‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 130 sur 264 · A constater · texte numérisé non relu

A constater

Cucuel, Essai sur la langue et le style de Vorateur Anr>i'hon.

Paris, 1886.

•2. Thucyd., VllL 68.

LA SOPHISTIQUE ; ANTIPHON ; SOCRATE

riifin quelques écrits d'un caractère épidictique et sophistique que l'on attribuait le plus souvent, depuis Didyme,à un autre Antiphon (juc l'orateur.

Pai nii les écrits du premier groupe, nous n'avons plus ni >on Traité de rhéturique (Té/vt; pTjTopurî), que certains d'ailleurs considéraient comme apocryphe, ni son recueil iïExordes et Péroi'aisotis iUpoo'.[xioi xal Ir.iXo^oi)^ l'un des plus aiuMons exemples d'un genre de recueils qui répondaient à un-rveille aux besoins de l'enseignement pratique, et qui se niulliplièrent fort par la suite : les plaidoyers des orateurs altitjues nous montrent en effet que les exordes et les pércraisons du genre judiciaire furent fixés de bonne heure dans leurs lignes essentielles, et que certains exordes se transportaient parfois presque textuellement d'un discours ù un autre. Mais il nous reste un très curieux ouvrage intiliilt- : Tétralogies. Ce sont trois groupes formés de quatre discours chacun : accusation, défense, réplique de l'accu- >ation, réplique de la défense. Certains critiques contestent lauthenticité des Tétralogies^ mais sans aucune raison dé- «isive. D'autres leur refusent à peu près tout mérite: c'est là une grande erreur. Les Tétralogies ne sont pas de vrais discours, et il ne faut pas leur demander les mérites qu'on alUnd d'un discours réellement prononcé devant des juges: ce sont des œuvres d'école, des schémas de discours. Si l'on tient compte de ce caractère, on est obligé de reconiiailre (|ue l'art qui s'y montre est en réalité très remar-- '|ual»le. L'absence de toute maîière concrète le fait sans doute ressembler à un jeu d'esprit qu'on est tenté de trour ver frivole : en réalité, ce sont des exemples très subtils, très pénétrants, de la manière dont on peut tirer d'un fait donné des arguments en faveur d'une thèse. La subtilité tlfe la pensée est poussée au dernier point, mais ^sans aller jusqu'au pur jeu d'esprit : l'argumentation, quelque subtile 'iu'elle soit, pourrait passer presque sans changement dans un plaidoyer réel. Prenons un exemple. Un homme a. été

.Aaâ^si,:

tué : par qui ? 11 n'a pas éU't dépouillé ; sou esclave, iriorl depuis, a accusé un ennemi de la victime. Tout se i» uuii contre cet accusé, la vraisemblance et les témoii:n;i;;rs. Antiphon va tour à tour raellre en œuvre ces éiémeiil- ,|.. preuve et les rél'uler. Sans analyser les (luahc discours, il suffit, pour saisir sa méthode, de considérer à part nu.' seule idée, qu'on suit à la trace, j)our ainsi diie,<l«' <li-. uuy^ en discours: 1° rncvusattui-: ce ne sont pas des voleiii> qm ont fait le coup, car la victime n'était pJis dépouillé» . - 2" le défenseur : les voleurs ont pu être interrompu-: - 3« l'accusateur : s'ils avaient été interrompus, les surven.iniv l'auraient dit ; — 4*^ /c défenseur : les survenants onleu|H'iu et se sont tenus cois. — H n'y a |>as un plaidoyer ré^l .pu ne contienne des raisonnements de celle sorte, et Anli|»linii ne faisait pas une amvre frivole en habituant ses tlis« iji|.'> à en découvrir dans la cause qu'ils avaient à soutenir. ~ D'autres arguments, d'un caractère plutôt |)sycholot;i'|ii' , sont également fort curieux. Antiphon connaît le co'ur .l»l'homme en ijénéral; il connaît aussi ses contemporani>. Il sait qu'un juge est toujours porté à craindre la resI)0ll^abilité d'une sentence irréfiarable. Il sait aussi qu'un juiie athénien éprouve ordinairement de la bienveillance pour un homme simple, pieux, ami du peuple. Il tire do là d'excellents moyens de défense. — Le style, enfin, né. — sairement un peu sec, est déjà tout attique par la pn Vision et la vigueur. L'auteurdistingue les synonymes connue Gorgias; comme tous les sophistes et comme Thucydiilo. il oppose l'apparence à la réalité, la vraisemblance au lail. Il aime les adjectifs et les participes neutres pris subslanjtivement. Il a des alliances de mots hardies et expressives. Sa phrase a la raideur antithétique de celle de fiorgias,avec plus de sérieux dans le fond des choses. Si les Tétralo>jies n'étaient pas d'Antiphon, il est difficile de dire à quel é rivain el à quel temps on pourrait les attribuer avec viuisemblance.

LA sophistique; antiphon; socrate 421

Des plaidoyers véritables d'Antii»hon, trois seulement nous restent, tous relatifs à des afi'aires de meurtre. On y relrouvc exactement l'art des Tétraloyies, mais enrichi et ase^oijpli parle contact de la réalité. Le plus important et \o (.lus rélèbre est le plaidoyer Sur le meurtre d'Hérode. Un (iL.yiu (le Mitylènea voyagé avec cet IIérode,quia disparu ;i Méthymne : le Mitylénien est accusé d'avoir tué son ronip.tL'uon de voyage; il se défend contre l'accusation. Dans lexorde, il se donne pour un lionime simple, inhabile à la parole (malheureusement, il dit cela en phrases trop savantes); il a confiance dans ses juges ; il invoque la sainletédeslois. Arriva la narration : le récit est court, net, entrecoupé de ténioii^nages et de réfiexions. Suit la discussion : d'abord celle des faits, ensuite celle des intentions, examinés les uns et les autres au point de vue de la vraisemblance, selon la règle des Tétralotjies et de la vieille rlM'luri.iue. Le discours se termine par le développement <!' Il ois idées générales ou lieux communs (-d;:oi; qui sont [lien en situation: d'abord la possibilité des erreurs judiciaires ; ensuite le passé poliliciue du père de l'accusé ; enlin, la protection visible des dieux, qui n'ont cessé de témoigner en faveur de son innocence. La péroraison proprement dite est un résumé des principaux arguments et un morceau sur les conséquences de l'arrêt, morceau qu'Antiphon a transporté de nouveau dans l'exorde d'un autre plaidoyer. — Tous les plaidoyers d'Anliphon sont des n-iivies de logofjraphe ; e'est-à-diie (fue l'avocat, selon lusa-e athénien, ne paraît pas lui-même devant le tribunal, m<'i> ' <»inpose pour le plaideur un discours que celui-ci r»' Ile ou lit, comme étant son œuvre personnelle. L'art du l<»g(»j,Taphe n'est pas tout à fait celui de l'avocat: il exige plus de simplicité, une habileté toute particulière à prêter a son personnage le langage de sa condition. Nous reviendrons sur ce point à picq)os de Lysias, qui a excellé dans ce genre si curieux, si vivant Chez Antiphon, le talent de

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s'effacer derrière le plaideur, de donner à celui-ci s;i vi;,i.> physionomie, n'atteint pas »'ncore au mémo degré do i>..rfection. î/orateur a beau dissimulor sa voix, c'osl bion lui qu'on entend. Mais cette voix est bonne à entondro. , ;,r c'est celle d'un homme qui discute avoc force ot avoc netteté.

Nous avons dit qu'un troisi^mo groupe d'écrits, qui portaient lo nom d'Anlipbon, étaient attribués, dès l'anti^initc. à un homonyme do l'orateur, à un certain « Anliplioii le Sophiste.', qui aurait été son contemporain. Hion, à vrai dire, n'est moins prouvé. Los principaux do ros écrits éliii.nl un traité Sur In Vérité (Ihol iXr.Oeia;), et deux dis. nm< moraux, Sur la Concorde [\U^\ ôjxovoîa;) ei Sur In PiflUi'inr (rioXiT'.xô;). Il nous en reste des fragmonts ass.'Z cnurls. mais inlérossanls. D'autres fragmonts plus longs, con>.rvpar Stobée sans nom d'ouvrage, somblont vonir «lu Ibv. ôjAovoiaç, Il y a eu certainemont plusieurs Antipluui au V siècle. Loijuol est l'auteur de nos fragments? Sans «nlivr à ce sujet dans une controverse qui no serait p.is i» i à ^i place, disons que les ressemblances outre le caracb'iv .lces morceaux ot colui dos ouvrages oratoires sont a-s.'7, grandes pour que des différences, faciles à exjdiquor parla différence des genres, ne pormottent pas d'on rofuser ;•).-lunient la paternité à l'oratour. Ils ne sont, d'ailleurs, nullement indignes de lui. S'ils sont réoUemonl do n.dn Aniiphon, il est curieux de notor (\ue ce haut ot ferm»' -l'H», si admiré de Thucydide, avait accordé son atlonlioii. lui aussi, aux problèmes qui avaiont occupé les i;orgias t 1<'^

Prot agoras.

Cicéron, parlant des orateurs grecs de cotto péri...!-, li' qu'ils avaient « de la grandour dans le langago, bo.ni< "»ip de pensées, une brièveté ploino de choses, et parli^. » cause de cela môme, un peu d'obscurité' ». Co ju-:. tu»»'

1. Cicéron, lirut»*, 7 : -< Grande» iManl verbis. crebri fipntenlii^ o^mpressione rerum brèves et ob eam ipsani causani interduni suIx.I-m un '

LA SOPHISTIQUE ; AN TIPIION ; SOCIIATE

résume à merveille l'impression que laisse la lecture du plus ancien des orateurs attiques qui aient écrit.

8. Socrate. — L'imago de co temps serait incomplète si, à ( (Mo des sophistes, on ne plaçait aussitôt la figure de Soiiato, leur grand adversaire, mais qui tient à eux par tant do points, par l'opposition niomo qu'il leur fit, ot aussi par certaines ressemblâmes. L'intluonce de Socrate est uni' dos plus étonnantes dont l'histoire fasso mention : non seulement la Grèce, mais l'humanité tout entière l'a subie ot la rossent encore. Il a fondé une religion philosophiijuo. Des Pères de l'Eglise l'ont regardé <:omme un préiMirseur du christianisme. Joan-Jacciues Rousseau, dans un nimroau célèbre, le compare et l'oppose à Jésus. De nos jours encore, son nom et sa pensée se rencontrent sans (•<'«e dans les préoccupations des penseurs. Il n'a laissé aïKMin livre ; mais, par ses disciples, il est lo père d'une imiiienso littérature toute mar([uéedo son empreinte. Il est <loin' légitime et indispensable do lui fain* une place dans riii>loirelilt<''rairo, cpii eut été, sans lui, toute différente de <•.' (pi'elle esL Nous n'avons point, d'ailleurs, à examiner minutieusement ses doctrines: il s'agit seulement do oaractt'risf r en quelques mots sa physionomie et son rôle •.

Socrate, fils du statuaire Sopbronisque et de la sagofonime Phénarète, na(iuit à Alhèuos, on 470 ou 469. La " onilition de ses parents était modeste, sans être basse. Il < ouuueuoa par être sculpteur, comme son père, et acquit même (juelquo réputiition, s'il est vrai qu'un groupe des tiiiices vêtues, que Pausanias a vu à l'entrée de l'Acropole, làl, oomme on le disait, l'œuvre du pbilosopho. Tout en l'aidant do la sculpture, il entendit parler des recherches

I A consulter :

A. Fouillée, Philosophie de Socrate, Paris, 1874: Boutroux, Socrate fondateur de la science morale (Mémoire de 1885, lenieilli par l'auteur dans ses Études dlnstoire de la philosophie^ l*Hris, 1897).

HISTOIRE DE LA LlTTÉRATl RE GRECQUE

LA SOPHISTIOLE ; AMIPIION ; SOCRATE

des plùlosophos. Anaxagore et Zenon élaiont dans la force de rûge. Protagoras, dorgias, Prodicos commenraicnl à sf» faire connaître. Le jeune Socrale fut initié à ce moi,v'. ment d'idées, et se donna dès lors tout entier à la pli il<. Sophie. En dehors de son apostolat pliiloso|thique, les circonstances extérieures de sa vie qui méritent un souvenir >onl peu nombreuses. Comme lioplitc, il combattit an sièt:*' dp Potidée (432-429) et à la bataille de Délium (424) : sa bravoure, son endurance firent l'admiration général.-: à Potidée, il sauva Alcibiade blessé*. Mak'ré sa volonl'- <!.> rester ébugné de la vie poIiti(jue, il dut présider, «mi i'I». l'assemblée qui eut à se prononcer sur la procédiii. ;i suivre contre les généraux des Arginuses : les passions populaires exigeaient qu'on les jugeât tous en bloc, ni.ili:iv la loi; Socrate ne voulut pas mettre aux voix la pioposilion et faillit être victime de sa résistance'-. Sous la Ivr.iiinie des Trente, chargé de procéder, avec trois autres citoyens, à une arrestation illégale, il osa seul refuser, et eût cei l.iinement payé son courage de sa vie si les Trente n'avaient été presque aussitôt renversés. En 390, après le rétabli- ment de la démocratie, Mélétos, Anytos et Lycon accus, r.nl Socrate d'introduire des divinités nouvelles et de corroinpro la jeunesse. Une violente réaction religieuse se produix.iil dans l'opinion populaire : on englobait dans la neino haine les aristocrates, les philosophes et les ennemis les dieux. Socrate, déjà confondu par la comédie ave( l«^s représentants de l'athéisme et du scepticisme, fut victime de cette confusion, qu'il n'essaya d'ailleurs pas de dissip r. Jugeant sans doute qu'il ne pouvait continuer son ap(»~lolat dans un milieu devenu hostile, et pensant peut-être (lu'il avait assez vécu, il dédaigna de se défendre sérieuseiii' il.

\. Platon, Banquet, p. 219, E. et suiv. Une tradition poslériciin' le montre sauvant Xf^nophon à Délium : mais Xénophon n'a pu combillre à Délium.

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