‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 99 sur 264 · A consulter · texte numérisé non relu

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Mapqueray, Théorie, etc., cité plus hnut; Mniiry, ï)e canhtx in JE.^c'il'is lii.(jœ.iiis uisltli'ntlioue. Paris, 1801.

fort étendues, où le poète se livre à des combinaisons de rythmes et à des artifices de symétrie qui constituent une architecture de strophes tout à fait étonnante. Sa langue est justement celle qui convient le mieux à ces larges développements. Elle a pour traits distinctifs Téclat, la hardiesse, l'ampleur et la majesté. Elle abonde en mots composés, qui frappent l'oreille par leur magnifique sonorité et qui étonnent l'esprit à la fois par la profusion des images accumulées et par la condensation des pensées. Aussi subtile que puissante, elle est souvent obscure, lorsqu'on en veut bien comprendre tout le détail ; elle l'est pour nous, elle l'était déjà pour les Athéniens. Mais cette intelligence complète et précise n'est pas indispensable à l'effet. Ce style dithyrambique ressemble à un décor largement peint qui veut être vu d'un peu loin. Chantées par un chœur et soutenues par la mélodie, ces strophes, d'une allure superbe, où tout est grand, douloureux ou terrible, où des pensées profondes apparaissent vaguement sous des métaphores splendides et pressées, où l'enthousiasme crée à profusion des expressions neuves et merveilleuses, ces strophes ardentes et grandioses devaient éblouir la foule et produire dans les âmes une sorte d'ivresse. Aujourd'hui encore, bien que l'accompagnement musical et la mélodie fassent défaut, et malgré les difficultés produites par les altérations du texte, il est impossible de lire sans en être ému des compositions telles que le chant d'effroi des femmes thébaines dans les Sept, la parodos d'Agamemnon, le dialogue lyrique de Cassandre et du chœur dans la même pièce, celui d'Oreste et d'Éleclre dans les Choéphores, le chant des Érinnyes poursuivant le parricide dans les Euménides, Bien des détails,sans doute, dans ces morceaux, nous échappent ou nous embarrassent; l'effet de Tensemble est irrésistible.

Admirable donc pour le lyrisme, la langue d'Eschyle est moins appropriée à la partie proprement dramatique de la

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ESCHYLE

tragédie. Elle a une sorte d'uniformité qui se prêterait peu à la représentation variée de la vie, si le poète y visait. Mais nous avons vu qu'il y a du lyrisme chez lui Jusque dans le développement des caractères. Les personnages s'exaltent dans leurs sentiments; et, justement, sa langue semble faite pour traduire cette exaltation. Les parties de récit et de dialogue ressemblent donc dans son drame aux parties chantées. Toutefois, si la langue y présente les mêmes caractères essentiels, il faut reconnaître qu'elle y atténue sensiblement sa hardiesse et son éclat dithyrambiques. Ce sont les mêmes tendances, mais plus discrètes, plus assujetties à l'usage et aux exigences de la clarté. En même temps que l'imagination s'y impose plus de réserve, la logique et la liaison des idées s'y font sentir plus fortement. S'il s'agit d'exposer des faits, la phrase sait se modeler sur l'allure des choses, et l'expression, sans cesser d'être éclatante, se garde d'éblouir un public qui, avant tout, a besoin de comprendre. Faut-il raisonner? la dialectique, subtile et forte, écarte au besoin les métaphores pour dégager les arguments. Cela est sensible surtout dans les dialogues pressés, où chaque vers, tour à tour, est une question ou une réponse, une prière ou un refus, une attaque ou une riposte. La langue du poète devient alors concise et nerveuse, condensée, et déjà singulièrement agile, bien qu'elle ait encore quelque raideur. C'est là surtout qu'elle montre ses aptitudes dramatiques, et c'est par là qu'elle a laissé deviner en quel sens elle devait être modifiée pour s'accommoder complètement aux besoins de l'action. Il est donc juste de réserver, ici aussi, les droits de priorité d'Eschyle. Mais, d'une manière générale, il reste vrai que sa langue est plus lyrique que dramatique.

8. Ce qu'Eschyle a fait pour la tragédie. — En résumé, c'est Eschyle qui a tiré la tragédie de l'enfance et qui en a fait un genre littéraire auquel aucun autre désormais n'était supérieur ni peut-être égal. Il lui a donné sa struc-

ture définitive, quant aux traits essentiels du moins; et, ce qui valait mieux encore, il l'a élevée, par l'imagination, par le sentiment, par la pensée, par le style, à une hauteur que ses devanciers n'avaient pas même soupçonnée. Grâce à lui, dans la première moitié du v« siècle déjà, elle est devenue une œuvre d'art complète; car elle réunit la beauté du spectacle, la simplicité et la force de la conception, la puissance du pathétique, la grandeur des sentiments et des idées, et l'intérêt supérieur des problèmes relatifs à la destinée. De plus, ces divers mérites ne sont pas seulement rapprochés et juxtaposés en elle ; ils y sont comme unis et condensés; et, grâce à la concentration qui est propre au drame, ils y prennent une puissance nouvelle par le secours qu'ils se prêtent mutuellement. Il résulte de là quelque chose d'absolument nouveau, un genre dans lequel tous les genres déjà connus semblent se confondre par ce qu'ils ont de meilleur, et qui, par suite, s'impose souverainement à la foule. Cet empire du drame, qui est le grand fait littéraire du v« siècle, c'est Eschyle qui l'a

institué.

La tragédie, telle qu'il l'avait faite, admirable dans sa forte simplicité, n'avait plus rien à gagner en majesté ni en puissance. Mais elle pouvait progresser en vérité psychologique, en variété de sentiments et d'idées, en souplesse, en mouvement, en habileté dans l'art des péripéties et des surprises. La rendre, d'une part, plus semblable à la vie réelle, et, d'autre part, en augmenter l'eflet pathétique par une conduite plus savante de l'action, telle était la double tâche qui s'niïrait aux successeurs d'Eschyle ; et c'est justement celle qu'ont accomplie Sophocle et Euripide.

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