‹ Manuel d'épigraphie, suivi du recueil des inscriptions du LimousinChapitre 7 sur 172 · QVAE VIXIT ANNIS XXX · texte numérisé non relu

QVAE VIXIT ANNIS XXX

DIEB. V. DE. QVA. NEMO

SVORVM VMQVAM

DOLVrr NISI MORTEM

SILENIVS REGINVS

FRATER SORORI KARISSIMAE ET SVB ASCIA DEDICAVIT

MANUEL D'ÉPIGRAPUIE. SI

Aux dieux mânes de Camilla Au^ustilaj qui a vécu trente ans et cinq jours, et qui n*a jamais causé aux siens d'aïutre peine que sa mort\ Silenius Reginus, son frère, a consacré ce monument à sa scmr chérie j et l'a dédié sous /'ascia.

Nous parlerons un peu plus loin de celte formule sub uscid, si commune en France, et si peu expliquée, malgré le zèle de l'érudition.

A-t-on sous la main un autel , un ex-voto? le nom du dieu honoré par cet hommage y figure au datif , et le plus souvent en lôte. Il est suivi ou acœmpagné du nom du consécrateur, peuple ou individu , du nom de celui au profit duquel eut lieu la dédicace. L'inscription est terminée par une formule de consécration : Y. S. L. H, Votum solvit libens merito; P. C , Ponendum curamt ou censuit; D , Dedicavit ou dedicaverunt , etc.

Est-ce un fragment de milliaire qu'on a rencontré? le nom de Tempereur à qui est due la construction de la voie 5 le nom de la station voisine, la distance indiquée en pas et exprimée en chiffres romains, le feront bientôt reconnaître.

On trouvera malheureusement très-peu d'inscriptions qui ne puissent prendre place dans les rangs de celles-ci. Les souvenirs commémoratifs , les tauroboles, les dédicaces de monuments ou de statues se rencontrent trèsrarement. Ces formules générales permettraient cependant de les reconnaître à ceux qui auraient le bonheur de faire des découvertes de ce genre. L'étude de nos

* C'est le mot de Louis XI V à la mort de la reine sa femme. Cette formule touchante se trouve très-souvent dans les anciennes inscriptions.

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planches et des nombreuses inscriptions que nous publions donnera rintelligence de ces renseignements nécessairement réduits à des généralités.

Àtn'éviatiom. — Les sigles appartiennent surtout à répoque romaine. Ce n'est que par extension qu'on en a donné le nom à certaines lettres employées au moyen âge et aux initiales des noms sacrés. Les abréviations sont de toutes les époques; elles deviennent plus nombreuses dans le temps qui a suivi Tépoque romaine. Plusieurs méthodes ayant pour but de réduire retendue de certains mots , de remplacer certaines syllabes par des chiffres, se formulent en systèmes assez réguliers. Nous allons les passer en revue. L'abréviation a eu lieu par enlacement , par signes, par contraction, par suppression de lettres.

Abréviation par enlacement. — L'enlacement , employé dès répoque romaine , a eu pour but de ménager l'espace. Très-souvent il n'est possible de l'expliquer que par une recherche de mauvais goût : il devient en effet plus fréquent aux époques de décadence. Les copistes l'opéraient de deux manières, soit en renfermant les lettres les unes dans les autres » soit en leur donnant des jambages communs. Celle écriture présente des difficultés plus apparentes que réelles; habituellement toute difficulté disparaîtra, si l'on a soin de donner la première place à la lettre qui renferme l'autre, et , dans les lettres liées , à celle dont une partie est plus rapprochée de la gauche. 11 y a cependant parfois des combinaisons bizarres , plus difficiles à expliquer. Nous indiquerons le mot non de l'épitaphe d'Etienne de l'Aguène (F. pi. X), exprimé tout entier par une seule lettre. La traverse oblique réu-

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nissanl les deux jambages de TN est double^ et forme par conséquent, avec ces deux jambages ^ un en losange. Le mot non est donc exprimé tout entier par TN superposée à elle-même et par TO.

Abréviation par $ignes*—Les signes sont peu nombreux; voici les principaux et leur signification habituelle.

Celui qui est employé le plus fréquemment a la forme du chiffre arabe 9 ; selon le rang qu'il occupe , il exprime deux syllabes différentes. Au commencement ou dans Fintérieur des mots, il remplace les syllabes ctim» cun^ ton; il est alors sur la même ligne que l'écriture; mis^ au-dessus de la ligne ^ à la fin d'un mot, il supplée la syllabe u$ , et plus rarement ur ou er^

Le point ou le point et virgule après la lettre q remplacent les lettres w; le point et virgule remplace aussi la syllabe eu

Le trait horizontal au-dessus d'une voyelle exprime la suppression d'une lettre , presque toujours de Mn ou de Tm. Celte dernière lettre est en effet une de celles qui occupent le plus de place; aussi les abréviateurs l'ont élaguée avec une sorte de complaisance.

Le P dont la queue est coupée par une ligne droite signifie per^ par ou por.

Si le trait est la prolongation de la partie inférieure de la panse du P, il signifie pro* (F. la fondation du cardinal Cramaud, pi. XXIV.)

L'R en forme du chiffre 2 dont la queue est tranchée remplace la syllabe rum. On peut en voir plusieurs exemples dans Vépitapbe des bienheureux Marc et Sébastien^ pi. XVIIL

Un signe en forme de Z remplace la syllabe eU

Les abréviations par contraction sont indiquées par

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uoe sorte d'accent circonflexe placé au-dessus du mot réduit. Ces contractions ont lieu de trois manières : Par le rapprochement du commencement et de la fin

du mol : APS, pour apo$tolu$; epus, pour epitœpm; doni, pour Domini;

Par la réunion des consonnes principales de chaque syllabe : scs^ pour sanctus; bnd, pour benediclM; dcs, pour dictus; HRLM, pour Hiermdem;

Par la réunion des voyelles : aioe, pour actionem.

Quelques exercices sur les inscriptions elles-mêmes ou sur des fac-^imile exacts familiariseront promptement avec ces difficultés; nous conseillons l'étude de nos planches séparées de leur transcription '.

Emblèmes. — Les emblèmes sculptés, gravés ou peints sur les monuments^ seront d'un grand secours pour la lecture des inscriptions et leur interprétation. A Pépoque romaifie , les tombeaux et les autels sont décorés d'attributs qui en font facilement reconnaître l'origine. Les génies en deuil , les plantes funéraires, et la hache énigmatique, connue sous le nom d'ascia, décoreront les sarcophages; on trouvera sur les autels le vase et la cuiller destinés aux libations (prœfericulum , $impulum)^ le sceptre ou lituus des pontifes , la hache et le couteau des sacrificateurs; les scènes de la Bible, traitées avec un caractère antique do composition, de pose et de costume^ feront reconnaître les sépultures chrétiennes des premiers âges; plus tard les instruments des professions diverses désigneront les origines des divers personnages : aux calices on reconnaîtra les prêtres , les abbés à la

* 31. Chassant, bibliothécaire àÉvreux,â public un (;xct*llent die* tioiinuiio lithograpliié des abrévialion*;, d un format livs-poi(a(if.

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crosse , les évèques à la mitre. Â dater du xii"" siècle, le blason Tournira les indications les plus précieuses sur la famille et les alliances de Fauteur ou donateur du monument que décoreront des armoiries. Il est peu de monuments qu'on ne puisse dater lorsque cette langue symbolique est rapprochée d'une inscription. Nous reviendrons sur ces données.

De l'ascia. — Sur un grand nombre de tombeaux est figurée une sorte de hache ^ de sarcloir, ou de pioche à manche court. L'inscription du tombeau se termine alors par cette formule : sub cacià dedicavit ou poiuit , etc. L'image de Yascia sans formule explicative, ou la formule sans image^ se trouve aussi sur un grand nombre de monuments. Depuis plusieurs siècles, les antiquaires cherchent le sens de cette figure et de cette inscription : Faitj dédié ou consacré sous la hache; mais les opinions émises à ce sujet par les érudits les plus célèbres sont aussi nombreuses que peu concluantes. Nous rapporterons les principales.

On a cru d'abord que la formule 1116 oscid n'avait été employée que dans la Gaule, et qu'elle ne se trouvait que sur des sépultures chrétiennes. Ce serait un signe de reconnaissance inspiré par les persécutions, et il faudrait l'ajouter à ce langage hiéroglyphique des premiers martyrs : l'ancre , la colombe, l'agneau , le poisson. — Les faits contredisent celle conjecture. Vascia se trouve en Italie; elle décore de nombreux tombeaux de païens antérieurs ou postérieurs à l'ère chrétienne. Miilin (Voyage en France , 1 , 442) pense que celle formule et toutes les formules analogues signifient que le monument a été fait à neuf en entier et pour le mort, depuis les fondements lK)ur lesquels on a employé respèce de sarcloir appelé

(ttciâ. Il emprunte cette explication au marquis Maffeî.

M. Champollion-Figeac adopte une opinion voisine de celle-ci : il croit que la figure de la doloire et les mots sub a$cid indiquent que le monument a été dédié et placé sur le tombeau à l'intention formelle et précise du défunt.

Millin (dictionnaire des beaux-arts), au mot Hache, II, 3), résume, d'après Mazochi, les opinions des plus illustres érudits ; nous lui empruntons ce qui suil.

Aide Manuce chercha le premier à expliquer ces formules par une loi des Douze Tables qui défend de polir avec Vasda et de travailler les bois dont on construit les bûchers. Il dit que Vascia figurée sur les monuments sépulcraux annonçait que Ton avait satisfait à la loi , en élevant un monument simple et sans art. Fabretti veut que , par l'expression iub a$ciâ facere , on ftt hommage à la prescription de simplicité dans les sépulcres commandée par la loi des Douze Tables , en apprenant que le tombeau avait été fait et achevé^ quelque élégant qu'il fût^ avec Vascia. Reinesius entend par ces formules que celui qui parle dans Tépitaphe a présidé à la construction du monument, depuis le premier coup de Vaseia àonné pour préparer le terrain jusqu'à l'entière perfection du tombeau opérée par l'outil du marbrier appelé (ucia.

Maffei , s'appuyanl sur un passage de Vitruve , d'après lequel Yascia servait à faire infuser la chaux , conclut que sa présence sur les tombeaux indiquait que ces monuments avaient été faits, construits et reblaochis avec de la chaux pour l'usage de celui dont l'épitaphe faisait mention. La formule comummatum hoc opu$ $ub a$c%d eUy tirée d'une épitaphe rapportée par Guichenon , semblait venir en aide à son système. On oppose, à celle explica-

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tion^ des cpitaphes avec Va$ciaf gravées sur un seul bloc de marbre ou de pierre commune qui n'ont jamais été blanchis.

Mabillon pense que les anciens , en dédiant leurs tombeaux aux mânes^ faisaient des imprécations contre ceux qui oseraient en violer la sainteté , et que ces imprécations étaient exprimées par la figure de rascûi dont on menaçait leur tête.

Selon Muratori, celte formule était une prière tacite, mais comme adressée par le mort au possesseur du champ où était situé le monument, d'en sarcler les environs, d'empêcher les broussailles d*en dérober la vue, et de rendre la terre légère sur les cendres du défunt.

Caylus voit dans Vtucia un sarcloir consacré par une cérémonie religieuse pour nettoyer le lieu où devait reposer le tombeau. La figure de cet instrument, ou sa mention sur le tombeau, avait pour but d'inspirer le respect de la sépulture par le souvenir des cérémonies religieuses qui l'avaient consacrée. Malheureusement pour ce système, étayé d'ailleurs de trop nombreuses conjectures, Yascia se trouve sur un grand nombre de tombeaux chrétiens , et la foi ne permettait pas l'emploi d'une formule et d'une image qui rappelaient les rites et les cérémonies du paganisme.

Plus près de nous, M. Mangon de la Lande voit dans Ya$cia la mention de la fondation d'un revenu destiné à entretenir le tombeau, à le préserver des plantes parasites et à l'environner de verdure et de fleurs. Vatcia attestait de la part des parents un soin religieux dont ils tiraient une sorte de pieuse vanité aux yeux du public , en apprenant qu'ils avaient dédié le tombeau sous la condition et à la charge de le faire soigner, garder et

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entretenir. (Mémoires des Anliq. de l'Ouest, II, 267.) Cette conjecture ingénieuse n'épuise pas la matière. D'autres voient dans Vascia une bacbe de charpentier. Sa mention sur le tombeau indiquerait qu'il a été élevé sous un toit destiné à l'abriter. Ghorier, plus érudit^ voit dans Vascia un moi grec qui si^niûe un lieu cfmvert de Vimibrage des bois. La formule Mb a$cid dedicalum indiquerait tout simplement un tombeau dédié aux mânes à l'ombre d'un bois. C'est venir de bien loin pour prêter aux Romains une banalité ; le bois qui recouvrait le tombeau était assez visible, plus visible que l'inscription. Mais nous bornons là notre rôle de rapporteur; le lecteur est assez édifié pour choisir, s'il n'aime mieux créer.

Toute inscription lue est par là même interprétée. La lecture, en effet, suppose la connaissance de la langue dans laquelle le texte est écrit; surtout si ce texte est incomplet ou figuré à demi , comme dans la plupart des inscriptions. L'interprétation des hiéroglyphes n'a été satisfaisante que lorsque le génie de Champollion a eu retrouvé dans le cophte la langue antique dont ces images n'étaient que la traduction figurée. La division établie entre la lecture et Tinterprétalion des inscriptions est donc plus ficli\e que réelle; elle n'a pour but que d'en faciliter Téludc. L'esprit humain, à cause de son infirmité^ ne saurait tout percevoir par un seul regard; il décompose, il analyse. C'est la loi des progrès en toute science; elle devait régir ce modeste travail.

Nous n'avons mentionné les caractères grecs que pour mémoire. La langue grecque, en effet, n'a guère été parlée en France que dans les colonies de la Méditerranée. Malgré les origines troyennes que la renaissance, plus poétique que véridiquc, infligea à toutes nos provinces,

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les textes épigraphiqucsen cette langue, trouvés au nord de la Provence, sont d'une extrême rareté. Cependant l'Orient, à toutes les époques du moyen âge, nous a fourni des reliquaires, des œuvres d'art gravés d'inscriptions; mais ces textes leur ont valu les préférences de l'érudition; bien rares sont ceux qui n'ont pas été publiés et commentés. L'épigrapbie du moyen âge a fait deux emprunts assez fréquents à la langue grecque ; ce sont à peu près les seuls. On trouve comme accompagnement a la croix, à l'Agneau divin; ou à la figure de N.-S., les lettres a etû; c'est la traduction du texte des Ecritures où le Sauveur dit qu'il est le commencement et la fin , l'alpha et l'oméga. Les premières syllabes du nom de Jésus-Christ sont aussi constamment écrites en grec, quelle que soit la langue employée dans le reste de l'inscription : IHS— XPI.

Le latin a été pendant longtemps la langue vulgaire. Lorsque, de ses éléments mêlés avec les éléments barbares, sortirent de nouveaux idiomes, la langue latine demeura encore la langue officielle, la langue de l'érudition et de l'Eglise. Jusqu'au xii* siècle, la plupart des inscriptions trouvées en France sont écrites dans cette langue : la langue vulgaire, entée sur le latin, se montre dès lors assez fréquemment dans les monuments épigraphiques. On sait que cette langue est double : au nord de la Loire, c'est le français primitif; au sud de ce fleuve, ce sont les dialectes auxquels l'érudition a judicieusement donné le nom de langue romane. Ces dialectes^ vaincus parla langue du Nord , sont tombés de nos jours à l'état de patois dédaignés. Il est curieux de les voir, au xiii'' siècle et plus tard, prendre une position officielle en Limousin , en devenant la langue publique des

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magistratures consulaires. Nous publions plusieurs inscriptions en cette langue. En quelques autres, le latin et le roman sont môles comme dans plusieurs actes du XIII'' siècle. Le Glonaire de Ducange sera d'un grand secours pour l'explication des termes de la basse latinité; ceux de Roquefort et de Renouard donneront le sens des mots peu usités des langues d'oil et d'oc, noms sous lesquels sont aussi connus le français primitif et la langue romane. Nous n'insistons pas sur cette élude de traducteur. Le latin du moyen âge aime les jeux de mots» les images métaphoriques. À cette recherche près, il a généralement une simplicité de construction et de tournures qui en rend Tintelligence facile. Les mots nouveaux, créés par le besoin d'exprimer des choses nouvelles, sont, il est vrai, assez nombreux; un peu d'usage familiarisera promptemenlavec ceux qui sont habituellement employés. Quant à la langue romane , si , comme nous l'espérons , les inscriptions en cette langue sont étudiées sur place par des gens du pays , la connaissance des patois modernes IH^éparera tout naturellement à leur interprétation. Peu de cas d'ailleurs paraîtront imprévus à ceux qui auront étudié nos inscriptions limousines recueillies ici. Ces spécimen et ces textes nombreux nous ont permis de réduire ces éléments d'épigraphie au strict nécessaire. Cette étude, prise ainsi par le côté pratique, peut avoir un intérêt général en dehors des faits précieux pour l'histoire de notre province , déposés dans ces témoignages.

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