‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 4 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Fortune publique.

Après avoir parlé de la population et des différens modes de sa consommation, voyons ce qui constitue la fortune de tous, ou les richesses nationales. Définissons la râleur.

Les richesses des nations, comme celles des particuliers , sont de deux sortes : richesses acquises, ou capitaux fixes, comme terres, propriétés bâties , meubles ; capitaux engagés , tomme instrumens de labour, machines servant à l'industrie manufacturière, monumens, ponts; richesses mobiles, c'est-à-dire celles qui viennent du travail annuel des particuliers , celles qui doivent fournir a tous leurs besoins d'agrément et de nécessité , soit directement , soit indirectement ou par l'échange.

Pour que la quantité' des produits du travail nécessaires aux besoins d'agrément tt de nécessité d'une nation, puisse porter le nom de richesses, il faut que cette quantité soit suffisante pour pourvoir abondamment chaque individu, et que la condition la plus humble soit accompagnée d'une sorte d'aisance, d'un certain bienêtre, qui conservent à l'homme le sentiment de sa dignité. Il faut que toutes les familles se trouvent non-seulement à l'abri des besoins matériels, mais encore qu'elles puissent satisfaire à quelques besoins muraux ; les plaisirs intellectuel* ennoblissent l'homme , lui donne la conscience de sa mission ici-bas, qui est de dévelop.

per toutes les hautes facultés dontil a reçu le germe, et d'en user modérément.

Il ne suffit pas pour qu'il y ait 'richesse chei un peuple qu'une seule classe de ce peuple soit riche , il faut que le bien-être soit répandu dans toutes les veines du corps social. Il n y a pas richesse si les classes laborieuses languissent daus la misère, ou sous la honte et l'insolence de la taxe des pauvres. Lors même que toutes les nécessités de la vie matérielle sonlsatistaites, il n'y a pas encore richesse ; mais s'il y a privation , il y a souffrance et misère.

L'abondance des produits n'est pas non plus le signe certain de la richesse; car il faut encore que ces produits soient distribués avec sagesse. Qu'importe à Marseille que l'abondance règne dans la Beauce? le transport des blés démette province dans le Midi triplerait la valeur dû boisseau sur la place où se fait sentir la disetteidès-lorsl'abondance qui règne dans une province n'empêche pas d'autres climats de souffrir. Si un chemin d °, fer de Paris à Marseille existait qui transportât à bas prix et rapidement d'un bout de la France a l'autre les produits des contrées diverses, la misère serait moins commune, et la nation pourrait se dire riche. Il est, en un mot, detoulenécessité que l'abondance des produits soit en rapport avec la possibilité de les échanger : sans l'échange, il y a pauvreté, parce qu'il n'y a pas de valeur attachée aux denrées; leur existence est inutile.

Les bons gouveraemens doivent s'occuper avec sollicitude des débouchés et des moyens d'échange; ils doivent créer d'immenses réseaux de communication et faciliter les rapports des provinces entre elles et des peuples entre eux, au lieu de les restreindre par l'inflexibilité igno-

ra'nte on perverse des tarife de -douane. C'est la valeur d'échange des objets qui constitue la richesse; ea d'autres termes, 'les individus et. les Bâtions sont riches dans la proportion de la valeur des produits, et «on Ams celle de leur abondance. il arrive quelqnofois <joe l'abondance nuit à la valeur , et diminue par conséquent la richesse réelle. La rUJhesseMles nations peut être réelle quand les débouchés ouverts conservent aux produits toute leur valeur. Elle est factice quand l'abondance des produits est stérile par absence de débouchés. Toufdoit donc tendre à mettre dans la plus parfaite harmonie les produits et leurs dâb 0O.ch.es.

La valeur des produits s'apprécie ordinairement parla quantité de monnaie que l'on peut avoir en échange. Cette appréciation est la plus «ommode parce que tout le inonde connaît In valeur delà monnaie, on la somme d'objets qu'il peut acquérir, pour la satittfection de ses besoins , avec telle ou telle quantité 4e monnaie. Dans un pays où la monnaie serait fort peu répandue, la valeur des profaHs pourrait être déterminée par la quantité d'un objet d'utilité générale et journalière «ne l'on pourrait ebtenir ene'ehBoge de ces produits.

Voyons comment les richesses nationales sont produites. Les hommes ont dès besoins matériels et des besoins moraux, la nature leur a donné les uns , et elle a déposé le 'germe ides autres au fond deleurame: c est l'éducation, et nous entendons par ce mot ton te l'habitude de la vie, ce sont les passions et la force de <apeH*ée qui développent ce -germe précieux. Ces 'deux sortes de besoins sont l'une et l'autre impérieuses; et é'wtaeiëttfé.

être. Lorsque

n; les u^soiua matériels c

et lorsqu'il y a propension i v satisfaire exclusivement , l'homme se rapprodlie de la hrate , il pend s-s facultés intellectuelles . et tombe dims l'oubli de ses devoirs sociaux ; il n'est plus occupé que des moyens de contenter ses appétits* , il s'étiole, se rapetisse et tombe au-dessous de lui-même.

Au contraire, si lesbesoins moraux l'emportent, si les forces inteH e et u elles s'exercent presque seules, l'homme s'élève, grandit, se perfectionne' comme être de pensée, mais il s'affaiblit , languit, dépérit et meurt comme être physique.

L'équilibre de la satisfaction de ces deux natures place l'homme dans la position de remplir noblement tonte sa tâche dans le monde.

De ces deux espèces de besoins qui sont naturelles à l'homme, naissent deux sottes de valeurs pour les produits, l'une morale et l'autre matérielle ; Tune destinée aux satisfactions intellectuelles , l'auln 1 aux besoins physiques. Souvent les besoins intellectuels tiennent a des passions dangereuses, à l'amour du luxe et de la supériorité, par exemple; c'est ce qui fait comprendre la nature de certaine valeur, < elle d'un bijou. Un bijou en or satisfait la vaulle, il est sans utilité, mais non pas sans valeur; rtW l'ostentation fait souvent mettre plus de prix à certains objets de luxe, que les besoins physiques n'en font attacher aux denrées de première nécessité. i

Produire ,c'est donner delà valeur aux choses , et cette valeur réside le plus ordinairement dans l'utilité*. La valeur donnée à un objet le rc id désirable, cet objet est un produit qui excite les hommes a se le procurer au moyen d'un

atifr* nrnrlnit Qu'ils tSr-hvnarnl nar VinU-i-i,,,'--

autre

mgent par l'intérim^ ms verrons plus tard

que l'intervention de la monnaie dans un grand nombre de transactions, est non-seulement plus commode, mais indispensable. Un savant, par exemple, qui par ses veilles et ses élucubra lions crée des produits, qu'il faut appeler produits immatériels, serait embarrassé s'il voulait échanger ces produits contre des objets matériels , des livres , des denrées, des vètemens, etc. Il a reçu pour prix de ses travaux de la monnaie qui lui donne le moyeu de consommer l'échange qui lui est indispensable.

L'utilité qui fixe la valeur do la plupart des choses varie selon les lieux et les temps ; c'est à tenir compte de cette variation que Je producteur doit s'appliquer pour réunir toutes les conditions possibles de débouchés et de consommation. La statistique le conduirait à des résultats certains dans ses calculs. Mais la statistique est presque à créer.

La valeur n'est pas toujours proportionnée à l'utilité comme nous l'avons dit ; il est des choses qui ont beaucoup d'utilité, et peu ou point de valeur, comme l'eau, l'air; il en est d'autres qui ont beaucoup de valeur, et peu ou point d'utilité. Souvent nu produit a un<= grande valeur pour celui qui l'a créé, en raison du temps qu'il a mis à le faire, des soins qu'il y a apportés, qu> n'a pas une grande milité dans le sens absolu de ce mot; mais dans le sens relatif, ce produit a la valeur de l'utilité qui lui est donnée. L'utilité donnée à un objet liy confère de la valeur ; mais si cette utilité lui est naturelle , elle le laisse sans valeur.

La valeur peut être directe ou indirecte, elle est directe quand les objets qui l'ont reçue servent directement soit à l'échange , soit à la satisfcetion des besoins ; elle est indirecte quanti

elle s'applique à des matières qui servent à la transformation des produits, c'est-à-dire à leur donner une augmentation de valeur. Il faut classer les effets de commerce, les contrats de rente parmi les objets dont la valeur est indirecte; ils ne sont pas utiles par eux-mêmes , ils le sont d'une manière détournée par les choses d'une utilité imme'diate qu'ils peuvent procurer.

Un effet de commerce n'a de valeur que parce qu'il représente celle d'un ou de plusieurs objets dont on a créé l'utilité. Il n'y a de valeur réelle produite bien réellement que là où il y a utilité créée; et ces richesses ne s'accroissent que de la valeur des services productifs qui ont servi à créer un produit.

On appelle valeurs, les produits considérés sous le point de vue de leur nature échangeable, et les produits sont ainsi nommés quand on les considère sous le rapport des besoins qu'ils peuvent satisfaire. Les valeurs sont des objets doués de la propriété échangeable. Celte propriété leur est communiquée par la faculté qu'elles ont de satisfaire aux Besoins des consommateurs , c'est celte faculté que nous avons nommée utilité.

Quelques économistes, Smith elRicardo entr 1 au très , reconnaissent deux valeurs aux produits, l'une qu'ils appellent valeur d'usage ou d'utilité, l'autre qu'ils nomment valeur d'échange. La valeur d'usage on d'utilité est la la valeur intrinsèque des denrées, et la valeur d'échange est la valeur des objets dans leur propriété échangeable.

L'eau nous donnera l'exemple de ces deux valeurs ; elle a une valeur d'usage et d'utilité , quoique cette valeur ne lui soit pas communiquée par le travail ; mais lorsque par le travail

des ouvriers porteurs d'eau dans une grande ville, elle est taise plus immédiatement % Ta 'portée des consommateurs , elle -acquiert 'la vfrfenr d'échange ; car le porteur <l>aH échange pour de la monnaie le liquide que son travail a mis stms la main de celui qui (emploie.

Ceux qui n'admettent pas cette distinction disent que pour que l'utilité soh valeur, il ue suffit pas qu'elle existe , il ftiut encore qu'elle soit connue«t prouvée, et que l'échange peut seul la faire apprécier. L'ntHité, disent-Ils , ne constitue qu'une valeur facultative , 1 échange nul prouve une valeur réelle.

Wous pensons cependant , et nous nous appuyons sur l'autorité d'Adam Smith , que ces Sbjetsont une valeur aussi par les services qu'ils peuveat nous rendre directement sans l'Intermédiaire de l'échange. Voici du reste l'opinion du savant économiste que nous venons de citer.

« Il est indispensable de faire observer que ce Mot valeur a nue double signification ; quelquefois il exprime les services qite tious rend une chose, et d'autres fois , le pouvoir qu'elle nous donne de l'échanger contre une autre. Dans le premier sens , je dirai valeur d'utilité, dans le deuxième, valeur d'échange. »

• Souvent les choses de la plus grande valeur d'utilité , ou n'ont pas, on ont bien peu de valeur d'échange, etàleurtour celles de la plus grande valeur d'éenange, ou n'ont pas, ou ont bien ■peu de valeur d'Htîfité. Rien nNî* -assurément plus utile que l'eau; mais, avec etle, difficilement conclut-on soit un marché , sert «n échange.

« Un diamant, au contraire, est peu utile;

grand achat d'argent, 01 rafale en marchandises.

maïs un diamant peut

l'objet ou d'un Sïange consîdé-

La valeur d'échange peut se diviser en valeur naturelle , c'est-à-dire fa valeur du travail qu'a coûté le produit; eu valeur nominale déterminée par la somme d'argent qu'on obtient 1 de ce produit, et qui n'est réellement que ; nominale , eu égard à la dépréciation possible de l'argent ; en valeur réelle qui ressort de la quantité des produits donnés pour tels autres produits : cette vnleur est appelée réelle , parce que les produits sont considérés comme moins soumis à la dépréciation que la monnaie.

Un économiste très- distingué n'admet que deux rapports sous lesquels puisse se présenter la valeur d'échange ; il I appelle valeur naturelle, considérée dans ce qu'elle a coûté à produire; il la nomme vénale, lorsque l'échange ou le marché déterminent son prix , ou la mesure de

On a cherché en vain une mesure générale , universelle et invariable des valeurs. On n'a pu la trouver dans le travail employé pour chaque produit, car le travail n'est jamais constamment le même dans différentes localités, dans différens pays, et à de* intervalles de temps plus ou moins longs, puisqu'il dépend des outils, des machines, plus ou moins bien perfectionnés, des salaires plus: ou moins élevés , et des charges qui pèsent plus ou moins lourdes sur les entrepreneurs et les ouvriers.

On n'a pu la rencontrer non plus, cette mesure, dans lu travail qu'un produit commande, c'est-à-dire-dan* le travail qu'Un peut obtenir en échange de ce produit , carie pris du travail est variable, le marché le rend incertain; etletravad: commande parun produit efltpiu» ou moins

Le» métaux qui ordinairement sont pris poiir

mesure des valeurs, sont soumis à de trop grandes variations , comme nous le verrons en parlant des monnaies, qui sont soumises dans leur valeur BOX lois de l'offre et delà demande. Cependant ils peuvent déterminer la valeur des produits dans un temps limité, et une circonscription territoriale donnée.

Le blé a semblé offrir à quelques économistes les conditions nécessaires a une bonne mesure de valeurs ; il a l'avantage de faire connaître la valeur des choses dans les temps reculés ; mais sa valeur est trop mobile pour servir de mesure, de point de comparaison ; le blé n'a pas plus que d'autres valeurs la fixité nécessaire pour servir de mesure. C'est la valeur d'échange qui indique le prix réel des produits.

Il est nécessaire que dans la valeur d'e'change la valeur vénale soit égale à la valeur naturelle; sans cela le producteur éprouverait des pertes ; force lui serait alors de suspendre sa production. Pour qu'il y ait équilibre entre la valeur vénaleet la valeur naturelle, il faut que la vente de l'objet produit paie les avances faites par le producteur, y compris son bénéfice; car c'est une erreur de penser que dans le prix naturel des choses ne se trouve pas compris le bénéfice du producteur. Voici comment tjmilh s'exprime à cet égard , en parlant du prix naturel et du prix vénal des choses :

« Quand le prix de quelque denrée n'est précisément que ce qu'il faut pour payer, suivant le taux naturel, et la rente de lu terre, et le salaire du travail , et le bénéfice t'es fonds employés à faire naître , à préparer et à porter cette denrée au marché, le prix pour lequel on les cède peut en être appelé le prix naturel.

« j^ors eUe est vendue ce qu'elle vaut, ou ce.

qu'elle coûte réellement à celui qui la porte ait marché ; car quoique ce qu'où a nommé dans le langage ordinaire le premier coût d'une denrée, ne comprenne pas le bénéfice de celui qui doit la vendre, cependant s'il 'a cède à un prix qui n'est pas le taux ordinaire auquel le bénéfice s'élève dans le voisinage, il souffre évidemment une perte, puisqu'en employant ses fonds de toute autre manière, il aurait pu en retirer ce bénéfice.

« D'ailleurs, sna bénéfice et son revenu c'est le fonds dont il subsiste. Tandis qu'il prépare les marchandises, tandis qu'il les met en état de paraître au marché, il avance à ses ouvriers leur salaire ; il s'avance à lui-même sa subsistance, qui toujours doit être proportionnée au bénéfice qu'il a droit d espérer raisonnablement de la vente de ses denrées. Il faut donc qu'elles lui donnent ce bénéfice , si l'on veut qu'elles lui rendent ce qu'elles lui ont coûté.

« Quoique le prix qui lui assure ce bénéfice ne soit pas toujours le plus bas auquel la marchandise puisse quelquefois descendre, du moins ne descendra-t-elle pas de long-temps à un prix inférieur, surtout dans les lieux ou, sous le règne île la parfaite liberté, chacun peut changer de métier aussi souvent qu'il lui plaît.

■« Le prix général et momentané d'une marchandise forme ce qu'on appelle le prix du marché (valeur vénale) , et ce prix peut être ou supérieur, ou inférieur, ou égal au prix naturel.

u La proportion qui existe entre la quantité de toute denrée qui est actuellement au marché, el le nombre des concurrens qui l'attendent pour on donner le prix naturel , c'est-à-dire la valeur entière de la rente , du travail et du bénéfice ; c«tte proportion , dis-je, est la mesure exacte

qui, pour chaque marchandise, réglé le prix courant du- marché. »

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