‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 134 sur 264 · MM · texte numérisé non relu

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gardant parfois quelque chose de leur nature de verbes, dans la manière dont ils gouvernent des compléments ou des propositions. Il aime les verbes composés à l'aide de prépositions, pour exprimer des rapports subtils. Il oppose les synonymes et les distingue à la manière de Prodicos. Comme dans toute la prose savante de ce temps, la phrase, chez Thucydide, est essentiellement antithétique, c'est-àdire car le mot antithèse a fini par prendre dans Tusage de la rhétorique un sens trop étroit) que les idées tendent ?ans cesse à s'y opposer deux à deux (àvTix£i|jL£vrj Ài^i;). Tantôt c'est le jeu des {ilv et des Si qui manifeste l'opposition; tantôt celui des re et des xxi ; ou bien c'est le tour affirmatif succédant au tour négatif (oùx... àXXà). Très souvent, l'apparence est opposée à la réalité (Àoyw [xév... è'pvo) ?ii\ Pour accentuer ces oppositions, Thucydide ne dédaigne pas de recourir aux parai lélismes et assonances de Gorgias : seulement, tandis que le sophiste n'y enfermait souvent que des mots, Thucy.lide y fait entrer un trésor d'idées. Comme Gorgias encore et comme Antiphon, Thucydide, dans sa précision un peu raide, use rarement de Çf|<!îgjy;e,s^ dq pensée qui abondent chez un Démosthène :^Tl n'empfoTe 'fréquemment que Pinteriogation, la plus simple de toutes et la plus dialecUque. D'ordinaire, chez lui, la passion même se dissimule sous une forme volontairement froide : comme les anciens orateurs attiques, il garde à la tribune une attitude sévère, la main cachée sous le manteau. Ces phrases antithétiques, laborieusement opposées, ne sont pas coulantes ni faciles. Thucydide vise bien moins à la netteté élégante qu'au relief et à l'effet. Sa syntaxe est très libre ; ses mots se rangent, non dans l'ordre le plus simple, le plus clair, mais, comme ceux d'un poète, au gré des vives saillies d'une imagination prompte et forte. La symétrie des phrases «st brusquement rompue, pour plus d'effet. Il accumule les «llipses, supprime les mots qui ne sont utiles qu'à la facilité du discours, mais qui le ralentiraient. Il amalgame

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étrangement des constructions diffé rentes, qu'un aulidistinguerait avec soin. Il a parfois de très longues pluas.s, et l'on y sent un effort pour ordonner en un seul toul Ifs idées secondaires autour d'une principale : mais il no possède pas encore le maniement de la période propronirnt dite, où toutes les parties de la pensée viennent se nm.ri comme d'elles-mêmes en bel ordre. Ces longues [jlnases sont souvent incorrectes ft tumultueuses, d'ailleurs pl.in.s de souille et vraiment puissantes. En les lisant, on se prnul parfois à songer à Saint-Simon, qui soulève, lui aii-i. d'une main si rude, des périodes incorrectes et heuri. -. La différence, c'est qu'il y a chez le Français plus de fou-ue, plus d'emportement, plus de bile; tandis que la passion <le Thucydide (car il y a toujours une sorte de passion tliiis celle manière d'écrire) est surtout inlellectaelle : TIiik ydide est un pur esprit qui lutte contre une pure hWc. - Quand on parle du style de Thucydide, on distingue d.iiinaire entre celui des discours et celui des récits. La diminution est fondée, mais elle ne porte que sur une différen. • ,lf degré. Les particularités originales du style de Tlm<\.!i*l»' sont encore plus saillantes dans les discours que dan< W> récits; ceux-ci sont plus clairs; les discours, à cause il»' la plénitude de la pensée et de la vivacité de rargumenl:i«i<m. sont plus serrés, plus obscurs. Les discours sont comiif la moelle de l'œuvre de Thucydide; s'il n'avait fait ipic .l«s récits, nous ne verrions pas aussi bien, avec les afliniltsilc toute sorte par lescjuelles il se rattache à son épo«iu«'. 1 originalité frappante de son génie, abrupt et subtil, sonmi uret compliqué, puissant et fin.

Le livre de Thucydide est l'un des exemples b'> !'lii> achevés d'une histoire qui soit à la fois, dans toute la toive du terme, une œuvre de science et une (euvre d'ail. '•'••• perfection devait à la fois provoquer l'imitation et la ti' li»' On peut même dire que ce ne sont pas les qualités I.- p^"* hautes de Thucydide, son esprit scientiliquo, son imi- ni"-

TULCYDIDE ET SES SLCCESSELRS

lilé, qui ont surtout excité l'émulation : c'est plutôt son art, au moins dans ses parties les plus extérieures et accessibles. Bientôt, d'ailleurs, sous linlluence des progrès de la rhéforique, un autre idéal allait se substituer à celui du grand historien. Nous allons le voir dès le iv« siècle.

4. Imitateurs de Thucydide : Xénophon ; Philistos. — Au premier rang des imitateurs de Thucydide, il faut ranger Xénophon, qui, selon certaines traditions, avait publié son livre resté inachevé, et qui, en tout cas, le continua dans, les Helléniques. Mais Thistorien, chez Xénophon, ne peut être séparé du philosophe et du moraliste, et nous reviendrons aux Helléniques dans le chapitre suivant. Bornonsnous à dire ici que l'exemple de Xénophon suflirait à montrer combien la meilleure part du génie de Thucydide était inimitable au talent le plus séduisant.

l'hilislos, né à Syracuse vers le commencement de la guerre du Péloponnèse, familier de Denys l'Ancien, puis exilé par lui en 38:'>, se retira dans la (irande-Grèce, où il composa ses ouvrages historiques*. Rappelé en 368 par Denys le Jeune, il combattit l'intluence de Dion et de Platon auprès du prince. Quand Dion se fut révolté, Philistos, devenu général de Denys, fut fait prisonnier dans une bataille et misa mort. — Il avait composé divers ouvrages qui formaient une histoire suivie de la Sicile jusqu'à Denys le Jeune. C'était une composition fort étendue; il ne nous en reste que des fragments insignifiants. Les anciens nous disent qu'il s'était proposé Thucydide comme modèle. A son exemple, il s'était enfermé avec scrupule dans son sujet, sans se permettre aucune digression. Comme lui encore, il avait écrit d'un style serré, bref, visant à la force plus qu'à la grdce. Cette imitation, malheureusement, ne s'étendait ni à l'esprit scientitique de son modèle ni à son impartialité. Il paraît avoir eu du goût pour les légendes. Il était sur-

t. Fragments dans C. Mûller, Fragi». historicorum grxc. (Bibl. Didot)',

THUCYDIDE ET SES SUCCESSEURS

tout d'une partialité fâcheuse en faveur des tyrans, et poursuivait de sa haine leurs adversaires. En somme, c'était un historien de second rang : les Alexandrins ne ravai^nl pi. admis dans leur canon.

6. Historiens disciples d'Isocrate : Éphore. - Api «s I. s imitateurs de Thucydide, voici les disciples d'lsocial.\ L'élotjuence abondante, tleurie, harmonieuse du ^rand iii«''teur enchanta la Grècràlel point <|ue son influence fut iini- .verselle. En histoire, particulièrement, elle rryna d niio manière souveraine, el, si le style des historiens y ^'.iL'iia en élégance agréable, il est certain que le séiieux (!•• la pensée y perdit. Ephore et Théopompe, disciples tousiirux dTsocrate, inauiiurent la manière nouvelle'.

Éphore, né à Cumes, en Éolie, dans la première nioiii/' du iv« siècle, vint à Athènes, où il reçut l'enseignemeiil .].> l'auteur du Piimuyrkjue. Il s'essaya d'abord, dit-on, ilans l'élociuence, mais n'y obtint que des succès mé«liocres : Isocrate lui-même, alors, l'engagea à se faire historien, .1 à se tourner dr préférence vers l'histoire des temps anciens plus conforme à la nature pacilique et douce de son gém.'. isocrate disait, selon Suidas, qu'Kphore avaitbesoindel'.poron et Théopompedu liein. Il réservait à Théopompe le n < il des temps modernes, {deinsde luttes et de passions, plus < onvenables par conséquent à un vrai tempérament d'orat.ur. Éphore, en effet, écrivit une grande histoire du mon. le ancien, depuis le retour des Héraclides jusqu'à la prise de Corinthe par Philippe, en 340 : vaste composition, <ine l'auteur lui-même avait divisée en trente livres, précrdt's chacun d'une préface. Ce n'était pas seulement la (îr'ce qu'Éphore avait mis en scène, c'étaient toutes les parties du monde ancien qui s'étaient trouvées en rapport avec la Grèce, par exemple la Perse et Carthage : Polybe loue expressément le dessein qui avait présidé à la composition de cette sorte d'histoire universelle. L'ouvrage d'Éphore,

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