‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 114 sur 264 · Ibid., Proleg. V · texte numérisé non relu

Ibid., Proleg. V

34fi HISTOIRE DE f.A UTTÉH ATURE i;RECQL'E

les riches débauchés, censurait les cultes étranîjers et Ips pratiques superstitieuses, puis, s'en prenait aux sophistes, inventeurs d'arguties et corrupteurs de l'antique discipline, î^n Jour, il mettait en scène tout un chu'ur d'Archilo(|ues. véritable nieulo de rrifiques, acharnés mnlre lesvic«'S mu temporains: une autre fois, il évoquait h- viiMix lépislatein Solon, indigné de vtur ce qu'était devenue la cilé qu'il avaii Jadis assagie et policée. La Bouteille i-Vdïl une apologie personnelle. Il s'y était représenté comme marié à la Comédie. Celle-ci se plaignait d'être délaissée par lui pour l'Ivressi.', et se déridait à lui intenter un procès. Des amis intervenaient ; la Comédie irritée leur exposait ses griefs, Cralinos se Justifiait de son mieux, et, sans doute, l'affaire linissaif par s'arranger. Tout cela était traité avec une verve don! nous pouvons encorejugerpar quelques vers qui subsistenl. Cratinos semble avoir essayé aus.si, .sous le coup de la loi de 440, une autre sorte de comédie, qui ne nommait personne et ne faisait plus de politique, mais s'en tenait à In parodie littéraire; telle était probablement la pièce intitulée les Ulysses. Mais c'est là, dans son théAtre, une exception plus curieuse qu'importante.

Après Cratinos, il suffira de mentionner encore, parmi les prédécesseurs d'Aristophane, Craies et Phérécralès. — « Cratès, dit Aristote {Poét., c. 5), fut le premier, ;i Athènes, qui rompit avec le genre iambique (c'est-à-dire avec la satire directe et personnelle), et mit sur la scène des pièces à tendance générale et de pures fictions. » Il fui en faveur vers 443 et dans les années suivantes jusque vers 424. Dans sa pièce intitulée les Bêtes sauvaues, deu.x personnages rêvaient tout haut aune sorte de vie merveilleuse où l'on n'aurait plus besoin d'esclaves, l'homme étant servi par les animaux ou même par les ustensiles domestiques devenus intelligents. La comédie, ainsi conçue, tournait au conte de fées. - Phérécratès, un peu plus Jeune que Cratès, paraît avoir cultivé le même genre. Toutefois,

ORIGIKES DE LA COMÉDIE

(liez lui, l'intention morale apparaît plus clairement. Sa comédie des Saucayes était à la fois plaisante et philosoi)liique.On y voyaitunchœur de misanthropes, qui, dégoûtés «le la société et de ses institutions, s'en allaient vivre parmi (le vrais sauvages ; mais la sauvagerie, qui les charmait de loin, leur s«Mnblait. à l'éprouve, odieuse et intolérable.

5. Formes et organisation des représentations comiques à Athènes ^ — (irAce aux poètes qui viennent d'être nommés, mais bien avant leur disparition, dès le milieu du v*^ siècle, la com«''die était constituée, sous la forme qu'elle devait garder chez Aristophane. C'est donc le moment de (lire quelques mots de son organisation. Par certains traits, elle ressemble à la ti-agédie contemporaine; par d'autres, elle en diffère. Pour ne pas nous répéter, nous signalerons seulement ici quel(|ues-uns de ces derniers.

La comédie, au v*= siècle, était Jouée en .Vtlique aux Lénéennes, aux Dionysies urbaines et aux Dionysies des champs. Mais ces dernières étaient des fêtes de bourgs ou de villages, qui avaient peu d'éclat et dont il n'y a pas lieu de tenir grand compte. Aux Dionysies urbaines, « était la tragédie qui occupait le premier rang, la comédie étant reléguée au sec(nid. Au contraire, lafètedes Lénéennes étant proprement la sienne ; presque' toutes les pièces subsistantes d'Aristophane «mt été données au public en cette occasion.

Ce qui a été dit de la chorégie et du rôle de l'archonte à propos de la tragédie s'applique également à la comédie. Les poètes admis à prendre part aux concours étaient aussi au nombre de trois. Chacun d'eux n'apportait qu'une seule pièce.

La disposition matérielle du théâtre paraît avoir été la même. Seub»ment, les personnages de la comédie se déplâtrant pluh librement, la mise eu scène demandait plus de

1. Voiries notes bibliographiques sur l'organisation du théâtre et du drame tragique, p. 248.

HISTOIRE DE LA LinÉRATLKE GHEOJLE

complaisance à rimagination des spectateurs. L'action >. transportait de la ville à la campagne, de la terre au ciol. sans qu'il y eût probablement changement de décors. Lii fantaisie avait ici ses droits, que nul ne songeait à lui con tester.

Le choeur conii.iue t-tait plus nombreux que le cIiomii tragique; il comprenait vingl-cjualre dioreutes, au lieu d. douze ou quinzr. Ces choreutes, déguisés selon l'invention du poète, et sans aucun souci de vraisemblance, s'oiïraieni aux regards sous des costumes bariolés el ornés d'allribuh cara(térisli(iues. Nous avons noté les inventions de Magnés: elles sup[»osent une mise en scène appropriée. Chez Crati nos, h's choreules paraissaient en Arcbilo^iues, en centaures, .11 Argus, le corps tout ouvert d'yeux grande ouverts ; chez Aristophane, en Acharnieus, en clievaIi«M -. en Babyloniens, en nuées, en laboureurs, en femmes, m îles, en guêpes; chez Eupolis, en dèmes, etc. Nous sommr^ mal renseignés sur le délail de ces alTublements ; en gêné rai, ils devaient être peu rompliqués. Les Nuées d'Aristophane élaientreconnaissables, bien moins àleurslongur> robes multicolores et flottantes, qu'à leurs paroles el .i leurs chants. Les (Juépes n'avaient d'autre insigne que l;i finesse de leur taille et l'aiguillon qu'elles traînaient deirière elles. Il s'agissait surtout de frapper les regards pai quelque emblème amusant. La naïveté même de ces inventions saugrenues faisait une partie de leur mérite. Commo leur costume, le masque des choreutes comiques prêtait à rire. Citons, comme détail caractéristique en ce genre, bfait, noté par un scoliaste, que les Nuées d'Aristophanr portaient de longs nez. Nous parlerons phis loin du chant des chœurs de la comédie. Leur danse la plus ordinaire était le coniace (jcdpÔaÇ), sorte de sarabande, violente el déréglée jusqu'à l'obscénité, et caractérisée principalement par des déhanchements et des bonds. En outre, ils se livraient à mille évolutions, marches rythmées, courses,

OKlGl^ES DE LA COMEDIE

défilés, sauteries de toute sorte, qui variaient naturellement selon les besoins de la pièce et la fantaisie des poètes. Les acteurs étaient, en principe du moins, au nombre de Iruis, comme dans la tragédie. Mais, tandis que la règle, à ( rt égard, était observée strictement dans la tragédie, la comédie paraît en avoir usé beaucoup plus librement, les rùles supplémentaires (ou parachorégèmes) y ont été ( trtainement beaucoup plus fréquents. Le costume de ces acteurs comiques compoitait une variété et une bizarrerie rn rapport avec celle des situations et des personnages ir|trésentés. Comme pour le cho'ur, le vêtement collant ou uiuillot, avec ses bigarrures multiples, en était la pièce |trincipale. Au moyen de coussins appli^jués à propos, on ra(^n)nnait des abdomens proéminents, des croupes rebonilies, des bosses invraisemblables. Les vêtements de dessus, tuniques et manteaux, marquaient plus ou moins, d'après les conventions de la mode, le rang et la façon de vivre des personnages, mais toujours avec cette [«art de fantaisie (|ui était une des nécessités du genre. Ajoutons que, pour certains rôles au moins, le poète ne pouvait manquer de rréer à son gré les accoutrements de ses acteurs, en colla-

horî

•ration avec le costumier. En général, on y employait les étoffes rayées, les couleurs crues et criardes, empruntées au culte dionysiaque. Le masque des acteurs comiques varia sensiblement avec la comédie elle-même. Au v® siècle, où la comédie ne représentait pas encore de personnages typiques comme elle le fit plus tard, les masques reproduisaient quelquefois, d'une manière plus ou moins frappante, les traits d'hommes connus. Le plus souvent, ils n'étaient que grotesques. Les Oiseaux d'Aristophane montraient un bec si prodigieux ([u'Évelpide éclatait de rire en les voyant; et quand le héraut, dans les Acharniens, annonçait solennellement Pseudartabas, « l'œil du Roi », on voyait paraître un personnage solennel, avec un œil énorme qui lui tenait tout le visage.

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niSTOlRt: DE LA Ll ITÉUATURl:: GUECol E

URIGIXES DE LA COMEDIE

6. Structure de la comédie*. — D»; môinr que la [vnnrdie, la comédie, au temps d'Aristophane, a une struclui. normale, qui varie peu d une pièce à l'autre. Elle résiili. en partie des origines du genre, en [)artie de l'eirort rédécJii qu'ont fait les poètes pour le transformer en une omim. d'art. De là une complexité plus gr.inde dans la di\i>ini, des parties et dans leur assemblage.

Une pièce comi<|ue débute par un juologue, c'est-à-din par un dialogue préliminaire, qui précède l'entrée di; chœur et sertà exposer la situation. Cette situation, commnous le verrons, implique pres(|ue toujours une thè<( . politique ou morale, dont la pièce devra être la démontralion.

Au prologue succédaieni, «omme dans la tragédie, 1.divers épisodes, séparés les uns des autres par les cliaiii^ du ch(eur. Mais celte division, essentielle à la tragédi.. était bien moins importante et bien plus capricieuse daii^ la comédie, où les diverses parties d'un même épisode (titreraient souvent beaucoup les unes des autres. L'indépendance relative des scènes rappelait ïr. temps où la comédc n'était qu'une série de dialogues boulions, qui se suce daient sans raison. (Juebiuefois même, on retrouve, < ,. étudiant la structure de ces scènes, des formes évi<leiii ment traditionnelles, lue des plus curieuses est celle du combat en paroles, qui tigure dans la plupart des pièct^ d'Aristophane. Deux adversaires soutiennent des idé.contraires; le chœur les excite, chacun parle à son toui un arbitre, ordinairement le coryphée, décide qui d<'s den l'emporte. C'est une disputa, ni.iis une dispute réglée, un

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