‹ Manuel d'épigraphie, suivi du recueil des inscriptions du LimousinChapitre 27 sur 172 · DEUXIEME PARTIE. — ÉPOQUE ROMANE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. — ÉPOQUE ROMANE

Dn Tii* siècle à la fin du xii*.

Les inscriptions des trois premiers siècles de cette époque sont très-rares : nous n'en donnons que deux. L'une et l'autre sont datées; nous reproduisons la seconde d'après un calque ; c'est un spécimen des caractères de son temps, auquel on peut avoir toute confiance. Elle est entièrement étrangère au Limousin. La première ne lui appartient qu'à demi : c'est Tépitaphe d'un abbé de Saint-iMartial , mort et enseveli à Saint-Savin , dont il gouverna l'abbaye à deux reprises. Les siècles suivants nous fourniront heureusement une moisson plus abondante. Une bonne partie des inscriptions de cet âge n'avait jamais été publiée , au moins en fac-timile. Il sera intéressant de suivre sur nos planches et dans notre texte le double développement des langues et des écritures.

(51) IN HOC TVMVLO RQVIESCTT SCJ: MEMORLE DOMN*^ DODO ABBA QVI MVLTORV MONACHORV EXTITIT PATER

NAM HVIVS LOCI PATER ELECTVS NON SOLV HVNC LOCV AEDIFICnS ET REBV : ÂPLIFICAVIT. SED ETIA QVINQVE A FVNDAMENTIS MONASTERIA CONSTRVXIT + IN PLVRIBV : VERO ALIIS LOaS IN QVIB : REGV- LARIS

ORDO DEFECERAT SVO EXEMPLO MONASHCV ORDME REFORMAVrr + MIGRAVIT AVTEM A SCLO IIH DD IVNS ANNO INCARNATIONIS DNÎ : DCCCLin : ETATIS VERO

U2 INSCRIPTIONS DU LIMOUSIN (tr siècle).

FERME XC REXIT AVTEM HVNC LOCV NOBILTTER ANNOS CIRCrrER XXX.

Autrefois à Saint-Sayin. — Ms. de la bibliothèque de Poitiers.

Un dessin de cette inscription est conservé à la bibliothèque publique de Poitiers* Le Poitou , si riche d'inscriptions de tous les âges, verra sans doute publier^ dans un avenir peu éloigné^ le recueil de ses inscriptions : cette espérance a commandé notre réserve. Nous ne publions pas le fûu>-$imile. Selon une note réunie au dessin original , cette inscription était sur une pierre de 5 pieds de long sur 1 pied 2 pouces de large, placée près le baptistère de réglise paroissiale de Saint-Savin , et trouvée en fouillant les terres de celle église. Les caractères sont réguliers et se rapprochent beaucoup de Valphabet romain. Les C sont carrés et les X minuscules; TE de rexit est oncial; plusieurs lettres plus petites sont enveloppées par celles qui les précèdent. D'autres ont des jambages communs ; les points sont triangulaires.

L'abbé Dodo ou Odon dont il est question ici fut choisi par les moines de Saint-Martial de Limoges pour y introduire une sévère discipline. Il quitta dans ce but l'abbaye de Saint-Savin , qu'il dirigeait, et demeura à Saint-Martial de 848 à 850. A cette époque , il retourna à Sainl-Savin. Outre cette abbaye, il dirigea celle de Strade ou Saint-Genou, enBerri. Dans l'impossibilité de déterminer sa mort d'une manière précise, les auteurs de la Gailia Christiana font observer qu'il vivait encore en 853, puisque, à cette date, il assista au concile de Soissons , où il signa le premier entre les abbés. Notre texte établit qu'il mourut la même année, et nous fait

(xr MàcLE.) INSCRIPTIONS DU LIMOUSIN. 415

connaître les services et les vertus de ce pieux personnage.

(52) + IN ANNO XXXIIII REGNAN TE DOMNO CARLO REGE XII CL MAI i SIC OBIIT AMEUVS : LAICVS f PVER : O LEC TOR QVI LEGIS ORA PRO ANI MA EIVS : REQVIESCAT IN F AC. .

( F. pi. IV. ) Au musée de Poitiers.

La publication de ce texte étranger au Limousin a pour but de fournir un spécimen exact de l'écriture monumentale du milieu du ix' siècle. M. de Caumont en a déjà donné un dessin (Bulletin monum.j YIII, 324). Notre lithographie à grande échelle ne paraîtra pas inutile si on la rapproche de la gravure sur bois. On remarquera le C de calendoi et le titre de serviteur laïc ( laicw puer). H. Lecointre-Dupont propose de lire sibiobiit, au lieu de itc obiit ; TO d'obiit est en effet surchargé d'un I parasite. On notera les points triangulaires; Charles le Chauve est le seul roi de ce nom dont le règne ait été assez long pour que ce texte lui soit applicable. La trente-quatrième année de son règne correspond à Tan 874.

(53) ROTGERIUS : CANTOR VI K (a) L (eDdas) MAI (î) REQUIEVIT :

( V. fig. \ . pi. VI.) Inédite. Au musée de Limoges.

Cette épitaphe est gravée en caractères inégaux , hauts

144 INSCiUPTiONS DU LIMOUSIN. (xi* siècle.)

en moyenne de 8 à 9 pouces, sur une tombe de granit longue de plus de 5 pieds. La pierre, taillée à deux pentes , va en se rétrécissant de la tête aux pieds. Les fouilles opérées en 1837 pour la construction du théâtre de Limoges, sur l'emplacement de l'antique abbaye de Saint-Martial, firent découvrir un grand nombre de sépultures. Ce tombeau était du nombre.

L'emploi de la capitale romaine, la forme grasse des caractères, les épanouissements aigus qui surmontent le A et terminent les traverses des T et des E, rapprochés de ro aigu et du G arrondi du mot Rotgeritu, assigneraient le XI"" siècle à cette inscription; mais un texte formel vient préciser sa date.

En 1 020, dit la chronique limousine publiée par Labbe {Bibl. nov. mM., t. i, p. 334), mourut le chantre Rotgerius.

La sixième année de l'abbé Hugo, dit le moine \demar de Chabanes , Rolgerius , frère du doyen Âdalbert , Tiomme très-illuslre, mon oncle et mon maître, mourut le VI des calendes de mai (in commem. abbat. S. Mart. ap. Labbe, ii, 273). Un peu plus haut, Adémar explique sa parenté avec Roger : S. Tvrpio episcopus (lemovicensis) obiit VIII kal. Augusli* Ex cujus nepie Officia nomine naii su fit Àdaibertus decanus et Rotgerius, paire Fulcherio in proprio jure hereditario quod vocaiur Campanense, juxia eastellum Potentiam. Tertins quoque Raimondtis junior naiu germanus exlilit amborwn , cujus ego Ademarus filins fui matrs Hildegarde {sive AldeardCj p. 273).

Ailleurs , Adémar trouve les accents les plus touchants pour raconter la mort de Roger : « En ce temps , dit-il , deux moines de Saint-Martial, entre les premiers, remarquables parleur religion, illustres par leur sainteté » écla-

(xr siteLEO INSCRIPTIONS DU LIMOUSIN. 445

tants de sagesse^ honorés du sacerdoce, se chérissaient entre tous , et soutenaient tout le monastère comme deux colonnes , l'éclairaient comme deux candélabres ; à table, ils prenaient place à côté Pun de Taulre. L*un était le chantre Roger, homme extrêmement généreux; Tautre, le bibliothécaire (iirmarius) Adalbert. Le jour de Pâques^ une vision leur annonça leur trépas prochain. Ils moururent Tun et Vautre dans cette même semaine. »

Cette pierre a donc recouvert les restes mortels d'un homme distingué par ses connaissances , et dont les leçons ont formé un de nos meilleurs chroniqueurs limousins. — Nous Pavons fait déposer au musée de Limoges. —Nous devons indiquer une variante de la date du décès. Selon la chronique limousine, recueillie par Martène, Roger mourut en 1 025, et non en 1 020 , comme l'indique une autre chronique limousine publiée par Labbe; mais Adémar, en assignant le décès à la sixième année de Tabbé Hugues , nous permet de donner gain de cause à la chronique de Martène. L'abbé Hugues ayant pris possession de sa charge en 1019 , la sixième année correspond en effet à 1025- Le six des calendes de mai correspond au 26 avril. On se demandera pourquoi le jour du décès est indiqué, pendant que Tannée est omise. L'inscription du jour du mois avait pour but de rappeler Tobit ou service annuel fondé pour le défunt, seul souvenir important en ces âges de foi. Cette raison explique le laconisme incomplet des nombreuses inscriptions de ce genre y qui se retrouvent dans les anciens monastères. Peut-être, en cette circonstance particulière^ pensait-on que la date du trépas serait conservée à la gloire du défunt , f^fV clarimmMy dit Adémar.

440 lNSCitl(>TiONS DU LIMOUSIN. ( ii* siici.e. ,.

(5 i) + FJIC RÉQVIESCIT COR

PVS GIRALDI LEMOVICE

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