MANUEL D*ÉP1GRAPHIE
type; il demande des condHièng de lumière qu'on n'obtient pas toujours ddti&les intérieurs. Il réduit trop , et son oculaire exige u« . parallélisme rigoureux. Cet instrument précieux n'en est pas moins le plus exact et le plus rapide des. dessinateurs, d'autant plus exact qu'il opère sans idées préconçues, sans système, sans partie pris , et, faut-il le dire^ sans intelligence.
Si tous ces moyens variés de transcription font défaut , l'antiquaire aura à tracer directement un dessin exact de Tinscription. Qu'il relève les moindres accidents , les moindres signes en apparence étrangers au texte; ces signes peuvent avoir une valeur que la postérité, à son défaut^ saura découvrir. Qu'il se souvienne qu'on lui demande d'abord un témoignage et non une interpréta* tion. Que les yeux du corps saisissent d'abord la forme , et, dans ce premier moment, qu'il se défie de son intelligence; ses yeux pourraient bien voir ce qui est dans son esprit plutôt que les apparences du monument. L'intelli* gence aura son tour : c'est elle qui expliquera ces formes, qui dira le sens qu'elles recouvrent. Tout antiquaire remplit à l'égard du passé les fonctions de juge. En toute cause, le juge recueille les témoignages avant de prononcer : un dessin doit être une déposition.
. Nous pourrions défrayer ce chapitre d'anecdotes piquantes; il est tel dessinateur fameux dont les reproductions graphiques de monuments , faites à travers ses idées préconçues, ont créé de bizarres choses; mais ce serait sortir de notre sujet. Il nous suffira en y rentrant de donner une preuve de la valeur des dessins exacts. C'est un dessin qui , à un siècle et demi d'intervalle , nous permet de rétablir une inscription lue jusqu'à nos jours d'une manière fautive.
En 1700, un antiquaire anglais , J. Hicks , trouva dans
Tabbaye de Bulliforl, en Irlande, une inscripUon en vieux langage français. Celle inscription curieuse fut publiée dans les Transactions philosophique^ (t. !•', pi. V, p. 1A3 de l'Abrégé français) , la voici :
PHELIP : DE : LA CHAPELE j CHIT tT ^Cl • DEU :' DE î SA ALME '. EYIT • MERCI • J»ATE ;
Gomme on le voit, chaque mot est séparé du précédent par trois points.
Dans rimpossibiliié d'expliquer le dernier mot» les Transactions lisent ainsi :
Phelip de la Chapele gh^t tcY , Deté de sa afma eyit mergipte.
Nous ne relevons pas toutes les fautes d'orthographe de cette copie ; nous constatons seulement la fusion de deux mots bien distincts et la suppression d'un a, fusion et suppression auxquelles nous devons le mot merciptey qui n'exista jamais et dont l'introduction détruit la rime.
Un savant antiquaire moderne, M. de Castellane (Hém. des antiq. du Midi , III , 245) , lit en rectifiant la version anglaise :
Phelip do la Chapele ghit ici Deu de sa aime eyiG merci , pace
Il avoue ne rien comprendre à ce dernier mot. Grâce à la gravure anglaise , il est facile de reconnaître qiie les deux lettres dont M. de Castellane fait des G sont simplement des T, et, ceci noté, nous lisons sans ambages , sans difficulté :
Phelip de la Chapele ghit ici, Deu de sa aime eyil merci Pale (r nosler).
Vingt inscriptions du xiii* et du xiv*" siècle , coniempo-