‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 113 sur 264 · Aristote, Poétique, c · texte numérisé non relu

Aristote, Poétique, c

ORIGINES DE LA COMÉDIE

mettent pas de nous faire une idée précise de la façon dont Épicharme conduisait une action comique. Tout au |.lus, un mot d'Horace permet-il de croire (|ue ses pièces,

Il général, étaient remar(|uables par l'entrain et le mouvement, comme celles du poète latin Piaule, qui l'imita

l'IaiUusad cvempiar Siculi pruperarc Epichaniù, Kp. il, i, 58;. haprèscela, on |)eul supposer qu'elles ressemblaient encore .1 la comédie élémentaire, dont «dles n'étaient qu'une transjoi mation. Des scènes courtes, une intrigue peu compliquée, .les péripéties vives et peu nombreuses, une course rapide .1 <lirecte vers le dénouement. Mais ce n'est là, il faut en 'onvenir, qu'une conjecture assez vague; et, malheureusement, nous n'avons pas le moyen de la rendre plus précise.

La fantaisie, rt)bservalion et la réfb'xion semblent avoir 'Ml part à peu près égale dans l'invention des détails et dans la création des jiersonnages. Les Xoccs iVHcbé contenaient la bmgue descrijition d'une pêche miraculeuse de Poséidon et d'un banquet olympien. Il y avait là des énuiiiérations amusantes de noms et de formes de poissons et • le coquillages, au travers desquelles nous devinons à la lois un houjine (jui savait regarder et un poète enjoué qui >e plaisait aux elîets comiiiues. Quatre vers de son Bmivis uous montrent Héraclès en train de satisfaire son appétit vorace; un narrateur quelconque le décrivait ainsi : « Uien 'lu'à le voir manger, c'est à en mourir de peur. T.rondeinenl sourd au fond du gosier, fiacas des mâchoires, bruit sec de molaires, grincement de canines; des narines qui ^ifllent, des oreilles qui s'agitent. .. La vision nette et forte les détails s'allie dans ces vers à une outrance fantaisiste qui les grossit hardiment. Celui (jui les a écrits avait le sens ^'•^ ce qui amuse les foules ; nous voyons ailleurs <iue la Une intuition morale ne lui man«|uait pas non plus.

Uuebjues passages subsistants révèlent en effet chez lui le peintre de mœurs. Le premier, il a mis sur la scène et

HISTOIHE DE I.A LHTÉRATLKK IIKECQUE

ORIGINES DE LA r.fLMEDIE

représenté oxcelleiiiment les principaux types de llium inilé vulgaire, dont la comédie s'est toujours amusée. Lu ses plus curieux fragments, tiré d'uno pièce intilul • V Espérance, est le monologue dun pai;isih' : celui-ci y 1. ii les honneurs de sa bassesse avec un rynisnie de houfTon, < i. pourtant, sous cett«' légèreté eiïrontée, la misère du vi . apparaît crûment :

Je dîne .ivec quiconque veut de moi : il suflit de ininvilt i cl même îiver qui ne me veut pas : Tinvitation esl superflur. \ lable, je suis plein desprit, je fais rire tout le monde, et je InUf (•elui qui donne à diner. Si quelqu'un savise de le rontrediiv. m'emporle, moi, contre ce quelqu'un, et je me ehargc do li querelle. Ensuite. <|uand j'ai bien mangé et bien bu, je mu vais. Point d'esclave qui m'accompagne, la lantci-ne à la mon .le chemine, non sans faux pas, à travers l'ombre, tout seul, m pur hasard, je rencontre la «:arde, je tiens pour grande favi ut des dieux que «es gens-là ne m'asstmiment pas et qu'ils >i contentent de me cingler à coups de bâton. Kt <|uand j'arrisc enfin chez moi tout moulu, je me couche sur la dure; et, toiil d'abord, je ne peux pas dormir, jusqu'à ce qu'enlin le bicnlul du vin pur se fasse sentir à mes esprits.

Si une heureuse fortune nous avait conservé le Pansu n, les Rapines, la Mêyarienne, que de bonnes et franches [Mintures de ce genre n'aurions-nous pas, où revivraient p«'iir nous quelques-uns des types les plus curieux du [leui grec de Sicile! Le costume des gens, leur allure, h-n^ gestes, leurs propos familiers n'y seraient pas moins vi ment dessinés que leurs inu'urs. Décrire à la fois pai : dehors et par le dedans, saisir d'un coup d'u'il le ti i caractéristique, soit dans Tàme, soit dans l'extérieur, ei développer avec une amusante faculté de grossisseno . c'est proprement le don par excellence des grands po» comiques, et c'était certainement celui d l^picharme.

De pareilles comédies étaient nécessairement pleintphilosophie, puisqu'elles étaient pleines de vérité Mai^ 1 ^ témoignages anciens font d'Épicharme un philosophe dai le sens étroit du mot. Diogènc Laérce lui a donné une pl.i'

.'ans ses Vies des philosophes ; il le range parmi les Pythai:oriciens. Il est clair qu'en cela il suivait une tradition, qui est d'ailleurs contirmée dans une certaine mesure par un JH»u nombre des fragments subsistants. Ce serait toutefois .11 exagérer probablement la portée que «l'attribuer aux riniédies d'Kpicharme une tendance pythagoricienne trop licitement caractérisée. On comprend mal comment un iicure populaire et plaisant aurait pu se prêter à l'exposé de doctrines abstraites; ot si, par im[>ossible, ce miracle eût été réalisé, nul doute que ces comédies enseignantes Il fussent fait, à ce titre, jdus de bruit dans le monde qu'elles n en tirent effectivement. Kpicharmo était certainement un •sprit réfléchi, que la philosophie contemftoraine avait lituclié. Il s'en occupait j^ourson plaisir personnel, et il dut |i;ii suite y faire allusion souvent dans ses pièces. Il a pu

• Ire ainsi un véritable philoso[)he de la scène coniique, cuinme Euripide, un peu plus tard, fut un philosophe de la scène tragique. Ce fut la réputation qu'il s'acquit de son vivant: et celle-ci fut cause qu'après sa mort on composa sous .son nom des écrits pythagoriciens, qui, grâce à l'opinion établie, purent lui être attribués sans trop d'invraisemblance.

Kn somme, Épicharme a révélé à la Grèce la vraie nature •le la comédie. Il a été le maître des grands Attiques ; et (|uand Platon le mettait au-dessus d'eux, à côté d'Homère,

• 'était justice, puisqu'il les avait sinon dépassés, du moins précédés dans la bonne route.

3. Origines du mime sicilien. — Sophron et Xénarque '. - Profitons de ce que nous sommes en Sicile pour signa-

i. Les fragments de Sophron sont donnés en appendice dans Ahrens, De dialectn dorica, Gœttingen, 184H ; la meilleure <<lition est aujourd'hui celle de Kaibel, dans le tome I ,des (oinicor. atticor. /'roffw., signalé plus haut.

A consulter :

lleitz, Des Mimea de Sophron, Strasbourg, 1851 : Fuhr, De "ihnh ijrapcorum, Berlin, 1860; Denis, ouv. cité.

HISTOIRE DE LA LITTÉRATIRE CRECOUE

ORIGINES DE LA COMEDIE

1er immédiatement ici, malgré la chronologie, les origines d'un genre très voisin de la comédie, le mime. Nous avoii. indi<iur plus haut qu'il fut probablement spontané sur cetl.lerie et dans cette race. Il y prit en tout cas une formo littéraire dans la seconde moitié du x'' siècle.

L'homme «jui le tira <le Tobscurité s'appelait Sophr««ii. C'était un Syracusain, né piobabiem«*n( <lans le peuple, et qui resta toujours, par son art, en étroite relation avec lui D'après Suidas, il fut conteinpoiain d'Eurifjide. Ses pièc.'N. intitulées mimes comme les improvisations populaires ^\'^^h elles durent procéder, se divisaient en deux groupes, !♦•> luiines d'hoiunies ;aï;xo'. àvôcitoii «q les niimes île feuiuu-s ,;j.l;xo'. pva-zsîo'.), suivant que les personnages étaient d<> hommes ou des fenmies; il ne semble pas qnr les deux sexes aient été jamais nhinis dans la même pièce, i . qui indique suffisamment qu'elles ne comportaient aucun» intrigue. Chacun de ces mimes se réduisait probablenieiil à un court dialogue, sans action proprement dite, enti< deux personnages populaires. Hien ne peut nous en donin r une idée plus vive ni plus approchée (|ue U's St/racuaaiues (\o Théocrite, cette amusante et liiie conversation entre deuv commères d'Alexandrie, qui est expressément signalée pai un scoliaste comme imitée d'un mime de Sophron. Poiiil de situations dramatiques, maistle simples prétextes à causerie (tu à disputes : une visite, une rencontre, une emplette, une fête, une bousculade, n'importe quoi. Et, là-dessus, un (Mitreti«?n vif, rapide, amusant, où chaipie mot étn'' un trait de mœurs. Cela semblait fait aver rien, et ce ri' était pourtant substantiel et charmant. Quelques titi< conservés peuvent aider à mieux concevoir la nature du genre ; tels ceux-ci : le Pêclwur de thons, les Vieillards, h' Pécheur et le Paysan, les Ravaudeuses, ]tis Femmes qui attirent la lune, les Sorcières, les Femmes aux fêtes de l'Isthme, et* Toutes ces pièces étaient en prose, pour r<'ssembler davantage à la réalité; mais cette prose brève, condensée, cou-

pée en courts membres de phrase avait quelque chose de ivllnnique qui frappait l'oieille. La langue était le dorien populaire, plus populaire que celui d'Epicharme.

Diouène Laërce ra[qiorte que Plalon se délectait à lire Sophron, qu'il l'introduisit à Athènes et qu'il Ta imité dans ses dialogues. La grâce alerte et spirituelle du Syracusaiu, malgré la vulgarité voulue des sujets, devait être pleine de charme et de suggestion pour le maître du dialogue attique.

Après Sophron, le même genre fut cultivé avec moins de .es par son lîls Xénarque, dont nous ne savons à peu

|.re> rien. Il est probable que le mime, quelles qu'aient été les vicissitudes de son histoire, ne cessa jamais de plaire. Nous le retrouverons, modifié, il est vrai, dans la forme, mais toujours le même au fond, chez Hérondas et Théocrite, dans la période alexandiine.

4. Débuts de la comédie attique. — Les concours de comédie. — Premiers poètes de la comédie ancienne. — Cratinos'. — La comédie avait pris forme en Sicile, grâce à Épicharme et à Phormis, quand éclata la seconde guerre mé(li(|ue. Dans la Crèce propre, et en particulier à Athènes, elle n'existait encore qu'à l'élal rudimenfaire. Ce fut seulement après les victoires de Salamine et de Platée qu'elle se lran>forma, là aussi, entraînée dans l'essor universel des esprits. On peut considérer les cinquante années qui vont <le 480 à 430 comme la période d'organisation féconde qui prépara les chefs-d'ceuvre d'Arislophane.

Par malheur, il est tout à fait impossible de suivre les progrès du genre nouveau. Aristote lui-même ne le pouvait déjà plus, tant ils avaient laissé peu de trace. La comédie ne voulait pas qu'on la prît au sérieux ; on riait de ses

1. Frn^monts dans les recueils signalés, en particulier dans Kaibel, Cotnic. a flic fraf/menhi, t. 1. A cons Iter :

Poppelreuler, De comœdiœ atticap primordiis, 1895.

HISTOIRE DE F,A IJTTÉR ATIRE GRECQUE

bouffonneries, mais nul ne se souriait de noter ce qn'<*l!. iragnait d'année en année.

L'innovation capitale fut l'adoption définitive d'une fal»l. ou intrigue, (|ui p<'rniettait de lier les scènes entre elles cl de donner à la pièce une certaine étendue. L'exenipl. décisif à cH égard dut venir de Si<ile ; Aristote semltl. Taffirmor. Mais il n'est guère douleiix qu'en cela la Iragédie contemporaine nait eu aussi son iniluence. Celle inii<tvalion en impliquait plusieurs autres: l'emploi des mascpio. i|ui donnait à chaque n'de son caractère propre; la conslitution d'une structure noiiuale «q la division vn partii > toujours les mêmes, plus ou moins analogues à celles d. la tragédie; enfin, la fixation du nombre des acteurs. Toni cela se fit dans cette période : car, au temps d'Aristoidiauc. nous trouverons la comédie entièrement constituée; mai-, encore une fois, les anciens eux-mêmes ignoraient à qui chacun de ces progrès devait être attribué.

Vers le début de cette même période, un événement décisif eut lieu : l'institution des concours de comédie, lu fragment d'insciiption mutilée, trouvé en I87S, nouspernnl d'affirmer que ce fait se produisit avant la dernière victoire d'Eschyle, c'est-à-dire avant 458 ; il peut être antérieur <l. plusieurs années. Quoi qu'il eu soit, la comédie eut désoi mais droit de cité. A ses débuts, elle avait semblé indigne de la ville, et elle avait obtenu ses premiers succès danles campagnes. « Il fallut bien du temps, .lit Aristote, avani que l'archonte donnât un chœur pour la comédie; jusquelà, c'était la bonne volonté des gens qui faisait tout. .. Celle intervention de l'Etat la mit au même rang d'honneur qmla tragédie, ou j>eu s'en faut. Seulement, elle paya (luelquefois cet avantage assez chèrement. A plusieurs reprises. l'Étal restreignit sa liberté. Une loi, selon Plutarque, interdisait aux membres de TArérquige de composer des j)ièces comiques. Chose plus grave, une autre loi fut votée enUO, qui interdisait de porter sur la scène les actes des hommes du

OnnilNES DE l-\ r.OMKlUE

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jour. Abrogée en 437, elle fut rétablie en 410. Toutefois, pendant le v* siècle, ce fut, à tout prendre, le régime de la pleine liberté qui piédomina, ctnous allons en trouver des preuves en étudiant les principjuix poètes de ce temps.

Chionidès et Magnés sont cités par Aristote comme les deux plus anciens poètes comiques athéniens qui méritent d'être nommés. Le premier dut se faire connaître entre 480 et 4oO environ. Il ne nous reste lien de lui qui puisse être signalé ici. La ré[)utation de Magnés eut })lus d'éclat. Aristophane nous a retracé sommaiiement son histoire dans la parabase de ses Ckemliers ^. ol9 et suiv.) : u Je savais, dit-il, ce «jui est arrivé à Magnés, quand lui vinrent les cheveux blancs. Nombreux pourtant étaient les trophées ipi'il avait dressés, vainqueur do ses rivaux. C'est en vain qu'il parlait, pour vous séduiie, t(»ute sorte de langages, qu'il jouait du luth, battait des ailes, faisait le Lydien, se déguisait en cinips (insecte rongeur), teignait ses vêtements en peau de grenouille ; il ne plaisait plus. Et à la lin, déjà sur Tàge, par un malheur qu'il n'avait pas connu dans sa jeunesse, il fut chassé de la scène, lui, vieillard, jwirce que sa verve railleuse l'avait abandonné. » On a pu, d'après ce passage, restituer avec vraisemblance les titres d«' queb|ues-unes de ses comédies : les Joueurs de lufh, les fnseauxA(*9, Lt/(liens. les Cinips, les Grenouilles; ces titres nous donnent quelque idée de la variété de ses inventions. Magnés dut être un homme d'ifnagination, qui sut donner les formes delà plus folle fantaisie à la vieille satire dionysiaque. Tant que ses inventions se renouvelèrent, il amusa le peuple ; mais la force de la pensée lui manquait; on se lassa de ses bouffonneries, et on s'aperçut alors, qu'une fois cela écarté, il ne restait rien.

Le grand poète comique de celle période est Cratiuos, qui fut, dans sa vieillesse, le rival du jeune Aristophane. Nous ignorons la date de sa naissance. Ses succès sont circonscrits entre 4V9 et 423. Il était Athénien. De sa vie et de

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sa personne, nous ne savons à peu près rien, sinon qu'à . n croire ses rivaux, il aimail le luxe, la bonne chère elle vin. Que ces imputations fussent vraies ou non, c'était à rou|. sûr, un tempérament exubérant, tout animé d*une sè\. ardente et Joyeuse. Aristophane, dans la parabase de >rs Chevaliers, s'amuse à le comparer à nne sorte de torroni impétueux: «« Il roulait, avec un grand bruit d'arrlamations. à travers le pays plat; et, renversant tout sur son passai:. , il emportait péle-mèle les chênes et les platanes et ses en nemis déracinés. » l.ui-méme, dans un fragment, se dépeint d'une manière analogue: « Par Apollon ! quel Ilot d. paroles! Un bouillonnementd'eau jaillissante ! Douze embou chures au lieu d'une bouche! Tout un llissos dans un gosier! Que vous dirai- je? Si vous ne lui mettez un lanipon dans la gorge, il va tout inonder dt» sa poésie. » Sous cefl.fantaisie hyperbolique, on devine une nature exceptiniinelle. Si l'on en croyait Aristophane, Cratinos, conimr Magnés, aurait cessé de plaire au peuple dans son extréni.vieillesse. En 424, dans le passage des Chevuliers déjà cilt . le jeune poète représentait méchamment son vieux rival comme un instrument délabré qui se disjoint et ne vaut plus rien Mais ce sont là propos de satirique et de concurrent. Cette année même, Cratinos obtenait encore !<> second rang; et il reprenait le premier, l'année suivante, avec sa comédie de la Bouteille. On est donc autorisé à penser, malgré Aristophane, que, jusqu'à la fin, il resta égal à lui-même.

Cratinos dut faire beaucoup pour achever l'organisation de la comédie. Mais nous n'avons à cet égard aucun témoignage auquel on puisse se fier. Quant à son rôle moral et politique, ce fut celui d'un censeur hardi, dont la franchise était souvent brutale. « Cratinos, marchant sur les trac» s d'Archiloque, dit un critique ancien, fut âpre dans ses invectives. La raillerie ne se dissimule pas chez lui, comme chez Aristophane, sous une grâce qui atténue la rudesse

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ORIGINES DE LA COMÉDIE

de la censure. Toute simple, .sa critique s'avance, comme on dit, à front découvert, contre les malhonnêtes gens*. » Suivant un autre témoin, ce fut même là une de ses innovations capitales : <( Au plaisir que la comédie procurait déjà, il sut joindre le profit, en rensurant les hommes malhonnêtes et en les llagellant au nom de tous, avoc le fouet de la comédie '^. » D'après cela, nous devons nous représenter «hacune de ses pièces comme une satire virulente, qui s'attaquait audacieusement soit aux hommes du jour, soit aux choses que le poète considérait comme

des abus.

Ce qui rendait ces satires agréables au peuple, c'était, avec leur malice même, la force d'invention du poète. Son génie, libre et fécond, excellait à trouver la forme dramatique d'une idée. Des ébauches de comédies surgissaient en foule de son imagination [uiissante, toutes vives, riches et plaisantes : il savait tourner et retourner un même sujet en mille manières, ingénieuses et frappantes. Créateur, il l'était d'instinct et sans cesse, comme Eschyle, auquel on a pu le comparer. Sa fougue et une sorte de grandeur naturelle le rapprochaient des auteurs de dithyrambes ; il leur ressemblait par l'élan, par l'audace dans les sentiments et sans doute aussi dans le style. Ee lyrisme lui était naturel; quelques-uns de ses chants étaient dans toutes les bouches. Malheureusement, cette fougue même l'empêchait de se maîtriser. « A mesun» (ju'il va, dit le critique ancien déjà cité, il tire en tous sens et disloque lui-même son plan ; il ne sait pas remplir un drame conformément à ce qu'il annonce d'abord. »

Il ne nous reste de son œuvre que des titres et des frag- * ments. Nous voyons, en les parcourant, qu'il y attaquait les hommes d'État du parti populaire, notamment Périclès, s'emportait contre la mollesse nouvelle des mœurs, contre

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