‹ Manuel d'épigraphie, suivi du recueil des inscriptions du LimousinChapitre 3 sur 172 · TRANSCRIPTION · texte numérisé non relu

TRANSCRIPTION

A chaque siècle Talphabet des inscriptions se modifie plus ou moins. Les abréviations , l'orthographe , la ponctuation subissent aussi des changements analogues. La transcription des inscriptions anciennes en caractères modernes ne saurait donc suffire à ceux qui se livrent à leur étude. Toute copie ainsi exécutée est une traduction; or le traducteur interprète; il se met à la place de l'auteur et trop souvent lui prête sa propre pensée. Les sigles , les contractions, les signes abréviatifs ont d'ailleurs souvent plusieurs significations ; des marques de sens trèsdifférent sont peu dissemblables par la forme. Les limites chronologiques et géographiques de chaque sorte d'écriture sont encore loin d'ailleurs d'être définitivement et rigoureusement posées. Par tous ces motifs , l'exécution d'un dessin précis et fidèle sera jugée nécessaire.

Ces dessins , trop souvent , seraient d'exécution difficile. Ils ne mettraient pas à l'abri de ces erreurs où tombe le savant toutes les fois qu'il juge avec son esprit en même temps qu'avec ses ^eux. On doit donc de la reconnaissance aux antiquaires qui ont imaginé et perfectionné les procédés d'estampage. Par leur moyen , les personnes les plus étrangères à l'art du dessin peuvent presque toujours se procurer rapidement et sans trais une sorte d'épreuve , plutôt que de copier des inscriptions les plus

longues^ les plus compliquées. Et ces copies données par les monuments eux-mêmes excluent toute chance d'erreur ou d'interprétatipn fautive.

On trouvera ici avec plaisir une courte exposition de ces procédés.

La plupart des inscriptions sont gravées en creux sur une surface unie; plus rarement elles se détachent en relief. Deux procédés d'estampage permettent de les relever très-facilement.

Le premier est l'estampage à la manière blanche. Nous en empruntons la description à M. Mérimée (Bulletin du Comité des arts, 1 , 184). Par ce procédé, on relève , nonseulement des inscriptions^ mais même des sculptures dont la saillie ne serait pas très-considérable.

r Nettoyer, en la brossant avec soin, l'inscription ou la sculpture dont on veut prendre l'empreinte.

2' Appliquer dessus une feuille de papier fort, non collé, et dont on se sert dans les imprimeries ; ce n'est qu'à son défaut qu'il faudrait prendre du papier collé, qui vaut moins pour cet usage.

3"* Mouiller légèrement ce papier avec une éponge humectée , jusqu'à ce qu'il soit devenu parfaitement souple et qu'il se colle sur la pierre qu'on veut estamper.

4"" Appuyer sur ce papier une brosse à poils longs et doux , comme celles dont on se sert pour nettoyer les tables et pour brosser les chapeaux. — Les brosses à chapeaux sont peut-être un peu molles. — Presser et frapper à petits coups, de façon que le papier entre dans le creux des lettres ou de la sculpture , et qu'il prenne tous les contours en relief.

5'' Laisser sécher aux trois quarts le papier ; l'enlever avec précaution de dessus la pierre ; attendre qu'il soit

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entièrement sec. Alors on peut l'envoyer où Ton veut, sans avoir à craindre que l'empreinte ne s'efface. Il vaut mieux ne pas laisser sécher entièrement le papier sur la pierre, parce que le retrait provenant de la dessiccation le ferait crever.

6*" Si, pendant qu'on mouille avec l'éponge ou qu'on frappe avec la brosse , le papier se crève, on peut mettre une pièce sur la partie ouverte; on mouille la pièce , jusqu'à ce qu'elle fasse pâte avec la feuille entière et s'y soude. Elle adhère en séchant et fait un tout avec la pièce lorsqu'on la retire. Il faudrait opérer de même si on n'avait pas de papier assez grand. Le papier à la mécanique fournit bien des feuilles de l'étendue qu'on désire , mais il est presque toujours collé et cassant.

T" Lorsque la pierre à estamper occupe une position verticale , on facilitera beaucoup le travail en fixant à la pierre le bord supérieur du papier au moyen de cire ou de gomme.

Comme on le voit, ce procédé est une sorte de moulage. Lorsqu'il est employé avec soin , il rend fidèlement les moindres détails et jusqu'au grain de la pierre. L'empreinte ainsi obtenue , conservée sans grandes précautions, à l'abri de l'humidité, peut durer indéfiniment. Cette empreinte légèrement huilée , si on y coule du plâtre f devient un véritable moule- Dans ce cas , il aurait fallu fortifier l'estampage en collant plusieurs feuilles les unes sur les autres. Il y aurait aussi d'autres précautions à prendre pour empêcher l'empreinte de se déjeter sous le poids du plâtre.

L'estampage à la manière noire donne des résultats plus rapides , plus faciles , mais un peu moins satisfaisants sous le rapport de la netteté. Il a cependant des

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avantages particuliers. Les lettres et les ornements en creux s'y détachent en blanc sur un fond noir; les reliefs ressortent en noir sur un fond blanc. Les inscriptions des BB. Marc et Sébastien et de la fondation du cardinal Cramaud (planches 18 et 24) donnent une idée du résultat obtenu. Nous résumons ce procédé :

1"* Nettoyer le monument avec précaution-

2"* Fixer par ses angles sur le monument une feuille de papier non collé, assez fort, mais de pâle souple et flexible. — Si l'objet a peu d'étendue, une main peut maintenir le papier en place pendant que l'autre main y étend le noir; dans tous les cas, il est important que lé papiec ne se déplace pas.

3** Promener légèrement et sans compression sur le papier un tampon plat , recouvert de feutre et enduit de mine de plomb légèrement humectée d'huile. La mine de plomb peut être remplacée par du noir de fumée.

4* Quelques antiquaires, au lieu de la mine de plomb et du noir de fumée , emploient de la cire noire à souliers ou de la pierre noire dite de charpentier. L'emploi de ces matières a l'avantage de réduire considérablement les bagages de l'antiquaire, en supprimant le tampon, l'huile , la mine de plomb , toutes choses d'un transport incommode. Nous rappelons que la cire comme le tampon de feutre doit être largement et rapidement conduite sur le papier sans compression trop forte; autrement les creux se teindraient aussi en noir, et l'image ne serait pas visible.

Toutes les inscriptions ne sont pas en saillie ou en relief; quelques-unes sont simplement peintes ; d'autres, plus nombreuses, sont incrustées d'émaux, de pâtes ou de métaux qui affleurent la paroi, en en gardant le

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niveau. Pour relever ces inscriplions, Tantiquaire dispose encore de plusieurs procédés Ingénieux : le calque , la chambre-claire, lediagraphe, le daguerréotype.

On nous permettra de n'en dire qu'un mot.

On fixe sur Vinscription un papier transparent au travers duquel l'inscription peinte se laisse entrevoir , et la pointe du crayon ou de la plume suit les contours des lettres et des ornements. En fixant sur papier opaque ou sur carton le papier dit végétal , les traits qui y sont tracés deviennent très-apparents : on dirait un dessin sur chine. Tout le monde connaît l'instrument ingénieux appelé chambre-claire : un prisme de cristal, taillé selon certains angles déterminés scientifiquement, saisit l'image des objets placés en avant, et, grâce à la diffraction des rayons lumineux, la transporte sur une surface qui est perpendiculaire au plan vertical des objets aperçus* Il est donc facile d'amener ainsi sur son papier l'image de l'objet qu'on veut dessiner. Un écran métallique, percé d'une petite ouverture anguleuse, permet à l'œil de voir en même temps à travers le prisme et à côté. Par le moyen du prisme et du trou latéral , le même œil perçoit les rayons réfractés et les rayons réfléchis. Les premiers transportent l'image du monument ; les seconds laissent entrevoir les objets placés au-dessous, et par conséquent la main et le crayon du dessinateur. Cet appareil ingénieux a l'inconvénient d'exiger une assez grande quantité de lumière et une position très-rapprochée de l'objet; faute de ces conditions , le monument est mal saisi, donné avec une réduction trop considérable. La surface extérieure du prisme doit être toujours parallèle à Tobjet reproduit, si Ton ne veut pas le percevoir sous une perspective oblique qui en dénature les proportions. Les mêmes reproches peuvent être faits au daguerréo-

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