‹ Manuel d'épigraphie, suivi du recueil des inscriptions du LimousinChapitre 6 sur 172 · LECTURE. — INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

LECTURE. — INTERPRÉTATION

Les procédés que nous avons énumérés, procédés purement graphiques ou manuels , nous ont mis en possession d'une inscription. L'intelligence^ au profit de laquelle la main a travaillé jusqu'alors, doit compléter son œuvre. Elle doit retrouver un texte dans les éléments abrégés qui le renferment; sous ces formules si brèves , elle doit lire la pensée que les temps écoulés lèguent passagèrement en notre pel*sonne à la plus lointaine postérité. Lire un texte , Tintcrprcter , c'est à bien

20 MANUEJ. D'ËFIGRAPHIE.

(les égards fixer la place qu'il doil occuper dans récbelle chronologique.

On verra bientôt comment les moyens de lecture et d'interprétation se mêlent avec ceux de classification. Présentement, les éléments que nous fournit la critique épigraphique ne sont employés qu'au profit de la lecture et de l'interprétation des textes.

Nous abordons jla partie délicate de ce travail. Obligé par sa nature de nous en tenir à des notions précises et pratiques, nous négligerons nécessairement le côté purement scientifique. Nous devons dire toutefois , pour l'acquit de notre conscience, que la brièveté de notre texte ne nous a pas dispensé d'un travail sérieux. Les ouvrages des bénédictins, l'abrégé de Di de Vaines, les travaux des paléographes modernes ont été l'objet d'une élude constante. C'est pour nous un devoir de dire ici tout ce que nous devons aux ouvrages de MM. de Wailly , Quentin, Chassant et Bonetty. Nous ferons de nombreux emprunts à M. de Wailly. Il n'est pas besoin d'ajouter que, pour notre propre instruction, nous avons fait passer l'étude des vieilles écritures, des chartes et manuscrits anciens que nous possédons, avant celle des inscriptions. Nous ne nous sommes pas borné à étudier les inscriptions de notre pays ; des voyages nombreux nous en ont fourni un grand nombre dont nous avons combiné les éléments avec l'analyse des monuments de notre propre province.

Toute inscription se montre sous la forme de lettres composant des mots. Très-souvent ces mots sont remplacés ou suppléés, en tout ou en partie, par des signes particuliers ; ces signes sont les sigles , les not^ tironiennes , les signes de contractions , les signes d'abrévia-

MANUEL IVÉPIGRAPHIE. 24

lions , les emblèmes. Nous allons examiner ces éléments si divers.

Mphabet. — Notre alphabet vient des Romains; il suffit pour s'en convaincre de rapprocher nos majuscules typo* graphiques d'une inscription romaine prise au hasard. La personne la moins lettrée saura sur-le-champ reconnaître et nommer les caractères de cette dernière. A quel peuple les Romains eux-mêmes avaient-ils emprunté leur écriture? Ici deux opinions répondent. Selon la plus ancienne , les Romains la tenaient des Grecs ; une opinion plus récente prétend que les deux peuples la devaient aux Phéniciens. Ce seraient deux branches issues du même tronc. Que ces deux écritures soient de même origine , dans la ligne collatérale ou dans la ligne directe, noùs n'avons pas à le décider ; il nous suffit de constater leur parenté. Les Grecs et les Romains, dans leur écriture capitale, tracent de la même manière les lettres A, B , E , I , M, N, 0, T et Z. Arrondissez les contours de r, a, n, s, vous y trouverez les types adoucis des G , D , P, S.

A l'exemple de M. de Wailly, dont nous prenons ici le travail pour guide, il nous parait utile d'arrêter une terminologie descriptive des lettres. Nous n'avons nulle envie de renouveler la scène plaisante où un philosophe apprend théoriquement à prononcer les A et les 0. Nulle description ne saurait remplacer la vue des caractères. Hais rénumération des modifications subies par les types primitifs exige un langage uniforme , précis ; nos planches suppléeront à l'insuffisance de cette nomenclature. Nous prenons pour point de départ les majuscules actuelles; elles ne sont que la reproduction de l'écriture capitale des Romains , écriture dont toutes les autres ne sont que des modifications imposées par la nécessité

d'abréger. On sait que récriture capitale remonte à la plus haute antiquité. Les autres genres d'écriture ne paraissent sur les monuments , soit gravés, soit écrits, que plusieurs siècles après la capitale-

« Quand on compare dans un livre les caractères employés pour les titres avec ceux qui servent pour le corps du texte , on reconnaît que les lettres capitales se distinguent presque toutes par des formes majestueuses; mais il est impossible en même temps [de ne pas s'apercevoir que ces lettres sont souvent plus compliquées, et par conséquent d'un usage moins prompt et moins facile. C'est là ce qui explique l'origine des autres genres d'écriturc. En examinant une à une les lettres caractéristiques de l'onciale , de la minuscule et de la cursive , on verra que, tout en se distinguant des lettres qui leur correspondent dans l'alphabet capital , elles s'y rattachent cependant par des points de ressemblance qu'il est impossible de méconnaître. Pour étudier ces rapports dans tous leurs détails et les décrire avec précision, il est indispensable de donner des noms aux différentes parties dont se compose la figure de chaque lettre. Une fois que cette nomenclature sera fixée pour les lettres capitales , on pourra l'employer à décrire les caracttères des autres genres d'écriture.

M L'A capital se compose de deux montants écartés à leur base, unis à leur sommet et partagés par une traverse horizontale. Cette traverse est quelquefois brisée à l'époque romaine.

» Les lignes verticales et les lignes convexes qui entrent dans la composition de certaines lettres ont été désignées dans plusieurs ouvrages, les unes sous le nom de haste (hasta), les autres sous le nom de panse* Ce

dernier mot existe dans le langage ordinaire (panse d'à). On distinguera donc dans leB la haste et la double panse qui s'y rattache.

» On trouve dans le C une panse terminée par deux crochets.

» Le D se compose d'une haste et d'une panse qui Tenveloppe dans toute sa longueur.

» On distingue dans l'E une haste à laquelle se rattachent trois lignes horizontales que l'on nommera barres. Ce mot. est employé dans le langage ordinaire pour désigner la ligne horizontale qui rencontre la haste du {.

II y aura pour la même raison dans l'F une haste et deux barres.

» Le G se compose, comme le C, d'une panse terminée par deux crochets; mais le crochet inférieur du G, au lieu d'être pointu , est coupé carrément ou ttancké.

x> L'H se compose de deux hastes et d'une traverse.

» On ne trouvera dans l'I qu'une haste.

On distinguera dans le K , indépendamment de la haste , les deux tranches , c'est-à-dire les deux lignes qui partent du centre de cette haste.

» Il y a dans la lettre L une haste et une barre.

L'H se compose de deux traits verticaux réunis par une ligne brisée. Nous conservons aux deux premiers traits la dénomination ordinaire Ae jambages.

» Par la même raison , nous distinguons dans VN deux jambages réunis par une traverse oblique.

i> L'O est formé par la réunion d'une double panse.

» Le P se compose d'une haste désignée ordinairement sons le nom de queue , et d'une panse qui en enveloppe la moitié supérieure.

U MANUEL D'ÊPIGRAPHIE.

» Il faut distinguer dans le Q une double panse en forme de cercle et la queue qui s'y rattache.

D On désignera aussi sous le nom de queue la ligne qui distingue TR du P^ et qui part du point où la haste est rencontrée par la partie inférieure de la panse.

» L'S se compose de deux panses arrondies Tune à droite, l'autre à gauche, et terminées par un crochet.

» Le T renferme une haste et une barre.

» L'U renferme deux jambages qui s'arrondissent dans leur partie inférieure pour se réunir en forme de panse.

» Le V présente deux montants réunis à leur base et séparés à leur sommet.

M L'X est formé par deux traverses qui se croisent obliquement.

» L'Y se compose d'une haste surmontée de tranches.

On distingue dans le Z deux barres horizontales réunies entre elles par une traverse oblique. » (Éléments de paléographie, 1 , 387-88. )

Les paléographes 3 comme le mot le dit , s'occupent de toutes les anciennes écritures; mais les vieilles écritures des diplômes 3 des chartes, des manuscrits, étant incomparablement les plus nombreuses, ont dû principalement attirer leur attention.

Les bénédictins, nos maîtres, ont adopté plusieurs systèmes de classification. Ils ont distribué les écritures , selon leur origine géographique ou historique ^ en autant de divisions auxquelles ils ont donné le nom du pays ou du peuple qui les avait pratiquées. Ce système a l'inconvénient d'être beaucoup plus spécieux que solide. Les modifications survenues dans les écritures ont été gra-

MANUEL D*ÉPiGRAPHlE.

duelles; elles se sont lentement introduites par un usage qui a toujours tendu à se généraliser. Aucun peuple du moyen âge n'a eu à son service un système particulier. Les formes nouvelles qu'on rencontre dans les manuscrits d'un pays sont usitées dans la région voisine ou sur le point d*y être introduites* Aussi , à côté de cette classification , les bénédictins en ont adopté d'autres uniquement fondées sur la forme des lettres.

M. de Wailly a rendu évidente cette classification. Nous la lui empruntons.

Chronologiquement on distingue deux époques remarquables par deux systèmes bien tranchés : la première s'arrête à la fin du wv siècle ; Tautre date de ce temps et expire au xvii' siècle. On donne à la première le nom d^époque romaine ; l'autre est appelée époque gothique. Pendant la première période , les écritures se divisent :

En trois eloiset Majii-cule,

Minuscule, Cursive,

Cinq genres ; i Capitale , ( Oncîale ,

Minuscule

Cursive ,

Mixte,

Six espèces :

Capitale.

Onciale.

i Minnscole proprement dite.

1 Minuscule diplomatique.

Cursive.

Mixte.

Pendant la seconde période, on trouve :

Tnris classes Majuscule,

Minuscule ,

Cursive ,

Quatre genres :

Majuscule,

Minuscule,

Cursive.

Mixte.

Cinq espèces.

Majuscule.

Minuscule proprement dite.

Minuscule diplomatique.

L'écriture capitale est la plus ancienne. Elle n'est autre, disent les bénédictins, que la majuscule telle

96 MANUEL D'ÉIMGRAMME.

qu'elle se voit aujourd'hui dans les^ frontispices et les tilres des livres. Lorsque dans les manuscrits cette écri> ture ne conserve pas l'élégance régulière qui la distingue dans les inscriptions et les médailles, on lui donne le nom de capitale rustique*

L*écriture onciale devrait ^ à la rigueur^ désigner des caractères d'un pouce de hauteur. On sait^ en effet , que Yonce romaine était la douzième partie de l'ai; et que , par extension , la douzième partie du pied , unité de longueur^ a reçu le même nom. Mais les lettres ont rarement atteint cette dimension. L'onciale, selon les bénédictins, est une majuscule dont les caractères affectent souvent des contours arrondis, et qui se dislingue de la capitale proprement dite par la forme des lettres A, D, E, G, H , M, 0, T, y. ( F. la pi. 1'*. ) La minuscule est aussi une simplification de l'onciale et de la capitale.

La régularité de ces deux sortes d'écritures , capitale et minuscule, leurs combinaisons de lignes droites, la séparation des lettres qui exigeait la main levée après le tracé de chaque caractère et presque après chaque jambage, en rendaient l'emploi long et difficile. Les copistes mirent donc en usage une écriture qui , par ses liaisons^ ses enlacements, ses formes circulaires, pût suffire aux exigences d'une transcription rapide. Ce système forma l'écriture cursive. Malgré les dénégations de quelques savants , son emploi n'est pas dû aux barbares; il est établi qu'elle date des premiers temps, et qu'elle est même antérieure à l'écriture onciale. On trouve des exemples de cursive dans l'épitaphe de Gaudence , datée des consulats d'Ursus et de Polemius , c'est-à-dire del'an338deJ.-C.

Mais l'écriture cursive a peu de fixité ; elle varie selon

les habitudes de chaque écrivain ; les liaisons qui unissent tous les caractères permettent dijQBcileinent de déterminer où commence l'un et où finit l'autre. Tous ces inconvénients en rendaient la vue désagréable et la lecture difficile pour d'autres que le copiste lui-même. Lorsqu'on sentit le besoin d'une écriture plus nette que la cursive, et plus expéditive que l'onciale, on, inventa la minuscule, dans laquelle on rencontre }es caractères propres à l'écriture onciale, mais modijBés; d'autres appartenant à la cursive, mais dégagés des traits superflus, et quelques-unes des lettres communes aux différenies espèces de majuscules qu'on a simplifiée&'. C'est sur cette forme d'écriture qu'on a composé les caractères typographiques qu'on appelle petit-romain. Selon les bénédictins , cette écriture a été connue des Romains. M. de Wailly prétend , au contraire , que son existence régulière ne date que du viir siècle.

Un autre gem.re d'écriture a précédé l'emploi de la minuscule; c'est l'écriture mixte, que les bénédictins appellent aussi demi-onciale. Elle doit son origine aux modifications apportées aux lettres onciales , dont on a réduit la hauteur et qu'on a réunies avec les lettres cursives. Telles sont, jusqu'au xiii* siècle, les principales divisions de l'écriture considérée sous le rapport.de la forme. Il ne nous parait pas nécessaire d'indiquer les subdivisions introduites par les bénédictins . dans ce plan général. L'écriture allongée, à laquelle quelques paléographes consacrent un article spécial^ n'est qu'une modification accidentelle de toutes les autres sortes d'écriture introduite dans les diplômes.

' Quaiitiii , Dictiotmaire de diplomatique chrétieime.

28 MANDLL D'ÉPKiRAPHIIi:.

A daler du commencement du xiii* siècle, des modifications nombreuses et profondes donnent un caractère tout particulier à l'écriture. Deux systèmes principaux s'établissent et excluent habituellement les autres formes usitées jusqu'alors; ces systèmes prédominants sont la majuscule et la minuscule.

La majuscule prend une physionomie à travers laquelle il est souvent difficile de reconnaître les principes constitutifs de la majuscule primitive. Les lettres C, E, H^ T, U ont une forme toute nouvelle : des traits réunissent les divers jambages et font ressembler ces caractères à une boucle semi-circulaire munie ou dépourvue de son ardillon. Dans les autres caractères, les hastes, les barres et les bandes s'allongent , se renflent et se recourbent avec grâce et souplesse; les lignes droites continues n'existent plus. (F. la pi. <'•.)

La minuscule^ au contraire , adopte exclusivement les lignes brisées avec diverses nuances , selon les époques. Les caractères typographiques allemands peuvent en donner une idée.

11 nous resterait à parler des lettres à ornements. Les bénédictins les ont distribuées en plusieurs classes, selon la nature de leur ornementation végétale ou animale , capricieuse on historique. Nous en dirons un mot plus tard.

Tels sont les caractères généraux des écritures usitées depuis l'époque romaine jusqu'à nos jours. U nous a paru utile d'en donner une idée sommaire, pour expliquer l'origine et la provenance des caractères qu'emploie l'épigraphie. La filiation de ces derniers , si l'on peut ainsi parler, se trouvera ainsi indiquée.

Les divers types adoptés par les écrivains peuvent se

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montrer exceptioooellement sur les inscripUons. Habituellement ils furent rejetés par les épigraphes. Ils écrivaient pour la foule, pour un effet solennel; les inscriptions appellent naturellement la précision et la brièveté. Le métal • les pierres sur lesquelles elles sont tracées nécessitaient l'emploi de formes simples, faciles; telles furent les influences qui donnent à récriture des inscriptions un caractère tout particulier de simplicité et de régularité. Indiquons-en les types principaux, en réservant les détails pour le chapitre consacré à la classification. Nous excluons de ces notions générales les sceaux et les monnaies. Leur écriture exceptionnelle doit faire l'objet d'ouvrages particuliers ; plus loin, nous en dirons les motifs.

Nous avons déjà indiqué les principales limites chronologiques de notre système de classification.

Le système romain s'arrête au huitième siècle;

Le roman expire avec le douzième ;

Le gothique arrondi finit vers 1 360;

Le gothique carré est près de disparaître vers 1 540;

La renaissance a accompli son évolution au xvir siècle.

Alphabet romain. — L'alphabet romain des inscriptions se compose presque exclusivement des grandes et majestueuses capitales de l'écriture ordinaire. Selon la date, cependant, elles gardent ou perdent leur ampleur et leur élégance. L'écriture elle-même souffre de la décadence de l'empire ; les lettres s'enlacent et se lient ; le même jambage fait partie de plusieurs caractères; les crochets et les barres minces ou épanouies, les points triangulaires ou ronds fournissent des points de repère précieusement recueillis pour la classification chronologique. Consultez lapl. 1'*.

50 MANUEL D*ËnGRAPHIE.

Alphabet rùman*— La capitale romaine demeure le type de cette écriture. L'architecture des temps qui séparent répoque romaine de l'époque gothique a reçu le nom de romane , parce qu'elle n'est qu'une modification de rar> chitecture romaine, qui lui prête la plus grande partie de son système de construction. Une raison analogue nous a fait donner le même nom à l'écriture de ces traips. On y retrouve les éléments de la capitale romaine mêlés avec ceux de l'onciale; la kninuscule et les autres écritures n'y apparaissent que rarement. En somme, l'époque romaine préfère la capitale; c'est l'onciale et ses dérivés qui dominent dans l'époque romane. La planche 1 '"^ en dira plus que toutes nos descriptions.

Alphabet gothique arrondi. — Dès le douzième siècle, il s'opère dans l'écriture quelque chose de semblable à ce qui a lieu dans l'architecture. Les formes delà majuscule gothique se montrent peu à peu ; elles se mêlent de plus en plus à l'écriture ordinaire, et, sur la fin de ce temps , elles deviennent prédominantes. Il y a transition dans les inscriptions comme dans les monuments. Au XIII' siècle , la capitale gothique des manuscrits est exclusivement employée dans les inscriptions. Elle règne encore pendant la première moitié du xiv* siècle; seulement elle prend, vers cette époque « un embonpoint qui décèle son âge; les filets ou liaisons du xiir siècle disparaissent aussi de plus en plus.

AlphcAet gothique carré* — Dès le commencement du xiV siècle, la minuscule est employée dans l'écriture monumentale. La capitale du siècle précédent, sur certaines inscriptions, persévère, mais réduite à son rôle de simple majuscule, marquant seulement le commencement des phrases ou des vers , et les choses notables ,

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telles que les dates et les noms propres. Dès le XIV* siècle, cet usage devient général. Cette écriture gothique a, selon l'époque > des nuances qui sont caractéristiques. Ainsi, au xvi* siècle, les têtes et les queues des lettres s'épanouissent en un losange semblable à un fer de lance obtus* :

La renaiwmce conserve ces divers alphabets , en leur donnait cependant une physionomie particulière qui décèle leur âge; elle embellit habituellement les caractères de trois épanouissements circulaires qui lui appartiennent en propre. Nous avons essayé de rapprocher sur la même planche les types principaux de ces diverses écritures.

Au risque de fatiguer le lecteur, nous répétons que ces observations ne portent pas sur l'écriture des sceaux et des monnaies. Les règles propres à l'écriture des inscriptions deviendraient fausses si on les appliquait à la numismatique et à la sigillographie, et réciproquement. Nous déduirons plus loin les raisons de ces différences. Une des plus importantes se trouve dans l'emploi prolongé du même type et du même sceau. Je possède deux actes datés, le premier de 1179 elle second de 1245, scellés tous les deux d'une empreinte sortie du même creux ; elle montre un évêque mitre , tenant la crosse et bénis^ sant , avec cette légende : Sigillum ecclie (ecclesie) lemovicemû. Au revers, le contre-scel porte une main bénissant dans un nimbe crucifère : Manu$ Dominù

Note$ tironienv^ \ — Tullius Tiro, affranchi de Cicéron, augmenta considérablement le nombre des signes abré-

^ Nons eroprootons cet article et une partie dn suivant à M. de Wailly, en y ajoutant nos observations particulières.

S2 MANUEL D*ËPIGRAPHIE.

viatifs inventés par Ennius au nombre de 1,100. Des addilions successives en avaient porté le nombre à 5^000, lorsque, au commencement du iir siècle, saint Cyprien, évéque de Carlhage , étendit encore ce recueil en y ajoutant les signes qui convenaient à Tusage particulier des chrétiens : on s'en servait pour recueillir les discours publics. C'était une sténographie enseignée dans les écoles, comme nous l'apprend le poëte Prudence dans les vers faits à la louange de saint Cassien , célèbre martyr du IV* siècle.

Pr»fuerat sludiis puerilibus, Bt grege multo

Septus, magister litterarum sederat,

Verba notis brevibus compreheodere niiilta peritiis,

Raptimque punctis dicta praepetibas sequi.

Saint Augustin et saint Chrysostôme nous apprennent eux-mêmes qu'on recueillait ainsi ce qu'ils disaient en chaire. Les évêques avaient à leur service des écrivains instruits de cette tachygraphie. On en a une preuve certaine dans la lettre qu'Evode écrivit, en 415, à saint Augustin (lettre 258) : f avais auprèi de moif dit Evode* un jeune homme , fUs d'Àrmenuê , prêtre de Melone. . . il avait été auprès de l'homme de lettres du procormU, et il écrivait sous lui*., il écrivait très-vite en notes. Saint Genès d'Arles et saint Epiphane de Pavie exercèrent cet art avec distinction dans leur jeunesse. Le premier parait avoir été un de ces excepteurs ou greffiers publics dont la fonction était d'écrire en notes les interrogatoires des criminels et les sentences des juges. Cet art, perpétué à travers le moyen âge , se retrouve pratiqué dans plusieurs manuscrits Les inscriptions étant d'une transcription plus lente, et n'étant pas seulement destinées aux initiés, mais au

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public, remploi des noies de Tiron y est à peu près inconnu , et nous n*en parlons que pour mémoire. Tout au plus ont-elles fourni quelques signes abréviallfs. Il y aurait lieu toutefois d'examiner si quelques inscriptions inexpliquées, où Ton a voulu voir les caractères des langues étrangères, ne seraient pas écrites en notes tironiennes. Le jour oh cette écriture cessa d'être répandue , les initiés en firent une sorte d'écriture secrète. En tous les temps ont vécu des gens moqueurs. Plusieurs inscriptions ont eu certainement pour but d'amuser, en les fatigant, les loisirs des érudits.

Sigles. — Sigle vient Aesigilldj diminutif de signa ^ ou de l'adjectif singuli , singulœ liUerœ. Les sigles sont des lettres choisies parmi celles qui composent un mot pour exprimer ce mot tout entier. Les sigles simples sont ceux qui désignent un mot par une seule lettre : N. P. pour Nobilinimus Puer. Les sigles composés ajoutent à la lettre initiale une ou plusieurs lettres qu'ils prennent au commencement, dans le corps ou à la fin d'un mot, comme Am pour Amieris; col pour colonû On connaît encore les sigles doublés qui répètent la même lettre. Celte répétition a pour but d'indiquer que le mot qu'ils représentent doit être mis au pluriel^ ou qu'il désigne deux ou trois personnes : ÂA^ Aiigmti; cos$, consules. D'autres lettres redoublées désignent non le pluriel , mais un superlatif : ce , clarmimus.

Les sigles ont été surtout en usage dans les inscriptions de l'époque romaine; leur emploi dans les manuscrits est moins fréquent, et se borne le plus souvent aux citations de textes connus, empruntés soit à la législation, soit aux grands auteurs ou à l'Ecriture sainte.

Les Hébreux paraissent les avoir employés ; c'est de ce

54 MANUEL D'ÉPfGRAPBIE.

genre d'abrévialions, disent les bénédicUnSi qu'on entend ordinairement ces paroles de David : Ma langue sera comme la plume d'un écrivain qui écrit avec rapidité. Les Grecs ayant reçu leur écriture des Phéniciens-Hébreux, on ne peut guère douter qu'ils n'en aient aussi tiré leurç abréviations par sigles. Des Grecs, les sigles sont passés chez les Romains , qui les ont portés dans le reste du moode ancien.

L'obscurité que présente souvent l'écriture en sigles détermina Justinien à en interdire l'usage dans les livres de droit , lors même qu'il s'agissait de désigner les noms des jurisconsultes , les titres et les nombres des livres. Puisque cette langue énigmatique présentait de si graves inconvénients pour les contemporains, on ne doit pas s'étonner que de nos jours Tinterprélation des sigles anciens exige des connaissances aussi profondes que variées sur les coutumes de chaque siècle et de chaque contrée. Le seul conseil qu'on puisse donner à cet égard, c'est de rechercher avec soin toutes les circonstances accessoires qui peuvent aider à la solution du problème- Il est facile de comprendre, par exemple , que certaines interprétations conviendraient plutôt à une inscription funéraire qu'à une médaille. S'il est possible de connaître le temps et le lieu auquel se rattache une inscription , il faudra tenir compte de ces données, qui fourniront presque toujours des indications précieuses. Presque tous les sigles simples ont des significations nombreuses. Le choix du sens véritable est déterminé par celui des mots qui précèdent et qui suivent.

Tous les ouvrages spéciaux donnent une longue nomenclature de sigles. Les significations dont chaque ?<)ttre est susceptible s'y trouvent rangées par ordre

MANUEL DÉPIGRAPHIE. 55

alphabétique. Le choix serait impossible à qui ne tiendrait pas compte du contexte. Nous croyons que quelques règles , souvent expérimentées par nous > remplaceront avec avantage ces longues tables , presque toujours inutiles à ceux qui savent et à ceux qui ignorent

Il n'y a guère dMnscriptions romaines entièrement composées de sigles. Des mots entiers ou seulement abrégés s'y rencontrent presque^toujours. Ces mots , ou des formules que nous allons indiquer, permettront de fixer Tinscriplion dans une classe qui en déterminera le sens général.

Les inscriptions romaines, appartiennent habituellement à des tombeaux , à des autels ou à des t)ornes militaires , à des ex-voto. La forme de la pierre permettra le plus souvent de les classer dans une de ces catégories. De forme triangulaire ou carrée , semblables à des urnes^ à des sarcophages ou à des pommes de pin , les cippes ou tombeaux n'ont pu recevoir aucune autre destination. Des feuilles cordiformes , une hachette figurée indique* ront la même origine. Rondes , octogonales ou carrées , les bornes destinées à marquer la distance sur les routes sont toujours en forme de colonne. Les autels ont une base et sont décorés de moulures. S'ils ne sont pas des monuments simplement eommémoratifs, ils sont creusés, à la partie supérieure, de trous nécessités par les cérémonies des sacrifices.

La pierre est-elle informe ou mutilée, sans ornements qui indiquent sa destination primitive ? l'inscription seule fournira les moyens de la remettre à sa place. Les sigles D. M. {Dit mam^), placés au commencement, feront reconnaître une inscription funéraire. Il en serait de même de ceux à la fin desquels on trouverait les sigles

36 iMANUEL D'ÉPIGKAPHIE.

S. A* D. {mb ascid dedicmit)^ et de tous ceux où figure Vaseia. L'inscription , dans ce cas , relatera le nom du défunl , son âge 9 le nom de celui qui a érigé le monument. Quelques formules de regret , un adieu éloquent dans sa simplicité, une invocation aux dieux, la dédicace sub atcid compléteront souvent les formules funéraires. Voici les plus communes :

s. E. s. V. p. Sibi et suis vivus posuit.

c. B. M. F. Gonjugi bene merenti fecit.

A. o. p. c. Amico optimo ponendum curavit.

B. M. D. s. p. c. Bene merenti de se ponendum curavit. D. s. F. c. De suo f&iciendum curavit.

H. s. E. Hic situs est.

B. V. Bene vale.

s. T. T. L. Sit tibi terra levis.

A. c. v. Anima carissima vale.

M. H. N. s. Monumentum haeredem non sequitur.

Consultez les inscriptions romaines publiées ci-dessous. Nous résistons à la tentation de citer des inscriptions étrangères à notre province. En voici une fort simple , qui montre la disposition ordinaire du nom du défunt et du consécraleur, Tindication de l'âge :

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