‹ Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 19 sur 27 · C. G.,t.1, p. 44 et 185; t. II, p · texte numérisé non relu

C. G.,t.1, p. 44 et 185; t. II, p

2 Avec l'église bâtie sur la tombe de saint Cyprien, une autre s'étais également élevée à la place où le martyr avait souffert. « Denique, sicut « nostis, quicumque Carthaginem nostis, in eodem loco mensa Deo cons- « tructa est; et tamen mensa dicitur Cypriani, non quia ibi est un- « quam Cyprianus epulatus, sed quia ibi est immolatus. » (S. Augustin, Serm. CCCx. Cf. Serm. CCCXIIL. « Duas egregias et amplas (eccle- « sias) sancti martyris Cypriani, unam ubi sanguinem fudit, aliam ubi « ejus sepultum est corpus. » (Confess., V, 8. Victor Vitensis, Persec. Vandal., 1. I, c. v. Cf. D. Guéranger, Sainte Cécile, p. 157, 158 ; Codex eccles. Afric., c. LXXXIII.)

Les misères, les violences, la barbarie des mœurs, dont souffrirent les premiers siècles, ont laissé une marque profonde dans nos monuments épigraphiques.

Un diacre est tué à coups de hache pendant son sommeil ; un exilé ensevelit son compagnon de douleurs ?; un religieux, chassé de son pays, vient mourir à Clermont*; l’affreuse lèpre, l’usure*, l’abus de la puissance $, frappent à la fois la vie et la fortune; la tombe même n’est point un sûr asile7; en vain la loi punit les violateurs$, son impuissance paraît dans les formules

LI. C.G., n9639.—2 N0575,—3 N0557.—+ No 186.65 N0 636. —6 No 635. — 7 Nos 98 et 511. — 8 Cod. Theod., IX, xvn, etc. Voir pour la singulière tolérance de Théodoric, Cassiod., Variar. V, XXXIV. à

d’anathème qu'il faut graver sur les sépulcres !; triste signe des temps, un saint évêque loue un magistrat pour s'être abstenu de concussions et de rapines?; ici des prisonniers de guerref, des villes devenues désertes #, des églises incendiées *; un fidèle meurt en regrettant les années plus heureuses qu'il a vues autrefois $; un autre a traversé des temps de douleurs et de troubles 7; un troisième parle des plaies de sa patrie Ê. On est au lendemain des invasions, el, sous ses nouveaux maîtres, la Gaule devient comme un vaste champ de bataille. Chacun tremble au seul nom des barbares. Si l’un d'eux se fait chrétien, l’épitaphe dit que sa férocité native s’est adoucie par la loi du Christ °; sur la tombe d’un enfant du sol, on écrit que celui-Rà du moins n’est pas issu de race farouche {°.

Grégoire de Tours raconte que des luttes terribles s’élevèrent un jour entre des citoyens. L’esclave d’un prêtre avait été tué; l’assassinat fut vengé aussitôt, et des représailles répétées amenèrent une longue succession de meurtres. Le saint évêque fit venir les combattants et leur rappela la loi de l'Évangile. « Soyez pacifiques, leur dit-il; que le coupable, par esprit de charité,

entre en composition, afin que vous soyez des enfants

1 1. C. G., n0 43. — 2 No 635. Cf. n° 637. Quatre siècles auparavant, un païen écrivait que la justice ne consiste point à me pas être injuste. (Philostr., Apoll. Tyan., 1. HI, c. vir, éd. d'Olearius, p. 131.) — 3 [. C.G., n°0 543.—+4+ No 582. — 5 Ibid. —6 N°47 À. — T N° 462. Cf. n° 702. — 8 No 556, — 9 No 665. —10 No 407.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. 165 pacifiques, dignes du royaume céleste, par la grâce du Seigneur, car il a dit : Heureux les pacifiques, parce que le royaume des cieux leur appartient !.» Le mot qu’affecte de répéter l’évêque, nos inscriptions du même temps le présentent; deux chrétiens, dont Fortunat a écrit les épitaphes, Atticus, Basile, sont loués pour leur amour de la paix?; d’autres encore pour leur patience, leur généreux esprit de conciliation,

C’étaient, surtout alors, d’inestimables vertus.

Rien ne me frappe plus, dans nos inscriptions, que cette représentation fidèle des temps où elles furent gravées; les mœurs, les superstitions, les croyances, ont souvent, comme les faits politiques et les événements sociaux, laissé leur empreinte dans ces courtes légendes. Voici les sujets offrant aux princes de riches présents, suivant la mode barbare #; les évêques élus par le vote populaire; les fidèles priant, les bras en

1H, Fr., VII, xLvu. — 2 1. C, G., nos 635 et 637. — 3 Nos 373 À, 376, 371, 380, 413, 425, 635, 637, 641.

# I. C. G., n° 652. « Plerumque me muneribus vestris ditastis, » dit Frédégonde aux Francs. « Franci vero multa munera (Rigunthæ) « obtulerunt. » (Greg. Turon., H. Fr., VI, xLV.)

5 En examinant l’épitaphe fl un évêque d’Arles (n° 509), j'avais cru voir dans les mots LECTVS CAELESTI LEGE SACERDOS une allusion à quelqu'un de ces faits d'intervention divine que les anciens ont plusieurs fois signalés dans les élections épiscopales. Les textes que j'ai rencontrés depuis montrent que ces mots désignent ici la voix, le suffrage populaires, considérés, par les païens eux-mêmes, comme un divinum imperium, et auquel les chrétiens reconnaissaient aussi un caractère d'inspiration d'en haut. (Voir S. Cypr., Epist. X ad Antonianum, 88; Pontian., Vita

croix, inclinés, prosternés, et en versant des larmes !, Voici le peuple se pressant aux funérailles?, en chantant des psaumes que désignent nos marbres*; les fragments de la vraie Croix #, les saints, gardant par leur présence les fidèles, les villes 5, les temples 5, les sépultures 7; voici les tombes miraculeuses $, le démon chassé *, les malades guéris 10, les morts ressuscités #1 par la vertu de nos apôtres, les chants sacrés que répète un double chœur !?, les basiliques éclatantes de lumières 4, les veilles pieuses1#, les fautes geprises publiquement, selon l’austère précepte de l’apôtre #; les rudes macérations acceptées même par les puissants du monde !6; les jeunes filles repoussant de riches alliances afin de suivre l’époux céleste!7; les veufs, les veuves, lui consacrant le reste de leur existence !$; les hommes se séparant de leurs femmes pour entrer dans les ordres1?, La forme des noms rappellera l’âge des persécutions et

S. Cypr., $ 5, dans Ruinart, Acta sinc., p. 208, et les notes de Price sur l’Apologie d'Apulée, éd. d'Oudendorp, t. IE, p. 471.)

1 I. C. G., n°s 526, 176, etc. — 2 N0483.—3 No 546, —4* Nos 575 C, 594. Cf. S. Avit., Epist. XVIII. — 5 J. C. G., n° 198. Cf. Gregor. Turon., Vitæ PP., XVII, 1v. — 6 J. C. G., n° 592. — 7 Nos 293, 492, etc. — 8 No 503. — 9 No 592. — 10 No 4186. — 11 No 321 C. — 12 No 95, Cf. t. II, p. 55, et Théodoret, H. E., II, xxIv. — 13 No 198. — 1% No 52. — 15 No 512, On peut ajouter aux textes que j'ai cités à ce sujet : Origen., 1n &br. Jesu Nave Hom., VII, $ 5, éd. Delarue, t. II, p. 413; Chronicon orientale, éd. de Venise, 1729, p. 76. — 16 Nos 31, 169 et 503. — 17 J. C. G., Préface, p. LxxIv; cf. Bolland., 10 feb., t. IE, p. 420, Vita S. Austrebertæ, c. 1, 8 T. —18 Nos 420, 473, 643 et 648. — 19 No 597.

des outrages !; la langue des inscriptions montrera, chez les chrétiens, la timidité dans la victoire.

Aux siècles dont le plus grand nombre de nos marbres portent la date, la poursuite des fidèles a cessé, le christianisme est devenu la religion de l’État. Son triomphe pourtant n’est point complet, et sa prépondérance demeure souvent presque nominale. Un savant historien a montré l’étonnement, l’indignation même, accueillant, au 1v° siècle, l’annonce d’une conversion nouvelle ?. L'heure de dévoiler les mystères n’est point encore venue. Trop d’indifférences, trop de colères assistent à l'avénement de l'Église. Ce langage secret dont s’enveloppaient, aux temps d'épreuves, les pratiques de la foi, garde toujours sa raison d’être. Sur la tombe d’une de nos chrétiennes, il est écrit : « Elle est née tel jour; tel autre jour elle a recu, elle est morte. » Ce qu’elle a reçu, l’épitaphe le tait; le fidèle le sait, et, comme aux premiers siècles, le cache aux païens, aux profanes : c’est la grâce du baptème à,

En Gaule comme ailleurs, l’attente de ia fin du monde pesait comme un avertissement sévère sur la société croulante. Saint Martin annonçait que l’Antechrist, ce

1 I. C. G., n° 412, et Préface, p. c1. — ? Beugnot, Hist. de la destr. du paganisme, t. 11, p. 74, et Rutilius, Zéin., I, & 21.

3 Z.C. G., n° 5; cf. Renier, Inscriptions de l'Algérie, n° 4031, etc. (Voir encore ci-dessus, p. 46, note 4.) Le mot PERCEPIT, qui figure dans notre inscription, a été, comme je l'ai dit ailleurs (1. C. G., n° 412), usurpé par les adorateurs de Mithras. Ce trait en accuse l’ancienneté.

dernier des rois de la terre, était déjà né et régnerait dès qu'il aurait l’âge viril‘. Cette conviction apparaît sur les marbres. Une épitaphe de Reims parle de lattente du jour prochain où viendra le Seigneur ?, et la mention de la postérité, si fréquente dans l’épigraphie païenne, disparaît du formulaire chrétien *.

Devant les terribles signes des temps, nul ne croyait plus au lendemain.

Qu'étaient devenus, que deviendraient les fidèles morts avant l’heure redoutable? Les meilleurs esprits hésitaient devant un tel problème, et, comme les écrits des anciens, nos légendes funéraires en apportent la

preuve.

1 Sulp. Sev., Dial., Il, x1v. Cf. pour la Gaule, Greg. Tur., H. Fr., Prolog.; Marculf., Form., 1, 1x1, etc. — 2 I. C. G., n° 334.

8 Voir ci-dessus, p. 52. L'inscription chrétienne de forme antique que j'ai citée plus haut, p. 53, offre un exemple exceptionnel de cette mention courante chez les Gentils. Eusèbe dit nettement (Demonstr. evangel., I, 9) que devant la fin prochaine du monde, le chrétien ne doit point désirer de postérité,

Ceux qui ont étudié jusqu’à cette heure les premières inscriptions des fidèles ne me paraissent y avoir vu que l'expression d’une croyance achevée dans sa perfection, et telle que l’Église a toujours tendu à l’établir. Et pourtant les siècles où furent gravées ces épitaphes se sont écoulés dans la tourmente. Elles-mêmes le disent {, des erreurs sans cesse renaissantes ont souvent alors semé la discorde et le doute. Les monuments épigraphiques refètent trop fidèlement la physionomie des temps anciens pour ne pas garder quelque trace de ces aberrations.

J'ai indiqué à Côme le marbre funéraire d’une famille qui n'espérait pas la résurrection des corps exhumés ou

demeurés sans sépulture !, Nous rencontrons en même temps sur notre sol le défaut de croyance à la rémunération immédiate des justes dès la fin de cette vie. Un lien commun unit les deux pensées.

Les âmes, disait toute une école chrétienne, ne recevront leur récompense qu'après la consommation des siècles, et c'était là, me semble-t-il, la persuasion de ceux qui écrivaient sur le marbre d’une tombe : « Confiant dans l’intercession des saints, Dalmate, joyeux, attend le jugement futur ?. » C'était là de même la croyance des nombreux chrétiens qui imploraient, pour : l'heure de la résurrection, la miséricorde du Seigneur ÿ, Les cœurs de ces hommes se glaçaient de crainte en songeant que la violation d’une tombe pouvait priver le mort du bonheur promis aux élus.

Où l’âme demeurait-elle, dans une attente pleine de joie pour les bons, terrible pour les méchants? Était-ce dans le sein d'Abraham, comme le pauvre dont les chiens venaient lécher les plaies? dans une retraite des enfers, sous l’autel de Dieu, comme parle l’Apocalypse, dans le paradis, ou terrestre ou divin, dont l’imagination chrétienne hésitait à concevoir la place $? Saint Paulin

1 Un fait rappelé par Procope (Bell. Pers., I, xi1) atteste toute l’horreur des chrétiens pour le défaut de sépulture. Voir, sur ce sentiment, ma note intitulée : D'un argument des premiers siècles de notre ère“ contre le dogme de la résurrection. (Revue de l'art chrétien, mars 1862.)

2 I. C. G., n° 478. — 8 Nos 462, 467, 468, 470 B; cf. n° 624.

3 Aux témoignages réunis dans mon tome Il, p. 400, j’ajouterai ce“

LA

de Nole a consigné ces doutes dans l’épitaphe d’un prêtre gaulois !, Prudence et tant d’autres hésitaient comme lui, et, plein d’une anxieuse espérance, un Père s'écriait sur une tombe entr'ouverte : « Que notre ami soit reçu dans le sein d'Abraham, quoi que l’on puisse entendre par ce mot ?!»

La simplicité des temps que j’étudie trouvait parfois dans les livres saints eux-mêmes la cause ou l’excuse de ses erreurs. On sait la divine parabole des ouvriers que Je père de famille appelle à cultiver sa vigne; ceux qui viennent à la dernière heure reçoivent la même récompense que les travailleurs arrivés au point du jour à. C'était là ce qu’opposaient aux remontrances de leurs pasteurs ceux qui attendaient l'heure dernière pour recevoir le baptême # Nos inscriptions montrent quelques-uns de ces chrétiens décédés in albis, comme on

le disait aux temps antiques; elles en laissent deviner un

trait d’une vision rapportée dans les Actes des martyrs : « Nam hunc « eumdem Dominum de paradiso interrogavit (Victor) ubi esset. Cui ille « ait : Extra mundum est. Ostende illum, inquit, mihi. Qui ait illi : Et « ubi erit fides? » (Acta sinc., p. 232. Passio S. Montani, Lucii, etc., 8 7.) 1 Epist. XXXII, ad Sever., $ 6, Cf. I. C. G., no 594 : Sed quia tu non hac qua corpus sede teneris, Qui meritis superis spiritus involitas, Sive patrum sinibus recubas Dominive sub ara Conderis, aut sacro pasceris in nemore, Qualibet in regione poli situs aut paradisi, Clare, sub æterna pace beatus agis.

. 2 Greg. Nat., Orat. vur, n° 47, t. I, p. 209. — 3 Matth. xx. —# Voir mes Recherches sur l'histoire de la Parabole de la vigne. (Revue archéologique, juin 1865.)

plus grand nombre, car plus d’un hésitait à oublier ces joies du monde rappelées, à mon grand étonnement, sur deux marbres chrétiens de Vienne ?, et dont le sacrement régénérateur impose l’abandon.

Une attente inquiète, un texte mal compris, voilà donc autant de sujets d'erreurs pour les hommes des premiers siècles. Il en était d’autres encore, et celles-là venaient du milieu même dans lequel Dieu avait placé ses serviteurs,

Tous n'étaient point, comme parle une inscription, fidèles et enfants de fidèles ?; ainsi que la fille d’Albinus, plus d’un comptait parmi les siens un aïeul, un père idotre #, et l'influence de la famille, les idées du dehors réagissaient sur l’âme le plus fermement convaincue. Il eût été au-dessus des forces humaines de ne rien tenir de son temps, d'en répudier toutes les faiblesses; il ne nous est point donné de connaître une telle indépendance de l'esprit.

La perfection, je l’ai déjà dit, faisait voir dans la mort une véritable délivrance ; elle défendait de pleurer ceux que Dieu avait rappelés vers lui. Les païens ne pouvaient, au contraire, songer au trépas sans horreur, et leurs épitaphes en taisaient le jour funeste. Dans les | premiers âges de l’Église, l'instinct traditionnel, plus fort que les enseignements nouveaux, bannit de même

117. C. G., n° 355. — 2 No 424; cf. no 422, — 8 Lupi, Epit. Sev., p. 436. — * Hieron., Epist. CVII, ad Lætam, $ 4.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. 173 des inscriptions chrétiennes la date de la mort; au wi° siècle seulement l’épigraphie devait rejeter cette dernière marque de l’antique influence !,

Lorsque les hordes d’Alaric décimèrent, en 410, la population de Rome, les vaincus s’émurent en pensant aux milliers de cadavres restés sans sépulture. Dieu ressusciterait-il ces corps, que n’avait point conservés la tombe? A ces défaillances, enfantées par les superstitions antiques, par le souvenir des lois de l’enfer païen, l'évêque d'Hippone opposa les promesses de lJ’Évangile ?; et pourtant, malgré sa foi profonde, un vicaire d'Afrique lui écrivait, quatre ans après l’affreux désastre : « Le malheur récent vous a fourni des armes puissantes en faveur de notre cause; j'aurais toutefois préféré que vous n’en eussiez rien dit. 11 vous fallait, je le reconnais pourtant, réduire au silence de folles plaintes #, »

L'influence des idolâtres débordait de tous côtés alors la société chrétienne. Dans les Collations de Cassien, un abbé parle ainsi de la puissance des souvenirs qu’a laissés dans son âme l’étude des vieux poëtes : « Les incitations des maitres, mes lectures assidues ont, pour ainsi dire, infécté mon esprit de poésies et de vers. Ces fables, ces récits de combats que j'ai appris dans mon enfance, ma mémoire les remet sans pudeur devant mes

4 Voir ci-dessus, p. 12 et42.—2 Civ. Dei, I, x11; cf. ci-dessus, p. 469, 170, —3 $. Augustin, Epist. CLIV, $ 2.

yeux au milieu des méditations, des chants sacrés, et lorsque je supplie le Seigneur de me pardonner mes fautes. Je revois sans cesse les héros combattant; l’imagination qui évoque ces fantômes m’empêche d'élever mon âme vers le Très-Haut, et les larmes mêmes de la prière sont impuissantes à les écarter !, »

Les formules de nos inscriptions attestent la réalité de ce tableau. Le Tartare, le Styx, les Champs Élysées, toute la phraséologie païenne des poëtes du v° siècle expriment parfois en Gaule l’idée de la vie future ?. En Italie, ce sont de plus les laès Cimmériens, le Ténare *; paroles innocentes, je le veux bien, mais qui montrent cependant toute la puissance des vieux souvenirs 4. Telle était l’action d’un passé destiné à se survivre dans ces noms de consuls que nos marbres portent encore soixante-six ans après la disparition du consulat ÿ, dans ce titre de citoyen romain si longtemps rappelé par les chartes 6, dans la poétique mythologie qui résumait les croyances d’un grand peuple.

Alors pouvait avoir sa raison d’être la proscription des poëles, des écrivains, dont les chefs-d’œuyre, seuls étudiés dans les écoles publiques de la vieille Rome chré-

1 Collatio XIV, c. xt. — 2 J. C, G., nos 293, 421, 486, 6178 B. Cf. S. Greg., Epist. IX, 48, Desiderio Episcopo Galliæ ; Alcuin., Epist. CLXXIX ; Thomassin, Discipl. de l'Égl., partie IL, liv. IL, c. 26 et 27, et Ci-dessous, p. 175, note 1. — 3 Biraghi, Bisita di Gropello, lettera [a, et mon tome IT, n° 657. — # Cf. I. C. G., n° 631. —5 Nos 606; cf, n°0 628. — 6 Marini, Paptre diplom p. 2517 B, etc.

tienne {, perpétuaient de tels souvenirs. Mais leur mémoire devait vivre. Le serment qu'avait prononcé la sévérité de saint Jérôme ?, Grégoire de Tours n’eût pu s’y résoudre, lui qui s’écriait : «Malheur à nous qui laissons périr les lettres antiques ÿ ! » lui dont les écrits renferment, dans un langage qu’il déplorait lui-même f, des réminiscences virgiliennes 5.

Avec son nom, j'en pourrais citer d’autres; il me suffira de rappeler que l’auteur anonyme d’une de nos inscriptions peint la béatitude de saint Hilaire par le vers où Virgile célèbre l’apothéose du berger Daphnis °.

Telles sont, dans la transformation du monde ancien, les phases diverses que rappellent ou mentionnent nos marbres. Dieu a voulu que l'établissement de la foi subit la loi des choses humaines : l’action, la réaction, excessives parfois, dont les alternatives leur donnent seules la stabilité.

1 Hieron., Epist, XXI, ad Damasum $ 13 : « Comædias legere, ama- « toria bucolicorum versuum verba canere, tenere Virgilium... id quod «in pueris necessitatis est. » Cassiod., De instit. divin. Scriptur., Præfatio : « Gravissimo sum, fateor, dolore permotus quod Scripturis divinis « magistri deessent, quum mundani auctores celerrima procul dubio tra- « ditione pollerent. »

2 Epist. XXII, ad Eustoch., $ 30. — 3 Hist. Franc., Præfatio. — * Glor. confess., Præfatio.

5 Hist. Franc., VIII, xxI1 : « Sed quid pectora humana non cogat « auri sacra fames? » Mirac. S. Mart., 1, XXXI : « Sed ad quid non « mortalia pectora cogit exsecranda cupiditas? » (Cf. Æn., IT, 56, 57); Vitæ Patrum, VII, vx : « Quum volantibus saxis ac facibus furor arma « non mediocriter ministraret » (cf. Æn., 1, 150), etc.

6 J. C. G., n° 516. Cf. mon tome II, p. 128.

Au milieu du travail d’enfantement qui:s ‘accomplit aux premiers siècles, la tâche du clergé fut pesante; el si l'on peut ressentir de l’étonnement, c’est: de voir G de ait eu la force d’en FORURQUE une si large PUS “

Il ne se borna pas à guider les âmes. Aux maux sans nombre qui désolaient la Gaule, les prêtres s’efforcèrent d'apporter le remède. Nos inscriptions nous les mon trent ardents et prompts à l’œuvre sainte. |

Un évêque relève ses églises, délivre à prix d’argent: ses concitoyens enlevés par l’ennemi !, Comme le pa-. triarche Abraham ?, un autre court au-devant de ceux! dont il ne connaît point le visage; c’est là peut-être ur exilé, un voyageur à secourir 5, Chaque pasteur assiste

1 7. C. G., n° 582. — 2? Genes., XVII, 2, cf, S. Ambr., De Abraham, L'ENCUNS TE 22; Jonas, Inst. laïc, If, xxIx, — 3 JL C. G. n° 644.

soutient les malheureux !. Chez des hommes, forts du désintéressement dont témoigne une inscription de Vaison ?, il n’était point de plus noble réplique à cet adage d’un prêtre des vieux temps : « l’or détruit l'Église plutôt qu’il ne Pédifie $, » La pitié de tous prend sa part dans cette belle œuvre; on s’honore de se dire le père des pauvres #, l’ami de ses esclaves ; les prisonniers de guerre sont rachetés par troupeaux, car chacun sait que le Seigneur lui-même gémit dans le chrétien qui souffre 5, La charité se montre la plus haute comme la plus réelle des vertus 7.

Les sanctuaires pleins de magnificence que la foi relève ou édifie sont encore présents à nos regards par des inscriptions que nous avons gardées. Voici l’église de Saint-Vincent avec ses colonnes de marbre, son toit doré 8; celle de Saint-Patiens, étincelante de vitraux Ÿ; celle de Saint-Félix, toute constellée des feux de ses lampes {°; celle de Syagrius aux inscriplions tracées avec la pourpre et le minium!!; celle de Primuliacum, illustre par son baptistère, ses peintures, ses légendes murales qu’écrivit un saint poëte ?; celle de Tours, qui réunit toutes les richesses 8, C’est la basilique de Saint-Martin.

1 J. C. G., no 582, etc. — 2 No 492, t. II, p. 226. — 3 Sulp. Sev., Dial., I, v. —+ I. C. G., n° 386; cf. Job., x1x, 16. —5 Nos 25 et 450. —6 Nos 543 et 645, —7 No 173; cf. Epist. S. Jacob, 11, 17. —$8 N° 208. — 9 No 54, — 10 No 498. — 11 No 8, — 12 No 594, — 18 Nos 170 à 183. |

Autour d’elle, dans son enceinte, comme les abeilles à leur ruche, les chrétiens accourent et se pressent. Ses fresques, livres des illettrés !, racontent la vie du confesseur. L'action réelle et son symbole y semblent figurés tour à tour. Aux fêtes de Pâques, les fidèles traversaient le fleuve pour visiter le tombeau du saint. Le démon souffle sur les barques; une tourmente effroyable se déchaîne. « Martin, s’écrie le peuple, sauve tes serviteurs et tes servantes ! » Le vent s’apaise par miracle. « De même, dit notre premier historien, le Christ en marchant sur les flots tendit la main à Pierre etletira de l’abime ?, » Un tableau peint sur la porte du sanctuaire, en face de la Loire vaincue, représentait la scène évangélique *, et rappelait ainsi la protection de saint Martin dans la tempête.

Au v° siècle, l'histoire de la vie de notre apôtre obtint, on le sait, un prodigieux succès de librairie #; les inscriptions de sa basilique eurent de même une célébrité immense; on les retrouve dans tous les antiques recueils de ses actes, sur une vieille église encore debout ÿ. C'est qu’une foule sans nombre les avait lues sur les murs de ce temple où tant de maux furent apaisés ;

c’est que chacune de ces légendes, qui forment à elles

1 Voir mon tome Ier, p. 251; cf. S. Greg. Magn., Moral. IX, 1x Honor. August., Gemma anime, 1, 132; Synod. Atreb., ao 4035, e. xIv. — ? Greg. Tur., Mirac. S. Mart., 1, 11. — 3 I. C. G., n° 174. — * Sulp. Sev., Dial., I, xx. — 5 I. C. G., n° 932.

seules presque un livre, parlait de la vertu, de la puissance de Martin, disait le respect et la crainte inspirés par le saint édifice, rappelait, comme le font souvent nos inscriplions, les prières de l’antique liturgie {. L’abside portait les paroles de Jacob : « Lieu redoutable, temple de Dieu et vraie porte du ciel?! » Au fond, près de la tombe, était écrit : « L’âme du saint est dans la main de Dieu, mais lui-même est présent ici par la puissance de ses miracles à, »

1 No 392. Piusieurs des inscriptions de Tours semblent avoir été inspirées par les vieux offices du saint. La légende CERTAMEN BONVM CER- TAVIT, etc. (n° 179), reproduit un passage de l’Épitre à Timothée, qui se lisait à la fète de saint Martin. (Sacram. Gallic., dans Murat., Lit. rom., t. IT, p. 890.) Les vers CONFESSOR MERITIS MARTYR CRVCE APOSTOLYVS ACTV — DIVES PAVPERTAS DOMINVM QVAE TEGIT AMICTV (no0s 480 et 187), rappellent ces fragments de la liturgie spéciale : « Hic vir quem « adnumerandum Apostolis, Martyribus adgregandum proxima ita in « rem tempora protulerunt. Dubium enim non est ut sit martyr in cœlo « qui fuit confessor in sæculo. » — « O felix largitas in qua Divinitas « operitur, » (Sacr. Gall, Missale Gothicum, dans Murat., Lit, rom., t. IL, p. 645, 891, 892; Lit. mozarab., éd. Migne, t. I, p. 902,) Notre inscription n° 177, dont je vais parler, paraît être un emprunt à la liturgie générale,

2 I. C. G., n° 177. Ces mots, qu'a conservés la liturgie romaine, se lisent au sacramentaire de saint Grégoire le Grand, dans l'Ordo ad benedicendam ecclesiam (Murat., Lit. rom., LI, 472), Cf, Chrysost., Contra Jud., I, IV. — 3 I. C. G., n° 478.

C'était une vertu de ces âges que de visiter les lieux sanctifiés ; le marchand lyonnais, l’abbesse de Narbonne les épitaphes rappellent ce mérite ‘, étaient peut-être, comme tant d’autres pèlerins accourus du fond de la Gaule, venus prier au tombeau de saint Martin, à l’humble cellule où s’écoula sa vie.

Là aussi des légendes murales invitaient l’âme au recueillement. Selon le vœu de Grégoire de Tours, Fortupat avait composé l'inscription du lieu où le saint apôtre donna son vêtement à un pauvre transi de froid ?, D’autres poëtes avaient écrit celles des humbles réduits qu'illustraient mille autres souvenirs, lieux bénis où la

1 I. C. G., nos 17 et 615. — 2 No 465.

charité s’éveillait dans les cœurs pour apaiser bien des souffrances !. Comme celle de saint Nizier ?, la couche grossière du saint excitait une admiration pieuse $. Ornée d’une riche draperie, une grille de bois l’entourait, et les fragments de cet appui devenaient des reliques précieuses pour les fidèles, redoutables pour ceux qui les gardaient sans un respect profond #, Un peu de cendre répandue sur la terre, une pierre pour soutenir la tête, voilà, comme parle Grégoire de Tours, le lit où dormait l’Israël de ce temps 5. C'était le but de bien des pèlerinages. Des malades étendus devant les portes y imploraient leur guérison f, des nuits s’y passaient dans la prière, le sol était mouillé des larmes bénies qu’elle faisait alors répandre 7, la grille de bois tiédie par les soupirs et les baisers. Il faut suivre, dans notre vieil historien, le long récit des prodiges accomplis au tombeau, à la cellule de saint Martin : là se montre la valeur historique des inscriptions qu'y lisaient les fidèles, témoignages précieux de cette ardeur qui poussait nos ancêtres vers les lieux consacrés.

Nos monuments gardent encore d’autres marques de

ce pieux élan.

1 Gregor. Turon., Miracula Sancti Martini, WI, xx1I1, — 2 Greg. Tur., Vitæ Patrum, VIII, vu. — 3 J. C. G., n° 169. — * Greg. Tur., Mirac. S. Mart., 1, xxXV; I, xx1t1; IE, xx VI. — 5 III, xxx; cf. I. C. G., n° 469. — 6 Greg. Tur., Mirac. S. Mart., [, vL — T Voir ci-dessus, p. 166.

L’archéologie vient d'acquérir des éléments d'étude nouveaux tout au moins par leur nombre. La catacomke de saint Calliste, à Rome, a présenté des centaines d’inscriptions tracées sur ses parois, comme le sont les graffiti de Pompéi. La Gaule n’a pas moins de richesses.

Nous venons de voir les proscynèmes écrits dans ie sanctuaire de Montmartre. J'ai signalé, sur l’autel du Ham, la trace de signatures gravées au moyen âge !; un autre monument de même nature, dédié par l’évêque Rustique, offre encore dans leur intégrité les noms de ceux qui vinrent autrefois y apporter leurs vœux ?. Deux tables saintes, nouvellement étudiées d’après ces exemples, à Saint-Félin-d’Amont et près d’Auriol 8, présentent des marques semblables de dévotion. L'histoire de l’Église, la paléographie, trouvent un égal intérêt dans ces vieux monuments de la foi,

1 J, C. G., n° 91. — 2 No 609. — 3 Jhid., et l'abbé Bargès, Notice sur un autel chrétien antique découvert dans les environs d’'Auriol, 1861, in 40, Fu

Tous les chrétiens dont nos marbres ont gardé les noms devraient, semble-t-il, nous être connus.

Il n’en est point ainsi.

Plus d’une épitaphe de fidèle n’offre dans son contexte aucune marque de christianisme. Nous le voyons à Trèves, surtout à Arles !, où des signes tout extérieurs permettent seuls d’assigner à des monuments leur véritable place, D’autres resteront sans doute confondus à jamais parmi les marbres païens. Ges derniers mêmes présentent, à coup sûr et en grand nombre, des noms de-fils de l'Église.

1 Z. C. G., nos 257, 517 et 525. Voir encore De Rossi, Inser. christ. roms t. 1, n°5 5 et 6.

À cela deux causes : les conversions, les mariages. Les premières placèrent fréquemment des chrétiens au milieu de parents idolâtres ‘, La sépulture de famille devait alors, surtout dans les temps anciens, recevoir fréquemment les initiés, comme ceux dont le plus grand nombre avait conservé le vieux culte,

Pendant de longs siècles et malgré les adjurations des Pères, des fidèles s’unirent à des païens ?, Si la douce influence de la femme ramena parfois l’homme à la religion du Christ, souvent aussi chacun des deux époux conserva ses convictions. Morte la première, que devenait la chrétienne? Le mari laissait-il ensevelir, avec les marques d’un culte détesté, les restes près desquels il devait reposer plus tard #? J'hésite à le croire, et je songe souvent avec regret aux marbres inconnus qui recouvrirent des parents, des époux de deux croyances,

1 Pour ne parler ici que des marbres épigraphiques, un monument copié dans la régence de Tunis par M. Victor Guérin, semble montrer ce qu’étaient les familles au temps de la chute du paganisme. Sur un même cippe se lisent trois épitaphes. La première, qui appartient sans doute au père, est, sinon paienne, tout au moins d’un caractère très-indéterminé. Les deux autres sont nettement chrétiennes. (Voyage dans la-Régence de Tunis, t. I, p. 405.)

2 Voir le passage de Tertullien sur les mariages avec les idolâtres et sur le refus de quelques filles chrétiennes de s’unir à des fidèles pauvres. (Ad uxor., 1. IF, c. vin; cf. c. I et Ir, et S. Augustin, Epist. CCLV.) J'ai à peine besoin de rappeler ici les noms de Clotilde, de sainte Monique et de la femme du comte Gildon. (Comp. Marcell., Chronic., ao 398, et Hieron., Ep. LXIX, ad Salvinam, $ 9.)

3 Fo l'attitude des païens mariés à des femmes chrétiennes, voir Tertullien, Ad Scapul., IL; Ad Uxor., IL, S$ mr-vir.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. 185 monyments précieux entre tous les autres, s’il pouvait être donné de les distinguer {.

Saint Justin écrit quelque part que l’on ne peut tenir pour chrétiens ceux dont la foi n’est point exempte d'erreurs ?. À ce compte, il faudrait effacer le titre de mon recueil et de bien d’autres. Les hérésies n’ont laissé le plus souvent dans les épitaphes aucune marque saisissable. L’arianisme, dont les adeptes furent si nombreux sur les points de notre sol où l’on rencontre le plus d’inscriptions, le sud et le sud-est, ne se révèle par aucun signe dans les légendes épigraphiques.

La présence ou l’omission du nom d’un roi wisigoth dans les dates ont paru quelquefois des indices d’hérésie ou de catholicisme. J'hésiterais à admettre de semblables moyens d'appréciation.

On a cherché des marques d’orthodoxie ou plutôt de défaut d’arianisme dans l'inscription sur les marbres de l’A et de |’). C'était là, a-t-on dit souvent, la confession de l’éternité du Christ, et partant, une protestation contre la doctrine d’Arius $. Comment alors s’ex-

1 Une inscription de Tunis, publiée par Maffei (Mus. Veron., p. 464, n° 6), semble donner le type d’une inscription ‘de femme chrétienne ensevelie par un mari paien. (Cf. Morcelli, Afr. crist., t. II, p. 90, 91.) Elle montre que l'étude des noms propres, pour laquelle je ne me sens pas encore assez préparé, peut apporter sur ce point d'importants résultats. (Cf. Fabretti, I, LIx?)

2 Dial. contra Tryph., c. Lxxx. (Cf. Procop., De bello Vand., 1. I, c. xx11, éd. de Bonn., t. I, p. 398; S. Aug., Contra Faustum, I, 111.

8 Ramirez, dans Burchard, Epistol, ad Ciampin. ; Florez, España sagrada, t. XIII, p. 169; Millin, Voyage, t. II, p. 167, etc.

pliquer la présence des deux caractères symboliques sur les monnaies de l’empereur Constance, ce violent adepte ‘de l’hérésie? Comment comprendre, en même temps, que l’évêque de Narbonne, saint Rustique, placé en face des Goths ariens !, n’ait point fait inscrire ces lettres sur ses monuments épigraphiques ??

On a aussi cru posséder, dans les mots Famulus Dei que présentent parfois les marbres, un élément de distinction pour les tombes des chrétiens demeurés : dans le giron de l’Église #, Je me demande sur quoi peut se fonder cette assertion produite sans preuves; comment les dissidents, qui se proclamaient euxmêmes les élus, les saints #, les catholiques ÿ, auraient laissé à leurs adversaires le privilége de se dire seuls les serviteurs de Dieu.

La formule sépulcrale in pace, que je vois présenter encore comme une marque certaine d’orthodoxie ©, ne

4 D. Vaissette, Hist. de Languedoc, t. 1, p. 185, et Tillemont, Hist. ecclésiast., t. XV,p. 403, — 2 J. C. G., n°S 609, 617, 618, 619. — 3 Florez, loc. cit. — * S. Aug., Confess., IV, 1; V, x.

$ Voir dans Mai, Coll. Vat., t. III, pars 11, p. 233, le symbole arien intitulé : « Primus capitulus fidei catholicæ. » Les célèbres Gesta purgationis Felicis publiés à la suite des OEuvres de $. Optat, nous montrent un donatiste disant : « Loquor nomine seniorum christiani populi « catholicæ legis. » Cf. encore Lact., Inst. div., IV, xxx : « Sed tamen « quia singuli quique cœtus hæreticorum se potissimum christianos et « suam esse catholicam ecclesiam putant. » Greg. Tur., H. Fr., VI, * XL, etc. .

6 Boldetti, p. 394; Zaccaria, De usu inscript. christian., p. 26; de Vita, Antig. Benevent., t. I, p. LxIII; Mazocchi, De Hilari epigrammale, etc.

LA

m'ifspire pas plus de confiance que les deux signes ont je viens de parler,

Comme les chrétiens, les Juifs l’inscrivaient sur leurs tombes {, et je n’oserais affirmer que les dissidents n'aient point fait de même. En Afrique, devant l’hérésie, saint Augustin répète souvent, dans ses lettres, les mots Pax catholica ?; saint Pacien, sous une autre forme, dit de même, Pax communis *; je le lis dans les actes des martyrs Montanus et Lucius : Habetis nobiscum pacem, si noveritis Ecclesiæ pacem *. À Rome, sur l’épitaphe d’un Goth orthodoxe au milieu de compatriotes ariens, on écrivait, au v° siècle, DEPOSITYS IN PACE FIDEI CATHOLICAE *. Ces compléments de la formule courante ne me semblent point une vaine tautologie, mais une distinction qui a sa raison d’être. Dans leur prétention de posséder seuls la vraie doctrine, les dissidents revendiquaient en effet, de même que les catholiques, cette Pax laissée aux siens par le Seigneur, et qui était

i Voir mon tome Il, p. 476, 477, et les ouvrages qui y sont déjà cités. (Cf. Bulletin archéolog. de l’Athenœum français, 1855, p. 71.)

2 Epist, LXXVI, $ 1 : « Non attenditis (Donatistæ) quod vobis ipsi « Codices dicunt, ut in catholica pace vivatis; » Epist. OV, $S1: «Si « propterea nos odistis (Donatistæ), quia pacem vobis catholicam præ. « dicamus; » $ 1v : « Ut pacem catholicam volentibus prædicaret. »

3 Epist. I], De Semproniant hitteris, $ VI : « Cyprianus in pace com= « muni passus est. »

» S xxu (Acta sinc., éd. de 1713, p. 238), Voir, dans les mêmes Actes, $ xIv, la mention des hérétiques d'alors.

5 De Rossi, Znscr. christ. rom., t. 1, n° 807, ao 462. Cf. Marini,

Pap. dipl., p. 348.

6 Joh. x1v, 27. Cf. Ciampini, Vet, monim., t. III, tav, XXxII.

le symbole de l’orthodoxie. Nous le voyons par des schismatiques, que saint Cyprien sépara de la communion de l’Église et qui prétendaient réconcilier les pécheurs en leur conférant cette Paix dont eux-mêmes étaient exclus. Ceux-là n'auraient point, à coup sür, hésité à faire graver sur leurs tombes la formule IN PACE, où l’on veut voir un signe assuré de catholicisme, et que je n’ose considérer comme tel.

Alors qu’une donnée positive ne vient pas lever tous les doutes, rien ne me semble moins certain que l’orthodoxie de ceux dont j’enregistre les épitaphes. Rigoureusement écartées de leurs cimetières par les chrétiens des premiers siècles?, les sépultures des hérétiques se confondent ainsi dans mon recueil avec celles des vrais fidèles; elles doivent y tenir une part considérable, si l’on en juge par l’immense diffusion de l’arianisme dans notre patrie.

4 Cypr., Epist. XL, éd. Rigault, Plebi universæ : « Pacem nunc offe- « runt qui ipsi non habent pacem; in Ecclesia lapsos reducere et revo- « care promittunt qui de Ecclesia recesserunt; » De lapsis, X\ : «Irrita « et falsa pax, periculosa dantibus et nihil accipientibus profutura; » XxxIII : « Pacem sibi ultro nemine dante sumserunt. » Comparer, pour la sage conduite de l’Église envers les lapsi, ces mots des actes de S. Montanus ($ x1v, Acta sinc., p. 235) : « Deinde lapsorum abrupta festinantia, « negociationem pacis ad plenam pœnitentiam et Christi sententiam dif- « ferebat. » (Cf. Tertull., De præscr., c. xxx, p. 242.) Saint Optat (L. IT, éd. de Paris, 1676, p. 79) et saint Augustin (Epist. XLIIT, Glorio, Eleusio, etc., c. vIrr, $ 21) attestent que les formules pax tecum, pax vobiscum, étaient employées par les Donatistes.

2 Greg. Tur., 4° Fr, X,-XXxI, 15 Conc.'Laod., c.1x:.

Les inscriptions de la Gaule chrétienne apportent, pour l’histoire des lettres, des éléments utiles. Je l'ai rappelé plus haut, le savant De Rossi clôt à la fin du vi‘ siècle son recueil des inscriptions romaines, Cette limite est en même temps, pour ainsi dire, celle de l’épigraphie chrétienne dans la ville sainte. « A la fin du v° siècle, dit l’antiquaire italien, plus d’épitaphes sur la masse des tombes ; les inscriptions sont réservées pour les monuments publics et pour quelques sépultures de hauts personnages. Presque toutes ces légendes sont métriques, et si barbares, que chacun de leurs vers accuse la décadence des lettres. Quelques grammairiens demeurent en possession de les écrire; elles célèbrent les pontifes, les prêtres romains, parlent des édifices

190 a * MANUEL LEP qu'ils ont fondés. Durant tout le y siècle, on netrouve ! dans la ville sainte que deux épitaphes qui n’appärtien- : nent point à des membres du clergé!. » Lorsque apparaît à Rome cette nuit du savoir à laquelle le savant italien attribue si justement la disparition temporaire des légendes épigraphiques, la coutume d'écrire sur les marbres se conserve encore dans la Gaule; mais déjà l’on y sent la décadence. Le vi® siècle nous a fourni quatre-vingt-quinze inscriptions datées; le vr® n’en donne que quatorze, parmi lesquelles dix appartiennent à des prêtres, ces derniers dépositaires du savoir, et je n’en connais point au vin* siècle. Le temps d'arrêt qui se produit ainsi, pour notre épigraphie chrétienne, correspond aux longues phases de désordres et de maux survenus dans l’État et dans l’Église sous les derniers princes mérovingiens?. La renaissance carlovingienne revivifiera seule l’art de composer, de graver les épitaphes*, et montrera ainsi, par une nouvelle marque, l’accord singulier des monuments lapidaires avec les grands faits de l’histoire 4.

1 Jnscr. christ. rom., t. X, p. 517, 518.

2 Voir surtout le $ 2 de la lettre adressée par saint Boniface au pape Zacharie (Labbe, Conc., t. VI, p. 1495) et Ado, Chronic., ed. Basil., 4568, p. 201 et 205; Vita S. Mart. Vertav. auct. monacho Vertaw., 8 6 (Mab., Acta SS, Bened., sæc, I, p. 316); Vita S, Leodeg., auct. anon., c. I, $ 21 (Acta Sanctorum, oct., t. I, p. 469); Mabill., Præf. ad acta * SS. Bened., sæc. 1v, $ 201.

3 Voir, fre le Bulletin monumental, t. VII, p. 324, t. XX, p. 32, des types d'inscriptions du 1xe siècle. — * Voir ei-dessus, p. 96 et 145.

LU

Dans nos inscriptions, l'écriture accuse une triste décadence, Ceux qui ont pu voir sans étonnement, sur les monnaies, de plates et barbares images succéder aux nobles effigies des Antonins, trouvent en vain sur les vieux marbres de précieux modèles graphiques. Nul n’a gardé alors le secret de l’élégance; les caractères que porte un sceau royal! ne sont point plus parfaits ‘que ceux d’une épitaphe vulgaire. L'art du graveur est mort, comme tous les autres arts.

Devant un écroulement semblable, on ose à peine songer au Côté littéraire. Jeux de mots?, recherches puériles et laborieusesà, acrostiches{, centonsŸ, voilà ce qu'apporte une grande partie de nos textes épigraphiques. Pour une légende noble et simple, comme la belle épitaphe de Lyon : PROCYLA... A TERRA AD MARTY- RES ©, il en est des centaines qui accusent la profonde décadence des esprits. Dans les pièces métriques, dont

1 Je mets sous les yeux du lecteur le sceau de Childéric, dont une empreinte a été retrouvée par M. Dauban.

2 J. C. G., n° 12, PROBA NOMINE MENTE PROVATA ; n° 559, TESTIS ET ANTISTES, etc.

8 No 8.—#% Nos 4, 477 À, 512, 631, —5 No 47, etc. — 6 No 58.

quelques-unes nous ont gardé les noms de leurs auteurs!{, c’est miracle que de trouver encore la forme sauve. Le seul prix littéraire de ces « epitaphistarum næniæ,» ainsi que les nomme dédaigneusement Sidoine ?, est de représenter avec exactitude cette époque misérable où l’on disait d’un roi poëte : « Confecit duos libros, quasi Sedulium meditatus, quorum versiculi debiles nullis pedibus subsistere possunt; in quibus, dum non intelligebat, pro longis syllabas breves posuit : et pro brevibus longas statuebat5. » D’autres pièces sont plus barbares encore. Quelques lambeaux, quelques chutes d’hexamètre introduits dans un texte lapidaire, voilà ce que les auteurs d’un grand nombre d'épitaphes tenaient pour des inscriptions métriques 4.

Si bas toutefois que fût alors le niveau des intelligences, la plaie aurait, certes, pu être plus profonde. La foi chrétienne, en éclairant les âmes, écartait des esprits les ténèbres absolues. Rien ne le montre mieux que nos monuments. L’ignorât-on d’ailleurs, nos marbres suffiraient à faire voir que l’art d'écrire fut gardé par l’Eglise aux siècles mérovingiens. Parmi tant de person-

nages barbares qui reçurent en Gaule la sépulture, ceux

1 À Briord, n° 377, Amatus; à Arles, n° 512, Januarius; dans une localité inconnue, n° 641, Dynamius. Je crois pouvoir joindre à ces noms celui d'Eusebius, (7. C. G., t. 1, p. 244, 245; Additions et Corrections, t. IT, p. 602.) |

2 Epist. I, 1x. — 5 Hist. Franc., VI, xLvI. Cf. S. August., Epist| CCLXHI, 1v, Audaci. —+4 I, C, G., nos 47, 80, 353, 473 À, 662, etc.

qui furent chrétiens nous ont seuls, en effet, laissé des épitaphes, monuments écrits que je cherche vainement sur les tombes de leurs frères morts dans l’idolâtrie. Le paganisme germanique et l'ignorance étaient donc, paraît-il, dans le même camp.

Le latin, que la politique de Rome imposait aux nations vaincues!, n’en demeure pas moins, en Gaule, la langue officielle et dominante. Les barbares, vainqueurs, l’acceptent eux-mêmes et se font gloire de l’apprendre et de le parler?. Ce qu'il devint tout d’abord dans leur bouche, dans celle des anciens occupants, l’épigraphie nous aide à le connaître.

Dès le v°, le vi° siècle, le français peut se pressentir. Le trouble qu’apporte la confusion des cas fait appa-

1 Dio Cass., Lx, $ 17 : ‘Envüero (6 Khavbdtoc) 7 Aativoy Y\woon TOV TpEGGEUTUY TVOc, Auxiou Èy To &Goyaiov Ovroc, Poyaiou de yeyo= vOtos * Hal aÙTèv, ÉTELN Un œuvxe To AEpOÈV, TAv nodrtetav Gveiheto, cindv à div Poyatoy eivar rov ph rai riv OuéheËtv op@v Émrotépevo. (Cf. Suet., in Claud., c. XVI.) August., Civ. Dei, XIX, vir : & At enim « opera data est ut imperiosa civitas non solum jugum, verum etiam « linguam suam domitis gentibus per pacem societatis imponeret. »

2 Fortunat (VI, 1v) écrivait à Charibert :

Quum sis progenitus de clara gente Sicamber Floret in eloquio lingua latina tuo.

Qualis es in propria docto sermone loquela, Qui nos romano vincis in eloquio ?

Dans un temps plus ancien, la légende du sceau de Childebert était en langue latine. (Voir ci-dessus, p. 191.)

3 Grégoire de Tours (Glor, conf., Præfat.) s'accuse avec raison (voir Mirac. S. Mart., I, LvuT) de confondre entre eux l’accusatif et l’ablatif. Cette erreur, qui se rencontre même dans les textes officiels (Decretio Childeberti, $ 1, dans Baluze, Capit., I, xvIn), est fréquente sur les

raître, à cette époque, la préposition, l’article de notre langue sans flexions. Au lieu de minister templi, on dit déjà MINESTER DE TEMPVLO!; pour membra duorum fratrum, un marbre porte MEMBRA AD DYOS FRATRES, forme qui subsiste dans notre parler vulgaire, pour indiquer le rapport de possession?. Notre pronom qui, invariable aux deux genres, se montre, dès 431, sur l’épitaphe d’une religieuse*. Necare prépare le vieux mot nayer, qui se dit toujours dans les campagnes #, D’Ispiritus*, que l’on entend encore aux offices de villages, viendra esprit. Aîutare ® offre la suppression qui nous donnera le verbe aider. Dès le v° siècle, santa prépare le mot sainte 7. Le 4 de triginta s’oblitère et nos pères disent trienta, comme, plus tard, nous écrirons trente. Déjà, pour eux, tanto, comme pour nous le mot tant, indique un nombre indéterminé®. Des noms en

is, en us, des génitifs, des accusatifs 10, perdent la con-

marbres. (1. C, G., n°5 374, 541, 651 À : PRO REDEMPTIONEM, INTER SANCTIS, CVM FILIOS SVOS.)

1 1. C. G., n° 542 A. — 2 No 378. — 3 No 44.

k# No 5. Comme tant d’autres, ce mot accuse la persistance des formes anciennes dans le parler vulgaire, (Gf. n° 230.) Voir L. Quicherat, Addenda lexicis latinis, v° Necare; Rabelais, Panragruel, IV, xvux, etc. — 5 No 583. — 6 Jbid.

7 No 41. Cf. n° 676 : Santimonialis. Cette forme se retrouve dans une inscription de l'Italie (Zaccar., Exec. litt., p. 207), contrée où le € de sanctus devait de même disparaitre,

8 No 679. Une formule latine, insérée dans une loi de Liutprand (Canciani, Leg. barb., t. I, p. 127), donne le mot érenta qu'adoptera l'italien. — 9 No 476. — 10 No 269, etc.

sonne finale, et leur dernière syllabe, diminuée d’importance, annonce qu'un son muet terminera plus tard, dans notre langue, une multitude de mots!. Des suppressions de voyelles préparent aussi la prononciation future *. Je l'ai déjà dit; sur nos vieilles épitaphes, nous voyons naître, pour ainsi dire, le nom français des religieuses. Dès le début du v° siècle, religiosa remplace sur les marbres, ces vrais types du parler populaire, le puella Dei des temps anciens; ce mot se maintient, au moyen âge, à côté des formes apparemment plus relevées que donnent alors les texles : monialis, sanctimonialis 3; il prévaut enfin et conquiert sa place dans notre vocabulaire {.

Nos légendes lapidaires n’accusent point seulement

‘ Les noms Ampelio, Anserico, Barbario, Ingoberto, Leonardo, Magno, Servato, Vulentiniano, Ursiniano, que donnent nos inscriptions (nos 227, 360, 236, 581 J, 581 K, 378, 288, 335, 293), se montrent trop souvent avec la désinence us pour que je puisse y voir des vocables de la troisième déclinaison. Il s’agit évidemment de noms de la seconde ayant perdu l’s finale et changé le dernier en 0. J'en trouve la preuve dans ceux de Thudelindi, Eppoqu, Eutuciu, Jucundu, Velandu, qui ont subi une suppression semblable, mais sans permutation. (Nos 344, 338, 581 J, 581 H, 344.)

2 Disderius d’une inscription de Lyon (n° 36) marque la transition de Desiderius à Didier. (Voir, pour ces contractions dans la langue vulgaire, n° 551 A.)

3 Conc. Mogunt., a° 847, c. XVI, et Du Cange.

* Voir ci-dessus, p. 24. Les marbres de la Viennoise, où se trouve ce mot, représentent si réellement, sur ce point, le vrai langage du vulgaire, qu'un concile de la même province et un peu postérieur, c’est-à-dire un texte littéraire (Conc. Matisc., I, a° 581), garde encore l'expression ancienne Puellæ Deo devotæ.

l'apparition d'expressions isolées. Parmi les permutations qui caractérisent les monuments de la langue vulgaire, à côté de l’u s’échangeant avec l’9, le b avec le v, certaines particularités marquent encore un trait important de la constitution de notre langue.

Plus d’une fois, sur les marbres de la Gaule, l’eet l’: se rencontrent employés l’un pour l’autre. Mais, si l’on entreprend de relever le nombre comparatif de ces échanges, les exemples de l’e remplaçant l’? emportent de beaucoup la balance. C’est la marque ancienne d’une tendance notable de notre prononciation!. Où le mot latin présente un ?, le français substitue souvent, en effet, le son plus éteint de l’e. Rien ne saurait mieux l’attester que ne le font certaines déviations vulgaires dont témoigne l’épigraphie.

Des vocables iscala?, ispiritus*, Istephanus*, ispes”, ischola 5, istetit 7, ismaragdus $, iscripsit *, istudium !, nous avons fait : escalier, esprit, Étienne, espoir, école,

1 Cf. Buonarruoti, Vetri, p. 112, note 9; De Rossi, De christ. tit. Carth., p. 16. —2 Fabreiti, VIIL, xxvr. — 3% Lupi, Epit Sev., p. 467; Boldetti, p. 418, 419; Fabretti, VIII, LI. -— * Bosio, p. 505; Buon., p. 4125 Marini, Arv., p. 35. — 5 Bosio, p. 215; Reines., XX, 328; Buon., p. 112.

6 Je ne trouve point ce mot même, mais seulement le nom /scolastice (Boldetti, p. 389), qui donne le droit de le supposer.

1 Boldetti, p. 407. — 8 Gruter, 993, 8; Reines, XIV, LXXXVIIL — 9 Bosio, p. 153; Boldetti, p. 409 et 431; Murat., 402, 1; De Rossi, Inscr. christ., t. I, n° 159,

10 L'existence de ce mot résulte de la forme ISTYDIOSVS que fournit une inscription. (De Rossi, Bullet. arch., 1864, p. 26.)

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