A consulter
Voir, plus haut, la note bibliographique sur VIliade, p. 31. En outre, lire surtout les excursus de l'édition de Kirchhoff, citée plus haut; c'est à ce savant que revient le mérite d'avoir le premier jeté une vive lumière sur les questions relatives à la structure du poème. Cf. Wilamowitz, Homerische Unlersuchungen, cité plus haut. Ajouter E. Kammer,I>/e Einheil der Odyssée^ Leipzig, 1874.
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OÙ elle touche déjà à son dénouement ; i»uis, au moyen de récits intercalés, on nous en fait connaître les phases antérieures; et enfin, on revient au dénouement qui forme la partie principale du poème. Cette structure donne à l'épopée quoique chose de la concentration dramatique, elle porte l'intérêt surun moment capital, et parconséquent elle resserre encore l'unité. Une telle disposition des parties et une telle conception du su jet ne peuvent être l'effet ni du hasard ni d'un arrangement superficiel opéré après coup. De deux choses l'une : ou bien elles sont dues à un poète de génie qui a établi le plan total du récit et en a ensuite exécuté au moins les principales parties, ou bien elles s'expliquent par la croissance même du poème et sont liées à l'histoire de sa formation. Voyons ce que ladiversité de ses éléments constitutifs nous permet do soupçonner à cet égard.
Autant la structure générale de VOih/ssée est satisfaisante dans l'ensemble, autant, on peut le dire, olle provoque d'objections lorsqu'on s'arrête au détail. Les quatre premiers chants forment, nous venons de le voir, une sorte d'introduction, dans laquelle Télémaque est au premier • plan. Cette introduction, en soi, convient au poème; mais elle s'y rattache par un raccord maladroit : le début du V« chant nous montre les dieux refaisant une délibération qu'ils ont déjà faite au début du I", et, cette fois seulement, se préoccupant d'y donner suite. D'ailleurs, dans cette introduction même, des indices certains (|ue nousne pouvons étudier ici dénotent des remaniements profonds. — La seconde partie du poème, qui contient l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens, la «lescriplion de l'accueil qu'il yreçoitet la série de ses récits V-XII^, donne lieu à des observations de même nature; les récits d'Ulysse semblent avoir été retardés après coup pour permettre d'étendre la partie qui leur sert d'introduction; dans ces récits, certaines parties sont peu conciliables entre elles; on y
trouve plusieurs variantes du même thème, notamment deux prophéties, celles de Circé et de Tirésias, qui font double emploi; enfin un épisode sj»écialement, la Visite au pays des morts, est manifestement formé de pièces disparates, d'âges différents. — La troisième et dernière partie, contenant la rentrée d'Ulysse à Ithaque et sa vengeance, a plus d'unité apparente, mais, à l'analyse, elle se dissout également. Pour ne noter ici que (jnelques points, signalons la double conception du changement physique d'I'lysse : tantôt ce changement tient du prodige; opéré par Athéné, il disparaît quand elle le veut; et il suffit qu'il disparaisse pour qu'Ulysse soit reconnu immédiatement ; tantôt, aucontraire, il est naturel, résultant de l'âge, des épreuves subies, etpar conséquent il ne peut plus disparaître à volonté; de telle sorte qu'l lysse a l)esoiii de signes extérieurs pour être reconnu. Puis, la série d'événements qui remplit cette partie du poème est loin d'être cohérente. On y trouve encore non seulement plusieurs variantes du même thème, mais aussi des détails essentiels qui ne s'accordentpas : par exemple, les instructions d'Ulysse à son fils, au chant XVI, ne sont en accord ni avec ce qu'ils font ensuite (XIX, début), ni avec la scène de combat en vue de laquelle elles ont été données (chant XXII i. La fin du poème, après la reconnaissance d'Ulysse et de Pénélope, était rejetée déjà par les critiques de l'antiquité; elle semble en effet avoir été ajoutée après coup aux scènes qui précèdent. Enfin, lilîérence curieuse et significative, Athéné, qui protège constamment Ulyssedans les derniers chants, esta peu près absente des récits précédents; et la raison qui en est donnée au chantXIII (v. 141 ) n'a évidemment que la valeur d'un prétexte, destiné à dissimuler ou à excuser une véritable divergence de conception. Tout cela laisse deviner bien autre chose que desimpies remaniements superficiels ou des interpolations. On ne s'explique vraiment l'état du poème qu'en admettant
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HISTOIRE DE LA LITTÉKATL'RE GRECUUE
L^ILIADE ET l/oDYSSÉE
une sérit' d'rlariiissenionls et do Iransfoimalioiis, qui ont nécessilô mainte soudiiio et maint raccord.
Si l'on fait attention au caractère naïf et merveilleux des aventures (|ui font le sujet des récits d' 1,1 y sse chez Alkinoos, il paraît natuiel de croire que c'est là le jdus ancien des éléments de rO(//ys.vt'e, le [U'emiei* du moins (jui ait été amplement développé par la (loésie. Ces récils ont du prendre forme en un temps où les pays méditerranéens de rCKiest étînent déjà entrevus, mais mal connus encore, et où rin»ai:ination populaire y plaeait des êtres surnaturels et terribles. Si des Koliens, comme on le suppose, ont abordé à Gumes dès le x' siècle, et si, d'autre part, la colonisation de la Sicile et de la (iiande (Irèce a eu lieu dans la seconde moitié du vm% c'est entre ces deux dates, vers le commencement du i\'" siècle, peut-être, (|ue le sujet du lietoti)- d'ilysse a pu donner naissance à une série de récits jjoéliques plus ou moins étendue. Ces récits, quelle (ju en fût la forme primitive, ont été le premier essai de Vihhfsare. Sans doute, le caractère d'Ulysse, son désir de rentrer à Ithaque, son éneigie, sa patience, ses ressources d'esprit y apparaissaient déjà comme les données mêmes du sujet; mais il n'y avait encore rien là (jui pût déterminer la forme de composition à laquelle le poème actuel doit son caractère.
Cette détermination dut commencer lors(iu'un poète conçut l'idée de traiter en une série de chants la dernière partie de la légende, son dénouement, c'est-à-dire la rentrée d'Ulysse dans son palais et sa vengeance. Ce sujet, en effet, avait en lui-même l'unité d'action qui manijuait au précédent. Il ne comprenait qu'un seul acte, à proprement parler; mais cet acte supposait toute une préparation qui pouvait être développée. Il fallait montrer Ulysse débarquant à Ithaque, éprouvant ses serviteurs, observant et trompant les prétendants, puis raconter le combat, etenlin la reconnaissance des deux époux. Cela fut fait par un
seul aède en un petit nombre de chants qui pouvaient être récités séparément, chacun d'eux formant un tout. Cette série de chants constitue aujourd'hui le fond de la seconde partie du poème ; mais sous les développements qui sy sont ajoutés peu à peu, il paraît impossible de les déterminer avec certitude.
Lors(jue cette partie, populaiisêe par les récitations, apparut comme un tout, Tidêe dut venir naturellement d'y rattacher les anciens chants dont nous venons de parler, crux qui racontaient les événements immédiatement antérieurs. Pour cela, ces chants avaient besoin d'être abrégés et condensés. L'aède qui lit ce ivuianieuient eut l'heureuse i<lée de mettre le récit {{(^^i événements dans la bouche d'Ulysse lui-même. Il sujqiosa cpie h- héros les avait racontés à celui qui fut son dernier bêle avant son arrivée à llhacine, au roi dvs Phêaciens, AlUinoos; de cette façon, la série des aventures pouvait être présentée en entier sous la forme de souvenirs personnels. Il fallut seulement ronij»oserune introiluction jtour dire comment Ulvsse avait quitté nie de Calypso, comment il avait été jeté à Skhérie et comment il avait été reru par Alkinoos. Cette série de chants comprit ]»ar conséquent toute la partie centrale du poème actuel, sauf les additions et les remaniements postérieurs. Jointe à la série déjà constituée, elle formait un l<»ng développement, entre les parties duquel pouvaient hit'U se faire sentir cà et là des défauts de continuité ou de légères discordances, mais (jui possédait cependant le caractère d'unité signalé plus haut, puisque, dès le commencement, l'attention y était attirée vers la fin. Cela résultait de ce que le dernier travail avait eu précisément |'<»ur objet d'adapter au précédent les éléments déjà existants, sans qu'il soit indispensable pour cela d'admettre que l'auteur de l'un ait été aussi celui de l'autre.
Les choses auraient pu rester en cet état : V Odyssée était faite. Elle reçut toutefois un accroissement encore, qui
IIISTOIBE DE LA UTlÉRATrRE GRECQUE
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Tacheva. In autre aède, assez (li(T»''renl des doux premiers par le tour d'esprit, s'avisa de donner à relto double série de chants une introduction, en raconlant le voyage entrepris par Télémaque pour s'informer de son père. Il ne <>emble pas, il est vrai, que ce dessoin ait été exécuté d'un seul coup ni par une seule main. Mais peu importe ici. Ces récits nouveaux firent, dos chants relatifs au retour d'Ulysse, un ensemble presque aussi élendu que les chants relatifs à la colère d'Achille. L'égalité fut à peu juès obtenu**, lorsque e récit totnl eut reçu sa conclusion actuoMo, par l'addilion des parties qui forment la fin du XXIII'" chant et la totalité du XXIV«. Il n'y eut plus dès lors qu'à en perfectionner les raccords pour l'amener à l'état de poème proprement dit. Quohjues additions partiollos, qui se |)ro- -duisirenl dans cette dernière période, n'en chaniîèront plus la physionomie. Lorsque la commission de Pisistrate le recueillit par écrit, elle n'eut guère qu'à faire, cà et là, quelques retouches, et surtout à choisir entre les variantes qui avaient cours.
9. Beauté d'ensemble de VOdyssée. — Étendue et Yariété. — Progression de l'intérêt. — Quelque monotonie «dans l'invention. — L'elîet obtenu fut excellent. Dans ce vaste cadre, les inventions les plus variées avaient pu trouver place; et quelques-unes d'enlrr «'lies, par leur nature, donnaieni à ce nouveau poème un uenre de beauté ^ue n'avait pas Vlliade. In décor iirandiose, la mer immense, des régions ignorées, toute la profondeur de l'inconnu ouvrant à l'imagination une |)erspective merveilleuse. Ce devait être un ravissement pour des auditeurs naïfs que de suivre ce vaisseau errant, poussé par la lempête dans des pays où nul homme n'avait abordé. Mille visions fantastiques s'y olTraient à eux : des géants anthropophages, des sirènes captivantes et terribles, l'île flottante •d'Éole ceinte d'un mur de fer, des monstres marins, des peuples inconnus, des terres perdues où habitaient des
dieux; puis l'effrayante région des morts, sinistre et muolle, et, par contraste, la Joyeuse cité des Phéaciens, pleine de chants, de danses, de jeux et de banquets; tour à tour, on passait des ténèbres à la lumière, de la terreur à la joie. Plus loin, c'étaient des scènes charmantes; l'émotion iU^ l'exilé revoyant le pays natal, la douce hospitalité d'Eumée, les détails amusants et vrais de la vie rustique, de longs et gracieux entretiens, la dramatique dissinmlation d'un homme tjui est chez lui et qui se cache, des reconnaissances imprévues ou touchantes, la vie intime d'un grand palais, le va-et-vient des serviteurs, les jeux et les repas des prétendants, leui- insolence, et, enfin, la vengeance attendue, mais habilemont différée, qui éclate brusquement et remplit la grande salle de ruisseaux de sang. Sans doute, il y a pour nous, dans ces récits, des longueurs; mais il faut songer que les auditeurs de l'épopée n'avaient pas nos impatiences; l'habileté du poète à développer son sujet, à multiplier ses inventions, les émerveillait; ils ne concevaient pas une plus agréable manière <le |)asser le temps que d'écouter ces narrations toujours renaissantes. Et VOdyssée leur procurait double plaisir par son étendue et sa diversité.
Dans cette étendue, elle avait d'ailleurs le mérite d'une progression d'intérêt soutenue. Plus on avançait dans ce poème, plus on sentait l'approche du dénouement et plus aussi on le souhaitait. Le récit, habilement conduit, excitait l'impatience en montrant les prétendants de plus en plus o<lieux, la situation de Pénélope de plus en plus criti(jue, la colère et la souffrance d'ilysse de plus en \A\is vives; il laissait sentir le progrès de l'action par chacun des aeies du héros, par les reconnaissances, par une marche générale des choses qui les conduisait naturellement à leur terme; mais, on même temps, il retardait le dénouement par l'invention d'épisodes destinés à le faire attendre et désirer. Grdce à la nature du sujet, cette progression vrai-
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ment dramatique est plus sensibh' dans VOdijfisée que dans Vlliadc, parce que révénement ipii doit tout terminer y est plus netlement détermin»}. Le porme ne peut piendir (in que par la mort des prélendanl-. Un le sent dès le début, et, si on l'oublie, çà et là, c'est toujours pour peu de temps. Dès qu'Ulysse est rentré à Ith.ique, la vision de la scène finale est devant nos yeux, rt on [tout diie (ju'elle attire à elle l'attention avec une force sans cesse croissanle.
En revancbe, la composilion de Vudtjssce a moins dbarmonir que celle de VlUade. Les diverses parties du poème se fondent moins dans une c«»ultMir générale. Le monde fantasti(|ue et le monde réel y sont Juxtaposés, mais ils restent très différents l'un d.' l'autre. L'aventure du Cyclope est un conte d'enfants, le massacre des prétendants est une trai;édie. De plus, inalixré la variété signalée plus liant, le poème n'écbaiipe p;is à une certaine monotonie. Les récits dXlysse reposent sur une série de tictions qui se ressemblent; ses épreuves dans son palais ne diffèrent les unes des autres que par «les détails. Il semble que, dans la seconde partie surtout, l'invention poétitjue ait plus de grâce que de force, plus d'aisance que de hardiesse ou d'éclat. Le critique ancien (jui a composé le Traite du sublime, attribué à Longin, expliiiuait ce caractère de l'OZ/yssée par l'âge du poète ; ii supposait ({u'Ilomère avait composé Ylliade dans son âge mùr, VOdi/ssée dans sa vieillesse. Cette hypothèse, qui n'a pas de valeur historique, traduit du moins assez vivement une impression qui est encore celle de presrjue tous les lecteurs.
10. La religion de VOdysséeK — Le merveilleux. — Progrès du réalisme dans certaines parties. — De quelques personnages. — Moralité du poème. ~ Si, de la composilion, nous passons au contenu du poème, nous voyons