs en retour pour solder ses exportations.

C'est par erreur , nous le répétons , que l'on a prétendu long-temps, en établissant ce qu'on appelle ta balance du commerce, c'est-à-dire l'état comparé des importations et des exportations d'un pays, c'est par erreur que l'on a prétendu que la balance du commerce était en faveur du pays dont les exportations excédaient les importations, le plus léger examen démontre que celte opinion est erronée.

La supériorité du chiffre de l'importation sur celui de l'exportation annonce évidemment que les valeurs reçues en relour des marchandises exportées , sont supérieures aux valeurs de ces dernières ; il y a eu bénéfice réei pour la nation qui a reçu plus qu'elle n'a donné. Et par un admirabfe phénomène commercial , la nation avec laquelle une autre nation bénéficie, peut ne faire aucune perle, bien ulus, elle peut avoir aussi un profit souvent égal a celui de sa rivale, et le chiffre de ses importations excéder aussi le chiffre de ses exportations. La nation pour laquelle la balance semble être défavorable doit gagner nu tant que l'autre , et la balance du commerce établie chez chacune d'elles est également en faveur de l'une et de l'autre. Cela vient tic l'évaluation de la valeur des produits : chaque nation fait celle évaluation en consultant la valeur acquise par le fait du transport des mar-

chaud i ses sur ses propres marche? . et sans tenir compte de la valeur qu'elles avaient avant leur expo "dation.

Les mardi an dises exportées sont payées par des marchandise-, importées, voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue, et il n'y a , quoi qu'on en ait dit souvent, nul avantage à recevoir du mi m traire au lieu de marchandises.

Ou a prétendu qu'une nation ne réalise de bénéfice que par la solde qu'elle reçoit en espèces ; c'est une erreur , car elle peut recevoir eu marchandises une râleur supérieure à la laleur qu'elle a expédiée, ce qui constitue un véritable gain. Les retours de numéraire ne constituent point seuls les bénéfices d'une nation ou d'un particulier.

Si nous exportons pour 100,000 francs de vins eu Amérique , et que l'on expédie de cette contrée transatlantique i5o.ooo francs en numéraire, nous réalisons 5o,ooo francs de bénéfice; mais , si au lieu de numéraire, on nous envoie your 100,000 francs de marchandises qui, transportées en France vaudront 200,000 francs, nous aurons réalisé 100,000 francs de béne'fice, sans que le numéraire y soit pour rien, et, chose étrange, il se trouve que le négociant américain a fait le même bénéfice que nous.

]1 y a donc ici évidemment avantage à recevoir le retour en marchandises et non en numéraire, et cet avantage en est également un pour le négociant d'Amérique avec lequel non s entrons en relations. Deux nations ont gagné à celte opértlion, leur capital s'est élevé de tout le pain réalisé par chacun des négorians.

On ne peut trop s'étonner, vraiment, de ce que des esprits distingués, des hommes supérieurs aient pu s'égara- à ce point , d'établir la

balance du commerce précisément dans le sens inverse de ce qu'elle est certainement. Nous citerons encore un exemple de ce qui se passe réellement : une nation qui exporte pour 5, 000,000 de francs , et qui importe pour 6,000,000 , fait évidemment un bénéfice d'un million; et la nation de chez laquelle on importe réalise le même bénéfice , et voici comment : les valeurs exportées 1 soat de 5,ooo,ooo aux marchés de la nation qui exporte ; mais pour la nation qui les reçoit, elles s'élèvent à 6,000,000; donc il y a bénéfice pour l'une et l'autre, il y a bénéfice d'un million pour la nation chez laquelle on exporte, car elle vous paie en valeurs qui n'excèdent pas chez elle 5 ; ooo,ooo , et qui arrivées sur vos marchés valent 1 ,000,000' de plus. D'où il suit que l'exportation pour l'une et l'autre nation a été de 5,ooo,ooo, et l'importation de 6,000,000. Les importations , alors , surpassent les exportations, et, selon la véritable balance du commerce, pour qu'il y ait bénéfice , il faut exactement le contraire de ce que l'on croyait, c'est-à-dire que l'exportation soil inférieure à l'importation.

Si les exportations avaient lieu eu argent, et que les retours fussent en marchandises, il ne faudraitpas supposer que le pays s'appauvrirait, seulement son numéraire augmenterait de valeur , c'est-à-dire qu'on obtiendrait plus de marchandises avec moins d'argent ; mais les transactions seraient aussi faciles. Bientôt la valeur, de l'argent diminuerait, car les capitalistes étrangers et nationaux auraient intérêt a diriger et à attirer le numéraire sur des marchés où sa valeur serait plus grande qu'ailleurs. L'équilibre ne tarderait pas a se rétablir, sans reaction, c'est-à-dire qu'il n'entrerait pas dans le pays

plus d'urgent qu'il n'en faudrait pour qu'il fut complet. Le commerce saurait s'arrêter dans son importation de numéraire, précisément assez à temps pour ne pas faire dccfitier sa valeur.

Les états d'importation et d'exportation sont difficiles à dresser, ainsi que la balance économique qui est le résultat de la comparaison de la valeur de la production et de la consommation. Si l'on pouvait se rendre un compte exact, et sûr de ces grands phénomènes , oa aurait le thermomètre fidèle de la prospérité d'une nation.

Si les consommations sont inférieures aux productions, et que la nation unisse cmplovcrprodnctivement 1'excéd.mt , elle prospère'; si les t-Oiisominatioos et les ptoilm tions *ont égales , elle reste slationnaïre ; si les ■ ousomuiatinus l'emportent snr le* productions, elle est dans une voie de malheur fil* rutame ses capitaux , sa production décroît dans une effrayante proportion, sa population languit et meurt décimée, toutes les calamités l'accablent à la fois.

Les études de statistique pourraient seules offrir des moyens d'établir une balance économique exacte qui ferait connaître l'actif et le passif d'une nation; il en résulterait de grands avantages, et les goiivcrneiiiens mieux instruits de la situation du l'industrie en général, pourraient, prévenir de grandes catastrophes.

Il y a peu de moyens , quant à présent, d'arriver h la connaissance de cette balance, de cet état de situation , à cette sorte d'inventaire national.

Les douanes et le change offrent un moyeu de déterminer d'une manière approximative, il est rrai, l'état des importations et des exportations, la situation économique d'un pays. Les douanes,

en tenant an courant des relations commerciales des peuples entre eus ; le «liante , en indiquant iclat des affaires d'un pays par rapport à un autre; celui qui a le change en sa laveur est dans une siltiation ]dus prospère que l'autre. Ces moyeu s sont insufflons; «le va les stati.- tiques pourront seules amener des résultats utiles et salisfaisans sur ces importâmes matière».

Il faut le dire, celte aveugle prévention qui surgissait dans les esprits contre les importations, c ommeut e h disparaître pour faire place à la vérité'. On a senti que L'importation mettrait un peuple à même de jouir de tons les produits des autres peuples . qu'elle stimulait sa puissance productive, el nue sps richesses s'augmentaient par le deVir qu'il ressentait de pouvoir échanger ses produits contre ceux des climats lointains dort i! ne jouirait pas sans l'importation. On a reconnu que I "importai ion n'était m définitive que l'éi hange du travail national centre le travail étranger, et que c'était professer une erreur étrange que de prétendre qu'acheter à ses alliés

ne peut pas faire aussi hieii qu'eux, c'est favoriser le travail étranger aux dépens du travail national.

Le travail national ne souffre pas le moins du monde de cette préférence accordée ans produits étrangers, qai sont mieux faits que par lui ; car les échanges ne peuvent enfin s'effectuer que de produits à produits, il faut de toute nécessité produire pour pouvoir échanger, sons quelque fai llie que l'échange s'opère. Seulement en bonne économie politique , il faut produire pour échanger, les denrées que KM cre'e le mieux, pour acheter, au moyen de leur prix ou

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valeur , les objet* à meilleur marché et de meilleure qualité, qui sont produits par d'autres. On ne peut trop répéter que les deux partira qui «changent gagnent, puisqu'elles trouvent toutes deux plus de valeur à l'objet qu'elles reçoivent qu'a celui qu'elles donnent.

Ap;ès nons être appesantis sur l'incroyable erreur de la balance du commerce, comme certains esprits la comprennent, nous allons signaler, avant d'arriver à l'intérêt vignicole qui doit nous occuper comme troisième section de l'industrie commerciale , une autre idé> fausse qui trône encore dans quelques intelligences relativement à l'élévation des taxée; c'est une de ces erreurs si étranges (pi on ne pent trop lot les détruire. Nous y reviendrons dams le chapitre de ce livre spécialement con>aeré aux taxes et impôts; mais nous voulons dès- à -présent la rayer de l'esprit de nos lecteurs.

En général, on se Fait, sur les hautes taxes, des idées si contraires à la saine raison, si opposées aux plus simples notions d'économie politique , qu'on s'étonne d'avoir à combattre de pareilles erreurs, que la simple observation des faits devrait eflacerà jamais.

Il arrive souvent que lorsqu'un gouvernement trouve un déficit dans le produit des taxes sur telle nu telle denrée, il emploie un remède qui produit précisément le contraire de ce que Ton désire. Si . dans un temps donné , le gouvernement de France, par exemple, n'obtient pas le revenu qu'il attend des taxe? établies sur les sucres bruts, il se gardera bien iFallribuer le déficit aux taux trop élevés des taxes; il pensera, au contraire, qu'il est dft à leur modicité. Alors il fera exactement le contraire de ctf qu'il faudrait faire; il portera plus haut Heii

taxes sur les sucres bruts. Qu'en résultera- 1- il ? le déficit ne fera que s'accroître, parce que la consommation de l'objet taxé diminuera. C'est ainsi que souvent l'on se fait , des choses les plus simples , des idées peu nettes , et que l'on s'égare complètement pour ne vouloir point suivre la voie tracéepar la saine raison, la roule indiquée par ceux qui proclament les vrais principes, et en déduisent rigoureusement toutes les conséquences.

Comme un mal, dans l'ordre économique comme dans l'ordre ordinaire des choses, n'arrive jamais seul , les surtaxes non -seulement diminuent ta consommation régulière et apportent des déficits dans les caisses publiques, mais encore elles excitent la contrebande , qui peut conduire à des bénéfices d'autant pins grands que les taxes sont plus élevées. L'élévation des tarifs restreint nos relations, nos débouchés, elle nous isole et paralyse notre production. Ou désire voir prospérer le commerce, et cependant on lui enlevé ses moyens d'échange. Il serait temps de vouloir à la fois la fin et les moyens , il faudrait se montrer conséquent.

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