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Ouvrages signalés plus haut de Patin, Decharme ; notices de IL Weil, Sept Tragédies.
3i6 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRECQUE
somme, il était bien obligé de Taccepter; car cela faisait partie, pour ainsi dire, du genre lui-m^me; et il n'était au pouvoir de personne de constituer, dans l'Athènes du v« siècle, une tragédie entièrement profane et philosophique. Donc, Euripide, même au point de vue religieux, et sauf les réserves de détail, suit la tradition. Mais il y a loin de cette soumission forcée à l'adhésion profonde d'un Eschyle. Et il est bien clair qu'avec de telles dispositions, le poète ne pouvait être porté à commenter complaisamment les arrêts de la destinée, ni même à en faire ressortir la puissance. Si les dieux s'agitent beaucoup dans son théâtre, s'ils y interviennent autant ou plus que dans aucun autre, on ne peut nier qu'ils n'y soient souvent capricieux, ou, ce qui est pire, insignifiants; dans beaucoup de cas, ils ne servent qu'à faciliter le dénouement; jamais, ou presque jamais, un intérêt vraiment religieux ne s'attache à leur action.
D'autre part, Euripide n'a pas non plus conçu la tragédie à la manière de Sophocle, comme le développement normal d'une volonté et d'un caractère dans une situation déterminée. Cette façon de traiter les sujets légendaires impliquait une réflexion méthodique et soutenue, an souci de l'harmonie, une subordination des inventions particulières à l'intention générale qui n'étaient pas dans sa nature. D'ailleurs, elle devait avoir pour conséquence presque nécessaire de sacrifier plus ou moins la variété à l'unité ; et la variété était justement une des choses qui tentaient le plus la mobilité de son génie.
Le drame, tel qu'il l'a réalisé, est en effet aussi varié qu'il pouvait l'être, étant donnés le petit nombre des acteurs et la médiocrité des ressources du théâtre grec. Au lieu de prolonger une situation, il aime mieux la modifier par des surprises, la diversifier par des épisodes, souvent la renouveler par des événements qui viennent s'ajouter aux premiers. Presque toujours, les pièces d'Eschyle et
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surtout celles de Sophocle sont implicitement contenues dans le premier acte. Celles d'Euripide s'élargissent et se ramifient à mesure que les scènes se succèdent. La variété qu'il recherche comporte l'emploi d'éléments dramatiques multiples. Le principal est le pathétique ; en général, il ne prend dans chaque situation que les moments les plus émouvants ; il lui faut, dès le début, de grandes passions ou de grandes souffrances : dès qu'il les a épuisées, il en cherche d'autres : de là vient que certaines de ses pièces, telles qu'Hécube ou les Troyennes^ contiennent en réalité plusieurs sujets. A défaut de passions ou de souffrances, il veut du moins des discussions qui lui permettent de plaider des causes désespérées ; car celles-là lui paraissent les plus intéressantes. Enfin, tout ce qui est proprement combinaison ingénieuse, malentendus, rencontres de personnages qui s'ignorent mutuellement, retours imprévus, révélations de secrets, reconnaissances, en un mot la multiplicité des artifices, paraît avoir tenu une bien plus grande place dans son théâtre que dans celui de ses devanciers.
La tragédie qui résulte de là est souvent fort émouvante. Elle surprend et elle captive. Mais les vives impressions qu'elle produit dissimulent imparfaitement, il faut l'avouer, ce qu'il y a en elle d'inégal et quelquefois d'irrationnel. Aristote a bien aperçu ce mélange intime de défauts et de qualités, quand il a dit dans sa Poétique (c. 13) : « Bien qu'Euripide compose mal, c'est le plus tragique des poètes. »
La structure de ses pièces, sous l'influence des habitudes et des tendances qui viennent d'être signalées, présente quelques particularités à noter. L'une des principales est l'emploi des prologues narratifs, débités par un personnage isolé avant le début de l'action. C'est la forme d'exposition la plus rudimenlaire qu'on puisse imaginer; on ne la trouve ni chez Sophocle, sauf dans les TrachinienneSj ni chez Eschyle lui-même. Presque constante chez Euripide,