‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 15 sur 44 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

Navigation.

Wons devons parler de la navigation qui, après les voies de communication intérieure, influe d'une manière si puissante sur le bonheur des nations en ouvrant les débouchés du monde à leurs produits qui, sans elle, perdraient une grande partie de leur valeur.

Les grandes voies de communication terrestre agrandissent le marché local , la navigation fait du monde entier le marché de tous les produits. Par elle, les denrées acquièrent toute leur valeur Vénale, parce qu'elles se trouvent en présence de tous les produits de l'univers , par elle , elles sont rapprochées d'innombrables consommateurs qui , sans elle, ignoreraient leur existence. Elle est la source In pins féconde de la prospérité des nations ; elle bâte leur civilisation, par l'échange des pensées sociales, d'un hémisphère à l'autre.

Gomme la production est limitée à l'importance de la consommation , et la consommation bornée à l'étendue du marché, il s'en suit que la-production et la consommation, avec de nonnes lois de douanes réciproques entre les peuples, n'enraient point de bornes au moyen de la navigation qui ouvre le monde en débouché, ans produits du monde.

Son influence civilisatrice a été souvent constatée, u Les nations , dit Adam Smith , qui d'après les histoires les plus authentiques , semblent être arrivées les premières à la civilisation , furent celles qui habitaient les côtes de la Méditerranée. Celle mer , la plus étendue des mers intérieures connues dans le monde, qui n'a ni flux ni reflux , et qui par conséquent n'a d'autres vagues que celles qu'y soulèvent les vents; cette mer, par sa surface unie ainsi que par la multitude de ses îles et la proximité des rivages , favorisa l'enfance de la navigation , surtout dans ces siècles où l'homme , ignorant encore la boussole , craignait de perdre la vue des côtes , et sur des vaisseaux imparfaits , construits sans art , n'osait se livrer aux vagues de l'Océan. Franchir les colonnes d'Hercule, c'est-à-dire fuire voile au-delà du de'troit de Gibraltar , ce fut long-temps pour l'ancien monde l'exploit le plus hardi et le plus périlleux de la navigation. Les Phéniciens eux-mêmes et les Carthaginois, les constructeurs les plus habiles et les navigateurs les plus hardis de l'antiquité , n'osèrent que bien tard affronter ce passage ; encore furent - ils long-temps les seuls à l'affronter. »

Aujourd'hui que l'art de la navigation s'est perfectionné d'une manière remarquable, surtout depuis que la vapeur y a été employée comme force motrice , les relations commerciales et civilisatrices des peuples ont été plus nombreuses et plus fréquentes. Elles ne feront que s'étendre encore davantage par les chemins de fer, les canaux et la navigation fluviale : toutes ces voies de lommnnicatiou complétées par la navigation, jetteront les produits industriels , les livres des sciences morales et politiques, dans des contrées jusqu'alors rebelles aux améliora-

lions sociales, par elles nous verrons changer la face des nations les plus arriére'es. Ainsi cette partie considérable de l'Asie qni se trouve au nord dn Ponl-Euxin et de la mer Caspienne , la Scythie, la Tar tarie et la Sibérie ouvriront leurs portes à la civilisation , ainsi la Russie sillonnée par des chemins de fer dans sa partie méridionale, aura plus de contact avec des pays pins civilisés qu'elle, et 1ère de la liberté commencera pins tôt pour celte vasle contrée. Dans notre b> lie France, la Vendée traversée par des routes ordinaires, des canaux et des chemins de fer, se pacifiera d'elle-même, parce qu'elle deviendra industrielle, et qu'elle enlrer.i en rapport pins direct avec le resle de la France , à l'eïtrémilo' de laquelle elle ne se dressera plus comme une menace continuelle de guerre civile. Sa bouillante énergie sera mieux dirigée , et elle pourra prendre part aux bienfaits de la civilisation commerciale et politique.

Si les grandes .voies de communication des peuples entre eux sont le mobile de leur puissance, la source de leur bien-étre, c'est lorsque l'harmonie la plus parfaite existe entre la production et les moyens de transport, entre les voies terrestres et les voies maritimes.

Aujourd'hui nous avons sous les yeux un exemple frappant de ce que peut la navigation pour la prospérité commerciale d'une naiion, c'est l'Angleterre qui nous l'offre. Nous vjyons cette île dont l'atmosphère froide, le soleil pâle, le sol peu fécond rendent impossibles les cultures vai iées ; cette île destinée à produire peu directement; celte île que la nature semblait vouloir circonscrire dans son marché local , nous la voyons, disons-nous , offrir au monde étonné des produits variés, recherchés de l'univers en-

dp)

tiei- ; par le pouvoir IléàiVUp, œuvre 4e sojt industrie féconde , elle voit affluer sur ses marchés tous les objets, tous les produits divers qui ae confectionnent clins les cinq parties du inonde. Elle ae souffre pas le moins du inonde de son isolement.

C'est à la navigation qu'elle a dû de pouvoir lutter avec avantage contre une position si peu favorable ; contre tant de conditions de malaise. Par la navigation, l'Angleterre s'est placée à la tête des pays industriels, par elle elU est devenue le modèle à suivre pour Jes mitions qui-veu.leot s'élancer dans la carrière industrielle la pins féconde.

Sans la navigation, l'Angleterre fût demeurée une île barbare et sans puissance, tandis qu'avec son secours (et nous entendons ici par navigation, l'art nautique dans sa plus large extension), elle a quelquefois commandé aux destins du monde.

Elle a pu prendre le lïtfe de reine des mers. Elle s'est posée leur .dominatrice, ci si l'on a pu lui contester le droit qu'elle avait à cette domination , il a été impossible d'en contester le (ait. Elle s'est long-temps assuré le monopole de la navigation , les nations ont reconnu sa suprématie , si ce n'est la France qui n'a point voulu lui jurer foi et hommage.

L'Angleterre mit en pratique dans son acte de navigation un système prohibitif qui lui réussit en fui assurant la fourniture exclusive des produits nécessaires à ses besoins : elle ferma ses ports aux navires étrangers, et put long-temps trouver accès dans les ports des autres nations , à l'approvisionnement desquelles elle concourait.

Napoléon ébranla cette puissance colossale

monopole contre

lequel lès nations n'avaient point réclamé.

L'homme de génie, par bon système continental , pf Ouva que si l'Angleterre s'était assuré le monopole des mers en se chargeant du commerce des nations du continent, celles-ci pouvaient, en encourageant leur marine, se passer de l'Angleterre , qui ne tarderait pas à capituler, parce qu'elle ne pouvait se passer de ces ua-

A mesure que les nations sentiront la nécessité de se soustraire à la domination anglaise sûns lè rapport de la navigation, elles organiseront des marines puissantes qui tuttaornt avec avantagé contre celle de la Grande-Bretagne; elles pourront répondre aux prohibitions anglaises par des prohibitions, et la puissance qui fut si long-temps souveraine s' affaiblira chaque jour davantage pour rentrer dans un état convenable d'utile concurrencé; Déjà l'attitude de la France et du continent européen sous Napoléon a porté un rude coup à son antique prépondérance.

La marine américaine dont l'importance grandit chaque jour, a contribué à paralyser Tacte de navigation. Espérons qu'un jour la France vërrâ s'accroître ta puissance de sa marine , et qu'elle pourra aussi compter pour beaucoup «fans là question maritime. Elle est déjà en bonne voie.

Si les peuples avaient des institutions tellement combinées qiie toutès leiirs forces productives , distributives ét consommatrices reçussent eufin tonte leur extension , ils pourraient tous prétendre à une immense force sur mer sans se

tions.

niasse des objets échan- « serait si considérable ,

que chaque puissance maritime verrait tripler ses forces sans porter préjudice aux autres. On ne se pénètre pas assez de l'idée que les consommations ne sont pas ce qu'elles devraient cire , et que tant qu'elles n'aurout pas atteint leur maximum , un développement immense peut être donné aux trois industries sans nuire aux positions acquises par chaque peuple dans le monde commercial.

Un jour, des lois politiques bien harmonisées avec des lois économiques convenablement élaborées, conduiront les peuples an bien-être, que la fécondité de la nature, le génie de l'homme, et la perfectibilité de son espèce, doivent réaliser.

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