Aristote, Rhét., I, 7, ?A
'?. Slésimbrote, dans Plutarque, Périclès, 8, 6.
•i- Tb û<j.»iXévouv to3to x«Î TiXiffioup^ôv {Phèdre, p. 270, A).
rien écrit, sinon, dit Plutarque, les décrets qu'il fit passer. La littérature attique en prose est sortie tout entière du mouvement d'idées qui se résume dans l'apparition de la sophistique et de la rhétorique, au milieu du v» siècle. Alors seulement, les orateurs eurent l'idée d'écrire leurs discours. i;histoire, qui va devenir comme une province de l'éloquence, naît en même temps sous cette forme nouvelle. Et quant à la philosophie, elle sort non moins directement dr la sophistique et de la rhétorique, étant suscitée par l'opposition que ces deux arts provoquent chez certains esprits. Ainsi toute la prose attique, sous ses trois formes essentielles, a son origine dans cette curieuse révolution intellectuelle, née hors d'Athènes, mais qui n'a pris toute son importance qu'à Athènes et grâce à Athènes.
2 La rhétorique sicilienne. ~ C'est la Sicile qui a donn«' naissance à la rhétorique, c'est-à-dire à l'étude méthodique de l'éloquence, à la théorie des procédés à l'aide desquels on i)eut faire des discours persuasifs. Aristote nous apprend quelle en fut l'occasion. A la suite de l'expulsion des tyrans (vers 46ii), de nomhreux procès civils s'engagèrent pour la revendication des propriétés qui avaient été illégalem. al confisquées par eux ^ La pratique des déhats judician.s suscita la théorie du plaidoyer. Gorax, puis Tisias, en e. rivirent les règles dans des traités (lé/vai) qu'Aristote lisait encore; en outre, ils tinrent école de rhétorique et ^p tirent payer par leurs élèves des leçons dont l'utilité pratique était reconnue.
En quoi consistait cet enseignement? L'objet de la rlnlorique, d'après Corax et Tisias, est de créer la persuasion, qui résulte de la vraisemblance (tÔ cîxd;). Il ne s'agit donc pas de chercher le vrai; il s'agit de chercher comment une idée, étant donnée, peut être présentée à des auditeurs de manière à leur paraître vraisemblables. Cette distinction
1. Aristote. ci lé par Gicéron, Brutus, 46. 1. Platon, Phèdre, 21)7, 272, etc.
LA sophistique; antiphon; SOCRATE
semblait immorale à Platon : elle n'est cependant pas immorale en soi ; l'idée la plus vraie ne sera pas acceptée du |>ublic si l'orateur ne sait la rendre vraisemblable; il faut donc, dans l'intérêt même de la vérité, que l'orateur étudie cet art de la persuasion. Pour arriver à ce résultat, Corax et Tisias ne faisaient pas une analyse savante des ditîéronles sortes de raisonnements oratoires, comme Aristote l'a fait plus tard; ils procédaient d'une manière plus concrète et plus simple, plus pratiquement efficace aussi, et qui est encore en usage. Ils procédaient par des applications et des exemples; ils faisaient étudier à leurs élèves une question typi(|ue successivement sous ses deux faces, c'est-à-dire du point de vue de l'accusation et du point de vue de la défense ^ Peu soucieux d'art et de style, ils enseignaient cependant à classer les idées essentielles d'un plaidoyer dans un ordre facile à saisir ; ils distinguaient Texorde, la discussion, probablement aussi la narration. Ils faisaient apprendre par cœur à leurs disciples des modèles de plaidoyers, des plans d'argumentation, et ils obtenaient ainsi, d'après Aristote, des progrès rapides.
En somme, cette rhétorique naissante était déjà très pratiqua, très rouée; mais elle n'était ni philosophique ni artiste. Il est probable que son inlluence eût été restreinte, si elle ne s'était rencontrée, à ce moment même, avec la sdidiistique naissante, qui s'en empara et aussitôt décupla sa puissance d'action.
3. La sophistique. — Le mot sophiste y en français, dési;:ne habituellement un homme qui fait un raisonnement captieux. En grec, aoçi^rrî; a déjà ce sens au iv« siècle, surtout chez Aristote. Mais c'est là un sens dérivé : proprement, le ao^iairl; est celui qui fait profession de <joçta, c'est-à-dire de science; et, comme le mot «science» peut désigner des choses fort différentes selon les temps, il airi\ e que Pindare, par exemple, appelle « sophistes » ceux
1 A"istote. Béf. des sophismes, c 34.
LA SOPHISTIQUE ; ANTIPHON ; SOCRATE
qui cultivent la poésie. Mais, au milieu du v« siècle, on prit l'habitude de désigner particulièrement sous ce litre un groupe d'hommes, au premier rang desquels figurent (.orgias et Protagoras, qui faisaient profession d'apporter à la Grèce une science nouvelle, qui prenaient hardiment euxmêmes cette appellation encore honorable de « sophistes », et qui offraient leur science à prix d'argent.
Cette science était en effet fort nouvelle. D'abord rlle répudiait nettement toutes les recherches sur la nature dos choses et sur les dieux. Gorgias posait en principe ces tn.is propositions: 1° l'être absolu n'existe pas; 2» s'il existait, il serait inconnaissable; 3» s'il était connaissable, il seiail inexprimable. Protagoras disait, de son côté, que l'homme était la mesure de toutes choses, que Texistence ou la nonexistence des choses n'avaient aucune réalité en dehors de lui; en d'autres termes, l'univers n'était que l'ensemble d.s idées que l'homme s'en faisait. Quel était donc l'objet d.* la vraie science? Uniquement la vie pratique, les choses ulilts à l'homme. 11 y eut des sophistes qui discoururent sur la stratégie, sur l'hoplomachie, sur la lutte. Hippias avait la prétention de parler sur tous les sujets et de savoir tous l.s métiers. L'emploi le plus haut de la science, c'était naturellement de donner à l'individu ce que Gorgias appelait la (( vertu politique», c'est-à-dire l'ensemble des qualités qui permettent aux citoyens de jouer dans la cité un rôle éminent. Or, parmi ces qualités, l'une des premières était le maniement facile de la parole. L'art de la parole, sous ses deux formes principales, l'éristique et la rhétoriiiu'N devait donc être un des objets essentiels de l'enseigipment des sophistes. L'éristique, née dans l'école d'Élée, était l'art des discussions subtiles entre gens du métier; c'était une gymnastique de l'esprit. La rhétorique était l'art des discours publics, l'art qui permettait à un orateur de gaguer sa cause dans une assemblée politique ou devant un tribunal. Peu importait que la cause fût bonne ou mauvaise :
d'après la doctrine de Protagoras, aucune cause n'était en soi bonne ou mauvaise ; elle était ce qu'on la faisait paraître. Le triomphe de l'art, suivant un mot sans cesse répété par les sophistes, c'était justement de « rendre plus fort le discours le plus faible » (tôv r^x-cto Xdyov xpetxTtu 7:oieîv), en d'autres termes de donner assez de vraisemblance à une thèse qui semblait d'abord absurde pour lui assurer la faveur de l'auditoire. La rhétorique des sophistes, en ce point, rejoignait celle des Siciliens, mais avec une bien autre portée philosophique et sociale.
La sophistique obtint à Athènes un succès prodigieux : elle tourna toutes les têtes, même les plus solides. Ce grand succès n'est pas difficile à comprendre. Le dédain des sophistes pour la métaphysique ne devait pas déplaire à l'esprit athénien, peu porté par lui-même aux recherches purement spéculatives : il se soucie moins de la nature que de la cité, de la science pure que de la politique et de la morale. La métaphysique même de Platon est étroitement liée à la morale. L'Athénien est par excellence un « animal politique». A cette date surtout, il déploie son activité pratique en tous sens, avec une ardeur infatigable. Or, ce que lui apporte la sophistique, c'est justement un moyen de rendre cette activité plus habile, plus sure du succès. Les raisonnements subtils ou captieux de l'éristique, loin de le rebuter, l'amusent et le prennent par son faible. Les prestiges de la rhétorique l'éblouissent, et il y voit une arme en même temps qu'une parure. Toute la génération de la guerre du Péloponnèse subit le charme des nouveaux maîtres; il n'y eut pas un jeune homme riche et ambitieux qui ne cherchât à s'assurer la force mystérieuse dont ils disposaient, pas une intelligence éprise de beau langage qui n'admirât leurs tours de force oratoires.
La sophistique a été jugée très diversement. En général, on la condamne, comme l'avaient condamnée Platon et Aristote, au nom de la vraie science et de la vraie morale.
Cependant, elle a trouvé aussi des défenseurs, surloui; parmi les savants anglais : on a fait valoir Thonnôteté personnelle de Gorgias et de Protagoras, les nobles prédications morales de Prodicos, le savoir encyclopédique d'un. Hippias, les belles maximes d'un Alcidamas, la sage réserve de toTis à l'égard des problèmes insolubles Quelle que suit la part de vérité que renferment ces apologies, on i)eul affirmer que la sopbistique a été surtout une école .Uscepticisme théorique et pratique, et par conséquent uur dangereuse école. Son tort grave est d'avoir été foncièrement indifférente à la vérité, étrangère à toute recherche patiente et sincère, éprise avant tout du cliquetis des mots, plus soucieuse de persuasion que .le savoir, attachée en tout à l'apparence, à l'effet extérieur et immédiat Elle manque de sérieux et de probité intellectuelle. Par là, elle a certainement fait beaucoup de mal à l'esprit grec, qui n'avait pas besoin de pareilles léchons, et qui, plus tard, n'en a que trop profité.
Cela dit, pourtant, il faut reconnaître aussi ses mérilys. Si elle n'a rien fait pour la science, elle a beaucoup lait pour l'art de la parole. L'éloquence d'un Thucydide, celle d'un Démosthène lui doivent une part de leur beautr. Même l'exquise perfection d'un Platon, si différente cL- la rhétorique des sophistes, si opposée même à leurs principes, n'aurait probablement pu naître s'ils n'avaient d'abord existé. Sous la direction des sophistes, Athènes lit vraiment sa rhétorique; elle sortit de là mûrie, assouplie, rompue à toutes les difficultés de la pensée et du styl", capable enfin de produire en prose des œuvres vraiment éloquentes. Hérodote, nous l'avons vu, n'était pas à propivment parler éloquent. Les orateurs véritables n'écrivainit pas leurs discours. C'est la sophistique qui, en faisant de la parole une élude méthodique et passionnée, apprit aux orateurs l'art de retrouver à tête reposée, la plume à la main, les inspirations heureuses de la tribune, mais con-
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densées, concentrées, amenées à la perfection de la forme et en état de durer éternellement ; grâce à Gorgias et à ses émules, les orateurs, d'improvisateurs qu'ils étaient, devinrent écrivains.
4. Les principaux sophistes : Protagoras. — Le premier en date, au moins parle temps de son enseignement à Athènes, sinon par la naissance, est Protagoras. Il était né à Abdère, vers 485 probablement. Après avoir étudié la philosophie d'Heraclite, il s'en détacha, et commença, vers trente ans, à exercer le métier de sophiste. Il allait de ville en ville, donnant des leçons d'éristique, attirant des auditeurs et des disciples en foule. Le début du Protayoras de Platon nous donne une vivante image de l'enthousiasme et du respect extraordinaire qu'il excitait parmi la jeunesse. Il fit à Athènes de longs séjours et connut Périclès, qui aimait, dit-on, à discuter avec lui. Il devint fort riche. Vers l'Age de soixante-dix ans, une accusation d'impiété l'obligea de quitter Athènes. Il mourut peu après dans un naufrage.
Les écrits de Protagoras étaient nombreux. Les plus importants semblent avoir été un ouvrage intitulé la Vérité 'AÀrj6eia), où il exposait son scepticisme métaphysique, ^t un traité d'éristique dont le titre est mal connu. Il nous ^n reste trop peu de fragments textuels pour qu'il nous soit aujourd'hui possible d'apprécier Protagoras comme écrivain. Nous voyons seulement qu'il écrivait en ionien, et que son style avait gardé quelque chose de la grâce ionienne. Lui-même se donnait pour un dialecticien plutôt que pour un orateur proprement dit. Il avait étudié, le premier, les questions grammaticales : il est le fondateur de la grammaire grecque. Bien qu'il voulût être avant tout un maître d'éristique, il était fort éloquent. Le Protagoras de Platon nous donne bien l'idée de ce que pouvait être une leçon de Protagoras : d'abord un mythe allégorique, ensuite un discours suivi, puis un commentaire explicatif
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de quelques vers de Simonide ; le tout ample, aisé, d'une belle venue, mêlé d'élévation et de finesse, sans rien qui choque le sens commun, mais sans la précision philosophique que réclamait Socrale.
5. Gorgias. — Tandis que Protagoras était surtout un maître de raisonnement, Gorgias, au contraire, voulut être orateur et maître de rhétorique. Né à Léontium, on Sicile, vers 48"», il fut élève, dit-on, d'Empédocle et de Tisias. En 427, il fut choisi par ses compatriotes pour aller en ambassade à Athènes. C'était la première fois qu'il y venait; il y obtint une vogue extraordinaire. Il mourut à près de cent ans, après une existence toute consacrée à son art, qui l'avait prodigieusement enrichi.
On lui attribuait un ouvrage philosophique intitulé ironiquement De la Nature y ou du Non-être (Ilepî ?u«w; rj loi [17) ovTo;), divers écrits de rhétorique et quelques discours d'apparat (Vythique et Olympique^ où il exhortait les (irecs à la paix; Oraison funèbre pour des guerriers athéniens; Éloges de personnages mythologiques ou réels, les uns sérieux, les autres simples paradoxes et jeux d'esprit, de ceux qui s'appelaient des raiyvca). Il nous reste, sous le nom de Gorgias, outre divers fragments, deux de «es «aÎY^ia, que les meilleurs juges inclinent à croire authentiques. Si l'on joint à cela les pastiches admirables que Platon a faits de son style, on peut dire que nous connaissons bien Gorgias, qui d'ailleurs est peu compliqué.
Ce qui le caractérise, c'est d'avoir voulu être un virtuos»* en paroles. Il n'est pas seulement un dialecticien, préoicupé du squelette du discours; il vise à la beauté du langage et se préoccupe d'enchanter l'oreille autant que d'amuser l'esprit. Il aime l'éclat, la grandeur; il dédaigne le genre judiciaire, comme trop simple, et préfère le genre politique, mais surtout le genre épidictique ou d'apparat, qui lui permet de déployer hardiment toutes les magnificences ou toutes les gentillesses de son style. 11 a
d'ailleurs, parmi beaucoup d'affectations et de puérilités, quelques vues très justes; il a le sentiment de quelquesunes des beautés qui conviennent à la prose, et il a exercé une influence manifeste sur un aussi grand écrivain que Thucydide. Il vaut donc la peine d'y regarder d'un peu plus près.
Ses innovations portent sur le vocabulaire et sur la phrase. Ionien de naissance (car Léontium est une colonie de Naxos), il écrit en dialecte attique : par là il rend hommage à la prépondérance croissante de l'atticisme et marque un juste pressentiment de l'avenir. Mais l'attique dont il use n'est pas le simple langage parlé : c'est un langage composite, où se mêlent savamment, d'une part, de vieux mots, des mots poétiques et sonores qui donnent au style de la noblesse ; de l'autre, des termes nouveaux, créés par l'écrivain lui-même, ou renouvelés par un emploi insolite, et destinés à exprimer des nuances d'idées plus fines que celles qu'exprime la langue courante : c'est ainsi qu'il aime les mots abstraits, les substantifs tirés des verbes, les adjectifs et les participes employés substantivement. Dans la construction de la phrase, il s'inspire du même ••>prit : éclat, beauté, noblesse d'une part, de l'autre vij;ueur et précision, voilà ce qu'il cherche toujours. Il ne Niit pas encore construire une ample et souple période, • apahle de donnera la phrase la grandeur et le poids {grantasj. Mais il a compris que l'éloquence a besoin de force encore plus que de grâce, et il cherche une forme de phrase qui ait du nerf et de la précision. Il trouve la forme antithétique (f^ àvTixEiîxévr, ÀéÇi;), si conforme au génie de la (irèce, qui a toujours aimé à rendre les idées plus précises en les opposant ({aév, hé) ; ce qui n'avait été jusquelà qu'un instinct devient un procédé. De plus, Gorgias accentue et souligne ses oppositions par des assonances initiales ou finales (otAoïoxocTapxta, ôjxoioTsXeu-ra), par l'égalité du nombre des syllabes (rcipiaa), par l'analogie des
formations verbales. Le grand défaut du style de Gorgius, c'est le néant de la pensée. Il a très justement orient.' la prose altique dans la voie de la noblesse, de la i)ré(ision, du nombre oratoire. Mais lui-même n'a pas su mar( lur dans cette voie, parce qu'il n'avait que les apparences Je ces qualités, et rien de sérieux à dire. Ses phrases sont pleines de mots et vides d'idées ; son abondance esl stérile ; ses constructions ont trop de fausses fenêtres; sou luxe est froid et lourd; comme il n'a que des procrdi's et point d'inspiration, sa magnificence est raide et inonutone: elle fatigue vite. Au total, son vrai mérite est d'avoir ^té pour Thucydide à peu près ce qu'ïsocrale fut pour Démosthène ou Balzac pour Bossuet ; il assouplit l'instrument avant de le remettre aux mains du grand arli>lr: rôle secondaire, non méprisable pourtant.
6. Sophistes du second rang. — A côté do dorgias cl île Protagoras, quelques sophistes encor»* ont joué un rôle notable, bien qu'inférieur à celui des deux premiers.
C'est d'abord Prodicos, de Céos, de quinze ou vingt an> plus jeune que Protagoras, qui avait écrit probableineul sur divers sujets, mais qui fut surtout célèbre comme professeur de morale et professeur de style. Il enseigna longtemps à Athènes et y devint fort riche. Sa morale ét.nl la morale traditionnelle, mais ingénieusement rajeunie par de fines observations et des imaginations heureuses. \t imphon, qui fut peut-être son élève, s'inspire de lui, dans W récit du mythe d'Héraclès entre le Vice et la Vertu ^ So< rate lui-même, sans l'apprécier comme savant, reconnai»ait son mérite de moraliste pratique, et lui renvoyait volontiers ceux de ses disciples chez qui il ne trouvait p i> le véritable esprit philosophique. Ses études sur la lan-'ue paraissent avoir offert beaucoup d'intérêt. Il donnait une extrême attention à la «justesse des mots «(opôotTjç ôvo^AaTtov), c'est-à-dire à la distinction des synonymes et à l'analyse
i. Mémor., II, 1, 21 et suiv.
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de 1 acception précise de cha<|uc terme. Il est sans cesse (jUP>lion de ces recherches dans Platon, qui s'en amuse fort: l'idée que Platon nous donne de Prodicos est celle (liin jM-dant pointilleux, qui s'enferme dans ses distinctions de mots et n'en sort plus '. Le portrait ost plaisant, niai< tout, dans ct-t effort pour être précis, n'était pas uiauvais, tant s'en faut. Thucydide, Xénophon, Isocrate ui-m«''me ont souvent imité ces distinctions de Prodicos, quia certainement appris à ses successeurs à porter dans le choix des termes plus de justesse et de fine précision : or(Vstlà, en toute prose vraiment classiciuo, une qualité fondamentale.
Hippias d'ÉIis, qui tient une assez grande place dans les dialogues de Platon, est un peisonnage qui paraît avoir été assez ridicule par ses prétentions encyclopédiiiues. Il parlait sur toutes choses, sur le ciel, sur la géométrie, sur les syllabes, sur les rythmes, sur les généalogies des héros, sur la morale, en un style redondant et fleuri, dix fois plus riche en mots qu'en idées; avec cela, capable de faire luim»''me ses vêtements et ses souliers.
Mentionnons encore un autre personnage assez curieux, Stésiinbrote de Thasos, sophiste aussi, puisqu'il donnait à prix d'argent des leçons de morale où il expliquait Homère, mais sophiste un peu à part des autres, étranger à la rhétorique, ennemi du temps présent, des nouvelles mœurs et de la démocratie, adversaire de Périclès, admirateur de Cimon, et qui avait écrit Sur Thémistocle, Thucydide^ et Péricicfi une sorte de pamphlet où Plutarque a souvent puisé.
7. Antiphon. — Les sophistes ont fait faire des progrès à la théorie de l'éloquence et au style. Mais, en dehors du genre d'apparat, ils n'ont laissé aucun modèle. L'honneur d'ouvrir, dans le canon alexandrin, la liste des dix ora-
t- V(,ir surtout Protagorax, p. 337, A-G.
î- Il s'agit de Itiomme d'État, non de l'historien.
418 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GREajL'E
leurs classiques était réservé à un Athénien de la vi.iHe çoche, à la fois rhéteur et orateur, contemporain des (iurgias et des Prolagoras, un peu plus jeune cependant, Auiiphon de Rhamnonte, le maître elle prédécesseur imiii.Miui de Thucydide'.
Antiphon, tils de Sophilos, naquit dans le dème athéui. n de Rhamnonte, vers 480. Sa vie, consacrée sans doute imii entière à son art, n'a laissé presijue aucun souvenir. Sa lin. au contraire, grâce à Thucydide, est bien connue: ii\aiii pris une part importante à la conjuration aristocrali.nu' des Quatre-Cents, il fut enveloppé dans leur ruine, il avaii été, selon Thucydide, la véritable tête de la conspiialiMii. Après le rétablissement de la démocratie, il fut hccm^' ,1. trahison et condamné à mort (411). A propos de ces luih, Thucydide a tracé d'Antiphon un portrait célèbre, .|ui tranche, par la vivacité de l'admiration, sur la rés«M v. ordinaire de rhistorien '^. « Antiphon, dit-il, n était infrii. m à aucun Athénien de son temps pour la vertu, et il élail lpremier pour le talent de concevoir et pour celui dexprimerses jiensées; il ne parlait pas dans l'assemblée, ni, à moins d'y être contraint, devant les tribunaux, i»art» >\w sa réputation d'éloquence mettait la foule en déliaucr à son égard; mais ceux qui avaient des luttes à soutenir, >oil devant le peuple, soit devant les juges, trouvaient en hii k plus utile conseiller... Le discours qu'il prononça pour sa propre défense, quand il fut poursuivi en raison de sa i»ai1 dans la révolution, est certainement le plus beau plaidoy.r qui ait jamais été prononcé jusqu'à nos jours. »
L'antiquité lisait, sous le nom d'Antiphon, des ouviaL'es nombreux, de genres différents: d'abord, des ouvrages Lnseignement oratoire, puis des discours propremeni lit^