PRONOMS INTERROGATIFS
Les pronoms relatifs bien connus nous mènent naturellement aux pronoms interrogatifs , qui In'en diffèrent que parce que l'antécédent est supprimé dans ces derniers, et remplacé par un signe d'interrogation. En effet, que je dise : Nommez la personne qui a déchiré ce livre ; ou que , retranchant le premier membre de la phrase, je dise, avec un signe d'interrogation :
Qui a déchiré ce livre ?
La pensée est parfaitement la même.
C'est ce que nous avons rendu sensible dans ce Tableau.
La question : qui a déchiré ce livre? suppose deux propositions antécédentes. Car, non seulement elle fait entendre que le livre est déchiré, mais elle fait croire aussi que celui à qui l'on adresse la question connaît la personne qui a déchiré le livre , et peut la nommer.
Voilà pourquoi nous avons fait précéder cette question des deux phrases :
Une personne a déchiré ce livre ,
Nommez cette personne?
L'élève réunira ces deux m une seule, conformément à la leçon du N° LXXV, et il écrira :
DES SOURDS-MUETS. aoi
Nommez la personne qui a déchiré ce livre ?
Renversant cette phrase , vous en transportez à la fin le premier membre, que vous supprimez ensuite, en le remplaçant par le signe d'interrogation.
Voici la construction ordinaire du sourd-muet dans son langage des gestes.
Ce livre, a déchiré personne quelle, nommez.
Ce livre y a déchiré personne quelle ?
Ou mieux encore :
Ce livre, a déchiré main quelle ?
En faisant lire à voire élève cette phrase, vous en obtiendrez sans peine le signe du qui interrogatif. Il se peut cependant qu'il la traduise avec un impératif, comme elle a été d'abord écrite , ce qui ne serait d'ailleurs de nul inconvénient.
Voici , au reste , le signe naturel de qui interrogatif. L'index étendu se porte la pointe en avant, comme si vous cherchiez à montrer la personne dont vous voulez parler. Votre regard se dirige alors sur votre élève, avec un signe d'interrogation, qui l'invite à vous désigner celui que vous cherchez.
Qui est-ce qui? Qui est-ce que?
Cette forme d'interrogation étant l'exact équivalent de celle que nous venons d'étudier, nous pourrions nous contenter de l'écrire au-dessous de l'autre , comme il suit :
Qui a déchiré ce livre ?
Qu'est-ce qui a déchiré ce livre ?
et nous ferions entendre à l'élève que ces deux expressions sont identiques.
Voici un autre procédé un peu plus long, mais qui néanmoins nous paraît préférable , parce qu'il rend raison de chacun des mots de cette singulière locution qui est-ce qui?
Nous écrivons ces deux phrases :
Une personne a déchiré ce livre.
Cette personne est Jean.
L'élève les réunira en une seule :
La personne qui a déchiré ce livre est Jean.
Supprimant maintenant le mot Jean, je mets :
Une personne a déchiré ce livre.
Cette personne est....
Ce que l'élève transforme en :
La personne qui a déchiré ce livre est....
Ou bien même :
Celui qui a déchiré ce livre est —
J'ajoute un point d'interrogation avec la figure d'un index, qui lui rappelle le signe de qui interrogatif.
Je lui fais substituer à cet index le pronom qui, que nous transportons ensuite au commencement de la phrase ; ce qui nous donne :
Qui est celui qui a déchiré ce livre ?
d'où nous allons à :
Qui est-ce qui a déchiré ce livre ?
DES SOURDS-MUETS. 2 o3
Vous suivrez le même procédé pour les autres exemples ; seulement vous ferez observer à l'élève que lorsqu'il ne s'agit pas de noms de personnes , au lieu de qui, nous avons mis quoi , que nous changeons en que, qu' — , parce que le pronom qui, sans antécédent, ne peut se dire que des personnes.
Nous ferons remarquer un peu plus loin que ce pronom composé qui est-ce qui, n'est jamais complément indirect.
ao4 MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE