CHAPITRE XL Des revenus
Maintenant que nous connaissons les principaux phénomènes de l'industrie dans ses trois vastes ramifications, voyons quelle est la source des différons revenus, apprécions leurs natures diverses. C'est le nombre des consommateurs , et par ce mot il faut entendre toute la population , car il n'y a pas un producteur, pas un travailleur qui ne soit consommateur ; c'est le nombre des consommateurs, leur civilisation , en d'autres termes leurs besoins , qui favorisent la demande desproduits.
Cette demande développe les facultés productives de nos capitaux , de nos terres et de notre industrie, qui réalisent pour nous des profits annuels destinés à satisfaire aux besoins de nos familles, en un mot des revenus qui sont la val eu r vénale des produits de nos terres, de nos capitaux et de notre industrie.
La valeur monétaire du revenu n'en est que la mesure, et le revenu ne se forme véritablement que des produits que l'on peut se procurer avec la monnaie acquise par d'autres produits. C'est la totalité des revenus particuliers qui forme les revenus généraux , et la part prélevée sur ces revenus par le gouvernement forme le revenu public. Il faut, comme nous l'avons vu
en parlant des capitaux , qu'une partie des revenus soit consacrée à l'entretien du capital fixe qui sans cela irait se détériorant, et serait moins apte à rendre un revenu pareil. Par cet entretien, au contraire, le capital et le travail augmentent, la production s'accroît, et si le nombre, le concours et les besoins des consommateurs s'harmonisent avec cette augmentation de produits , il y a augmentation de revenu ; un produit n'est rien , s'il n'a pas de valeur échangeable , et celte valeur naît du nombre et des besoins des consommateurs.
C'est par la réunion des trois forces productives que l'on crée les revenus. Un cultivateur plante une vigne, il la cultive et en retire du vin qu'il échange contre d'autres produits. Il a crée' l'utilité attachée à ia denrée dont la valeur échangeable est un revenu. S'il n'a que l'une des trois forces productives , l'industrie, par exemple , il ne peut prétendre qu'aux profits acquis à cette force ; il achètera les services d'une terre , ceux d'un capital , et ceux des ouvriers qui l'aideront à la culture.
Les'services productifs de nos trois forces : industrie, capital et terres , sont leur premier revenu. Le premier échange qui s'opère consiste dans la production , opération par laquelle nous donnons nos services pour des produits.
Notre revenu est d'autant plus grand que pour avoir beaucoup de produits, nous donnons moins de services productifs.
L'industrie plus ou moins active, plus ou moins intelligente, apporte une notable différence dans le revenu des travailleurs et des propriétaires. Le revenu est modifié nécessairement par la valeur échangeable des produits qui est [singulièrement variable. L'une des causes les
plus ordinaires île la fluctuation du revenu,
line si grande influence sur les résultats du travail, quo nous devons présenter quelques réflexions sur ce grave sujet.
Autrefois l'industrie , gênée par mille privilèges divers de corporations , auiquelles était dévolu le monopole de la production, ne recevait que peu de développemeus, un grand nombre de capacités sans emplois ne trouvaient point à s'exercer, et tous les hommes éclairés, ceux qu'anime la pensée du bien public, réclamaient l'application du grand principe de la libre con-
La révolution en proclama le triomphe; mais il fut bienlc'it entravé dans ses développent en s , lorsque le monopole de l'instruction empêcha beaucoup d'intelligences de s'éclairer en France. Toujours est-it que nous sommes entrés depuis l.i révolution dans une nouvelle ère d'industrie ; l'emploi et la répartition des forces productives sont depuis lors laissés à l'intérêt industriel qui est actif et sait merveilleusement calculer les chances de succès qui lui sont offertes, et pousser li la production la plus active les trois forces motrices qui donnentles produits. L'intérêtprivé sait à temps diriger la production d'un point où elle est trop accumulée, et où l'équilibre, entre la production et la consommation, serait promptement rompu , vers un autre point où elle peut fonctionner avec plus d'avantage.
L'affranchissement de l'industrie mit en mouveinent les imaginations , stimula l'esprit d'invention parmi la foule de concurrens qui naquirent de la liberté, et se livrèrent à la pratique des arts et des métiers que les corporations ne lais-
salent accessibles qu'à un petit nombre de privilégiés.
La rivalité produisit bientôt d'immenses résultats en contribuant à donner plus d'activité au travail et plus de qualités aux produits. La face industrielle de la France changea; le prix des
Îroduits diminua, et ceux-ci franchirent la arrière e'troite de consommation à laquelle ils étaient forcés de s'arrêter par suite de leur haut pris.
Mais à côté du bien, ici bas, naît toujours le mal; et cette vérité reçut une application précise en ce qui regarde l'industrie. Les merveilfes qu'elle produisit, les fortunes qu'elle fit naître rapidement, séduisirent un gratnd nombre de personnes qui se jetèrent dans la carrière industrielle, et en obstruèrent les avenues ; bientôt la production qui doit toujours être eu rapport avec la consommation , «e s'harmonisa phis avec elle, l'équilibre fut rompu. C'est alors que naquit V antagonisme , les producteurs, pour écouler leurs produits, les offrirent li meilleur marché, ils réalisèrent moins de bénéfices, les salaires de l'ouvrier diminuèrent , l'industrie devint une vaste arène où le plus adroit, luttant avec avantage , écrasa ses concurren» qu'il regarda comme des adversaires qu'il dût renverser
La l$re concurrence qui repose sur le laissez faire , laissez passer des économistes de la vieille école de Smith et de Say , n'est pas seulement préjudiciable aux industriels, elle l'est aussi aux consommateurs. Elle contribue, il est vrai, à abaisser le prix des denrées; mais elle jette des produits sophistiqués en grand nombre dans la circulation industrielle. Le remède à se mal, qui tend 4 déprécier tant de sortes d'industries,
est dans une harmonisation plus complète des forces industrielles , et surtout dans la multiplication des moyens d'écoulement , dans l'augmentation' du nombre de débouchés. C'est ea élevant la condition des masses consommatrices assez pour leur faire consommer beaucoup , que l'industrie ne sera plus réduite à une concurrence hostile qui vient delà restriction du cercle des consommateurs. Si ce cercle recevait de l'extension, les produits seraient plus demandés, et la concurrence s'établirait dans un sens contraire ; e!le agirait de manière à offrir , dans une lutte industrielle fort louable, les meilleurs produits possibles. Dans cet état de choses, il deviendrait de l'intérêt du producteur d'offrir au consommateur des objets de qualité supérieure pour ne point s'exposer ii se voir préfe'rer des concurrens plus soigneux.
Le salaire des ouvriers, dans ce cas, ne serait poiut réduit, parce que le producteur , sûr de l'écoulement de sa marchandise lorsqu'elle serait soignée, tiendrait à conserver ses meilleurs ouvrais en leur garantissant de plus forts bénéfices.
Le gouvernement , en France , a plusieurs moyens a sa disposition pour augmenter le bienêtre des classes pauvres , l'aire fleurir l'industrie et améliorer le sort des travailleurs. I! peut d abord diminuer fortementles impôts indirects qui pèsent sur les classes pauvres bien plus que sur les riches ; pour opérer celte diminution . de larges économies pourraient être faites au budget des dépenses: ce moyen ne serait pas le seul; il faudrait encore revoir et réformer les tarifs des douanes qui , pour favoriser quelques industries particulières , font au commerce un tort immense. Nous ne citerons ici que les tarifs sur les charbons do terre qui prohibent, par un droit
de 2 francs par cent kilogrammes à l'importation sur les côtes de l'ouest, les houilles de l'Angleterre qui , rendues eu France , coûteraient exactement une fois moins que celles de France ; et celte différence de pris empêche la construction d'un grand nombre de navires à vapeur qui feraient avec succès le commerce des cotes, et ouvriraient à l'industrie des voies nouvelles pour l'écoulement de ces produits.
Mais malheureusement les gouvernemens sont entraînés par les privilégies intéressés qu'ils ménagent. Ainsi pour le bien-être de quelquesuns, on néglige d'ouvrir une source féconde d'améliorations sociales, où le travailleur puiserait du bonheur, et la propriété, par voie de conséquence, toute sécurité'. Une plus grande masse de consommateurs accroîtrait les profits de l'industrie , et les trois forces productives : travail , talent , terre , réaliseraient de plus forts revenus.
La répartition du revenu aux trois agens de la production se fait par l'intermédiaire des entrepreneurs d'industrie. Ils ont fuit les avances nécessaires pour mettre en mouvement les forces productives. Ils ont affermé une terre, ou loué une maison , ils paient le loyer de la terre , ou celui de la maison. Le prix du fermage ou celui du loyer est, pour le propriétaire, la part de revenu auquel ils auraient droit sur la valeur du
Sroduit qui restera de la terre ou sera fabriqué ans la maison. L'entrepreneur n emprunté un capital dont il paie au capitaliste un intérêt fixe, il a acquis aussi les services des personnes qui lui sont utiles pour son exploitation, et cellesci reçoivent aussi leur part du bénéfice du produit par des salaires ou des traitement; ici se présente naturellement la grave question des
salaires , question du siècle , difficulté sociale qui n'est pas insoluble, mais qui sera débattue long-temps encore. Souvent des maîtres avides, pour réaliser de plus forts bénéfices, abaissent le plus qu'ils peuvent les salaires de l'ouvrier ; ils supposent que la position difficile de l'ouvriei le mettra dans la nécessité de passer par les conditions les plus dures, ils spéculent honteusement sur la .misère. Souvent aussi la concurrence et le défaut de demandes font obstacle aux bonnes intentions des chefs d'industrie, il faut )e reconnaître.
La portion répartie du revenu connue sous le nom de salaire, doit fixer toute notre attention, elle est chaque jour le sujet de discussions vives , et plus d'une fois l'importance de cette haute question s'est révélée par d'épouvantables perturbations, par des conflagrations horribles.
Les saint-simonuiens , bien à l'aise au milieu dos questions sociales les plus ardues , puisqu'ils faisaienttablerase, et n'avaient rien à ménager, ont bien mis le doigt sur ta plaie sociale; mais le remède qu'ils proposaient pour la cicatriser était héroïque, il ne tendait à rien moins qu'à détruire le mal et le malade.
M. Lerminier prétend que Saint-Simon a passé sa vie dans un long monologue , profondément pénétré du besoin d'une réorganisation générale de la société. Ce que dit de Saint-Simon ce savant philosophe, est applicable à ses disciples , au monologue prés; ils ont bien compris le malaise qui travaille la société', ils l'ont approfondi , ils en ont tracé le tableau avec une supériorité d'artiste incontestable, dans leurs dialogues, dans leurs conférences, dans leurs prédications, dans leurs livres, dans leurs journaux ; mais nulle part ils n'ont indiqué une voie
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;ùre qui puisse conduire à détruire ce malaise;
> pli puisse enfin donner du bonheur aux classes , oulfrautes. Ils ont, il est vrai, éclaire plus d'une question sociale, ils ont approfondi 1 économie ioli tique; mais semblables aux aérostats que la ouïe entoure quand ils sont encore fixés à la erre , et qu'elle suit dans les airs de les regards ■vides, ils sont devenus de moins en moins pereptibles et ont fini par disparaître entièrement
dans les nuages : on ne les voit plus , on ne les omprend plus; on ne cherche plus à les voir,
> les comprendre; ils sont alls's tomber sur queltues plages lointaines.
Après les travaux multipliés des saint-simon- , iiens, et les efforts des économistes , la question les salaires est restée la même. Une loi défend loute coalition d'ouvriers pour hausser les satires , et il n'y en a pas qui défende la coalition 'es maîtres pour les abaisser; bien plus, cette oalition est autorisée- En bonne justice , cepeulant, la toi devrait protéger l'ouvrier aussi Dieu que le chef d'industrie, ce serait de l'économie lOlitique bien entendue.
Dans l'état d'hostilité flagrante où se trouvent [es ouvriers et les fabricans, il faudrait au moins : hercher h prévenir les collisions, toujours funestes à l'industrie. Les chefs d'industrie ont les assemblées de tous genres, cercles, bourcs , etc. , où ils cotent la valeur de l'argent , du apier, et des services qu'ils veulent employer; us travailleurs n'ont point de lieux particuliers '.e conférences industrielles pour coter le prix le leur travail. Y a-t-il justice à cela? évidem-
Et si les ouvriers avaient des moyens de s'eni jndre entre eux, l'industrie y gagnerait. Crain- \rait-oa cjue les ouvriers n élevassent trop le
taux ries salaires? celte crainte serait sans fondement ; car il est de leur intérêt Lien entendu que les entrepreneurs qui les occupent puissent faire d'assez bonnes affaires pour entrer en concurrence profitable avec l'étranger.
Nous devons reconnaître avec bonne foi que l'augmentation du taux des salaires n'est pas toujours à la disposition des chefs d'industrie. Lorsque , par des circonstances indépendantes de la volonté des entrepreneurs , les productions ne sont plus en équilibre avec les demandes, lorsque celles-ci sont plus faibles, il est impossible aux fabricans de maintenir les salaires au même taux. Mais alors les gouverneraens et les administrations locales ont à leur disposition plusieurs moyens de remédier au mal qui résulte de cet état de choses. C'est en diminuant les impôts qui pèsent le plus sur le travailleur, tels que ceux des boissons et du sel , des portes et fenêtres, des céréales et des bestiaux, que le gouvernement allège le fardeau de l'ouvrier. Les pouvoirs locaux ont aussi entre leurs mains un. moyeu efficace dans rabaissement ou même la suppression des droits d'octroi.
Après les épouvantables journées de Lyon en novembre cl tout dernièrement en avril, quand le gouvernement eut maîtrisé l'insurrection , et que ses agens allèrent à Paris revêtir la pourpre des triomphateurs , en criant bien haut qu ils avaient vaincu la révolle à coups de canon, par la force des baïonnettes et de la mitraille , le gouvernement crut que sa tâche était remplie , ses agens demandèrent des couronnes civiques , on leur en donna, et tout finit par là; mais on n'est pas allé au fond des choses , on a seulement régularisé les surfaces, et la cause du malaise subsiste toujours.
Mettons de côte la dernière conflagration lyonnaise qui a revêtu sur la fin un caractère politique, et admettons pour un instant que l'iritation des ouvriers n'ait pas eu pour cause la mauvaise foi et la cupidité d'une minorité de fa b ri eau s, trop préoccupés des moyens de réaliser le plus de bénéfices possibles. Avant de signaler les bienfaits qui résulteraient de la libre discussion des salaires entre les ouvriers et les fabricans, dont le premier et le plus important serait de faire voir clairement aux ouvriers que dans certains cas le taus des salaires ne peut être élevé sans un notable préjudice pour l'entrepreneur, voyons s'il n'y avait rien de mieux à faire que de mitrailler les travailleurs.
Il nous semble qu'il eût été beaucoup plus rationnel de dire: les ouvriers souffrent; nous n'avons, dans l'état actuel des choses, qu'un moyen efficace et dont l'action puisse être immédiate, avant le changement radical qui doit survenir dans l'assiette des impôts qui pèsent plus directement sur le pauvre, c'est la suppression des droits d'octroi. Cette suppression, en abaissant le prixdes denrées de première nécessité, aurait rendu suffisant un salaire que la nécessité impérieuse forçait à maintenir tel qu'il était.
On ne s'est point occupé de ce moyen, ou bien il n'a point convenu à ceux qui auraient pu le proposer. On craignait, sans doute, de voir grever les propriétés foncières ; il est arrivé que la crainte d'un mal a fait tomber dans un pire. On a fait de la force , et la force ne tranche pas les difficultés d'une façon rationnelle; elle les ajourne , et voilà tout. C'est une détestable économie politique que celle du canon,
J\otre opinion a l'égard des collisions qui s'é-
lèvent entre les ouvriers et les entrepreneurs est celle-ci : les uns et les autres doivent s'entendre pour la fixation et le re'glement du taux des salaires; car de leur rapprochement naîtra nécessairement l'appréciation loyale de leur position respective.
Les uns et les autres subiront plus patiemment la dureté de certaines époques, lorsqu'ils pourront apprécier les causes du malaise; la défiance disparaîtra des relations qui existent entre les entrepreneurs et les ouvriers , et les semences de collision avorteront toujours.
M. Simondede Sismondi voudrait que les ouvriers fussent intéressés dans les entreprises industrielles et participassent aux bénéfices des entrepreneurs : le salaire est une véritable participation aux bénéfices, la difficulté est dans la fixation du taux de cette participation. M. Sismondi ajoute qu'il faudrait assurer à l'ouvrier un minimum de salaire. Mais il est des circonstances où ce minimum lui-même serait encore trop onéreux pour l'entrepreneur; car lorsque les produits ne sont plus demandés , les producteurs doivent cesser de produire. Ce n'e;t pas à dire pour cela qu'il faut alors que le travailleur reste sans ressource ; à Dieu ne plaise ! Et s'il ne faut plus que le travail soit inféodé sans condition aux capitaux, il est essentiel aussi que l'entrepreneur d'industrie ne soit pas ruiné, car la position du travailleur serait alors plus malheureuse que jamais.
Dans l'état actuel des choses, lorsqu'il survient des crises industrielles, le gouvernement et les pouvoirs locaux devraient venir au secours de l'ouvrier par des commandes de travaux productifs, et des ressources de prévoyance. Plus tard on n'aura plus besoin d'avoir recours à ces
moyens onéreux, alors que les impôts seront diminués, et assis surîtes bases plus équitables; quand les droits d'octroi seront abolis et remplacés par des impôts directs destinés à satisfaire aux besoins des localités, lorsque l'usure du Mon t-de- Piété et l'immoralité de la loterie auront fait place au puissant moyen de moralisation des caisses d'épargnes ; lorsque des banques départementales faciliteront les transactions ; lorsque les tarifs des douanes seront ebangés au profit de la liberté' commerciale , quand le système protecteur qui protège quelques familles au détriment des masses se sera écroulé ; alors que l'instruction aura pénétré jusqu'au fond de la société moraliste , le travailleur pourra s'assurer dans un présent prospère des ressources pour un avenir souvent désastreux ; il ne mourra pas de faim, il ne se jettera plus par désespoir dans les horreurs de la guerre civile ; l'entrepreneur d'industrie ne sera pas ruiné par une production sans harmonie avec la consommation , et la société y gagnera de l'ordre, de la stabilité et de la richesse.
Les salaires qui sont le revenu des services productifs de l'ouvrier sont réglés par des lois générales, dont la principale est celle du rapport entre le nombre des ouvriers, et la quantité de travail à leur donner. Si la balance penche poulie nombre d'ouvriers , les salaires baissent, parce qu'il y a plus d'ouvriers qu'il n'en faut pour 1 ouvrage a exécuter; si elle penche pour la quantité d'ouvrage, lés salaires sont en hausse.
Il faut tenir compte pour la fixation du taux des salaires de l'état de la richesse sociale; si elle augmente, les salaires sont en hausse, si elle est stalionnaire, le taux varie peu, si elle décline, rien ne peut s'opposer à la baisse des salaires,
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et nous avons montré quelle ressource est lajssée à la sollicitude des gouvernement pour prévenir les catastrophes qui sont la suite inévitable d'un tel malheur.
Il ne s'agit point ici d'une intervention directe du gouvernement, mais de son action politique. On a dit que le tau* peu élevé des salaires était un avantage pour les consommateurs, en ce que les produits étaient moins chers ; c'est une erreur qu'il est utile de relever. Lorsque l'ouvrier est peu rétribué, il travaille mal, et les produits qu'il crée n'étant pas de bonne qualité , ne représententpas la valeur dépensée par l'acquéreur.
Le prix des subsistances doit être considéré comme l'un des principes régulateur! du taux des salaires; car l'ouvrier doit pouvoir vivre de son travail , et nous n'entendons pas parler de cette vie au jour le jour qui laisse l'ouvrier sans ressources s'il vienl à tomber malade , ou si l'iudustrie languit. Il faut de toute nécessité que les jours heureux fassent compensation aux jours difficiles, ou la société sera toujours travaillée par une cause de malaise qui ne lui laissera nul repos. Pour arriver a ce but , ie travailleur doit se moraliser pour prendre plus de prévoyance. La société lui doit des moyens d'instruction, car qu'exiger de gens qui ne connaissent ni leurs droits ni leurs devoirs? De meilleures lois, des impôts moins pesans , et l'instruction à la portée de tous, voilà en résumé ce qui peut conduire la société à une situation normale.
Reprenons nos considérations sur le revenu en général.
Il arrive souvent qu'un produit est créé par plusieurs entreprises successives , alors sa valeur se rembourse et se distribues chaque producteur ou plutôt à chaque transformateur à mesure
qu'il quille ses mains pour passer dans celles dé celui qui doit le transformer après lui. Lsi soie d'un vêtement est d'abord le produit d'un travail industriel agricole; celui qui achète la soie en fil rembourse à celui qui la lui vend toutes les avances qu'il a faites pour la produire , et en sus le profit qu'il doit retirer de son travail pour payer les services productifs de son capital. Celui qui achète cette soie est un entrepreneur d'industrie manu fac lu ri ère qui transforme en e'to fies ce fil qu'il s'est procuve ; l'entrepreneur d'industrie commerciale lui rembourse à son tour le prix d'achat , celui de transformation et le bénéfice, ainsi de suite jusqu'à l'emploi ou consommation de l'étoffe.
Le taux des revenus varie dans plusieurs circonstances: l'une des causes les pins directes de cetle variation, c'est l'état de la demande, soumise elle-même au prix des produits. Quand ceux-ci sont trop chers par rapport à la fortune du plus grand nombre , la demnndfl est faible ; quand leur prix baisse et devient plus accessible aux personnes peu aisées, la demande de ses produits augmente. La branche d'industrie à laquelle ils appartiennent prend plus d'importance , jitsqu à ce que la classe peu aisée soit entièrement approvisionnée de ce produit, alors la branche d'industrie devient stationnaire et bientôt languit, jusqu'à ce que l'invention de machines plus ingénieuses contribue à diminuer le prix du produit , et qu'il puisse être acquis par la classe immédiatement inférieure (il ne s'agit ici que d'un classement par ressources pécuniaires). Nous avons vu de quelle influence sont les machines dans l'industrie.
Les profits de l'industriel , c'est-à-dire de l'homme qui exploite l'une des forces productif
ves, le talent, dans une industrie, sont très-variables. L'industriel met à contribution une grande somme de services productifs dont il faut diriger l'emploi avec une rare intelligence pour réussir. Il travaille pour son propre compte, il exerce sou industrie avec l'aide d'antres industriels qui se soumettent à sa direction. Ceux-ci courent moins de chances de perte , ce qui fuit qu'ils ont droit à de moins forts bénéfices. L'industriel, au contraire, court de grands risques ; aussi doit-il réaliser de plus grands prolits. Il fait un placement dont l'intérêt est d'autant plus élevé qu'il doit craindre davantage de n'être pas rembourse.
L'industriel probe et capable, redoute peu la concurrence, parce que, pour entreprendre une industrie, il tant avoir des capacités économiques et commerciales qui ne se rencontrent pas fréquemment ; il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus dans la classe des entrepreneurs d'industrie. La capacité ne leur suffit pas , il faut qu'ils possèdent un capital , ou qu'ils aient assez de crédit pour pouvoir en emprunter un. Le crédit de l'entrepreneur d'industrie repose sur sa probité', sa réputation d'activité et de persévérance ; celtedernière vertu industrielle manque à beaucoup de nos entrepreneurs , qui sont trop presses de se retirer des affaires pour jouir d'une tranquille oisiveté'. Dans ses articles d'économie politique, si apprécies des juges compétens , M. Blanqui aîné s'exprime ainsi au sujet de cette malheureuse tendance de nos industriels : « Il y a parmi les industriels français uue cause secrète de malaise qui leur nuit d'autant plus profondément quils s'efforcent de la cacher, et qu'on pourrait dire particulière a nos concitoyens ; cette cause , c'est le besoin prématuré' du repos
et des jouissances qui tourmente nos industriels souvent imberbes, et qui leur fait considérer comme secondaire toute industrie qui ne mène pas très-rapidement à la fortune. Chez nous , à peine un négociant et un fabricant ont-ils accumule un petit capital , qu'ils songent à se retirer,
Saur parler leur langage, c'est-à-dire à vivre ans l'oisiveté', du travail d' autrui appliqué à ce petit capital. Us deviennent rentiers et ils agiotent à la bourse. L'industrie , dépourvue de capitaux, languit faute d'alimens , et le travail cessant d'être demandé comme il devrait l'être dans un pays comme la France, les salaires retombent a des taux insuliisans pour nourrir le travailleur. Le fabricant, prtssé de jouir el d'acheter des renies , marchande alors avec l'ouvrier, et cherche à se retirer avec le plus de profit possible pour échapper aux orages de la production, de sorte que souvent, telle est du moins ma pensée , les ouvriers sont fondés à se plaindre que les entrepreneurs leur fassent une part trop petite dans le partage de leurs bénéfices. »
Il faut qu'un industriel exerce ses facultés productives sur des objets capables de donner ues produits généralement demandés : plus les consommateurs du produit créé sont nombreux, plus l'industriel a de chances de succès , plus il accroît son revenu. Les objets de luxe et de superlluité forment moins de grandes fortunes que la production de ceux qui sont plus directement utiles.
Parmi les travailleurs qui prêtent leur concours aux industriels proprement dits, on distingue trois classes : celle des commis, celle des ouvriers ou gens de me'lier , et celle enfin des manouvriers, Les salaires des trois classes sont
différent les premiers qui se trouvent directement en rapport avec le public , et qui sont chargés d'opérations compliquées de comptabilité, sont forcés à plus de représentation et de soin de leur personne. Ce sont les mieux rétribués. Immédiatement après eux arrivent les ouvriers ou gens de me'lïer , auxquels il faut intelligence, probité, habitude, activité et persévérance ; leurs salaires sont souvent insufhsans , il leur faut cependant une grande capacité de détails.
Les derniers, appelés manouvriers , auxquels on ne demande que de la force musculaire , reçoivent un salaire généralement trop faible pour nourrir une famille composée , l'une portant l'autre , de cinq personnes. De là , ces funestes perturbations dans la société, de là ces collisions sanglantes qui la désolent et la minent.
Il y a pour cette classe de travailleurs, à capacité bornée , d'heureuses époques où elle ne reste pas dans l'inaction , et où leurs services productifs sont très-demandés ; par exemple , lors de la construction de grandes routes stratégiques ou commerciales , lors de l'établissement des chemins de fer et des grandes voies de communication qui nécessitentde grands mouvemens de terrain. Mais malheureusement, le salaire des travailleurs est trop faible ; Us ne peuvent pis économiser pour 1 avenir ; et puis ils manquent de prévoyance, il faut les instruire et les moraliser ; mais avant tout, il faut les mettre constamment à même de se procurer de quoi vivre par un travail productif, c'est te devoir de la société.
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