CHAPITRE II
Dès consommations 'i
Après avoir parlé de la population , nous regardons comme nécessaire de nous occuper de ses besoinâ, et de déterminer les divers modes de ses consommations.
Elles soit de deux sortes ; les consommations faites par les individus , ou plutôt les familles, et les consommations faites dans l'Intérêt de toutes les familles, ou de la nation; elles Sont-, en d'autres termes , privées ou publiques. On se ferait mte fausse idée de l'acte de la consommation, si l'on pensait qu'il entraîné la destruction des objets qui y sont employés. Il ne faut pas perdre de vue cette vérité, à savoir que l'homme ne peut détruire la matière; on doit entendre par consommation la destruction de la valeur des objets.
C'est si bien cette valeur tjne détrnït la consommation, qu'il y a tel objet de luxe, de fantaisie, de mode, dont on consomme la valeur sans altérer le moins du monde sa nature et son aspect. Une belle chaîne de métal précieux, un bijou eu or , par l'empressement que Pou met à le demander, acquiert une grande valeur ; on le paie mille francs , c'est la mode qui le veut ainsi; quelques mois s'écoulent , et l'objet est consommé, c'est-à-dire que sa valeur est anéantie en tout ou en partie, et cependant il est le même qu'avant l'achat. C'est de cette consommation que résulte sa valeur; Car il s'y a de valeur qu'autant qn'll y a conmmraaâo*. On
peut produire sans Créer de l ataaj ; il n'y a production réelle que là où la consommation commence; en d'autre» termes, la production n'est que la valeur donnée am choses, et U valeur est réglée par la consommation. Yous pouvez encombrer vos magasins d'un produit quelconque, s'il ne trouve point de consommateurs, vous ne possédez rien ; ce n'est pas un produit, c'est une matière inerte, c'est moins qu'une pierre qui sert à bâtir.
Ces vérités posées, ii est facile de sentir que les gouvernenûèns et les particuliers doivent s étudier, les uns à chercher, les autres à ouvrir, des débouchés par la voie immense du commerce. Trouver des consommateurs , voici le problème important à résoudre; la production réelle est à ce prix;
La consommation pentétre pattieUe ou totale; si nous achetons 1,000 francs une voiture que nous vendons 5oo francs après en avoir fuit usage, il est clair que nous n'avons cod sommé que la moitié de sa valeur. Mais si nous achetons 100 francs un habit que 1
entièrement, nous faist
totale.
Les particnliers, connue les gouvernemens, doivent s'étudier * faire des consommations producti-
tat est la création de valeurs nouvelles. Les consommations d'un entrepreneur d'industrie sont productives ; elles sont de trois sortes : salaires des travailleurs, outils, machines et bàtimens d'exploitation , et enfin matières premières. Ces dépenses on consommations sont entières :s salaires des tre va illeurs wmtdes
ons reproductives entières, ainsi que
11e l'en fait des outils , machines et bâtimens exploitation est une consommation partielle , le chef d'industrie ne consomme qu'une partie de la valeur de ces objets.
Les consommations peuvent être improductives; aiusi un feu d'artifice est une consommation improductive, et le feu qui échauffe un atelier est une consommation productive. La consommation improductive n'a pour but que la
i'ouissance passagère et sans trace de celui qui se a permet ; la consommation productive est un moyen de reproduction, elle enrichit les particuliers et par conséquent l'état. Le salaire d'un ouvrier est une consommation productive , celui d'un laquais est une consommation improductive.
Les consommations productives sont de véritables échanges de produits contre d'autres produits; les consommations improductives sont des échanges de produits contre des jouissances plus ou moins passagères , plus ou moins rationnelles. La consommation improductive du bois pour nous chauffer est dans les limites de la saiue raison , et peut être, jusqu'à un certain point, considérée comme une consommation productive, puisqu'elle contribue à entretenir chez nous le bien-être et la santé qui nous rendent aptes au travail. La consommation de la vaisselle brisée par des jeunes fous au sortir d'une orgie , est une consommation improductive , ridicule et blâmable.
Dans les consommations reproductives , la valeur totale est remboursée par celte des produits créés par les services productifs qu'a payés le capital. Souvent , des chefs d'industrie iguorans ou inexpérimentés, se livrent à des consommations qu'Us croient à tort reproductives. Ainsi,
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lorsque sans s'éclairer d'avance sur les besoins qu'ont les populations, de tel ou tel produit, sans calculer les chances d'e'coulement qu'ils trouveront pour les objets qu'ils créent, ils se livrent, par fa consommation de nombreux services, à une production immodére'e ; cette production est sans profit pour eux et pour ia socie'té ; car les denre'es qui la composent sont sans valeur réelle , puisqu'elles n'ont point de valeur vénale. Leurs consommations ont été improductives, leurs produits ne sont que des matières inutiles qui s'entassent dans leurs magasins, leurs richesses particulières reçoivent un échec , et la fortune publique eu ressent le contre-coup. Dans ce genre de consommations , improductives par faux calcul ou ignorance, il n'y a pas même la compensation atlachée à certaines consommations , celle d'une jouissance plus ou moins durable, qui, contribuant au bien-être, tendent à conserver chez l'homine^' heureux équilibre des facultés morales et physiques.
Un grand nombre de consommations sont payées par des services plus ou moins productifs , en d'autres termes , beaucoup de consommateurs ue donnent, en échange de leurs consommations , que des produits d'une valeur contestable et détournée.
Il y a des services que les peuples consentent à recevoir en échange d'une partie de leurs produits, parce qu'ils supposent que ces services augmenteront leur bien-être et favoriseront la
I (réduction en la protégeant. Ils les acceptent ibrement et volontairement, ces services, puisqu'ils leur assurent la sécurité dans leurs transactions ; de ce nombre sont la force armée et les tribunaux, le bien-être physique favorisé par les élabhssemens d'utilité publique , les jpuis-
sauces intellectuelles que procurent les arts, les sciences et les lettres. Ils savent que les services de ce genre donnent du relief aux nations , étendent Jeurs relations au-dehors en augmentant leur réputation de civilisation , et accroissent la somme de leurs consommations par les merveilles de leur commerce.
Mais, dans le siècle où nous vivons, les consommations payées par des services reproduisentelles toujours la valeur consommée , la valeur même la plus indirecte , celle de la protection accordée à l'industrie? Non, certainement. Les services par lesquels on prétend payer les consommations sont, pour la plupart, imposes par le pouvoir et non consentis , ils épuisent fa production, la fatiguent et la gênent au lieu de la vivifier.
C'est vainement que l'on prétendrait que lorsque les consommations dn service public sont habilement divisées, malgré leur somme, énorme en temps de paix, effrayante en temps de guerre, elles activent la production, parce que les producteurs redoublent d'efforts pour produire davantage ; cela n'est pas un bien , car il est une règle générale en économie politique, qui veut que les consommations reproductives seules conduisent à la prospérité. Cette production rapide et forcée épuise les ressources nationales
Îui s'étiolent, s'alongent et se brisent bientôt, près la période de production liàtée survient une désolante pénurie.
Il vaut mieux que les consommations payées soient ie moins nombreuses possible , il y va de la liberté, de la richesse et du bonheur des nations et des particuliers ; de la liberté , car plus les consommations payées par des services publics sont considérâtes, plus les gouvememew
ont de moyens d'asservissement ; de la richesse car a les consommations improductives sont faibles, les revenus des particuliers sont plus considérables et la fortune publique plus élevée -
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Après la surexcitation amene'e par l'excès de consommation payée eu services publics il arrive une effroyable chute, qui disloque le corps social. A 1 issue dune guerre, par exemple, lorsque les consommations ont été* considérables et que la production s'est harmonisée avec elles' tout-a-coup l'harmonie vient à cesser la con' sommation s'arrête brusquement , la 'production qui la devance reste sans de-bouches, les perturbations les plus graves sont jetées dans I mdustr.e , une foule de travailleurs restent sans ressources pendanKjuelque temps, et une masse de produits ne sont plus que des objets inertes.
Les consommations publiques, bien entendues, sont faites dans l'intérêt de tous, pour satisfaire aux besoins d'une nation ■ les routes les chemins de fer, les canaux, les ponts, sont le' produit de consommations publiques utiles , parce qu elles sont reproductives.
Les consommations privées ou particulières sont faites dans le but de satisfaire aux besoins ou aux jouissances des familles. Pour elles comme pour les nations , il y a augmentation de fortuuo lorsque les valeurs reproduites par la consommation dépassent les valeurs consommées.
Quand les particuliers ou le puldic achètent des produits sans les consommer, ils sont aussi riches après l'achat qu'ils l'étaient auparavant. -Le producteur qui a vendu possède la valeur représentative de l'objet du marche" , qui est le plus souvent de la monnaie , et I-'-icquereur g
entre les mains des objets de consommation qui lui représentent exactement l'argent qu'il a donne. Mais, au moment où la consommation commence ; au moment où l'acquéreur détruit la valeur du produit acheté, il fait une perte, si sa consommation est improductive, et il réalise un bénéfice, si elle est productive. Le producteur qui a vendu possède de l'argent dont la valeur est peu variaule en temps ordinaire ,' mais qui peut décroître et s'anéantir dans certaines circonstances données. En effet, le numéraire
Ïeut abonder dans un pays ruiné, car la base de i vraie richesse des nations ce sont les produits sans cesse consommés reproductivement; l'or sans produits perd sa valeur échangeable et devient matière inutile; un napoléon , pendant la retraite de Russie, n'avait nulle valeur, parce qu'il n'y avait point de produits contre lesquels on put l'échanger.
Les nations, comme les particuliers , sont
Îuelquefois forcées à des consommations ï m proue tives ; dans ce cas , elles ne doivent employer que des objets de bonne nature et de durée dont la consommation ne soit pas instantanée ; il faut aussi qu'elles s'étudient à consacrer une partie de leur revenu à des dépenses productives ; en un mot, les règles de conduite économique sont les mêmes pour les particuliers et pour les peuples.
La vertu qui manque le plus souvent au travailleur, c'est l'économie et la prévoyance de l'avenir. Mais la pauvre humanité est placée entre deux écueils ; si nous sommes trop pre'voyans, trop inquiets de notre avenir , nous devenons avares ; si nous sommes trop légers , trop insoupians de ce qui peut nous arriver, nous tombons dans la prodigalité, Ço dernier vice est plus fu.
(Si )
neste à la société que le premier ; il dissipe les capitaux improdnetivement , sans profit pour le travailleur.
La prodigalité emploie trois cents francspour un repas donne à des indifférons qni la raillent ; ces trois cents francs sont perdus pour la société, ils ont été employés improductivement ; mais l'industrie paie, avec celte même somme, les repas de plusieurs ouvriers , cette somme lui rentre, lorsqu'elle vend lès produits confectionnés par ces ouvriers ; elle a e'té employée reproduclivement.
Nous avons dit que les consommations publiques étaient destinées à satisfaire aux besoins des nations ; ces consommations sont de deux sortes : elles absorbent des produits matériels, tels que vivres et munitions , et des produits immatériels, tels que les services de leurs administrateurs, de leurs agens de tous genres et de leurs armées, qu'elles rétribuent selon la valeur qu'elles donnent arbitrairement à leurs travaux intellectuels ou manuels.
Toutes les fois que les consommations publiques n'ont pas pour résultat la protection des
Personnes et des trois genres de propriété, inu strie ou capacité, capitaux et immeubles ou propriété foncière, il faut se hâter de les faire cesser, car la richesse nationale est en péril, et la liberté disparaît. C'est à la protection que doit s'arrêter l'action des gouverne mens dans les consommations qu'ils opèrent , car s'ils se rendaient propriétaires eux-mêmes et qu'ils ne considérassent les particuliers que comme des fermiers, la terre serait mal cultivée, et le plus puissant mobile du travail, la perspective de la possession , disparaîtrait pour faire place à la paresse vain- piie, qui veut *Ç mettre seulement « l'abri dp fefr
(Sa)
soins les plus grossiers. Les disciples d'Owen et de Saint-Simon, en concentrant ainsi fa propriété territoriale dans les mains des gouvernant, prêtres, dictateurs ou présidens électifs, détruisaient forcément la famille, c'est-à-dirè l'organisation sociale la plus naturelle, la plus rationnelle, la 'seule admissible. C'était s'attaquer au* penchans les plus irrésistibles de rhomme; aussi la société est-elle restée sourde à la voix éloquente de ces novateurs, et leurs théories enveloppées des formes les plus poétiques et les plus brillantes n'ont séduit personne.
Ce n'est pas que la société soit convenablement organisée maintenant ; l' individualisme et l'égoïsme en font la base volcanique -, ses forces de terre et de mer sont destinées à repousser ses ennemis extérieurs; ses tribunaux doivent sévir contre ses ennemis intérieurs ; les droits de chacun ne sont point assurés et la liberté n est qu'un mot; des lois économiques plus justes, plus rationnelles , donneraient satisfaction au* intérêts matériels et moraux des peuples, et l'ordre serait le résultat du bien-être de tous. Loin de là, les droits sont pour le petit nombre, et les niasses n'ont que des deyoirs si durs souvent à remplir, que les consommations publiques passent en grande partie au moyen de répression. De pareilles dépenses sociales accusent la coupable négligence des gouvernemenf, qui laissent le plus grand nombre des citoyens sans force pour lutter contre l'infortune, et surtout sans instruction. L'instruction moralise, parce quelle donne des ressources nombreuses pour lutter contre l'adversité. Il faudrait moraliser pour avoir moins à sévir. Les hommes voués aux développemens du progrès ne doivent pas perdre de yue quel'im des puissans moyens d'amélioration
Digilized by Cooglé
du sort des masses c'est l'instruction ; mais l'instruction seule ne pourrait rien contre les entraves nombreuses des monopoles.
L'instruction rendrait à chacun son libre arbitre, c'est-à-dire le libre usage des faculte's dout l'a doué l'auteur des choses; elle créerait d'abord cette première et indispensable égalité des soins intellectuels, qui ferait disparaître de la société cet état d'hostilité qui esisle entre l'instruction pleine d'astuce et île ruse, et l'ignorance qm, se voyant si souvent trompée, descend à la brutalité.
Tous les citoyens doivent respecter la propriété, la liberté, la vie d'autrui; mais la société doit à tous les citoyens les moyens de travail (pli les mettent à l'abri des besoins matériels, et l'instruction. L'instruction qui adoucit les mœurs et fait apprécier la vertu, non-seulement comme bonne en elle-même, mais comme étant dans l'intérêt bien entendu de celui qui la pratique; l'instruction qui développe dans le cœur de l'homme la tendance irrésistible d'une sociabilité féconde : c'est aiusi que s'enchaînent les devoirs et les droits; c'est ainsi que la société ayant enseigné à tous ses membres leurs devoirs envers leurs semblables et les droits de tous et de chacun, peut sévir sans injustice contre ceux qui ne remplissent pas les Uns et méconnaissent les autres.
Les consommations publiques faites pour ré-
Eandre l'instruction sont donc des dépenses luables, bien entendues et même indispensables pour l'état qui veut faire régner le calme, l'ordre et la paix dans son sein. Elles tendent k moraliser les nations et à augmenter leur bienêtre. Elles ne sont nullement improductives et jettent, dans la population , des capacités diri-
géantes qui ont sur elle une action d'autant plus grande , que les masses auxquelles elles s'adressent sont plus instruites et les comprennent mieux.
Dans toute nation bien gouvernée, l'instruction primaire doit être à la charge de l'état, car c'est un devoir pour les gouvernant que d'instruire les peuples; s'ils le négligent, ce devoir, c'est qu'ils veulent du despotisme ; on a toujours meilleur marché des hommes ignorans que des hommes instruits , et les réponses à coup de canon sont plus tôt faites que celles d'une saine logique. Tout gouvernement qui ne veut pas instruire doit multiplier les juges et les tribunaux; s'il ne construit point d'écoles, qu'il construise des prisons.
L instruction est si négligée dans notre organisation sociale actuelle, que des niasses de citoyens restent sans ressources au milieu de nos cités , et dans nos campagnes , parce que le travail manuel le plus élémentaire, le plus borné, est le seul auquel elles puissent se livrer. Les lois économiques restrictives, les voies de communication incomplètes , et le fléau des monopoles, viennent en outre rendre difficile la vie matérielle la plus modeste; il résulte de toutes ces causes de souffrances un paupérisme effrayant, auquel on remédie d'une manière bien incomplète , par des institutions pli ilan tropiques. Il faut prendre les choses de plus haut.
La société est ainsi faite qu'il surgit un mal à côté d'un bien, et le philosophe ne voit pas sans amertume que devant chacun de ses calculs de jili ilan tropie se dresse une conséquence plus ou moins funeste.plus ou moins inévitable. Ainsi l'une des dépenses les plus délicates d'un état, d'une province ou d'une ville, est celle qui s'applique
aux e'tablissemens de bienfaisance. La première pensée d'un homme généreux qui n'a pas l'habitude d'envisager les questions sous toutes leurs faces , s'il est appelé à des fonctions publiques importantes, est de multiplier les asiles du pauvre , et de chercher à assurer un minimum à l'infortune. Eh bien, il faut le dire, à côté du bien qui résulte momentanément de l'exécution des projets dictés par la plus pure humanité' , naît un mal incalculable pour l'avenir, c'est l'augmentation du paupérisme. En effet, la prévoyance d'un bien-être assure', si tel degré' de misère vient à l'assaillir, rend le malheureux moins actif et moins entreprenant , il lutte avec moins de courage contre l'adversité; bientôt le nombre des indigens s'accroît d'une manière effrayante, jusqu'au point de jeter la perturbation dans la production. ADieunc plaise que nous prétendions qu'il faille s'abstenir de fonder des maisons de charité pour la vieillesse et l'enfance; mais nous pensons qu'il est nécessaire d'apporter à leur établissement une sage mesure, une restriction philosophique bien entendue.
La recrudescence du paupérisme, amenée par les moyens mêmes qui sont employés pour l'empêcher , nous a souvent occupé , et nous avons recherché les moyens de remédier aux misères les plus terribles, sans enlever à l'infortuné son activité pour lutter contre le malheur, et sans le dégrader par l'humiliation de l'aumône; nous nous sommes enfin arrêtés à un projet qui demande quelques développemens.
Le sol doit nourrir tous les individus qu'il porte ; voilà l'une de ces pensées dont la générosité aventureuse est peu rationnelle; par cela seul qu'elle est absolue, U faut l'accueillir avec
défiance; en effet, le simple boa sens, aide" des premières no lio us d'économie sociale, fait reconnaître qu'il arrive telle circonstance où il y a , pour une population, impossibilité matérielle S'appliquer cette pensée plus noble que logique. Ce malheur, il est vrai, se reproduirait rarement dans une société' bien organisée ; mais il serait impossible de s'y soustraire toujours, et malgré les efforts de la production et de la distribution des richesses, il arriverait quelquefois que des classes nombreuses de travailleurs resteraient sans occupation, et viendraient, comme maintenant , augmenter le nombre des indigens à la charge de la société , des indigens qui consomment sans produire.
Notre pensée, à nous, est moins large et par conséquent plus applicable ; nous posons en principe que toute société' doit, uon pas la subsistance , mais du travail, à tous ceux de ses membres que des circonstances quelconques Ont réduits à 1 inaction. La première objection que n'ont pas manqué de nous faire ceux à qui nous avons développé notre idée , est celle-ci : Si vous donnez du ti*;tvail à tous ceux que l'inconduite, les déboires de la recherche ou le malheur des temps forceront de venir à vous , vous porterez un coup funeste aux. trois industries : une foule de gens dout l'activité trouvait à s'occuper, deviendront insoucians ou paresseux; comme ils attendront de la société un travail certain, ils quitteront les ateliers et les champs , sûrs qu'ils seront de leur avenir. Cette objection aurait de la force si , dans noire projet, la société donnait à chacun des occupations analogues à sa spécialité ; le travailleur quitterait l'atelier particulier pour l'atelier public , la production serait entravée et la société se rtii-
nerait si elle employait les bras inoccupés à des travaux improductifs.
Pour éviter tous ces abus, nous voulons, dans le projet dont nous parlons, que le travail offert a l'homme sans emploi soit assez pénible pour qu'il devienne seulement la ressource d'une position presque désespérée. Le travailleur inhabile , malheureux ou immoral, que des circonstances funestes réduisent , dans notre société' actuelle , à la honte de la mendicité , y échapperait en se livrant à des occupations fructueuses pour le pays , et à la portée de toutes les intelligences.
Ces occupations consisteraient à creuser des canaux , extraire des pierres de construction , percer des routes, tracer des chemins de fer, draguer les rivières , abattre des forêts et les défricher, ou reboiser des contrées malheureusement dégarnies. Dans chaque département, plusieurs chantiers de travail pénible seraient offerts au malheureux pour lui assurer nne noirrilure simple et un abri. On sent que par ce moyen le travailleur n'aurait recours au travail pénible qu'à la dernière extrémité; mais au moins la société n'aurait pas à se reprocher la perte d'un grand nombre d'hommes qui meurent faute de pouvoir travailler. Les ouvriers ne quitteraient point les chantiers et les aieliers où ils sont bien rétribués, et dans lesquels ils se livrent à un travail qui leur est familier, pour se contenter de la ressource du travail public , dur et presque sans profit. Mais si des instans de détresse, des circonstances imprévues, venaient à le priver de son travail habituel, il ne se trouverait pas placé entre le crime et le besoin.
Souvent un homme robuste qui vient so'lici-
1er la pitte des passons, est repousse* par ces mots : Atlei travailler. Travailler! cela est bientôt dit; mais il est certain , et personne lie le conteste , que souvent le travailleur ne trouve pas à s'occuper; et comme il n'a pas de rentes, que devient-il? que fait-il? Il meurt ou il vole. Quelle alternative ! Avouons que la société est bien mal organisée qui n'a de remède à un pareil mal que la prison. Oui, la prison: il est avéré qu'un grand nombre de malheureux, après avoir consulté le code pénal, consomment un délit pour se faire incarcérer !.... et que souvent des liom mes qui ont subi les rigueurs de la détention et qui retombent dans la misère, parce que la société les repousse , redemandent par de nouveaux délits lé pain noir du prisonnier ! Ou n'ose plus se dire civilise' quand on réfléchit à ces tristes conséquences de notre état social actuel. Avant que des lois économiques , sages et justes, aient changé la position du pauvre, qui n'a que ses bras pour propriété, nous pensons que le projet dont nous parlons éviterait bien des malheurs s'il était réalisé. Il satisferait aux principes d'humanité qui doivent guider ceus qui dirigent les destinées de leurs semblables. Il empêcherait la société de s'acheminer à graiktspas vers un paupérisme dévorant, il ôtc*rait toute sa valeur à cette puissante objection : Le mal que vous voulez déraciner s'augmente
fiar les moyens mêmes que vous employez dans e but de le détruire.
En effet , nous l'avons dit , le travail pénible offert à l'inoccupé ne serait pour lui une ressource que lorsqu'il aurai t épuise' tous les moyens ordinaires de sollicitation pour obtenir le travail habituel. Ainsi la production ne serait point entravée par U désertion des producteurs^
l'homme malheureux ne serait pas humilie' par la haute pitié de l'aumône, la prison ne deviendrait plus pour lui la salle d'asile!
Alors, mais alors seulement, la société actuelle pourrait dire hardiment à l'homme désœuvré dont elle ignorerait les moyens d'existence : Tu me nuis ou tu me nuiras bientôt, puisque tu restes oisif, et que près de toi des chantiers et des ateliers te sont ouverts par mes soins ; lu es criminel ou tu vas ïe devenir : travaille donc, ou je serai en droit de te priver de ta liberté.
Alors sa surveillance et sa sévérité seraient légitimes. Maintenant, au contraire, elles »e sont qu'uàles et nécessaires, et ce n'est point assez. Un homme probe, un travailleur sans reproche, peuvent «tre sans moyens d'existence, par l'absence d'occupations offertes à léumcti- YÏté : cela ne s'est vu et ne se voit encore que trop souvent : leur position est affreuse, placés qu'ils sont au centre d'un horrible triangle dont les extrémités sont : le crime, la faim et le suicide !
Il leur reste encore la problématique ressource de la charité religieuse ou particulière !.. L'hôpital? Mais ils ne sont pas malades , on ne le leur ouvrira pas !"
Un jour, espérons-le, l'esprit d'association qui peut soulever le monde moral, car â sera pour lui le levier d'Archimèdes ; un jour l'esprit d'association rendra possibles une foule d'améliorations nui , donnant aux consommations et à la distribution une direction meilleure, assureront à tons l'exercice de leurs facultés physiques et intellectuelles , et ne laisseront pWs à craindre aux sociétés Imm'aines qi*e les catamités qu'il est hors de leur portée de pré-