‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 100 sur 264 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

SOPHOCLE

SOMMAIRE

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!. L'homme, son caractère et son ^énie. — II. L'œuvre de Sophocle ; ses tragédies subsistantes. — III. Innovations de Sophocle ; l'intérêt humain mis au premier plan ; abandon de la trilogie liée; le troisième acteur, développement de l'action. — IV. Les personnages. Vérité idéale des caractères. Limite de variations des volontés et des sentiments. Moralité du théâtre de Sophocle. — V. Le chœur. Son rôle. Le lyrisme de Sophocle. — VI. Sophocle écrivain. Son influence.

1. L'homme ; son caractère et son génie'. — Il n'y a pas de contraste ni même de dissemblance très profonde entre Sophocle et Eschyle; l'un est le continuateur de l'autre ; il a, au fond, lesmêmes idées essentielles surles choses divines et humaines, le même sentiment de Tidéal héroïque, la même conception générale du drame; et, cependant, il a modifié la création de son prédécesseur de façon à lui donner un aspect nouveau. Eschyle était un vieil Athénien des guerres médiques, Sophocle est un contemporain de Périclés et de Phidias.

1. Vie anonyme, dans Westermann, Vilarum Scriplores, et dans la plupart des éditions; Suidas, Lexique, SoçoxXtîc. — Sophoclis vita, dans l'édition de Dindorf, t. VIII ; Notice sur Sophocle, dans le Sophocle «le Tournier.

SOPHOCLE

N«'' à Colone, près d'Athènes, en 497 ou en 495 avant notre ère, Sophocle, fils de Sophillos, appartenait à une bonne famille; il reçut une éducation soignée. Dès sa jeiînesse, sa beauté, sa bonne grâce, ses aptitudes musicales, développées par l'enseignement de Lampros, le firent remarquer. En 480, ûgé de quinze ou dix-sept ans, il fut choisi pour conduire, en jouant de la lyre et en chantant, un des chœurs d'éphèbes qui célébrèrent la victoire de Sala* mine. Son goût pour la poésie dut se manifester de bonne heure. Il n'avait que vingt-neuf ans, ou peut-être même vingt-sept, lorsqu'il fut vainqueur d'Eschyle, au concours de tragédie de 468. A partir de cette date, il ne cessa de travailler pour le théâtre. Il joua lui-même, dit-on, quelques-uns de ses rôles, lorsqu'il était jeune, puis il renonça à cet usage. Ses succès se soutinrent pendant soixante-trois ans, jusqu'à sa mort. Il remporta une vingtaine de victoires, et, selon ses biographes, ne descendit dans aucun concours au-dessous du second rang. Jamais poète ne fut aussi constamment en possession de la faveur publique ; le goût d'Athènes trouvait dans ses œuvres la plus complète satisfaction.

La chronologie de ses pièces, malheureusement, nous est fort mal connue ; elle ne nous offre pas de points de repère sûrs, qui permettent de partager sa vie littéraire en périodes. Sur sa vie publique, nous ne sommes guère mieux renseignés. Bien qu'adonné presque entièrement à son art, il exerça quelques charges : il fut deux fois stratège, d'abord en 439, puis, plus tard, à une date inconnue; il fut aussi hellénotame; il semble avoir rempli des fonctions publiques en 413 et en 411, au service du parti modéré. « Dans les affaires publiques, écrivait un de ses contemporains, le poète Ion, il ne montrait ni aptitude ni activité prééminentes; c'était un des bons citoyens d'Athènes, et rien de plus. » Cela veut dire qu'intelligent et dévoué à son pays, il était toujours prêt à le servir, mais qu'il n'avait pa»

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d*ambition et ne faisait point de politique sans y être obligé. Sa vie privée est également obscure pour nous. Aristophane le représentait, peu après sa mort, comme un homme heureux, dont l'existence paisible n'avait Jamais été troublée ; il vantait aussi son humeur douce et affable, son heureux caractère, exempt de jalousie. D'autre part, ses biographes nous parlent de passions vives qui auraient troublé son repos, de discordes entre ses (ils, et même d'un débat judiciaire que quelques-uns d'entre eux auraient soulevé contre lui. Tous ces témoignages sont fort suspects. Sophocle semble avoir été marié deux fois. Il eu de sa première femme un fils nommé lophon, qui fut poète tragique comme son père et obtint quelques succès; de sa seconde femme, il eut un autre fils, nommé Ariston, qui peut-être fit aussi des tragédies; cet Ariston, à son tour, fut père de Sophocle le jeune, poète tragique également, qui, dit-on, mit à la scène VOEdipe à Colorie de son grandpère, quelques années après sa mort.

Sophocle, avec son caractère affable et sociable, ne put manquer d'entretenir dans Athènes des relations d'amitié avec quelques-uns des hommes connus de ce temps. Il fut e collègue de Périclès dans les fonctions de stratège. Il connut Hérodote et lui adressa, vers 450, une élégie dont il ne nous reste qu'un vers. On ne nous dit pas qu'il ait été lié avec aucun des sophistes ou des philosophes du temps. Il s'intéressait plus à la poésie et aux choses de la vie qu'aux théories ou aux recherches spéculatives. Par la croyance, il semble avoir été un homme de tradition, religieux sans scrupule et sans étroitesse. Il exerra même un sacerdoce.

L'imagination chez Sophocle n'avait pas la même fougue ni la même puissance que chez Eschyle ; elle était plus tempérée dans sa force, plus discrète dans son abondance, mais aussi plus brillante, plus lumineuse, plus capable de douceur et de grâce. Tous les sentiments humains avaient leur écho dans cette âme large et profonde, Il concevait

sans effort tous les degrés et toutes les formes de la passion, les affections tendres, les dévouements délicats et sublimes, les regrets, les souvenirs attendris, comme les colères, les haines et les ressentiments. Nature souple, sans aucune raideur ni dureté, faite pour se représenter tous les aspects de la vie et pour les reproduire dans ses fictions. Une raison fine et vigoureuse, capable de la meilleure logique, mais toujours libre dans sa dialectique et nullement absolue ; une vivacité charmante, une admirable expérience de la vie, ou plutôt l'intuition sûre et prompte de la vérité morale, un sentiment exquis des nuances, une délicatesse naturelle associée à l'instinct de la grandeur et au goût de l'idéal. Et, chose remarquable, ces dons de nature, qui favorisaient en lui la spontanéité créatrice, s'alliaient à une habitude de réflexion sérieuse. Son œuvre poétique a éminemment ce double caractère; il n'en est pas de plus naturelle, de plus libre, de plus vivante; mais il n'en est pas non plus de plus méditée ni de mieux combinée. Si l'atticisme a pour caractère essentiel l'aisance dans la recherche de la perfection et la mesure dans la force, aucun génie n'est plus attique que Sophocle.

2. L'œuvre de Sophocle. — Les tragédies subsistantes'. — Le nombre des pièces qu'il avait composées n'est pas

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