CIVITAS. CAD
OB MERIT. EIVS
PUBL. posvrr.
Plus tard , le monument orgueilleux du prêtre païen devint une tombe chrétienne. Au revers , au-dessous du monogramme du Christ et de la figure des colombes symboliques , la main d'un exilé espagnol consacra ces vers à la mémoire d'un autre exilé nommé Grégoire i qui vint mourir à Cahors :
CoDditus hoc tumiilo tegitar Gregorius exii(
ExQlis et Pétri qnem posoere maoos.
Qui tamea hispana natos tellare sapremom
Complet cadurcis morte deflenda diem.
Le contraste entre le ton orgueilleux et sec de rinscrip-
lion païenne et la mélancolique et modeste résignation du tombeau chrétien n'a pas besoin de commentaire; comme le dit fort bien M. Cbaudruc de Crazabnes, une pierre est ici plus éloquente que toutes nos paroles. (Mémoires des Anliq. du Midi , iv, 328. )
En se rapprochant du xi* siècle, la versification latine , au défaut de la poésie, devient plus commune. Elle tend en même temps à se formuler d'après les lois nouvelles. La rime se substitue insensiblement à la quantité et à la mesure. Pendant assez longtemps y ces deux formes de la poésie ancienne et delà poésie moderne s'allient dans les mêmes pièces. C'est le caractère constitutif, si Ton peut parler ainsi , des vers léonins. Ces vers , presque toujours mesurés , riment entre eux , et, en outre, la première partie d'un vers rime toujours avec la seconde.
On les trouve à dater du xi^ siècle ; ils sont fréquents aux XII* et xin% et disparaissent avec le xiv*. Leur présence fournit donc une présomption d'époque.
Le XV* siècle préfère la prose. Il est diffus , trahiant, embarrassé. Mais ses longueurs paraissent pleines de simplicité , si on les compare à la pompe , à l'emphase solennelle et sonore de la renaissance. A l'imitation de l'antiquité romaine, à l'emploi des formules païennes détournées de leur sens pour exprimer les idées et les choses du christianisme , à l'imitation savante et prétentieuse de l'élégance antique, on aura bientôt pressenti et reconnu le xvr siècle. Pour les inscriptions postérieures, le caractère de leur style peut assez bien se caractériser par l'absence de caractère.
OmemenU et emblèmes. — Les inscriptions se trouvent rarement seules. Presque toujours elles s'unissent à un mcmument plus important dont elles sont en quelque
» ham:el nnMk
sorte Vemeigne. L'ioscriptioD est^teaiaelle sur la daie? ce sera alors le iiHxiaiiieDl laî-iiiéaM qoi viendra ao seooors do texte qui aurait dû Texpliquer et le classer.
L'art est une des langues par lesqodles s^exprime le génie de rhumanité. Grâces aux redierches philosophiques de rérudîlîon moderne, cette langue est connue. Oo n'ignore pas son histoire ; on sait les caractères divas que chaque ^K)que lui donna. U est donc toujours possible de dater une inscription par les caractères artistiques do monument dont elle fait partie. Gallo-romaines, romanes ou gothiques, Tarohitecture et la sculpture prennent à chaque siècle des formes qui indiquent leur âge précis- La connaissance des lois générales de l'archéologie sera donc d'un puissant secours dans cette étude. Nous lui avons dâ quelques ccmjectures heureuses qui se sont vérifiées plus tard à la plus grande gloire de la science , qui nous les avait fournies. Nous ne dtenms qu'on iait de ce genre. La chapelle de Saint-Fiacre , élégant petit édifice bâti à côté de la commanderie de Paulhac , conserve un fragment d'inscription en lettres gothiques aiguës. Edifice et inscription nous avaient semblé appartenir au milieu du xv* siècle; nous consignâmes cette opinion dans un mémoire adressé à M. le préfet de la Creuse. Plus tard , nous avons retrouvé l'inscription entière transcrite par Nadaud dans son PauUlé manuscrit. Elle porte la date 1449.
En s'aidant des formes archéologiques , il faudra cependant bien constater au préalable que l'insoripticm est contemporaine du monument auquel elle est unie. Nous donnons plus loin le dessin d'une frise romane qui a reçu sur son revers une inscriplion qui lui est posté-
MANUEL D'ÉPlliRAPUIE. 59
rieuredc près d'un denai-siècle (F. pi- XIX.) Àu-dcssus de la portç de Téglise ruinée de Saint-Pierre-CbâleaiJf on lisait : 2>4 ^ Petrus et super hane petram œdificabo eoclesiam meam- Hm pelra nia est, jubente D. Lascarù Durfe. Or» cet évêque de Limoges vivait au milieu du xvii* siècle , et l'église que décorait ce souvenir était tout entière du xiiis On notera aussi et on recherchera avec soin les additions et les cbangemente dus aux modernes. Ici , c'est un curé qui transforme un cippe romain en piédestal de croix et se place à la suite de l'inscription antique dvx. grvg. pos. (Cette croùp a été élevée par M. Leduc). Ailleurs un ciseau facétieux transforme un grammairien en jardinier. Le malicieux vieillard auteur de cette plaisanterie pensait, ditron, alors au jardin des racines grecques* (Consultez plus loin le commentaire réuni à l'inscription du grammairien BIsesianus. )
Le même esprit de critique devra diriger l'étude des figures et des ornements réunis aux inscriptions. La contemporanéité du texte et de la sculpture étant établie y les caractères de cette dernière conduiront facilement à la constatation de la date. A Panazol, une inscription mutilée par la violence laisse deviner , grâce aux figures en bas-relief qui la couronnent, qu'elle appartenait au XV* siècle 9 et cette date permet d'entrevoir le sujet auquel elle était consacrée-
Voilà bien des conjectures , pourra-tr-on objecter. Où sont les lois formelles et précises qui doivent diriger les recherches de l'érudition ? Nous répondrons que ces lois sont morales et non mathématiques ; c'est précisément à ce caractère qu'elles doivent l'attrait qu'elles ont pour beaucoup d'ei^prits* Ici chacun est créateur à sa manière; au lieu d'arriver au vrai par un sentier rigoureusement
60 MANUEL D'ËIMGRAPHIS.
tracé à l'avance , il y atteint par une voie qu'il a formée lui-même. Toutes les puissances de l'intelligence, toutes les facultés de l'âme y ont leur part d'application et de concours. Uérudition la plus vastey serait impuissante, si elle n'était aidée par la connaissance de ces lois éternelles auxquelles la main de l'homme restera toujours soumise.
Les ornements suivent la loi commune; nous ne pouvons noter que les traits les plus saillants de leur histoire.
Les feuillages d'origine orientale , traités dans le style grec, l'acanthe et l'olivier, les moulures des ordres grecs, les instruments des sacrifices , les marques des magistratures civiles ou militaires, caractériseront les monuments de l'époque romaine. Le lierre , des feuilles cordifonnes et VoMcia indiqueront les tombeaux.
L'époque suivante s'inspire des catacombes. Elle emprunte à ces cryptes sacrées l'agneau , le cerf , les colombes, les poissons, le monogramme du Sauveur. Ces emblèmes s'unissent dans les monuments de la primitive Église à une ornementation de forme toute romaine ou grecque.
L'ornementation antique se maintient en se transformant à l'époque romane. La raideur de l'exécution contraste avec la variété des motifs. Dès la fin du xi' isiècle , la tige antique transplantée dans le sol chrétien y puise une sève abondante et se couvre de fleurs nouvelles. On connaît la richesse de cette époque.
Au XIII® siècle, toutes les réminiscences empruntées à l'art antique ont disparu. Les sculptures reproduisent avec le plus grand bonheur les plantes de notre pays. Leur exécution est large , grasse , ferme.
Une délicatesse plus grande , voisine de la sécheresse et de la maigreur, désignera le xiv* siècle. La feuille de vigne s'y montre avec une abondance un peu fatigante.
Le XV* siècle adopte les feuillages anguleux et tourmentés. Les choux frisés et les chardons remplacent presque toutes les autrçs plantes.
Le siècle suivant, dans sa première moitié, affectionne aussi l'anguleux, le tourmenté , le déchiqueté; il donne cependant aux plantes un caractère particulier qui les fait reconnaître. Le bord des feuillages se frise; des plis onduleux s'y dessinent* Les motifs d'ornementation empruntés à l'antiquité païenne reparaissent bientôt; les arabesques innombrables y les caprices , le luxe de l'ornementation donnent à ses plagiats un charme particulier.
I^ous évitons les détails; un cours d'archéologie exposé en de nombreux et gros volumes deviendrait nécessaire si nous voulions épuiser le sujet. Ce n'est pas notre faute si toutes les connaissances sont solidaires. Ces éléments d'épigraphie doivent se restreindre à leur objet. Pour les mêmes motifs y nous ne dirons qu'un mol du blason*
Quoique l'usage de se distinguer par des emblèmes ait existé de toute antiquité , les armoiries régulièrement formulées ne se rencontrent qu'à dater du milieu du xii** siècle ; nous avons déjà donné cette règle. Il faudra donc considérer comme postérieures à cette époque toutes les inscriptions qui se montreront accompagnée d'écussons blasonnés.
Jusqu'au xv* siècle Técusson a la forme d'une ogive renversée. Au xv*, l'ogive est remplacée par une accolade disposée de la même manière.
64 MANUEL D*£PlGRAPfilE.
majuscules gothiques; de 1360 à 1540, elles neconservenl la capilaie que dans les initiales et les têtes de lignes; la minuscule défraye le reste de l'inscription. On peut étudier ces deux systèmes sur toutes les planches que nous donnons, et surtout les planches XVII, XVIII^ XIX, XX , XXI , XXII et XXIV. La cursive y est inconnue. Pendant l'époque romaine des bénédictins , c'est-à-dire jusqu'au xiii* siècle , les inscriptions empruntent donc aux écritures ordinaires la capitale et Tonciale. Pendant la seconde époque^ elles empruntent la majuscule seule jusque vers 1360 , puis concurremment la majuscule et la minuscule. Voilà comment récriture monumentale est sortie de l'écriture ordinaire.
Nous avons donc le droit d'établir pour les inscriptions la classification déjà indiquée. Notre terminologie a pour but d'aider la mémoire en plaçant la connaissance de chaque système sous le mot qui Texprime-
L'époque romaine se ferme au viir siècle.
L'époque romane, corruption du système romain, finit avec l'architecture de même nom en 1200.
Le gothique arrondi ( majuscule des manuscrits de cette époque) défraye toutes les inscriptions de 1200 à 1360.
Le gothique carré (minuscule des manuscrits du même temps ) le remplace , sauf dans les initiales , de 1 360 à la renaissance.
Les caractères de fantaisie se montrent à la renaissance concurremment avec les gothiques arrondi et carré et les caractères romains. On tiendra donc pour positives les cinq règles suivantes :
l'' Toute inscription ancienne en caractères romains réguliers est antérieure au viii* siècle ;
MANUEL l)*ÉPIGRAPniR. 55
2^ Toute inscripUon oîi les caractères romains se mêlent avec des caractères exceptionnellement circulaires ou carrés^ de forme irrégulière, est postérieure au vii* siècle et antérieure au xiii^. Il faut en dire autant des inscriptions à lettres liées , enlacées , surchargées ;
S"" Toute inscription écrite en entier en caractères gothiques arrondis, dont les M et les E ressemblent à une boucle semi-circulaire munie de son ardillon , ou à un arc tendu et garni de sa flèche , est postérieure à 1200 et antérieure à 1 360 ;
4"" Toute inscription où la majeure partie des lettres est en gothique carré ( alphabet allemand ) est postérieure à 1 360 et antérieure à 1 550;
à"" Toute inscripUon oh se mêlent les lettres des anciens alphabets munies de renflements circulaires ou d'épanouissements fleuronnés appartient à la renaissance.
L'étude du détail va nous permettre de réduire à des termes plus précis ces limites trop étendues.
V Époque romaine. — Pendant les temps de la splendeur de la république et de l'empire , la magnificence de Rome se reflète jusque dans les œuvres particulières. Les travaux exécutés pour le compte des individus se ressentent de la grandeur et de la beauté des travaux publics. Les lettres sont correctes» régulières, élégantes ; les mots sont séparés par des points triangulaires. On considérera donc comme antérieures au iv"" siècle les inscriptions romaines où brilleront ces caractères.
A dater du vr siècle , la corruption générale , les dissensions civiles ouvrent l'empire aux barbares. Tout devient incertain et compromis. La beauté de l'art va disparaissant chaque jour. Les œuvres nouvelles portent Tempreinte d'unç incertitude hâtive. I^ défaut de con-
M MANUEL D*ÉPIGRAPH1E.
fiance dans l'avenir se montre partout et jusque dans les inscriptions. Des formes nouvelles , expéditives, empruntées à l'onciale et à la minuscule, y pénètrent de plus en plus. Les caractères gravés à la hâte sont irréguiièremral tracés par une main tremblante. Du iv' siècle au viii'', c'est Taspect général des inscriptions.
Dans cette seconde partie de Tépoque romaine , les lettres perdent leur forme; on remarque souvent des irrégularités.
En voici quelques-unes recueillies dans des inscriplions à dates certaines :
V^et Ff nèc/es. — Le montant droit de TA dépasse le montant gauche ; la traverse horizontale disparatu
La haste de TE se prolonge plus bas que la dernière Iraverse horizontale.
La barre supérieure de TF se relève de manière à former avec la haste un angle obtus.
L'L subit le môme changement en sens inverse.
Les et le Q ont la forme de losanges.
Sous Charlemagne , rçcrilure reprend sa beauté. La restauration de la société antique ramène l'élégance et la régularité dans les inscriptions monumentales. Cet éclat est malheureusement passager. La barbarie reprend sa marche envahissante.
IX* êiècle^ — Les A perdent quelquefois leur traverse.
LesD prennent une forme triangulaire; les C carrés, les et les Q en losange se rapprochent des S en zigzags formés de trois lignes droites.
Les lettres s'entrelacent, se lient, s'enveloppent mutuellement. Cependant Tirrégularité est encore exceptionnelle.La physionomie reste romaine j usqu'à la seconde époque.
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2* Époque romane. — De 800 à 1200. - L'irrégularité devenue presque générale, la correction exceptionnelle, ^ Tappau vrissement des formes, caractérisent cette époque. On aura malheureusement peu d'occasions d'étudier des inscriptions antérieures au xi* siècle. Elles ne deviennent assez communes qu'.à dater de Tan 1000.
Le XI® siècle se reconnaîtra à plusieurs caractères. Il conserve mieux que le xii"" la forme romaine dont son .alphabet est dérivé. Chaque mot se sépare souvent par un point du précédent. Déjà la voyelle E remplace quelquefois la diphtongue À£.
Au XII* siècle , ce remplacement devient tme habitude presque constante. Comme le précédent, ce siècle aime les aigus ou en losange ^ les C et les S carrés , les enlacements et les entrelacements. Il ajoute à tous ces caractères en usage de plus en plus fréquent des E et des M arrondis , imités de l'onciale. Le xiii'' siècle n'aura qu'à adopter ces caractères en réunissant les trois pointes par un trait délié.
La fin du xii'' siècle recherche des lettres dont les extrimités forment des évolutions circulaires. Consultez le fragment d'épitaplîe de l'abbé Ramnoux, tiré de Tabbaye de l'Esterps, pi. XI; étudiez aussi les pi. VIII, IX , X et XV. L'M de la fin du xii* siècle a la forme d'un cercle auquel se réunit un demi-cercle.
3* Gothique arrondi. — De 1200 à t360. — Ces caractères, figurés sur les pi. XVII ; XVIII , XIX , XX , sont, dans les manuscrits , la majuscule de récriture de l'époque gothique. Ils ont un aspect qui les fera toujours reconnaître à. première vue.
Ils ne détermineront la date d'une manière positive que lorsqu'ils seront employés dans rinscription tout entière ou dans la plus grande partie.
5IAMJEL D'ËPIGRAPBIE.
tesse. Mais un senlimcnt, plus élevé que les joies d'un labeur scienlifique sera , nous l'espérons , la récompense de sa persévérance courageuse. Il y a cinq ans passés déjà , dans le but de sauver des débris glorieux , nous nous adressions à Télite de nos concitoyens réunie à cet effet. Notre appel fut entendu» et ces reâtes mutilés trou vèrent un abri près des œuvres des artistes de nota patrie. Nous ouvrons aujourd'hui à ces débris vénérés un asile non moins durable dans la mémoire de tous les cœurs généreux. Notre émotion, pour se communiquer, ne trouve pas d'inspiration meilleure que ce souvenir.
Laissons donc un moment les spéculations théorique> et abordons Tétude dos monuments. Ouverte au milieu des ruines , elle va nous conduire ^ dans tous les âges , à travers les tombeaux. A la pensée que c'est la trace la moins périssable du passage de l'homme, un ^entimeoi de tristesse s'éveillera peut-être dans notre cœur; mais cette pensée , en nous associant aux générations écou lées, en nous faisant partager leurs joies et leurs dou leurs , colore d'une teinte* mélancolique Texploration du passé; elle fait le charme des études historiques. L'anii quité païenne évoquait les ombres des aïeux errantt'5 parmi les ruines : le christianisme nous montre la réaliié à travers ces fictions. Pour nous , le scoût des vieilltsi choses n'est pas l'étude d'une forme vaine et passouèr J c'est un culte affectueux rendu à la mémoire de ceux qui] recherchèrent la main divine dans ses manifestations Id plus apparentes : le vrai, le bon et le beau!
INSCKIPIIONS DU UMOLSIN. 71