‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 131 sur 264 · Xénophon, Mém., I, 1, 18 (et ailleurs · texte numérisé non relu

Xénophon, Mém., I, 1, 18 (et ailleurs

Il fut condamné à mort. On le mit en prison pour y fitlcndre le retour de la trière sacrée qui venait de partir pour Délos. Il pouvait s'évader, mais il n'y consentit pas. Au bout de trente jours, la trière revint ; la période sainte, prntlant laquelle aucune exécution ne pouvait se faire, était terminée. Le soir même, Socrale but la ciguë, au milieu de ses disciples, avec une sérénité qui lit de sa mert même le dernier acte de son apostolat, le plus persuasif et le plus beau : le récit du Vliédon est une des pages les |ilus émouvantes, les plus simplement sublimes qu'il y ait dans aucune littérature '.

Socrate est d'accord avec les soidiistes pour condamner les recherches des philosophes physiciens : il estime qu'elles portent sur des objets inaccessibles à l'homme, et que, même si elles pouvaient aboutir, elles seraient sans utilité. Son point de départ philosophique est donc exactement le même (|ue celui «h' Protagoras et de Gorgias.

Mais cet accord ct'sse aussit(U. Tjuidis que Protagoras et (ioiuias, parlant de ces principes, se jettent dès lors, sans antre précaution, dans la recherche de l'utile et croient l'alleindre, notamment, par l'acquisition d'une rhétorique fallacieuse, Socrate pense tout autrement. Il croit qu'on ne j'cnt distinguer ce qui est réellement utile que par une connaissance exacte des choses, et que, pour arriver à "Ile connaissance, il faut user d'une méthode prudente dont les sopliistes et les rhéteurs n'ont aucun soupçon. La première chose à faire, pour le philosophe, est donc d'avoir iin^ méthode sûre ; la doctrine suivra.

Cette notion de la nécessité tl'une méthode est, à cette

1- Sncrato fut marié. Sa femme, nommée Xanlhippe, était devenue, "''S r;intj(|uH('. h'jîendaire par la difliciilté de ison humeur : un beau I>asso},'(' dfs Mêworahles (II, 2) montre que Socrate savait reconnaître, *"ii- Il méchante humeur de sa femme, los qualités solides qui en étaient la o,,nlre-partie. L'aîné des fils de Socrale. nommé Lamprocl''>s, était uPjii ;:rand au moment du procès; deux autres le suivaient, beaucoup plus j-'unes. Toutes les histoires relatives à deux mariages de Socrate sont plus que suspectes.

âLâ»L^.

UISTOIRE DE LA UTTÉRATUBE (;RECQUE

LA sophistique; antiphon; socrate

date, aussi nouvelle qu'importante. 11 n'y a pas «le sciiMw,.

îians méthode ; or les anciens philosophes l'avaient ignoir. L.i

méthode de Socrate est la dialectique, «''est-à-diro Pari ,|,.

procéder à l'analyse des idées par conv<'rsation, par .1. .

mandes et réponses. Les discours suivis de la rhéloi i.ju.-

comportent beaucoup d'obscurités et de confusions «lui

passent inaperçues dans le mouvemeni de la parole, l.a

dialectique a pour objet de les noter et de les éclaircii'. A

chaque pas, les deu.\ interlocuteurs s'assurent qu'ils > ru-

tendent exactement, qu'il ne subsiste nulle équivcipif.

nulle contradiction dans leur pensée, qu'ils sont d'accord à

la fois entre eux et avec leurs aflirniations antérieures. La

contradiction est un signe d'erreur; les idées vraies <on(

celles qui se lient sans se contredire. A l'aide de la dial.'. -

tique, Socrate réfute les sophistes : il examine leurs aflii-

mations, les décompose, en fait ressortir les eontradiction*

intimes, les ruine ainsi définitivement, avee ras<enliiiniil

des auditeurs et de l'interlocuteur lui-même. Mais la tli.i-

leclique ne se borne pas à (b'Iruire et à réfutei- : file dnil

aussi mettre des idées vraies à la place des itiées fau<-f's.

■substituer la science à l'erreur. Elle y arrive par la m- m-

Yoie. Socrate croit que la vérité est au fond de nos es|ii ils

mais obscure, enveloppée de voiles qui la dérobent. H >*ai:ii

donc d'« accoucher») les esprits mnïentique\ de metlr»* au

jour cette vérité caehée. La dialectique examine bs ( li ^

semblables en les comparant les unes aux autres. l'Il- < n

dégage le caractère ijénéral. Klle les définit et les < 1. -• .

Par l'induction et la définition, elle constitue hi s< i. n».

proprement dite.

La science de Socrate est surtout une science des cli •>»> morales, car ces choses sont à ses yeux les plus in téi estantes, les plus utiles à l'homme. Il n'exclut pourtant p-i; les arts pratiques : il cause volontiers avec les arli^-ai' 'i les artistes, avec les soldats, des choses de leur méti» r. Il croit seulement que, dans tous les domaines «l* la

recherche, il y a une part d'inconnaissable (jue l'esprit liumain ne peut atteindre : les dieux s'en réservent les secrets suprêmes, qu'ils communiquent, quand ils le veulent, à leurs amis. Socrate recevait ainsi lui-même des insiiirations de la divinité. On parle souvent du « démon (le Socrate » : l'expression est très malheureuse; Socrate ne croyait pas à un démon particulier qui l'inspirât; il crovait que la divinité lui donnait des avertissements comme elle pouvait en donner à beaucoup d'autres.

Parmi les «juestions morales examinées par Socrate, Tune des plus importantes est celle de la nature de la vertu cl (les rapports du bien avec l'utile. 11 démontre qu'en toutes choses l'utile, le bien, le beau sont inséparables. Dans l'ordre moral, la vertu seule est vraiment avantai^euse. C'est par consécjuent une sottise que de faire le mal. La vertu est le résultat d'un savoir intelligent.

Malgré son peu de goût pour les <|uestions relatives à la nature de l'univers, il est obligé, par la morale même, d'examiner le problème des rapports de l'homme avec la <livinité, et par consé(|uent d'aborder la métaphysique. Il reste ici encore tidèle à sa méthode générale : il considère le spectacle du monde; il rapproche les faits, et il en «lê^'age par induction l'idée des causes finales et, par conséquent, l'idée d'une Providence. La dialecti«|ue l'a conduit à «ne sorte de religion philosophique. Il y porte un esprit de véritable piété. Il parle indilTéremment des dieux ou de Dieu; il sacrifie aux divinités de la cité: mais, dans sa pensée, toutes les appellations divines se rapportent à une Intelligence unique, à un Être vraiment vivant, bien autrenienl actif et paternel (|ue l'Klre abstrait des Éléates ou le Dieu-Esprit d'Anaxagore. Que devient l'homme après la morl? Socrate a probablement cru à la vie future, mais il n"a pas essayé de la démontrer dialectiquement.

Cette religion, cette morale, cette méthode, si étroitement liées ensemble, n'étaient pas pour Socrate un simple

HISTOIRE DE LA LIITÉRATURE GRECQrE

objet de spéculation curieuse : c'était la grande affairn do la vie humaine que d'arriver sur tous ces points à la véril.-. De là un caractère tout nouveau de sa philosophie et ilo son rôle. Il n'enferme pas sa «loctrine dans un cercle i. ntreint d'initiés, comme les premiers philosophes : il devient un apôtre. 11 se considère comme investi dun. mission divine. Il croit rendre service à ses concitoyens * n les poursuivant sans relâche de ses questions pressa ni es. .n les forçant de s'examiner eux-mêmes et de ne pass'emjuimir dans la quiétude des opinions toutes faites. C'est pour mieux accomplir sa mission qu'il renonce à la vie p..litique. C'est pour elle (ju'il meurt, convaincu qu'il ni.mquerait à sa tache essentielle s'il cessait un seul inslani Ir poursuivre l'erreur et de préparer les esprits à la vérih'.

L'inlluence pliilosophi(iue de Socrale ne peut guère èlic surfaite, puis(|ue toute religion spiritualiste ou même .simplement philosophique est sortie de lui. Mais son inlluen. .■ littéraire fut également considérable. Bien (fu'il néni îi pas, sa merveilleuse causerie ne pouvait manquei da-ii fortement sur l'imagination des écrivains. Alcihi.id.-. dans le Banquet de Platon, dit quelle émotion excilaienl - discours dans l'àme de ceux qui les entendaient. On n» pouvait plus les oublier. Comme les vieilles méhïdid'Olympos, ils jetaient les" Ames dans une sorte d'ivre--, divine. Ils étaient pourtant fort simples d'ordinaire : ( - i homme, qui parlait sans cesse de foulons et de cordminiers, n'était pas pour les grands mots. Les longs discours le rebutaient : il s'y perdait, disait-il. Il aimait un style ai-/, naturel; il n'avait pas peur d'un mot trivial. Avec (;oilm ;et son école, la prose attique était en train de perdie . i souplesse et en naturel ce qu'elle gagnait en force el «h éclat : Socrate la ramena énergiquement à la simplicil •. Mais cette simplicité s'unissait à deux qualités exquises : i poésie et l'ironie. Sa poésie, sans doute, n'était pas toul à fait celle qu'on trouve dans le Banquet de Platon ou dans

LA SOPHISTIQUE *, ANTIPHON ; SOCRATE 429

le Timée, mais celle qui vient d'un sentiment moral très élevé, de l'idée de la grandeur divine, du mystère de cette région inconnue qui environne et circonscrit la science liumaine. Son ironie avait la grâce de la plus line comédie; par elle, les sots semblaient plus ridicules, et la misère morale des infatués, des faux savants, des faux honnêtes geus se montrait à tous les yeux dans un sourire de ses lèvres moqueuses. Si l'on ajoute à cela les habitudes de liclteté dans la composition, de précision dans les idées, iloiit il donnait l'exemple par la dialectique, et aussi l'image si vivante de sa propre personne ({u'il léguait au souvenir de la postérité, on comprendra que Socrate, sans avoir écrit, mérite une place d'honneur dans l'histoire de la littérature.

Avec Socrale et les sophistes, nous tenons l'origine de lout le mouvement littéraire du iv» siècle. Nous avons vu le lleuve à sa source : nous pouvons maintenant en suivre le cours dans ses trois branches principales, histoire, philosophie, éloquence.

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