‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds muets (vol. 2)Chapitre 89 sur 115 · SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

SUBJONCTIF

Il ne serait pas facile de faire connaître le caractère propre et exclusif du subjonctif. On dit que ce mode sert à marquer la subordination du verbe d'une proposition au verbe de ïa proposition principale. Mais n'est-ce pas plutôt la définition de la conjonction que.

Par exemple , dans ces phrases :

Je croyais que vous viendriez,

Je crois qu'il viendra ,

Je doute que vous veniez ,

Je ne croyais pas quil vînt, Les propositions secondaires : qu 'il viendra , que vous viendriez, ne sont pas moins clairement subordonnées aux verbes précédons, que ne le sont les propositions que vous veniez, qu'il vînt.

Dira-t-on que le subjonctif ajoute une idée d'incertitude à la nature du verbe précédent? Ge caractère est commun à la plupart des verbes qui gouvernent le subjonctif; mais il ne leur est pas si exclusivement propre qu'il ne puisse aussi convenir à beaucoup de verbes qui veulent après eux l'indicatif. S'il y a toujours une sorte d'incertitude dans l'objet de la crainte, du désir, et même du commandement, ne retrouvera^t-on

a54 MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE pas aussi une idée d'incertitude dans les verbes espérer, croire, etc., et dans tous ceux qui ont une signification analogue? Cependant ils gouvernent tous l'indicatif. D'un autre côté, quelle espèce d'incertitude comportent les expressions être bien aise, aimer, etc.?

Nous pourrions dire, avec plus de raison peutêtre, que le subjonctif se met après les verbes qui indiquent un mouvement de l'âme , et l'indicatif, après les verbes qui énoncent un acte de l'esprit: distinction bien délicate et trop subtile pour servir de guide à nos élèves. Encore ne préviendrionsnous pas toute objection.

On met le subjonctif après les verbes qui expriment volonté, commandement, crainte, etc. La volonté , il est vrai, comporte le désir; mais n'y trouvons-nous pas aussi un acte de l'esprit : la connaissance de notre liberté et de la puissance que nous avons d'obtenir l'objet désiré. Le désir joint au sentiment de liberté et de puissance, voilà la volonté.

L'esprit ne prend pas une part moins active dans le commandement.

Enfin si nous rangeons la crainte dans les mouvemens de l'âme, pourquoi en exclure l'espérance, qui est le penchant du cœur soutenu par la confiance de l'esprit.

Sans entrer dans toutes ces discussions, sans avoir recours à aucune définition , suivons la règle

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qui nous a guidé jusqu'ici. Qu'un heureux choix d'exemples , rendus encore plus sensibles par d'adroites oppositions, fasse sentir au sourd-muet l'usage du subjonctif, et lui fasse saisir ces analogies si déliées, si légères, qui échappent à la sévérité du raisonnement et à la précision d'une démonstration.

Le premier Tableau que nous offrons, à ses regards, est une sorte de prélude pour préparer son esprit à l'emploi des temps de ce mode. Il vous suffira de lui faire remarquer que l'on met le subjonctif après les verbes qui expriment désir, contentement, mécontentement, volonté, commandement, doute ; enfin , après les propositions interrogatives, dubitatives Ou négatives.

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