‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 139 sur 264 · Mémor., III · texte numérisé non relu

Mémor., III

portrait idéalisé. Ce qu'il vante, dans ce petit ouvrage^ ce sont les lois de Lycurgue sur l'éducation, les repas communs, la gymnastique, l'absence de commerce et d'industrie, le respect des lois et des magistrats, les institutions militaires surtout, qui font une armée si aguerrie et si disciplinée. Mais il avoue lui-même, dans un curieux épilogue, que la Sparte qu'il vient de décrire n'existe plus, et qu'en somme il a fait un nHe. C'est un rêve aussi que le dialogue intitulé Hiéron, et toute là Cyropédic. Dans le méron, il explique comment un tyran même peut faire son propre bonheur en faisant celui de ses sujets. C'est le poète Simonide qui est censé faire entendre à Hiéron de Syracuse ces sages paroles, où l'on retrouve tout l'esprit ingénieux elle bon sens parfois un peu terre à terre de Xénophon. Il est visible, d'ailleurs, que le pouvoir d'un seul, pourvu qu'il s'exerce avec raison et douceur, ne lui déplaît nullement. MAme idéal dans la Cyropédie. Au premier livre, voici le tableau de la ville des Perses où fut élevé le jeune Cyrus : une vraie Salente, avec sa « place de la liberté ,. (àyopi ilvMpa), où s'élèvent le palais du roi et les tribunaux, mais d'où les marchands sont exclus, parce qu'ils troubleraient le bel ordre des exercices. Dans cette ville des Perses, chaque Age a son rôle, ses fonctions propres; une bonne éducation est la condition indispensable exigée pour toutes les charges de l'État. Dans les derniers livres, Cyrus organise son empire, fondé en partie sur la conquête. D'un bout à l'autre de l'empire, c'est la volonté du roi qui fait tout, mais avec sagesse, avec douceur, avec agrément même', l/empire des Perses est comme une grande armée au repos dont Cyrus est le général. Il est d'ailleurs un général selon le cœur de Xénophon, c'est-à-dire libéral autant que possible, et demandant plus à la persuasion qu'à la force. Il n'est pas douteux que ce ne fût là, en dernière analyse, le terme suprême où tendait, en politique, la pensée du chef des Dix-Mille et du père de famille do Scillonto, exilé,

LA PHI).OSOPHIE ATTIQUE

d'Athènes par la démocratie qui avait condamné Socrate. 6. Les écrits historiques de Xénophon. — VAnabase est le récit de l'expédition (àvâ6aai;) des Dix-Mille, et notamment du grand rôle que Xénophon y avait joué. Ce sont donc des mémoires personnels en même temps qu'un ouvrage historique proprement dit. D'autres combattants de l'expédition, en particulier Sophénète de Stymphalo, en avaient donné des récits, et Xénophon n'y tenait probaM.-ment pas la place à laquelle il croyait avoir droit: car divers historiens grecs qui puisaient à ces sources ont pu faire l'histoire de la campagne sans même le nommer. Xénophon donna donc, lui aussi, sa version des événements, et, comme il avait l'esprit didactique, il en profita pour exposer par le menu ses raisons d'agir en chaque circonstance, soit au cours du récit même, soit au moyen de discours adressés aux soldats. L'ouvrage, où Xénophon i»arlait de lui à la troisième personne, parut d'abord sous le pseudonyme de Thémistogène de Syracuse, qui n'était d'ailleurs qu'un voile léger, facile à percer. Quelle est la valeur historique de ri4nafea.se? Il est évident d'abord <|u«' les nombreux discours rapportés par Xénophon ont été refaits par lui avec une entière liberté, dans un dess.in apologétique et didactique qui saute aux yeux. Dan- les récits mêmes, on admettra sans peine que Xénophon, malgré son ton modeste et de bon goût, s'est appliqué à ne pas se laisser oublier. De tout cela résulte que VAnnliase est une œuvre d'un genre indécis, où tout ne saurait < tre pris au pied de la lettre. Mais, sous le bénéfice de ces réserves, il faut ajouter que c'est un chef-d'œuvre, et «jue partout, en somme, où le dessein d'apologie et d'enseiunement n'avait pas occasion de se déployer, la vérité du *on(l comme l'intérêt des peintures ne méritent que des éloges. Dans les deux premiers livres, où Xénophon figure à } 'in^ personnellement, il raconte le départ des Grecs, la marche en avant avec Cyrus, la bataille de Cunaxa, la mort du

prince, puis l'assassinat de Cléarque et des autres généraux grecs. Tout cela est vif, rapide, élégant ; le récit de la bataille de Cunaxa est un des plus beaux récits de bataille de la littérature grecque, net et pittoresque, sans digressions ni enflure; les portraits des généraux sont esquissés avec talent. Les cinq derniers livres racontent la retraite. Xénophon, dès lors, est toujours au premier plan. La scène où il se révèle pour la première fois à l'armée, après la nuit d'épouvante qui suit le massacre des généraux, cette scène où il relève les courages, est à la fois pathétique et simple. Puis ce sont les marches terribles à travers les montagnes de l'Arménie couvertes de neiges, l'arrivée à la mer, le retour, et, au milieu de tous ces événements dramatiques, les mécontentements, les soupçons, les velléités de révolte, toujours dominés par la parole raisonnable et persuasive de Xénophon. Qu'on diminue un peu, si l'on veut, le rôle personnel de Xénophon, il n'en restera pas moins Mue le fond des choses est vrai, qu'il est raconté avec un charme extrême, et que ce rôle même du général, s'il est un peu idéalisé, offre un intérêt d'enseignement psychologique et militaire très considérable.

I/autre grand ouvrage historique de Xénophon, ce sont les Helléniques. Nous ne parlerons pas de VAgésilas, qui nVst qu'une sorte d'éloge oratoire dont tous les éléments essentiels sont tirés des Helléniques mêmes. L'objet de Xénophon, en écrivant les Helléniques, a été d'abord de continuer Thucydide. Dans les deux premiers livres, il raconte la fin de la guerre du Péloponnèse, et ce récit, sans avoir la profondeur vigoureuse de son modèle, est encore une fort belle œuvre. Puis il a entrepris de raconter les événements qui ont suivi la guerre du Péloponnèse; et ainsi, de proche en proche, il est arrivé jusqu'à la bataille de Mantinée, en 362. Cette seconde partie, composée probablement à des époques différentes de la vie de Xénophon, va perdant peu à peu la netteté objective des

premiers livres. A mesure qu'il s'éloigne de Thucydide, il .aisse son histoire prendre un caractère toujours plus sensible de souvenirs personnels, puis, à la fin, de prédinition morale et politique, avec un souci moins grand iW la chronologie, de la liaison exacte des faits, de la propoi lion des hommes et des choses, de l'impartialité nécessaire à rhistorien. Il na que des éloges pour Sparte; il déleste Thèbes et Épaminondas, qu'il nomme à peine. Gela ne veuf pas dire qu'on ne trouve partout, dans les Helléniques, drs pages agréables ; mais le déclin est incontestable dans le^ derniers livres. Bref, il ne faut pas juger les Helléniques comme un seul ouvrai^e : il faut mettre h part les deux premiers livres, qui sont excellents, et voir dans le reste une œuvre où la vieillesse de l'auteur se manifeste par des signes de plus en plus graves.

6. Conclusion; la Cyropédie. — Si l'on se deman<laii quel est l'ouvrage de Xéiiophon où il se montre à nou< 1»' plus complètement, où toutes les faces de son talent complexe se combinent et se résument de la manière la jdus exacte, il faudrait sans doute nommer XaCyropédie. D'autns ouvrages de Xénophon peuvent être plus parfaits ; aiu un ne le montre mieux tout entier, avec sa passion pour lut militaire, ses vues politiques, son art de disserter, de « onter, de moraliser, et enfin sa veine secrète d'imaginnlion sentimentale et romanesque. C'est une étrange erreur i\w celle de Hollin, qui prenait la Cyropédie pour une véritable histoir«^ : cette prétendue histoire est une sorte de Triémaque. L'auteur prend Cyrus à sa naissance, et ra« "id«^ d'abord son éducation : éducation idéale, dont on voit ensuite les conséquences se dérouler dans toute' la vie de Cyrus, qui devient un général excellent, puis un pa lail souverain. Nous n'avons pas à revenir sur les vues politiques et militaires qui sont Fume de la Cyropédie. Sifîiialons seulement, comme des morceaux très agréables et très curieux pour la connaissance de Xénophon roiiian-

LA PIIILOSOPHIU ATTiyUE

cier, les scènes du premier livre, où il met en scène Cyrus enfant, et le passage célèbre des adieux d'Abradate et de Panthée ^ Ici, Xénophon s'inspire d'Homère : il a voulu refaire à sa façon les adieux d'Hector et d'Andromaque. Mais il a voulu en même temps ajouter, à la beauté touchante des sentiments naturels, la grandeur morale de l'honneur entendu à la façon de Sparte et à la façon de la philosophie. Andromnque suppliait son époux de ne pas mourir; Panthée exhorte le sien à faire son devoir, quoi qu'il leur en coûte à tous deux. I/idée est vraiment belle, et elle est traduite avec éloquence; avec une éloquence qui n'a peut-être qu'un tort, dans la bouche de Panthée : c'est de rappeler trop exactement la parole constamment raisonnable, claire, un peu froide, de l'excellent moraliste que fut Xénophon.

7. Platon ; sa vie et son œuvre. — Platon n'est pas seulement le plus grand des socratiques: c'est un des maîtres éternels de l'art et de la pensée. Comme philosophe, il est le véritable fondateur de l'idéalisme. Comme écrivain, il est, avec Démosthène, quoique par des qualités difi'érentes, le plus habile artiste qui ait manié la prose grecque, et, par conséquent, l'un des premiers entre les prosateurs de tous les temps ^.

Il naquit à Athènes, probablement en 428, d'une race très pure et très noble, qui croyait descendre du roi Codros. II reçut une éducation remarquablement variée : outre la gymnastique et la musique, il apprit la peinture. Il se crut d'abord du goût pour la poésie et composa des dithyrambes,

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