CLASSIFICATION
Le texte étant relevé , lu et interprété^ il s'agit de le mettre à sa place, dans Tordre chronologique. A cette condition seulement , l'événement et le personnage dont il traite prendront rang dans l'histoire. Nos formules de classification ont donc pour but de déterminer la date de l'inscription. Ce point fixé peut seul lui donner la valeur d'un témoignage historique.
Qu'on ne croie pas ces règles inutiles pour les inscriptions qui portent une date* La date elle-même peut être contrôlée par leur moyen; un faussaire peut être démasqué. De nos jours , telle société savante a vu sa réputation diminuée par le bon accueil qu'elle fit à des marbres trop célèbres, riches des plus mer\'eilleuses inscriptions.
Un fait moins récent peut se raconter en toute sécurité. A la fin du quinzième siècle , les chanoines de la collé giale du Dorât se virent inquiétés dans l'usage des droits* seigneuriaux quils exerçaient sur la ville. L'affaire, portée au parlement, fut vidée en leur faveur. Tous les arguments qu'ils mirent au service de leur cause n'avaient pas une valeur égale. La fondation de leur église, disaient-ils^ remontait à Clovis. C'est de ce chef qu'ils tenaient les droits qu'Us exerçaient. Nous ne savons si les bons chanoines produisirent^ cette fois, à l'appui de leurs dires , une inscription gravée au-dessus de la principale porte. On y voit la date 501 en beaux caractères arabes ; preuve nullç^ sinon opposée à l'ancienneté de leurs titres, puisque ce système de numération ne date
guère que du douzième siècle. Heureusement pour le chapitre , une cliarte authentique de Boson , comte de la Marche en 987, défendit mieux ses prétentions. Si elle n'était pas si manifeste, nous pourrions donner d'autres preuves de l'utilité de ces lois.
Les lois que nous voulons formuler ne seraient pas l'expression exacte des faits qu'elles représentent , si ces faits eux-mêmes ne pouvaient pas s'isoler des influences extérieures qui les dénaturent. Nous recherchons la loi en vertu de laquelle les tendances de l'humanité, à divers âges, se sont reflétées jusque dans les formes de récriture monumentale. Nous ne découvrirons cette loi qu'en isolant les habitudes générales de l'écriture de ces formes particulières imposées par des influences spéciales ou locales. Trois formules mettront notre pensée dans tout son jour; les voici :
1° Le Midi retient plus longtemps que le Nord l'architecture et l'écriture de l'époque romane;
2** Les règles de la classification des inscriptions sont fausses, si on les applique aux sceaux et aux monnaies, * et réciproquement ;
a** Les inscriptions de l'orfèvrerie ont aussi des caractères particuliers. Reprenons ces propositions : r la persistance du style roman dans le Midi , à l'époque ogivale, est aujourd'hui un fait hors de doute. Nous n'en citerons qu'un exemple. A Saint- Victor de Marseille, on conservait une inscription consacrée au moine - sacristain Hugues , mort en 1255. Son [épitaphe dit qu'il renouvela l'église tout entière.
Templo qnod primo quasi totum fecit ab imo.
Ce temple, qu'il renouvela, est figuré sur cette tombe;
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ilestdans lepluspur style roman. (M. deCastelIane, Mém. des Anliq. du Midi , m, 204 ). Celte inscription est une preuve de la vérité de notre double assertion; elle contient beaucoup d'O et de Q en losange que pourrait revendiquer l'époque romane. D'autres inscriptions , figurées dans le même recueil , ont^ à cette date moderne, des caractères plus manifestement romans encore.
2"" Les sceaux sont la matrice de véritables médailles. Leurs empreintes ne diffèrent des produits de la numismatique que par la moindre résistance des matériaux dont elles sont formées. Elles sont en cire ou en plomb , au lieu d'être en cuivre» en argent ou en or. Les sceaux^ fabriqués comme les coins monétaires , et souvent par les mêmes mains, ont donc subi toutes les vicissitudes par lesquelles a passé la fabrication des monnaies. On sait que les légendes de ces dernières affectent des formes capricieuses dont il faut rechercher la cause dans l'extrême multiplication des ateliers de monnayage , dans l'imperfection des procédés de gravure et dans l'inhabileté des monétaires. Leur maladresse paresseuse préfère les lettres épatées , carrées , à formes droites. Ce sont en effet celles que trace plus facilement le burin. Ils gardent , en certains lieux , l'alphabet roman jusque fort avant dans le xiu* siècle. On y trouve d'étranges retours vers le passé. Le gothique arrondi , adopté assez gêné • ralement fort tard, se maintient aussi plus longtemps en ces petits monuments épigraphiques. Nous laissons à la numismatiqua le soin d'expliquer entièrement ces anomalies.
Les formes exceptionnelles de récriture des sceaux s'expliquent par ces raisons générales. Le long emploi du même sceau fournit une raison non moins décisive. Nous
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avons déjà cité on fait assez Bignificatif : deux actes, runde1179, Tautre de 1245, sont scellés du même sceau. Voici un autre fait non moins curieux. En 1567, la crainte de voir piller par les proUsstanLs l'abbaye de Grandmont fit transporter à Limoges le riche trésor de celte église. Au préalable , fut dressé «n inventaire détaillé des objets confiés au sacristain frère Pardoux de la Garde. Mous possédons la double copie originale signée de l'abbé François de Neufville et de tous les religieux présents au monastère. Ces pièces gardent encore l'empreinte du sceau de cette communauté. Quel n'a pas été notre étonnement , en reconnaissant que ce sceau , d'ailleurs fort remarquable comme œuvre d'art, a appartenu à Gérard Caturcin , prieur de l'ordre, décédé en 1238? Ce fait prouve les principes sévères dont il faut s'armer pour la classification des sceaux. Cette observation nous a décidé à les étudier à part. Ils prendront rang, si nous en avons le loisir, dans un essai sur la sigillographie limousine, travail pour lequel nous avons déjà réuni des matériaux assez considérables. Ces courtes observations justifient assez , ce nous semble, notre seconde proposition ; nous passons à la troisième.
3"^ Les inscriptions tracées sur métal se ressentent des procédés de leur exécution. Or, ces procédés sont divers et peuvent se réduire à trois. L'orfèvrerie subit donc trois influences qui altèrent plus ou moins son système d'écriture. Les inscriptions de l'orfèvrerie sont: 1* empâtées d'incrustations d'émail ; 2'' gravées au burin ; 3** inscrites au ciselet.
Les inscriptions remplies de pâtes d'email recevaient ^ après cuisson, un poli destiné à faire disparaître les rugosiU'^s de la vitrification. Ce poli , opéré au moven de
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corps durs, sur un verre fragile, nécessitait l'emploi d'empâtements assez larges pour résister à un frottement prolongé. C'est à ce besoin que les inscriptions incrustées d'émail doivent leur forme large > carrée , et l'absence de déliés qui les caractérisent souvent. Nous citerons la châsse de Mausac et la tombe de Geoffroi Plantagenet. (K. la pi. XII.)
Les inscriptions gravées au burin se font remarquer par des qualités opposées. Les déliés , les traits fins et débordants y abondent. Il faut sans nul doute l'attribuer à l'emploi rapide d'un burin acéré; pour que cet instrument coupe le métal , il doit recevoir une impulsion » une sorte d'élan que la main la plus exercée ne peut pas tou jours arrêter à propos. Toutes les personnes familières avec l'étude de la vieille orfèvrerie confirmeront notre assertion. Nous citerons pour exemple une plaque gravée et émaillée , du cabinet aujourd'hui dispersé de MH. Debruge etLabarte; elle a été publiée dans les Annales archéologiques (viii, 1). N(5us en donnons cidessous trois fragments^ dont nous devons la gravure à l'obligeance de H. Labarte. On remarquera les traits exagérés qui débordent partout les bastes et les traverses. Les trois barres des E sont le plus souvent reliées par un trait fin , parallèle à leur haste.
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«»NUE1. n'EPIGRAl'aiE.
PASSIO DNINO- STW IH^XPISjôB
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Les lettres exéculées au ciselât se poinçonnent fragments par fragments. Le graveur frappe des coups de ciselet nombreux pour chaque lettre, et chaque halte du poinçon se marque par une saillie qui fait dent sur la reprise voisine. Nous avons vu un grand nombre d'inscriptions ainsi fabriquées. Celle où ce genre de travail est le plus apparent est tracée sous le pied d'un reliquaire de l'église de Ghâteauponsat.— Voyez le texte ci-dessoiis, à l'année 1226.
On tiendra donc compte de ces caractères particuliers
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dans rétude et le classement des inscriptions de Torfévrerie. Nous n'avons pas cru devoir les exclure de notre recueil et en faire une série entièrement distincte. Nous n'avons vu dans ces formes particulières qu'une nuance et non une dissemblance. Il nous a paru suffisant de les signaler. La place ainsi déblayée , nous entrons de plainpied dans notre sujet.
Nous répétons qu'il s'agit d'une classification purement chronologique. Assigner l'âge d'une inscription , c'est implicitement déterminer la forme des caractères qu'elle emploie, et réciproquement.
L'âge d'une inscription se détermine par la langue, par les formules , le style , le contexte , les ornements et les emblèmes, et par la forme des caractères.
Langue de% inscriptions. — Tour à tour langue vulgaire ou langue savante préférée par l'érudition , le latin , à ces titres divers, n'a pas cessé d'alimenter l'épigraphie ; à toutes les époques, on trouve des inscriptions rédigées en langue latine. Malgré cette communauté d'idiome, les inscriptions latines des divers temps sont fort reconnaissablés. Le latin a changé en paraissant se maintenir. Autre est le latin simple , naïf du moyen âge, et la langue austère et grave du siècle d'Auguste. Ce sont deux langues qui emploient les mêmes mots, mais dont le génie est profondément divers. La renaissance elle-même^ malgré ses plagiats savants, garde un accent pédantesque qui trahit le mime et son jeu imilatif. Le latin , en tant que langue, si on l'isole de l'étude du style , ne peut donc fournir que des caractères trop vagues. Au mot style nous déduirons les lois qui sortent d'une étude intime de c^tte langue.
Le latin et très-rarcment le grec se mainlienncnl ex-
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Leo^ prèlre de Taolel d'Âugosle, au oonfluent de la Saône et du Rhône. Llnscriplion rappelle qu'il passa par toutes les charges dans sa patrie; à cause de son mérite , ce monument solennel fut élevé aux frais du public.
M. LVCTER
LUCTERH. SEN
CIANI F. LEONI
OMNIBVS. HO
NORIBVS. IN PA
TRIA. FVNCrO
SACERD. ARAE
AVG. INTER. CON
FLVENT. ARAR
ET RHODAN