‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 16 sur 44 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Nous croirions manquer à Tordre logique qui doilprésider à la division de cet ouvrage si nous ne nous occupions pas actuellement de l'intermédiaire ordinaire des transactions. Nous n'avons pas voulu eu parler plus tôt, parce q.ue nous avons pensé qu'il clail essentiel de se faire une idée presque complète de la science économique , pour bien comprendre le rôle que joue cet intermédiaire dans la' vie industrielle des peuples.

Les monnaies ont deux sortes de valeur, celle qu'elles tirent de leur nature plus ou inoins précieuse, et celle du timbre qui y est appose' par les gouvernemens , et qui détermine et garantit

leur titre ou composition. Dans les temps les plus recules, et chez les nations les moins civilisées , il y a eu des valeurs représentatives des monnaies. C'était dans l'Inde certaines écailles, ailleurs du sel , ici du poisson sec , du tabac et du sucre. Les denrées sont peu commodes pour les transactions commerciales , elles sont peu favorables aux échanges partiels. Le propriétaire d'un cheval , par exemple , veut acheter un habit : si la valeur du cheval est quatre fois plus élevée que celle de l'habit, s'.l n'a besoin que d'un seul habit, il se trouve fort embarrassé pour opérer son achat, sans valeur représentative; tandis que s'il vend le cheval ^oo francs, il peut consacrer ioo francs a son habit, et conserver le reste pour d'autres besoins. C'est de ta facilité bien démontrée des échanges au moyen des monnaies qu'est né le besoin qu'où eu a , et le^rix qu'on, y attache.

leur nominale n'est pas toujours en rapport avec la valeur réelle. Celte dernière est subordonnée à la quantité existante de ce produit de l'industrie au moment des transactions ; et du rapport qui existe entre la quantité .de monnaie, et les antres produits du travail agricole, manufacturier et commercial. Lorsque l'Amérique fut découverte , la valeur de l'or et de l'argent diminua considérablement; en d'autres termes une pièce de monnaie qui, avant la découverle, représentait la valeur de cinq boisseaux de blé,

5ar exemple, n'eut plus, après l'exploitation es mines, que la valeur d'un boisseau.

La grande quantité de monnaie n'est donc nullement le signe de la richesse d'une nation; car cette nation pourrait avoir beaucoup de pionnaie dont la valeur échangeable décroîtrai^

en raison directe de l'accroissement de sa quantité*. Cela tient à ce que l'augmentation de numéraire n'entraîne pâs raugm'entatiott des produite qui snnt directement ôfifert* a là consommation, et (ont la vraie richesse des nations.

La valeur des monnaies est changeante comme on le voit ; si les échanges d'une contrée augmentent, la valeur des monnaies s'accroît, parce que ce produit est demandé plus qu'il ne rélâït auparavant. Une autre causé élève encore la valeur des monnaies , c'est ta diminution de sa

rantité. Quand la valeur des monnaies hausse , prix de toutes les marchandises haïsse , on obtient pour un Napoléon ce qu'on n'avait pas avant cette hausse pour 3o francs ; le contraire a lieu quand là Valeur des monnaies baisse. Cette fluctuation de valéur tient à la prospérité publique dont elle suit tes variations. Quand la population d'un pays augmente , lorsque les terres y sont mieux cultivées et qûe les produits se multiplient, s'échangent et se consomment avec rapidité , la Valeur des monnaies haïsse.

Le timbre ou empreinte apposée aux monnaies est la garantie de leur titre , qui est en France d'un dixième d'alliage. Une pièce de monnaie j à raison de ce timbre ", a toujours plus de valeur qu'un lingot de même poids et de même titre ; Ce qui tient à ce que le timbre évite à celui gui prend la pièce en échange d'une marchandise quelconque , l'embarras 3e V essai ; opération chimique par laquelle on constate la quantité d'alliage contenue dans un objet d'or ou d'argent.

Quelques personnes ont pensé que la valeur de Ta monnaie venait de son timbre, et qu'il importait fort peu que la moûnaîe eut toute la vafenr méfetlfque «mfàe ; çflla uùtf erreur-

ave : si la mauvaise monnaie circule avec toute

valeur désignée par son empreinte , il ne faut pas en tirer celte conclusion ; ce qui se passe alors tient à l'ignorance où est l'échangiste de la vàfeur véritable de là monnaie qu'il reçoit; sa bonne fbî est surprise.

Ce qui est une erreur relativement aux monnaies d'or et d'argent n'en est pas ane quant à ce qui regarde les monnaies de cuivre. Ces dernières ont l'avantage de devoir leur valeur à leur timbre. Trois francs en cuivre ne valent pas moitié de celle somme, valeur métallique. Et cependant avec cette monnaie nous pouvons nous procurer des denrées pour trois francs, tu l'échanger contre trois pièces d'un franc.

Les monnaies de cuivre ne varient point de valeur, on peut les considérer comme des signes reprécentatift de la monnaie. Il n'en est pas de même des monnaies d'or et d'argent, elles sont considérées comme toute autre espèce de marchandise, et selon que le besoin de tetle ou telle de ces deux espèces de monnaies se fait sentir. Par exemple, a l'époque d'une grande expédition scientifique , militaire, ou de plaisir, l'or augmente de valeur dans certaines localités , parce qu'il y est demandé; il se vend alors comme toute autre marchandise , ceux qui eu possèdent réalisent en l'échangeant un bénéfice qu'on appelle l'agio ; ce bénéfice est plus ou moins grand, selon la quantité d'or qui existe en circulation.

Deux motifs engagent les gouvernemeus à se réserver le droit de fabriquer la monnaie; le premier c'est qu'il y a un bénéfice à réaliser sur la transformation des lingots en monnaies , le second c'est que le gouvernement offre plus de gft-

rantiea pour le titre que n'en présenteraient les particuliers.

La préférence accordée à l'or et à l'argent sur tout autre produit tient à ce qu'ils sont plus faciles à garder , à cacher , à transporter, à diviser que tout autre objet; elle tient aussi à ce qu'ils ne s'altèrent point, parce qu'ils ne sont point oxidables.

Les monnaies sont suppléées par des signes représentatifs qui portent diflVrens noms , tels que ceux de lettres de change, billets de banque , papier-monnaie. Parlons des lettres de change, admirable invention duc aux juifs du moyenâge qui vivaient expose's à toutes sortes d'exactions et de persécutions de la part des chevaliers et barons, et même des bourgeois et serfs qui professaient pour eux le plus profond mépris. Ils trouvèrent moyen d'éviter le transport des monnaies si périlleux et si coûteux dans les temps de barbarie. Cette découverte pre'cieuse a pu seule amener les proiïiges du commerce moderne, en le dispensant de l'emploi des monnaies , ce qui est pour lui d'une immense économie.

S'il fallait que la libération des dettes du commerce s'effectuât en monnaies, il en faudrait de telles quantités, que le commerce, eu y ajoutant l'intérêt des sommes dues, ne pourrait payer sans se ruiner. Au moyen des lettres de change Un commerçant de Paris qui doit 1,000 fr. à un commerçant de Lyon, lequel doit lui-même 1,000 francs à un autre commerçant de Taris, reçoit du commerçant de Lyon l'ordre de solder à sou créancier de Paris la somme de 1 ,000 fr. qu'il devait lui envoyer à Lyon. Le commerçant de Lyon écrit à son débiteur de Paris de payer à son créancier de la même ville la somme de

] ,ooo fr. De celte manière le commerçant de Lyon n'a pas besoin d'envover la somme (lentille francs à Paris, et le débiteur n'est pas aiti eint à faire passer le:, 1,000 francs h Lyon. Le billet s appelle traite, et l'action de l'envoyer se nomme tirer. Un négociant tire sur son débiteur au profit de son créancier , on bien il peut vendre sa traite à «ne personne qui doit la somme que représente la lettre de change, dans la ville où elle doit elie soldée. Se livrer à la vente et à l'achat d'une lettre de change, c'est la négocier.

L'opération que nous venons de décrire peut avoir lieu de ville ù ville, de nation à nation , ce qui leur donne la faculté d'éteindre leurs dettes , sans avoir besoin d'employer la monnaie. Deux nations qui ont entre elles des relations commerciales, mettent leurs négocians en rap-

5ort par l'intermédiaire des courtiers. L'office e ceux-ci est de trouver ceux qui ont de l'argent à recevoir d'un pays, et ceux qui ont à en mvoyer dans ce pays. Sans leur secours, ces négociaus pourraient ne pas se rencontrer pour opérer leur change.

Ceux qui en France ont a recevoir du Port u- 1 , par exemple , tirent sur leurs débiteurs , et udent leurs traites à ceux qui ont à payer en lortngal ; ceux-ci s'acquittent à Lisbonoe'en remettant la traile au lieu de la somme; cette faite exprime l'ordre de payer au premier acquéreur , puis à un second , puis à un troisième, jusqu'à ce qu'enfin elle arrive au débiteur; son passage entre tant de mains en fait comme nue sorte de papier-monnaie.

Im valeur d'une lettre de change varie scion l'époque où elle doit être soldée, et d'après le degré de confiance qu'inspirent le tireur et l'accepteur. Il arrive quelquefois qu'une lettre de

change a la même valeur que la somme qu'elle exprime, cela a lieu lorsqu'il y a beaucoup Je valeurs à faire passer dans la ville où elle doit être payée, et que peu de personnes ont des Créances à y recevoir.

C'est toujours en monnaies du pays où elle est soldée que s'acquitte la lettre de change. Quand le nombre des marchands qui ont ûe 1 argent à recevoir d'un pays est le même què celui des marchands qui ont des sommes à y envoyer, les lettres de change à acheter et à vendre sont en quantités égales , elles se font équilibre, cl les billets ont exactement la valeur qu'ils énoncent ; cette situation s'indique par ces mots : le change est au pair.

Quand cette égalité de besoins n'existe pas , ceux qui désirent des traites entrent en concurrence, et pour éviter d'avoir des capitaux i exporter , ils offrent des lettres de change uti prix supérieur à leur valeur réelle: Alors Ifc change est en faveur de la place ou du pays o il se trouve plus de commerçans qui ont dtt traites à vendre, qu'il n'y en a qui ont besdl d'en acheter.

Les billets de banque ont une valeur fiduciait qui leur vient de ce qu'ils sont remboursables vue et au porteur ; ils ne se négocient point , < se donnent comme de la mounaie, parce qti'o a la certitude de pouvoir les convertir en moi naie aussitôt qu'on en sentira le besoin ; et p« leur nature les rend si faciles à transporter; « d'un échange si commode qu'il sont préférés la monnaie- Une banque peut éprouver des instans d'embarras; cela arrive iorsquelle a émis une trop

grande quantité de billets et que ceux qui se présentent au remboursement surpassent le nom-

Wft ou Je Moatant de ceui qu'elle émet chaque jour. Mais les banques ont soi» de ne pas abuser de Jeur crédit , autrement elles perdraient la confiance publique qui les fait vivre, tous les porteurs de ses billets se présenteraient en même temps, et leur ruine serait inévitable.

"Voyons ce que l'en entend par papier -monnaie. Lv papier-monnaie est un instrument d'échange qui ne saurait être appelé signe représentatif des monnaies; car il ne les représente que nominalement, et point eu réalité. Dans des temps de calamité publique où le crédit est en souffrance, lepapier-monnaieest employé comme . ressource financière: par les gouvernemens ; mais il complique la crise au lieu de la faire cesser, 'il contribue à aggraver les maux auxquels il devait mettre.un terme. Loin d'augmenter la richesse publique il acbève de la détruire parce qu'il sime partout la défiance, il arrête la production et conduit au maximum ; le maximum, loi illogique qui veut fixer les valeurs arbitrairement; tp.iand ou sait .que ces valeurs résultent d'une feule de conditions et de circonstances dont on n est pas maître.

I Gomme on le voit, les effets produits par Yé- Mission du papier-monnaie, sont la réfutation la rtus victorieuse de l'opinion étrange qui consiste iusouteuir que les monnaies ne tirentleur valeur cîie du timbre. En effet, le gouvernement aura beau dire : voilà une valeur monétaire que je crée par la seule enon dation d'une somme sur un papier timbré ad hoc, elle sera acceptée dans toutes les transactions ; cela ne suffit pas , et ne fait pas naître la confiance parce que l'on sait que l'on ne pourra pas , quand on le voudra , se procurer de la monnaie métallique pour le morceau de monnaie papier qu'on, a reçu, Le pa-

pier-monnaie n'ayant ni la valeur fiduciaire des billets de banque, ni la valeur intrinsèque des monnaies réelles, lornlie bientôt en discrédit, subit une b.iissc énorme, pour perdre ensuite toi' te valeur. Les produits Haussent alors dans une si grande proportion que l'échange n'a lien que lorsque la plus impérieuse nécessité oblige à y recourir. De là, stagnation dans les transactions commerciales , ralentissement de la production, qui n'est plus slimrdée par l'attrait de la possession des monnaies d'or et d'argent, hausse du change étranger, et enfin disette et banqueroute.

Quelques bons esprits ont cru que le papiermonnaie offrait quelques avantages dans son éfliission , ils basaient leur raisonnement sur l'augmentation qui se fait remarquer dans h com-ommation, lors de cette émission ; mais ils n'ont pas considéré que cette consommation qui existe réellement est une consommation improductive, et par conséquent sans action sur la prospérité publique. Il n'y a pas de moyen qui puisse empêcher le discrédit qui vient frapper promptement le papier-monnaie, car il ne peu! avoir d'autre valeur, el celte valeur est instantanée , que celle qui lui est donnée par la nécessité où l'on est de s'en servir en l'absence de monnaie métallique, et l'obligation où est le gouvernement de l'accepter en paiement pour la valeur exacte dont il a voulu le doter.

L'émission du papier-monnaie comme instrument d'échange est l'une des plus grandes calamités qui puissent peser sur une nation.

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