‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 12 sur 264 · Ouvrages à consulter · texte numérisé non relu

Ouvrages à consulter

Wolf, Prolegomena ad Ilomerum (1794), réédité chez Calvary, Berlin, 1885 ; Lachmann, lielrachlungen iiber Homers Ilias (1837 et 1841), éd. M. Haupt, Berlin, 1870; Koechly, Homer und dos (inechische Epos, 1848 {Zeitschr /*. d. Allerlhumw.) ; Nitzsch, De hisloria Homeri, Hanovre, 1830-1837; Die Sauenpoesie der Griechen, Leipzig, 1852; Grote, History of Greece, t. II; Baumlein, Philologus, t. VII ; Volkmann, Geschichte und Kritik der Wolf

àa Histoire de la littérature GREcQtJt:

d une certaine unité, vraiment intime et profonde, qui en fait un tout. D'autre part, cette unité paraît à chaque instant compromise dans le détail, soit par des écarts peu explicables, soit par des différences entre les parties. Suivant que Tune ou l'autre de ces impressions a dominé la critique contemporaine, on a attribué VIliade tout entière à un seul poète, ou, au contraire, on y a vu l'œuvre d'une succession d'aèdes, un assemblage de poèmes originairement distincts. Chacune de ces opinions comporte d'ailleurs des formes diverses, et il peut se faire qu'au fond elles soient moins éloignées l'une de l'autre qu'elles ne le paraissent tout d'abord. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des discussions (lu elles ont provoquées. Mais, pour établir ce qui nous paraît vrai, nous devons préciser les deux impressions contraires qui viennent d'être indiquées et montrer à grands traits ce qu'il y a do légitime en chacune

d'elles.

L'unité fondamentale de VIliade est incontestable. Elle tient essentiellement à ceci, que le poème ne raconte pas une série d'événements compris entre deux dates, selon la méthode des annales. Il roule sur un fait d'ordre moral, la colère d'Achille ; il nous dit comment cette colère est née, quelles en ont été les phases et les conséquences immédiates, comment enfin elle s'est apaisée. Voilà l'idée qui domine tout. Achille n'est pas toujours en scène, tant s'en faut. Mais il reparait aux moments importants, et ces moments sont liés entre eux par la continuité de ses sentiments. Lorsqu'il est absent, son absence même est une des données capitales du récit. Les choses se passeraient autre-

schen Prolegomena zu Homer, Leipzig, 1814; Bougot, Élude sur VIliade d^ Homère, Paris, 1888; Bonitz, Veher der Vrsr.rung der homerischen Gedichte, 5- éd., Vienne, 1881 ; W. ^^hr.st/ii.|rft« carmins, LipsiîE, 1884, prolégomènes; Wilamo^Hz-Mœllendortl, Homerische Untersuchungen, Berlin, 1884; P. Cauer, brundfragen der tiomerkritik, Leipzig, 1895.

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ment, s'il était là. C'est parce qu'il n'y est pas que d'autres s'efforcent de le suppléer, que les dieux .s'émeuvent et interviennent, en un mot que les événements sont ce qu'ils sont. Ain.si, les scènes secondaires sont non seulement insérées entre les scènes principales, mais encore, en un certain sens, dominées par elles et inspirées d'elles. Ajoutons que les parties où paraît Achille, du moins les plus essentielles, se ressemblent par certains traits de grandeur, de force simple, de hardiesse, (|ui s^'mblent bien attester leur communauté d'origine. Il paraît injj.ossible, en conséquence, de ne pas attribuer tout au moins à un môme poète, à celui que nous avons appelé Homère, la conception dominante, d'où tout le reste est sorti, et l'exécution des parties principales.

Mais l'autre impression, contraire à celle-ci, a également sa force propre et sa légitimité, et il faut bien lui faire sa place en expli(|uant la formation de YUiade. Il y a des inventions de détail qui ne tiennent pas au reste, ou qui s'y rattachent mal, ou qui m.'m«' en contredisent certaines <lonnées. On peut citer, en ce ,i;enre. l'épreuve tentée par Ai^'amemnon au second chant, le Catalogue des vaisseaux, tout à fait étranger au poème, le pacte conclu au troisième ctiant et rompu au quatrièm.-, les incohérences de la première bataille, la construction non justifiée du rempart, la pauvreté de la seconde bataille, l'indépendance de l'ambassade qui se concilie mal avec le I" cliant et avec le XVI'', le bors-d'œuvre de la Dolonie, les longueurs de la troisième bataille, au milieu desquelles Patrocle, envoyé aux informations par Achille, oublie sa mission, les surcharges de la quatrième bataille, la médiocrité de la Thcomachie qui y figure, l'abus de la machinerie épique dans cette même partie, enfin le caractère distinct du dernier chant. A ces divergences, qui tiennent au fond même de l'invention, s'ajoutent des disparates de détail dans la langue et le style, dans la façon Je raconter et de composer, dans le goût même, les idées

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et les sentiments. Si l'on voulait donc, à tout prix, attribuer l'œuvre entière à un même poète, il fauilrait au moins admettre, — et c'est ce que font aujourd'hui presque tous les partisans de cette opinion, — que ce poète, loin de composer VIlia<le d'un seul jet et suivant l'ordre actuel de ses parties, l'a faite en plusieurs fois, en commençant par quelques scènes principales, puis m ajoutant successivement les autres, çà et là, en refondant et en retouchant sans cesse son œuvre à mesure «ju'dh' grossissait, et qu'après lui, elle a subi encore diverses addilions et interpolalions. Mais, ainsi modiliée, l'opinion en qut'stion perd ce qui faisait son caractère propre et se compromet elle-même ; car elle reconnaît que le poème a |»u t'xister plus ou moins loni;temps à l'étal d'ébauche, de grou[>e de chants discontinus, et qvw c'est même sous celte forme qu'il s'est rendu populaire. I*ac là, elle se rapprorhe de l'opinion dissidente, dont ellr ne réussit désormais à se distinguer (|u'au prix d'un assez grand nombre d'invraisemblances.

Dans cette incertitude, toute allinnation doit être tempérée de «toute et de réserves et n'a, en somme, que la valeur d'une hypothèse plus ou moins probable. Celle qui nous paraîtrait se concilier le mieux, tant avec les indices fournis par le poème lui-même qu'avec la vraisemblance générale, serait la suivante.

L'aède de génie que nous appelons Homère aurait d'abord composé le premier chant, tel à peu près que nous le possédons. C'était un chant isolé, analogue à ceux qui étaient alors à la mode. Ce qui en faisait l'originalité, c'est qu'au lieu de raconter une série d'événements ou de décrire une aventure guerrière, il mettait en scène, avec une force admirable, une situation morale. Cette situation était féconde, en ce sens qu'elle impliquait des conséquences nécessaires; en d'autres termes, la scène de la querelle contenait en germe d'autres scènes, que la légende peut- •^tre avait déjà notées en partie, mais qui prenaient désor-

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mais un intérêt plus vif et qu'il devenait à propos de développer. Homère en dévelopi»a quelques-unes dans une série de chants distincts, (jui devaient être d'ordinaire récités séparément, mais .jui se rattachaient au premier par la donnée légendaire et par la continuité des sentiments. Ces chants, composés à divers moments, et non pas, peutêtre, dans leur ordre actuel, i)ouvaient n'être pas strictement d'accord entre eux dans tous les détails, parce que le poète traitait volontiers cha<iue scène pour elle-même, selon l'inspiration <lu moment. Ils n'en constituèrent pas moins, uw^ fois achev('«s, un groupe, qui ressemblait à un poème complet en ce (pi'il présentait une « action », c'està-dire le déveluppenicnt d'une situation morale, depuis sa naissance jusqu'à son terme. Ce fut là l'invention fondamentale qui til nna<le. Ces chants primitifs subsistent dans le poème actuel, dont ils form^-nt comme la charpente. Mais ils y .subsistent mêlés à d'autres, remaniés ou abrégés en certaines parties, altérés en somme par une série de retouches sucessives; d'où vient qu'il est impossible aujourd'hui de 1rs isoler du reste, ni même de les déterminer avec certitude. 11 semble pourtant que ce noyau comprenne essentielh'ment : la Querelle (chant i), la Défaite ' ^Ics Aeheeus (chant \l,, V Ambassade (chant IX), particulièrement remaniée, nulenention et la Mort de Patrocle (chant XVI), le Combat d'Achille et d'Hector (chant XXII) Mais il va sans dire que les chants primitifs ne corres- I>ondent pas exactement aux livres actuels, qu'ils peuvent j s étendre au delà, ou, au contraire, ne pas les remplir tout entiers, et qu'il est vain de vouloir aujourd'hui en retrouver avec précision le premier et le dernier vers, sous les couches <le poésie adventice qui s'y sont superposées.

Outre ces chants, Homère avait pu en composer d'autres relatifs à divers épisodes de la guerre de Troie, et notam- •ïient à ce que firent les Achéens en l'absence d'Achille, -omme ils se recommandaient par les mêmes beautés que

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les précédents et qu'ils étaient d'ailleurs chantés i»ar les mêmes aèdes, ses héritiers, ils durent tendre à s'incorporer au groupe de la Colère (IWchUlc : ot ce fut là sans doute une des causes organiques qui coniribuèrent d'abord à raccroître. Vlliade actuelle peut donc renfermer, à côté des chants cités plus hauts, d'autres parties émanant du

môme poète.

Mais ce qui dut surtout acheminer le poème naissant vers son état définitif, ce fut l'émulation dos aèdes qui l'exploitèrent pendant plusieurs siècles. Pour entretenir la faveur du public, il fallait rajeunir sans cfsse cette masse de poésie; un besoin incessant se faisait sentir d'encadrer les morceaux déjà connus, et toujours redemandés, dans des morceaux nouveaux, qui en renouvelaient ou en prolongeaient l'intérêt. Ainsi, les chants primitifs durent devenir comme autantde noyaux de cristallisation, autour drs(iuels s'aggloméra peu à peu la matière épique. Plus tard, quelcjues-uns des chants nouveaux jouèrent à leur tour le même rôle. On sent très bien, par exemple, dans VIliade actuollo, (jue le VIII*^ chant d le X* se sont formés autour du 1X% qui leur a servi de noyau ; que l'intervention de Poséidon, au \IIl«, et celle d'Héré, au XV% sont des variantes d'une même péripétie, destinée à retarder l'attaque des vaisseaux. Grâce à ces accroissements successifs, le groupe primitif se transforma peu à peu en une longue et complexe série, dont les parties pouvaient être assez mal adhérentes, mais qui gardait pourtant toujours son unité intime, parce que celle-ci tenait au fond même de l'invention première. L'usage des longues récitations rapsodiques dans certaines fêtes, à mesure qu'il se propagea, aida ce travail spontané d'organisation.

VIliade dut se transmettre en cet état jusqu'au vi« siècle. Elle était en somme organisée, mais elle avait besoin d'être soumise à une révision d'ensemble. A ce moment, elle reçut

dans Athènes, sous l'iniluence de Solon et de Pisistrate, un accueil dont nous parlerons plus loir^. Elle y fut incorporée au pi ogramme de certaines fêtes publiques et assujettie à leurs règlements. Avec son esprit d'ordre et son sens de l'harmonie, la grande cité ne permit plus aux rapsodes de lui apporter des chants épars. Elle les astreignit à réciter les morceaux de VIliade selon l'ordre des événemenls, de façon que ces récilalions successives présentassent un développement suivi. Cela ne veut pas dire, comme on l'a cru, rpie, cha(]ue année, aux Panathénées, le poème fut nécessaircnient récité en son entier, mais, sim|»lemen(, que les morceaux récités se suivirent désormais d'après un ordre invariable. L'établissement même de cet ordre fit nécessairement ressortir certaines lacunes, cerlaines incohérences ou certains « doubles emplois »,dont un ne s'élait pas apen;u jusijue-là. 11 fallut soumettre tout le poème à un travail d'ensemble <iui les fît disparaître. On écrivit les divers morceauxdans leur ordre naturel, sous la dictée des rapsodes, on raccorda ce qui ne se suivait pas, on eiïaça ou on modifia légèrement ce qui faisait contradiction ou disparate, et on constitua ainsi, pour la première fois en Grèce, un texte de VIliade complet et suivi. C'est celui (jui s'est transmis jusciu'à nous, sauf certaines corrections de menu dét.,il ,|„es aux grammairiens des '^iii's suivants.

4. Beauté d'ensemble de VIliade. ~ Étendue et variété. -Harmonie générale. - Tel qu'il est, le poème, indépendamment de la beauté sui)érieure de certaines parties, a une beauté d'ensemble qui lien! à son unité. Lorsqu'on 1 embrasse d'un coup dœil, les grandes scènes se relient j d'elles-mêmes les unes aux autres, elles se rassemblent en «pielque sorte- pour constituer une action brève el lurte. Aussi, malgré la longueur de quelques parties, jlœuvre totale a-t-elle quelque chose de simple et de •Mesuré, qui est vraiment grec. Sou unité, d'ailleurs, na

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rien de raide ni d'abstrait. Elle est malaisée à exprimer par une formule simple; car le poème nous repr«^sente d'abord la colère d'Achille contre les Achéens, et nous la montre ensuite so tournant contre les Troyens. Parla, cette unité, peu rigoureuse à un point de vue logique, est souple et vivante. Elle réside dans le cœur nn^ne du liéros; elle ne tient pas aux causes ni à l'objet de sa colère, mais à cette colère même. L Iliade est, dans sa donnée essentielle, la peinture d'un orage 'de passion qui a bouleversé l'Ame la i»lus héroïque que la poésie ait célébrée.

Cette donnée, d'ailleurs, est dépassée ou débordée sans cesse par le récit. Le nom même du poème indique assez quelle place la guerre faite devant llios a prise dans le développement. Il y a là, sans doute, surabondance et, quelquefois, disproportion des parties. Les récits de combats se multiplient avec excès ; ils no^s paraissent longs; et ils ont paru tels, probablement, au public grec lui-même, dès que Vlliade a formé un ensemble, surtout dès qu'elle a eu des lecteurs. Ce défaut, qu'on ne doit pas nier, tient évidemment à la manière dont le poème a été composé ; il résulte des accroissements successifs qui l'ont fait ce qu'il est. Mais cette extension même n'a pas peu contribué à lui donner sa valeur nationale. C'est gnkeàces descriptions de combats qu'il est devenu une représentation complète des mœurs guerrières de la Grèce primitive; c'est parce qu'il a pu être considéré comme une histoire abrégée de la guerre de Troie qu'il a pris pour les Grecs une place unique entre les monuments du passé. D'autre part, au point de vue même de l'art, l'oubli de la donnée première, dans les parties de Vlliade, n'est pas sans compensation. Un des charmes du poème, c'est sa variété ; et cette variété eût été impossible sans cette liberté de composition. Entre lesscènes de fureur guerrière et de massacre, le regard se repose sur des tableaux" de nature toute [différente : l'assemblée tumultueuse du second chant, la revue d'Agamemnon, Hélène

sur le rempart, la visite d'Hector à Hécube, à Hélène et à Andromaque, l'arrivée du char de Poséidon traversant la mer, la séduction de Zeus sur le mont [da, son réveil et sa c.lère, l'entretien de Patrocle et d'Achille, la douleur de ce dernier, la fabrication de ses armes merveilleuses, le débordement du Xanthe, les jeux funèbres en l'honneur de Patrocle, la supplication du vieux Priam aux genoux de son ennemi. Sur un fond uniforme, l'invention poétique a brodé toute une succession d'épisodes, qui, sans cesse, renouvellent l'intérêt et délassent l'attention.

Ces épisodes ne diffèrent pas seulement les uns des autres par les sujets; il ya aussi entre eux diversité de ton et, si l'on y regarde de près, diversité de manière. Mais il est renianiuable que ces disparates se fondent en définitive dans une harmonie totale, ciui satisfait le goût. Cela s'exi)lique par ce fait que toutes ces parties relèvent d'une même tradition d'art, gràre ù laquelle elles se ressemblent plus encore qu'elles ne din'èrenL L'art épique, que nous avons déjà défini plus haut à grands traits, et dont nous allons essayer de montrer maintenant quelques-uns des caractères dans Vlliade, a vieilli de bonne heure, à mesure que se sont développés le lyrisme l't le drame. En vieilli^^sant, il a pris, pour ainsi dire, plus d'uniformité et d'harmonie intime. A distance, les nuances légères

deviennent invisibles; les grandes teintes seules frappent les yeux.

5. Caractère religieux et héroïque de Vlliade. — Naïveté de croyance. — Les dieux et les hommes. - Idéal et réalité. — Moralité du poème<. — l ne des choses (iui,dans

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