‹ Manuel d'épigraphie, suivi du recueil des inscriptions du LimousinChapitre 2 sur 172 · NOT IONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

NOT IONS GÉNÉRALES

L'épigraphie est la science de l'écriture tracée sur des malériaux résistants, la science des inscriptions. Les inscriptions sont habituellement un appel au public ou à la postérité. Destinées à conserver la mémoire d*un événement ou d*un personnage 9 à transmettre un enseignement ou une indication , elles auraient dû préférer les matériaux durables, les formes simples et concises. L'époque romaine fut fidèle à cette double loi.

Pour abréger, elle adopte des formules invariables , constantes , qui permettent, au premier coup d'œil^ de reconnaître le sujet et le motif de Tinscription. Les mots sont remplacés par des abréviations ou par des $igle$ , lettres uniques ( nn^to ) destinées h en tenir lieu. Hais sa concision épigraphique dégénère en obscurité. Les mêmes sigles représentent des mots très-différents. Les formules tuent le sentiment et l'inspiration ; les inscriptions mortuaires notamment ne sont plus que des sortes d'étiquettes imposées à des dépôts de même forme et de même valeur. Le moyen âge réagit contre celte tendance. La grave et obscure concision romaine fait place trop souvent à un bavardage prétentieux. L'usage des abréviations se conserve, mais c'est afin de faciliter la transcription de longues inspirations plus ou moins poétiques. Me blâmons pas trop les vers léonins ou rimes dont celte époque fit un si fréquent usage. Cette forme gravait dans la mémoire le sujet de l'inscription , et permettait aux

épigraphes de rencontrer des inspirations originales ou touchantes. Elle avait en tous cas l'avantage d'exclure la monotonie.

Les inscriptions de la période romaine se distribuent facilement en plusieurs classes. Funéraires , elles consacrent le souvenir d'un mort : elles disent sa parenté, son nom, son âge, et le mettent sous la protection des dieux mânes. Monumentales, elles rappellent la dédicace d'un édifice public; elles apprennent par qui et en l'honneur de qui il fut élevé. Milliaires , elles indiquent la distance d'un lieu à un autre ; elles font connaître le magistrat à qui est due l'exécution de la voie. Religieuses, elles gardent te souvenir d'un sacrifice public , de la consécration d'un autel ou d'un temple. Historiques, elles consacrent le souvenir d'un grand événement.

Il serait difficile de distribuer dans une classification aussi méthodique les inscriptions de la période suivante. En se rapprochant de notre époque, la langue épigraphique devient languissante et prétentieuse. Le goût de Rome pour l'ordre , la régularité et la concision, a passé dans ses inscriptions.

La préférence des Romains pour tout ce qui était durable et monumental fut bien servie parles matériaux de notre province. Les trois départements ( Creuse , Haute- Vienne etCorrèze), formant l'ancien territoire des Lemovices et Tancien diocèse de Limoges, ont un sol de formation primitive, lie granit s'y trouve avec toutes ses variétés ; les calcaires y sont très-rares et ne se montrent guère que sur la limite occidentale, dans le voisinage du Poitou ou de TAngoumois. Des carrières de serpentine verte , pierre dure , susceptible d'un beau poli et imitant le marbre, sont ouvertes sur divers points du Limousin;

les plus considérables se trouvent à la Roche-rÂbeille et entre Magnac et M asseré ; tout prouve qu'elles ont été exploitées dès les temps les plus reculés; leurs matériaux avaient été utilisés aux arènes et en divers monuments romains.

L'époque romaine a employé habituellement les granits les plus durs et la serpentine. Elle a emprunté des marbres au midi de la France; elle en a fait venir de Grèce et d'Italie. L'époque romane a recherché d'abord les matériaux de luxe , le marbre , la serpentine et le granit ; plus tard, ces matériaux offrant trop de résistance au ciseau élégant de ses sculpteurs^ à l'abondance facile de ses poètes et aux caprices de son écriture, elle usa des calcaires du Poitou et surtout de l'Angoumois \ L'époque gothique persévéra dans cette voie^ en préférant le calcaire^ dont le grain se prêtait mieux au tracé des lignes rondes ou aiguës de son écriture. Les pierres de toute nature ont été employées par elle. A ces matériaux fournis par le règne minéral , il faut ajouter les métaux communs ou précieux et les produits artificiels de l'industrie humaine, tels que la poterie et le verre. L'art et l'écriture parlèrent sur ces subjectifs si divers.

Habituellement les inscriptions sont gravées en creux; le plus souvent la couleur donne un rehaut au travail du graveur; plus rarement une pâte coloriée, une incrustation d'émail ou de plomb remplit le sillon tracé par son ciseau. Des exemples de ces divers procédés nous sont

* La préférence des épigraphes pour les matériaux tendres perce dès

le temps d'Isidore de Séville (yn* siècle). Mbus lapis ffio//û

traelabilis tu opère est , ità utm eo^ quasi m ligno litterœ scribanlur. Etymoiogiar.y lib. xix,cap. 10, de ccnsîmcthne.

fournis par l'inscription du charmant tombeau de Bar-^ Ibélemy de la Chapelle. (F. le teinte cidessous» au XIII'' siècle. ) Les lettres en relief sont rares à toutes les époques ; elles ont le double inconvénient de s'exécuter difficilement et de se conserver mal. Notons seulement les lettres en bronze clouées par les Romains sur leurs édifices et les lettres en relief de l'orfèvrerie. C'est une gravure en creux qui donne ce^ derpières , puisqu'elles sont le produit d'un moule , et plus souvent encore d'un estampage ou d'une matrice sur lesquels elles s'incrustent par la fusion ou par une pression violente*

L^usage des instruments qui servaient à graver les inscriptions n'est pas indifférent dans leur étude. On verra en temps utile qu'ils influèrent plus d'une fois sur la forme des caractères , sur la sobriété ou la richesse des ornements, sur les formes arrondies ou carrées des lettres*

Ces courtes réflexions nous permettent déjà d'entrevoir le génie de chaque époque se faisant jour jusque dans l'épigraphie. L'époque romaine se distingue par la régu larité ^ la simplicité et la grandeur. L'épigraphie romane a deux aspects comme l'bisloire du même temps : par un bout elle touche à l'époque romaine; par l'autre, au règne du gothique. Elle emprunte à la première époque sa simplicité qu'elle altère; dans la recherche et l'indécision du XII* siècle , il est facile de pressentir l'élégance correcte du gothique. Kous nous bornons pour le moment à ce simple aperçu.

Toute personne à qui ses recherches ou un hasard heureux font rencontrer une inscription , doit, pour tirer de sa découverte tout le parti possible, se livrer à quatre opérations successives. Elle doit : l"* la relever, 2'' la lirOf 3' r interpréter, et 4** la classer. La transcription^ la iec-

ture , l'interpréiation et la classiflcation des inscriptions feront donc le sujet d'autant de chapitres séparés.

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