Éditions
Baunigarten-Crusiiis, Ilomerî Odi/ssea, .1 vol., Leipzig', 1822, avec un choix de scolies ; Bibl. Didot, Homerl carmina, rec. de G. Dindorf ; A. Pierron, l'Odf/ssée dlhmère, 2 vol. in-8", notes et prolégomènes, Paris, Hachette, 181."; ; A. Kirchhoff, Die homerische Odyssée, Berlin, 1879, éd. importante par les discussions contenues dans ses excursus ; Anieis et Henze, llomers Odijssee, 2 vol. avec 4 fasc. d'appendices, annotation en allemand très complète, Leipzig, 1880 (rééditée fréquemment).
' Scolies :
G. Dindorf, Scholia f/raeca in Odf/sseam, 2 vol. in-8% Oxford, ISrivi. Commentaire d'Eustathe, publié par Stallbaum, 2 vol., Leip- -zig, 1825.
Lexiques et grammaires :
Voir la note bibliographique sur VIliade, p. 2JL
des récits de voyages et d'aventures merveilleuses. Par là, elle est vraiment la seconde épopée grecque; car elle complète la première, sans l'égaler cependant ni en puissance dramatique ni en valeur morale. Dans VU'iade, ce sont les combats (|ui occupent le premier plan, et, par conséquent, c'est aussi le sentiment de l'honneur, avec le déploiement sim|>le et superbe de la force héroïque, force du corps et force de Tàme. Dans VOdyssèc, nous voyons un foyer menacé : d'un côté, la convoitise brutjile et violente ; de l'autre, la ruse, la patience avisée, la longue dissimulation au service du droit; et, en même temps, un lointain fantastique, une abondance de contes et de descriptions propres à amuser l'imîigination. L'àme grecque devait y contempler avec plaisir toute une p irtie d'elle-même que V Iliade avait laissée de Coté. Ces deux épopées ensemble lui olïraient en raccourci l'image totale de sa vie primitive.
Le sujet en est t ré de la légende des « Hetours», complément de celle de la guerre de Troie. Vainqueurs de Priam, les chefs achéens, après avoir détruit llios, avaient voulu regagner leurs foyers. Mais la colère des dieux, les avait presque tous frappés. Les uns n'étaient rentrés chez eux <jue pour y succomber à «les embûches; les autres étaient morts en mer ; d'autres avaient erré plus ou moins longtemps. Parmi ces derniers, nul n'avait plus souffert qu'Ulysse; et, de bonne heure, la légende de ses aventures, peut-être greffée sur d'anciennes données mythologiques, semble s'être particulièrement développée. Ce héros dut devenir, pour que V Odyssée fût possible, le type du navigateur égaré, mis en face de toutes les terreurs et de toutes les merveilles des régions inconnues. Ses aventures se grossirent à la fois de contes populaires, de récits de matelots et d'inventions poétiques. Les premières tentatives de navigation plus ou moins lointaine entreprises par les Grecs d'Asie y contribuèrent sans doute largement. D'autre part, une légende secondaire se développa sur cette légende
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IIISTOIKR DF. LA LITTÉRATIRE GIŒCQL'E
l'iliade et L^ODYSSÉE
principale, celle de Pénélope, femme d'Ulysse, recherchée en son absence par des prétendants violents, et restant fidèle à son mari. Le point de contiict des deux légendes fut le retour du héros et le massacre des prétendants. Gnke à cette combinaison d'éléments divers, il se déi^agea de là, peu à peu, un ensemble de récits d'un intérêt particulier. C'est celui que nous trouvons aujourd'hui dans VOdyssée, telle qu'elle nous est parvenue.
Au début du poème', nous sommes à Ithaque, dans la maison d'Ulysse absent. L'audace brutale des prétendants nous est vivement représentée. Le jeune Télémaque, qui sort à peine de l'adolesrence, leur tient tète mollement. La déesse Athéné, protectrice d'Llysse, vient elle-même, sous les traits d'un étranger, exhorter le jeune homme à la fermeté et lui conseiller d'aller à la recherche de son père. Télémaque convoque alors l'assemblée du peuple d'Ithaque (chant II) pour se plaindre des prétendants et demander qu'on lui fournisse un vaisseau; l'assemblée, dominé» par les prétendants, se sépare sans rien décider; mai^ Athéné, prenant les traits de Mentor, ami d'Ulysse, procur» à Télémaque le vaisseau dont il a besoin; elle l'éciuip»*. assemble des compagnons, et part avec lui. Télémaque se rend d'abord à Pylos, chez Nestor (chant III), puis à Sparte, chez Ménélas (chant IV) ; l'un et l'autre lui font l'accueil h plus amical et lui parlent d'Ulysse, sans pouvoir hn dire où il est actuellement.
Nous laissons alors Télémaque à Sparte, et nous voici transportés dans une île lointaine où la déesse Calyps»retient Ulysse, car elle voudrait faire de lui son époux. Le> dieux, pressés par Athéné, viennent de décider qu'il sen rendu à la liberté. Calypso,sur l'ordre apporté par Hermès, se décide à le laisser partir. Ulysse biVtit un radeau et s»' met en mer. Mais Poséidon, toujours irrité contre lui
1. Sur la division en 24 chant», voir p. î?î), note I. La remarque qni e*i faite là s'applique à l'Odyssée comme à V Iliade.
depuis qu'il a ôté la vue au Cyclope, son fds, soulève une tempête. Ulysse est jeté sur une terre inconnue. Les trois chants suivants (VI- VIII) nous le montrent accueilli chez les Phéaciens, habitants de cette terre. Nausicaa, fille du roi Alkinoos, en allant laver du linge à la rivière, près de la mer, a trouvé le malheureux naufragé, mourant de faim et de froid; elle l'a réconforté et amené près de la ville. Il entre au palais en mendiant, il y est reru en hôte. On lui fait fête, on donne jeux et ban(|uets en son honneur. Nous avons là le spectacle d'un peuple heureux et riche, dont la vie est toute de plaisir.
Pour répondre à la curiosité bienveillante de ses hôtes, Ulysse, qui s'est déjà trahi par ses larmes en entendant l'aède Démodocos chanter un épisode de la guerre de Troie, se fait enfin connaître et raconte ses aventures. Ses récits remplissent quatre chants (IX-XII). Nous apprenons ainsi tout ce qu'il a souffert depuis la prise de Troie jusqu'à son arrivée chez les Phéaciens : notamment, ses aventures chez les Lotophages et chez le Cyclope, son séjour dans l'île d\4!:ica, chez la déesse Circé, sa visite au pays des morts, puis l'hospitalité qu'il a reçue d'Kole, la tempête, le passage devant l'île des Sirènes, la traversée terrible entre Charybde et Scylla, son séjour à Trinacrie et le massacre des bœufs d'Hélios, la mort des derniers compagnons du héros, son arrivée et son séjour dans l'île de Calypso. A ce point, son récit rejoint celui qui forme le sujet même du poème.
Les Phéaciens, charmés, préparent son retour. Transporté sur un de leurs vaisseaux, Ulysse débarque enlin à Ilhaque (chant XIII). Là, il se dissimule, avec l'aide d'Athéné, sous les traits et le costume d'un mendiant. Il est reçu en cette qualité chez son vieux serviteur, le porcher Eumée, de qui il apprend ce qui se passe dans son palais (chants XIII-XIV). Au chant XV, nous sommes de nouveau à Sparte, où nous avions laissé Télémaque à la fin du chant IV. Télémaque quitte enfin Ménélas; une navigation heureuse le ramène à
HISTOIRE DE LA LITTÉKATURE (IRECgi E
L ILIADE ET L ODYSSÉE
Ithaque, malgré les embûches des prélendants. Il arrive chez Eumée, au chant XVI, et y fait accueil à Télranger; celui-ci le prend alors à part et se fait reconnaître de lui : ainsi réunis, le père et le fils arrêtent ensemble leurs projets.
Au chant XVH, Télémacjuo d'abonl, puis llysse, toujours déguisé, arrivent au palais. Le faux mendiant y est insulté par Antinoos, le principal des prétendants. Il se contient et prépare sa veniieance. Délié i>ar un autre mendiant, Iros, il lutte avec lui et le terrasse ; il subit néanmoins de nouveaux outrages, sans se trahir chant Wlll). Pénélope, informée de ce t|ui se passe, veut le voir; elle le fait venir et lui demande s'il n'a ri«'u appris au sujet d'I'lysse; il assure qu'il l'a vu et qu'il te peut tarder à revenir. C'est après ce récitque la vieilleservanteEuryclée, en luilavanl les pieds, le reconnaît soudain à une cicatrice ancienne ; Ulysse n'a que le temps de lui imposer silence (chant XIX). La vengeance approche. Divers incidents la retardent encore, notamment l'arrivée du bouvier Philœtios, par qui Ulysse se fait reconnaître (chant XX). Enfin, voici l'occasion attendue. Au chant XX ï, les prétendants, sur l'invitation de Pénélope, essayent de lancer chacun une llèche, avec l'arc d'Ulysse, à travers une série d'anneaux ; aucun d'eux ne réussit môme à tendre l'arc ; Ulysse le saisit et sort victorieux de l'épreuve. C'est le moment. Il fait signe à son fils et à ses deux serviteurs fidèles, qui se rangent auprèsde lui. Alors, le massacre des prétendants commence: tous tombent sous les coups d'Ulysse et de ses compagnons, mais après un véritable combat. Voilà Ulysse vengé et de nouveau maître de son palais (chant XXII).
Au chant XXIIÏ,il se fait reconnaître de sa femme; au chant XXIV, de son vieux père, Laërte. Tous ensemble, avec l'aide dAthéné, mettent en fuite les parents et amis des prétendants. Le poème s'achève sur cette pacification, qui assure le triomphe définitif d'Ulysse.
8. Structure du poème. — Son unité. — Sa formation ^ — De même que Y Iliade, VOdyssce, ainsi embrassée dans son ensemble, donne à la fois l'iniiucssion de l'unité et celle de la diversité. Des éléments très dissemblables y sont réunis; certaines parties ressemblent à des contes d'enlants, d'autres à des pastorales, d'aulies à un roman domestique, d'autres enfin à un drame très sombre. Mais le poème, tel qu'il est constitué, n'en forme pas moins un tout, dont la structure est à la fois simple au tond et pourtant d'apparence savante. Ce qui en fait l'unité, c'rst le désir passionné qu'a Ulysse, dejiuislecomint'ncemenl jusqu'à la lin, de se retrouver chez Iui,au milioudessirns,en possession paisible deson domaine et de son foyer. Ce désir nous est révélé dès le début, et presque toutes les parties du poème s'y rapportent: car presque toutes nous montn'iil soit les difficultés qui en ajournent ou en comprom«'ll«MH la réalisation, soit les efforts de volonté par lesquels Ulysse parvient enfin à les surmonter. L'OJysscc est donc tout autre chose qu'une biographie merveilleuse en vers, ([ui suivrait, au hasard des circonstances, les aventures d'un personnage principal; c'est le développement réfiéchi et parfaitement limité d'une certaine situation et d'un sentiment qui naît de cette situation, dure tant qu'elle se pndoniie et finit avec elle. Le (U'incipe (jui en constitue l'unité est vraiment intime et organique : il tient à la conceptirm même du sujet et il exerce son action sur l'œuvre tout entière. Disons plus : cette situation, dans le poème actuel, ne se développe pas eu ligne dioite. Elle nous est présentée d'abord au moment