CHAPITRE X
Le crédit.
Le crédit n'est autre chose que la confiance inspirée par les particuliers et les gouvernemen aux préteurs qui se décident a leur confier des objets de consommation sous la condition d'en rembourser la valeur. Le prêteur exige ou n'exige pas de profit, il articule une époque de remboursement ou n'en assigne pas. Le crédit facilite l'emploi des capitaux qui resteraient sans utilité entre les mains de leurs possesseurs , et les dirige vers l'industrie qui les rend productifs.
Le crédit public devient souvent funeste aux nations , et la prospérité d'un peuple serait bien mal appréciée si on le mesurait sur le crédit de ; son gouvernement. En effet, les capitaux arrivent abondans à un gouvernement qui paie bien, et ce i gouvernement peut employer son crédit à se * maintenir malgré la désaffection du peuple; et ! perpétuer les abus qui assurent à telle ou telle \ classe de la société des jouissances nombreuses au : détriment des masses souffrantes.
L'Angleterre nous en offre un exemple. Elle est écrasée sous le poids de sa dette immense , elle semble à la veille de succomber sous le haut prix des objets de consommation , si bien que le nombre de ses indigens s'accroît dans une effrayante proportion, et que le travail ne leur suffit pins pour subsister; sa ruine paraît imminente, et son crédit ne baisse pas , c est ce même
crédit dont elle a abuse 1 qui l'a conduite sur le bord de l'abîme.
Le crédit particulier, loin d'être entrave' par les gouvernemens comme cela a lieu fort ordinairement, devrait eu être protège'; car il donne de l'utilité aux économies particulières qui sans lui resteraient sans emploi ; il active la production, et les entreprises qu'il fait former , en augmentant la richesse particulière, contribuent à accroître la fortune générale.
C'est le crédit qui met en mouvement les fruits de l'accumulation, ou les économies qui portent le nom de capitaux , quand elles sont employées reproduclivement. Si les capitaux restent a 1 état d'économie sans emploi, elles portent un vrai dommage à la société, parce qu'elles diminuent les richesses publiques de toute la somme qu'elles représentent.
Si nous économisons une somme de mille francs , et que nous la laissions sans emploi, c'est pour nous comme si nous ne l'avions pas accumulée : ils ne nous profitent, ces mille francs, eu aucune manière, bien plus, ils privent la société de tout l'emploi productif qu'un autre en aurait pu faire, et c est une perte pour elle. Pour que notre économie devienne un capital , il faut que nous l'appliquions soit à l'amélioration de nos fonds, soit à la création d'un nouveau travail ; c'est alors que notre économie fructifie et nous rentre avec de nouveaux profit;.
Les économies dont l'emploi ne crée que des services eu apparence improductifs , peuvent cependant encore être considérées comme des capitaux, ou économies reproduites; en effet, les économies qui sont consacrées à des services tels que ceux qui sont rendus par les gouvernans , les administrateurs, les corps judiciaires et les
armées, sont indirectement reproduites par la protection accordée aux particuliers dans 1 exercice de leurs diverses industries, au commerce dans ses transactions. En l'absence de ces serin ces il serait nécessaire que les personnes occupées à la reproduction immédiate consacrassent une partie de leur temps et de leurs forces à se protéger elles-mêmes contre les injustices, les vols, les crimes de certains de leurs concitoyens, contre les envahissemens et les pirateries de l'étranger.
Les producteurs travailleraient moins , dépenseraient plus, se ruineraient, et la société en perturbation continuelle languirait et tomberait dans la détresse. La population bientôt de'cime'e laisserait la porte ouverte à l'invasion étrangère. On peut hardiment conclure de ce qui précède que l'emploi de l'excédant des revenus à des services protecteurs de la production, est productif; en d'autres termes, 1 économie applique'e à ces services est un capital.
Si l'on révoquait en doute l'utilité reproductive de ces services, il faudrait nier que les services des médecins pussent favoriser la production. Et cependant il est évident que si un médecin rend à la santé des producteurs malades, ce médecin concourt indirectement» la production. De même si un avocat apprend aux travailleurs quels sont leurs droits , s il leur en assure la jouissance, et les concilie dans leurs contestations, il produit également indirectement, puisqu'il apporte la paix et le calme aux producteurs; c'est ainsi que tout s'enchaîne et s'harmonise , c'est ainsi que chacun tient et remplit sa place. Il n'y a que les oisifs qui ne servent point à la société, et lui nuisent- Contre l'avis de plus d'un écrivain, nous di-
rons que les services frivoles et de domesticité personnelle, loin de favoriser la production, l'entravent. Les premiers détournent le producteur de son travail , ils le démoralisent , ils lui inculquent de mauvaises habitudes; les seconds, en créant des oisifs , les transforment souvent en fripons qui tournent contre la société l'intelligence que leur contact avec des hommes instruits a pu de'velopper en eux. Leur état de domesticité les empeclie de diriger vers le travail des moyens qu'ils consacrent à lui nuire par des vols , des abus de confiance , et d'adroites manœuvres dont ils ont puisé le secret dans les réunions de leurs pareils : au ban de la société, ils se vengent d'elle.
Revenons aux capitaux , ils sont de trois sortes : ceux qui sont en circulation , ils sont le produit de l'accumulation de toutes les économies, dont la production sert à la subsistance générale, et fournit la matière première de tous les travaux. Fruit de toutes les économies, ils ne réalisentde profits pour leurs possesseurs quepar leur transmission du producteur à l'ouvrier , de celui-ci au commerce, et du commerce aux consommateurs.
Ils sont fixes ou engagés. La terre est dans cette catégorie, la terre qui nous donne tant de richesses quand elle est fécondée par le travail ; on y comprend aussi les outils, les machines, la monnaie d'or et d'argent.
Il y a enfin des capitaux d'accumulation, tels que meubles, tableaux, maisons, édifices publics, arsenaux , etc., etc., tous objets qui augmentent avec la civilisation.
Les capitaux sont l'avance des frais que ne'cessite la production ; l'avance suppose toujours le recouvrement de la valeur avance'e. Un raffinent
de sucre consacre 10,000 francs à ses opérations, 5o,ooo en outils, fourneaux , chaudières , instrument de toutes sortes , et 5o,ooo en salaires d'ouvriers, commis , surveillans, moyens de transport. Lorsque son sucre est raffine et vendu, il doit être rentre dans ses avances , y compris la valeur représentant la détérioration de ses instnuncns , et avoir réalisé de plus un béne'fîce qu'il emploie à donner de 1 extension à ses affaires, il augmente ainsi ses produits en augmentant ses avances, il fait de nouvelles constructions , achète une plus grande quantité de matières, et prend un plus grand nombre d'ouvriers.
Une partie des capitaux fixes ou engagés se détériore , il faut avoir soin de bien entretenir les objets qui composent cette partie du capital pour qu'ils puissent toujours fonctionner; les frais d entretien de ces objets figurent sur les dépenses courantes, que la vente des produits doit rembourser.
Une entreprise agricole ou commerciale peut être filile par plusieurs personnes qui y apportent différentes portions de capitaux.
Le propriétaire d'un champ, capital engagé , se réunit au propriétaire des instrumens de travail agricole. ("i|rit.;d t'ii'^ayé du fermier; les maisons d'exploitation, sont un capital d'accumulation ; et les avances de salaires, réparation d'outils, semence , se font par le capital circulant , remboursé par la vente des produits du champ.
Un capitaliste prête ses capitaux à un négociant qui les emploie à l'exportation de marchandises qui lui reviennent sous une autre nature , il les vend et rembourse au capitaliste l'avance qui lui a été faite avec ses profits ou intérêts.
auxquelles il fait subir une transformation qui ajoute à leur valeur, il crée alors un nouveau produit.
Les matières premières sont ainsi appelées dans un sens relatif. La canne à sucre est la matière première du planteur ; le sucre brut , la matière première du raffineur; le sucre purifie' , la matière première du confiseur. Il eu est de même de tous les produits susceptibles de diverses transformations.
Le capital national est formé de tous les capitaux particuliers. Il faut compter parmi les capitaux d'une nation tous ceux que les particuliers destinent à de nouvelles avances. Ceux qui sont employés impro du cti veinent ne sont point des capitaux. Les capitaux, par conséquent, peuvent être détruits. Cela arrive quand au lieu de les consacrer à des avances on les emploie à des consommations improductives. On aurait tort de croire que les sommes épargnées font tort à la production ; elles en changent seulement la nature, si elles ne sont pas employées improductive ment ; la production en général n'y perd rien; tel ou tel producteur
Eeut y perdre , mais tel autre y gagne , et pour i masse sociale, cela revient au même.
Dans ie prêt d'un capital , ce n'est pas précisément de l'argent que Von prête, mais une valeur accumulée ; ainsi l'abondance plus ou moins grande de l'argent n'influe point sur le taux des intérêts ou profit du prêt; c'est l'abondance ou la rareté des valeurs accumulées qui le déterminent.
Nous exploitons un champ , nous en retirons assez de froment pour satisfaire *ux besoins de notre famille , solder nos ouvriers , réparer nos outils et payer nos impôts ; nous récoltons au-
delà de la somme qui nous est nécessaire une quantité plus ou moins grande que nous destinons à une économie productive, ou capital; nous opérons l'échange de notre froment pour de l'argent que nous prêtons à un producteur à la condition qu'il nous servira un intérêt de.... qui dépend , non de la rareté' plus ou moins grande de l'argent, mais de la facilité qu'il aura a le faire valoir. Ce producteur se défait de notre argent , il en achète de la laine , on ne peut pas dire qu'il soit dessaisi de la valeur que nous lui avons prêtée, seulement elle est arrivée h une troisième transformation , pour en suhir une quatrième au moyen de laquelle notre emprunteur pourra réaliser en argent la valeur que nous lui avions prêtée; plus, le profil qu'il a dû faire, et l'intérêt qui a clé stipulé entre nous , selon le degré de confiance qu'il nous inspirait, selon les risques que nous courions de n'être point remboursé, et les moyens de coercition qu'un pays bien administré met à la disposition du prêteur pour assurer ses rentrées.
L'intérêt d'nu capital ne doit jamais être fixé par un gouvernement ; car un gouvernement n'a pas plus le droit de taxer l'argent , qui est une marchandise, que toute autre denrée. Si un gouvernement était assez aveugle pour établir en quelque sorte ce maximum , au lieu de /aire baisser l'intérêt des capitaux , il l'éleverait de tous les risques que courrait le prêteur.
Ce qu'on entend par taux légal de l'argent, c'est l' intérêt fixé par la loi ; il s'applique aux sommes déposées sans stipulation , entre les mains de détenteurs qui doivent le rendre avec intérêts. On conçoit alors que cet intérêt doit être fixé par la loi au taux le plus modéré possible , parce qu'il faut supposer que dans lei
Opérations auxquelles se sont livrés les détenteurs , ils ont retiré le plus faible intérêt possible.
La rareté ou l'absence de l'argent influe sur son prix relatif, et non sur le taux de l'intérêt. On a vu souvent la quantité d'argent doubler dans une contrée, et la quantité de capitaux, disponibles ou de valeurs accumulées rester la même.
Un capitaliste a deux moyens de tirer parti de son capital ; c'est de l'appliquer lui-même à quelque entreprise de production qui le lui rembourse avec profit , en faisant les avances des frais qui doivent donner des produits; ou bien de le prêter à des producteurs en stipulant un excédant qu'on appelle intérêt , lequel repose sur deux bases , ou se divise en deux parties : la première est l'intérêt dû pour un capital quelconque qui doit réaliser des profits à son emprunteur , la seconde est la partie d'intérêt dû an prêteur , pour le risque qu'il court de n'être pas remboursé.
Si l'emprunteur sait faire valoir le capital qui lui est confié, il retire de l'emploi de ce capital une valeur plus ou moins grande sur laquelle il prélève d'abord l'intérêt qu'il doit à son prêteur. Le prêteur n'a droit qu'à l'intérêt stipulé, quel que soit le sort de l'entreprise dont le capital a fait les avances; si les profits réalisés sont inférieurs ou même égaux à l'intérêt dû, l'entrepreneur perd.
Si le prêteur sait faire valoir lui-même ses ca pitaux, il peut en retirer plus de profit, il peut aussi essuyer des pertes. Mais il a moins d'inquiétudes , il est plus sûr de diriger l'application de son capital , tandis qu'en le confiant à des mains étrangères, il est exposé à le voir com-
promettre dans îles entreprises hasardées , qui , en échouant , emportent dans leur naufrage la fortune de l'emprunteur et celle du préteur.
Mais il est des circonstances où le capitaliste est inhabile à faire valoir lui-même ses capitaux , il doit s'e'tudier alors à s' assurai* un placement sûr. Lorsque les risques paraissent trop grands au prêteur , il préfère se contenter d'un intérêt moindre et placer sur hypothèque. Cette crainte des risques vient en grande partie de ce que généralement les capitalistes réunis dans les grandes villes, désirant suivre l'emploi de leurs capitaux , les confient à l'industrie manufacturière plutôt que de les répandre sur l'industrie la plus sûre et qui en a le plus besoin , l'industrie agricole.
Quand les capitaux prendront celte direction désirée , le malaise social diminuera sensiblement.
Lorsque les capitaux peuvent recevoir un emploi sûr cl facile, et qu'ils réalisent de gros bénéfices , leurs possesseurs les offrent moins , parce qu'ils les utilisent , ils sont plus demandés, ce qui produit une hausse dans l'intérêt. Si au contraire l'emploi des capitaux est difficile, peu lucratif et pou sûr , ils sont offerts de tous côtés et peu demandés , leur intérêt baisse.
Quand les capitaux sont en quantité considérable , il n'y a pas d'équilibre entre l'offre qu'on en fait et le besoin qu'on en a , alors le taux de l'intérêt diminue ; si les capitaux en circulation diminuent , le taux de l'intérêt augmente. Il ne faut pas perdre de vue que les capitaux sont des valeurs accumulées employées reprodnctivemenl. Ils peuvent être sous la forme de monnaie, on sous celle de marchandises plus ou moins faciles à échanger.
Nous avons dit que des terres sont un capital fixe , les propriétaires de ce genre de capitaux les exploitent ou les donnent à loyer pour les faire valoir ; le taux de fermage dépend de la quantité de fermes qu'il y a à donner , comparée à la quantité qui est demandée par des fermiers ou travailleurs.
Les économistes modernes* les plus exigeans ont demandé de quelle utilité étaient les droits de propriété , et si les propriétaires des terres ne recevaient pas un tribut gratuit des consommateurs. Non, à coup sûr; car les propriétaires répondent à ce tribut par la production de leurs terres , qu'ils ont acquises par l'accumulation de leur propre travail , ou d'un travail anticipé. Et d'ailleurs , l'utilité de leur droit, quand son équité pourrait être contestée , ne saurait être mise en doute. Si le sol était abandonné prima occupanti , non seulement il serait mal cultivé, mais il pourrait fort bien ne l'être pas du tout , parce que les populations passeraient leur temps à se le disputer. Mais , ont-ils dit , abolissons la propriété , qu'elle devienne publique , et qu'une espèce de théocratie en fasse exploiter la force productive par les membres delà société pour répartir ensuite ces denrées dans la proportion de leur capacité et de leur travail. Comme il fallait, pour arriver à la réalisation de ce rêve social, bouleverser de fond en comble la société actuelle , comme il fallait briser les liens de la famille entretenus et resserrés par la propriété et l'hérédité, les théories des novateurs séduisirent peu : on écouta ceux qui les formulaient parce qu'ils avaient de l'éloquence , et ils prirent la curiosité pour de la sympathie. Nous reviendrons sur la propriété.
Il faut le dire , les saint- simonniens n'auront
pas traverse la société sans y laisser dos traces profondes, ils ont agrandi l'économie sociale ; ils ont éclairé toutes les questions de salaire , ils ont contribué à rehausser le travail dans l'esprit d'une foule de gens , M s ont eu leur part (l'influence dans la moralisation si réelle de l'ouvrier, en lui donnant la conscience de sa dignité.
Dans l'ordre moral, ils seront moins heureux qu'ils ne l'ont été dans l'ordre industriel. Leurs théories hardies et peu naturelles sur la femme les ont brouillés avec la société. Généralement poètes et artistes , leur éloquence entraînante séduisait , ils vous saisissaient par l'ame ; mais le raisonnement et l'examen faisaient bientôt lâcher prise à ces jeunes jouteurs à la parole puissante , animée , pleine d'images et pitlores- <pie.
Une pensée noble et généreuse a guidé les apôtres de cette foi industrielle ; en présence des «aux sans nombre qui affligeât l'humanité, ils ont cherché un moyen de résoudre le beau problème du bonheur de tous ; ils n'en ont trouve' qj'un, c'est de prendre la société par sa base, e de la renverser sur sa tête , au risque de la Iriser, Le moyen était mauvais , mais l'intention éait louable.
D'autres philosophes économistes dont nous îvons déjà parlé, sont arrivés après eux , ayant à leur tête un homme de génie , disposé, lui , à accepter le monde comme il est, pour le modifier en faisant servir ses passions à son bien-être. Ceux-ci eurent le bon esprit de mettre de côté toute mysticité, ils ne parlèrent point de religion nouvelle, mais toxit bonnement d'industrie, de théorisa sociétaires; oit les écouta aussi, et sans
la manie d'un néologisme fatigant, leur popularité eût e'té bien plus grande qu'elle ne Test.
Le revenu total de la France pouvant être évalué à sept milliards pour une population de 32,ooo,ooo d'habilans , il en résulte que, dans le cas d'une répartition égale entre tous, chacun aurait une somme de 200 francs à dépenser par an. Frappé de cette insuffisance des ressources de la France , les économistes sociétaires tournèrent leurs recherches vers les moyens d'augmenter la production; ils pensèrent que le malaise social ne pouvait être détruit que par une réforme industrielle, et iis se mirent à prêcher cette réforme, tenant pour impuissantes toutes les autres réformes qu'on pourrait admettre. Un nouveau système d'association est la base de cette réforme, et les sociétaires veulent harmoniser tous les rouages de la société de telle sorte que chacun ait un minimum assure et viager, qui le mette à l'abri du besoin.
On conçoit que les merveilles de la philantropie moderne n'aient pu satisfaire des philosophes qui veulent du réel, et non pas des phrases creuses. La charité publique, et l'aumône particulière avilissent et dégradent , elles font plus de mal que de bien à la société. Elles augmentent en outre l'indigence au lieu de h détruire. Depuis un demi-siecle que durent nos discordes civiles , tous les partis , toutes les . nuances mêmes des partis sont arrivés au pouvoir; tous ont pu réaliser leur système d'améliorations sociales , car tous avaient un système arrêté, disent les sociétaires, qu'en est-il résulté? fort peu de bien ! Qu'en faut-il conclure? c'est que les pouvoirs politiques sont impuissans à cette grande œuvre, v"
( igî>
Est-îl bien exact de dire que tous les pouvoirs ont essayé leurs systèmes d' améliora lion s sociales ; tous avaieut-ils un système? nous ne le pensons pas. Ils étaient tous préoccupés par }a crainte de leur chute, et pensaient fort peu ux tentatives d'améliorations. La plupart, apmyés sur les propriétaires fonciers, ont favorisé a propriété foncière au détriment des classes ■ jon propriétaires, appelées prolétaires, c' est-àtire qui procréent ( prolem facere. ) On serait [ans le vrai en affirmant que les pouvoirs qui ont iassc sur la France n'ont pas pensé à la rendre isureuse , ils n'ont peusé qu'à l'exploiter.
' Pour aimer à une production plus abondante, |es phalanste'riens ont d'abord pensé à réaliser de grandes économies. Ils doivent rassembler, dans un esnace donné, une lieue carrée par l'xemple, mille a douze cents individus de tout j'ge et de tout sexe. Réunis dans une vaste habi- {ation commune, et cependant à logement séparés, les membres de cette rociélé, au lieu ' l'avoir besoin d'un grand nombre de cuisines , deux cents pour deux cents familles , n'en au- ] ont qu'une seule pour tous. Les enfans seront l'ievés par l'association ou communauté, plusieurs genres de travaux leur seront présentés
our essayer leur vocation.
\ Les travaux divers de l'enceinte sociétaire seront exécutés par groupes de travailleurs , et luffisammcntvariéspoiir que la satiété nevienne ; as dégoûter du travail, et qu'une occupation , onstamment la même n'abrutisse pas l'homme.
Chacun sera propriétaire selon son apport |in pourra être un capital, le travail, ou le talent. La propriété du sot appartiendra au pha- ,anstère qui comptera la valeur représentative ' le la part qu'il possède à celui qui voudra quit-
tel' l'association. (Leçons de M. Bergriidger, faites à Dijon.)
La rétribution reposent sur les trois bases indiquées, capital , travail ou talent. Un sociétaire pourra êjre rétribué selon les services de son capital, un autre selon le travail qu'il aura exécuté , un troisième d'après les services que son talent aura rendus à la société. Un autre pourra recevoir un dividende comme capitaliste et travailleur tout-à-la-fois ; un troisième enfin sera rétribué comme capitaliste, comme travailleur, et à titre d'homme de capacité.
Le capital donnera droit à un intérêt , le travail recevra son salaire proportionné à son importance; quaat à la capacité, elle sera rétribuée par les suffrages des groupes.
Dans ce système social, la famille sera conservée, la propriété perdra sou charme d'isolement; mais elle sera maintenue, l'hérédité sera respectée, seulement lorsqu'un sociétaire mourra intestat, son bien deviendra la propriété; de l'association. Les impôts seront payés par l'administration phalanstérienne qui les prélèvera sur les produits sociaux. Toutes les intentions de l'inventeur de ce système sont louables ; il teut répandre le bien-être jusqu'aux dernières extrémités du corps social; il veut ennoblir le travail et préserver chaque sociétaire de la misère qui engendre les vices, en lui donnant un minimum,
Mais de combien de difficultés ne serait pas entravée l'application de ce système? L'existence d'un phalanstère au milieu de la société actuelle, nous la concevons , parce qu'il s'aidera des ressources du dehors; maïs la transformation de toute la société en un vaste phalanstère, est impossible ; car alors les questions économiques
qui embarrassent la grande société actuelle se reproduiraient ; la difficulté par exemple du maintien de l'équilibre entre la population et la production reparaîtrait dans toute sa force.
Ces considérations nous ont conduit à penser que le bonheur des peuples peut venir de la réforme politiqne aidée d'une réforme industrielle, et non de la réforme industrielle seule. La réforme sociale harmonisera les lois de l'économie politique, elle activera la production par la liberté, et donnera le bonheur aux classes pauvres. En un mot, nous ne concevons la réforme industrielle que par la réforme sociale, et non la réforme sociale par la réforme industrielle comme le pensent les sociétaires.
Les Fouriéristes avaient d'abord pensé que les institutions républicaines pourraient seules rendre heureuses Tes masses pauvres ; plus tard ils se rallièrent aux saint-simoniens ; puis voyant que leurs théories ne menaient à rien moins qu'à brusquer un bouleversement général de l'ordre social, ils les abandonnèrent. Investigateurs infatigables et consciencieux, ils demandèrent a d'autres combinaisons la solution du grand problème : le bonheur de tous ! Ils se groupèrent autour de l'auteur de la théorie des quatre mouvemens et du traité d'association domestique agricole.
Cet homme de génie, ralliant autour de lui plusieurs philantropes délaient, et plusieurs hommes riches , vient de fonder à Condé un établissement sociétaire sous le nom de phalanstère.
On voit quela théorie a précédé de fort peu la pratique; et tout homme juste doit attendre les résultats de l'entreprise de Fourier pour se prononcer définitivement sur la réforme industrielle qu'il propose; nous ne parlons ici que du pha-
lanstère isolé, notre opinion est formée pour l'application universelle, nous l'avons indiquée nu chapitre des consomma lions.