Athénée, X, p. 419, G-D
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HISTOIRE DK LA LITTÉRATLRK GHb'CQUE
LA t»lllLOSUPHIE AtTIQfE
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compilation d'école sans intérêt, ni des Lettres, dont be.iucoup sont insignifiantes et dont aucune n'est authentiquf. Quant aux dialogues, une douzaine déjà étaient rejetés par les critiques anciens, ou tout au moins soupçonnés dVliv apocryphes. Quelques savants modernes ont essayé d'allouger la liste des dialogues suspects; rien de plus arbitraiiv, en général, que ces proscriptions. On p«'ut dire, en somme, qu'une trentaine de dialogues, les plus importants à tous égards, sont mis à l'abri de tout soupron, soit par les citations ou allusions d'Aristot»', soit par le caractère intrinsèque de la pensée et du style : Platon nous est donc parfaitement connu. Ajoutons, chose curieuse, qu'il est du très petit nombre des écrivains grecs dont il ne semble pa> qu'aucune œuvre se soit perdue depuis l'antiquité.
Il serait fort intéressant de pouvoir établir l'ordre cliionologique des dialogues, ce qui permettrait de suivre Tt-vnlution de la pensée platonicienne. A défaut des témoignaics extérieurs, qui sont rares, on a cherché divers moyens dr constituer cette chronologie; on s'est appuyé sur les allusions aux événements contemporains, sur le degré d'acli»vement des diverses théories philosophiques, sur les reuv^is d'un dialogue à un autre, sur les caractères du style. Pour beaucoup de raisons, tous ces procédés sont fort insullisants et ne donnent que des résultats très vagues. La seul»* chose tout à fait certaine, c'est que les Lois furent son (!♦ rnier ouvrage, laissé par lui à l'état de brouillon et puMi»' par un de ses disciples^ Pour les autres dialogues, il convient de ne pas être trop affirmatif. Quoi qu'il en soit, !• > traits essentiels de sa doctrine semblent s'être manifeî^lcs dès ses premiers écrits, aussitôt après ses grands voyages, et son art, malgré quelques variations secondaires, prés» iiti' dans l'ensemble une physionomie assez lixe.
8. La doctrine platonicienne. — Nous n'avons pas à pi'senter un tableau complet de la philosophie de Platon, ai
i. Diog. Laërce, III, 37. ♦
même à en donner un raccourci destiné spécialement aux philosophes. C'est seulement la littérature qui nous occupe, et les théories philosophiques ne font partie de la littérature que dans la mesure oii elles apportent à la foule des » honnêtes gens » de nouvelles manières générales de penser, de nouvelles directions intellectuelles et morales. A ce point de vue, d'ailleurs, le rôle de Platon fut tellement considérable, qu'il est indispensable de le définir en quelques mots.
Comme philosophe, Platon continue Socrate, et en même temps, le dépasse en tous sens. Il garde la méthode- dialecti<iue de son maître, sa doctrine religieuse et morale. Mais il y ajoute une métaphysique complète, où des éléments empruntés à Heraclite, à Pythagore, aux géomètres, se combinent avec les créations de son propre génie en une synthèse hardie et magnifique. Comme Socrate, il analyse et définit dialectiquement les notions que l'esprit humain trouve en lui-même, celles du beau, du courage, du plaisir, de la justice. Comme Socrate encore, il croit aux causes tinales et à la Providence. Mais voici la différence. Pour Socrate, l'idée générale, objet de la science, n'était qu'une conception de l'esprit. Pour Platon, un autre problème, tout métaphysique se pose aussitôt : à quelle réalité extérieure, objective, correspond la conception qui est dans l'esprit? Et il répond sans hésiter: l'idée générale, conçue par l'esprit, a une existence indépendante, absolue; c'est un être en soi, sans lequel toute connaissance, étant purement subjective, serait ruineuse et sans fondement. Le principe essentiel du platonisme, ce qui lui donne sa physionomie propre et ce (|ui en relie toutes les parties les unes aux autres, c'est la théorie des Idées. Le monde des Idées est seul réel. Ce que le vulgaire appelle la réalité n'est que l'image sensible des Idées éternelles. Ces Idées, d'ailleurs, sont d'ordre difîérent,selonleur degré de généralité. L'Idée suprême, celle qui embrasse toutes les autres, qui est la
source à la fois de toute existence et de toute science, c'est ridée du Bien.
La science consiste à connaître les Idées, qui se révèienl à la raison pure, affranchie des illusions des sens. Ceux-ci ne fournissent au vulgaire que des opinions (SoÇai), variables et incertaines comme les objets sensibles qui les produisent, La raison seule, en s'élevant par la dialectique jusqu'aux Idées, construit la science (èniaTTjjiT)), qui est la possession d'une vérité solide et démontrable. La marche dialectique (nopEia BiaXsxTixrJ) conduit l'esprit, par degrés, de l'humbl»» apparer>ce sensible jusqu'à l'Idée correspondante, puis île celle-ci jusqu'à une plus haute, et ainsi de suite jusqu'à ridée suprême, qui est l'Idée du Bien. En dehors de la dialectique, il n'y a nulle science proprement dite.
Est-ce à dire, pourtant, que la dialectique suffise à tout ? Non. Platon semble croire, comme Socrate, que les dieux se sont réservé certaines connaissances; et, comme Socrale aussi, il admet qu'ils peuvent en communiquer quelcjue chose à l'homme par une sorte d'inspiration. Le délire prophétique peut être une source de vérité. Platon est dou»'* d'une imagination trop vive pour ne pas aimer le rêve, la libre fantaisie de l'âme essayant de dépasser par de po- tiques hypothèses les limites de la science rigoureuse. Il aime les mythes pour leur beauté, pour les lueurs qu'ils projettent peut-être sur l'inconnaissable. Il proclame parfois qu'il y croit. Mais s'il arrive qu'il s'y complaise, il n fn est pas dupe : il sait à merveille et dit clairement que ces beaux mythes dont il s'enchante ne sont pas prouvés, que la foi n'est pas la science, et que s'il est permis de croire que les choses sont ainsi, il n'est pas permis de l'aflirmer.
L'organisation du monde par le Démiurge, la création des dieux inférieurs, celle des âmes et des corps, celle des hommes et des animaux sur le modèle des Idées et par le moyen des nombres, toute cette cosmogonie merveilleuse
LA PHILOSOPHIE ATTIOL'E
(lu Timée appartient au domaine du mythe, non de la science proprement dite. Platon a essayé de donner dans le Phédon une démonstration dialectique de l'immortalité de l'àme ; il admet aussi, par des raisonnements positifs, sa préexistence ; mais sur le sort ultérieur de cette âme immortelle, il n'a que des hypothèses et des croyances. Quelques-unes, chose curieuse, ont un caractère populaire très marqué. L'enfer du moyen âge est déjà chez Platon.
Le domaine par excellence de la dialectique, c'est en somme, pour Platon comme pour Socrate, la politique et la morale, c'est-à-dire la science pratique de la vie humaine. Les sciences naturelles proprement dites l'occupent peu. Il ignore presque Démocrite, son contemporain. Il s'attache avant tout, en véritable Athénien qu'il est, à l'homme vivant en société. Il est intéressant de considérer avec quelle puissance logique il plie ses conceptions politiques et morales à l'ensemble de son système. La raison pure, ici encore, doit dominer. Dans la vie pratique comme dans la science, il faut se régler sur les Idées. 11 n'y a pas d'art véritable qui ne s'appuie sur une science correspondanle, et comme la science n'existe que par la connaissance des Idées pures, c'est toujours, en définitive, à la dialectique qu'il en faut revenir. Politique et morale, d'ailleurs, sont étroitement liées ; les mêmes principes gouvernent Tune et l'autre. La cité est un être collectif analogue à l'individu, quoique plus complexe et plus grand. Ces deux sortes d'êtres ont les mêmes besoins et sont soumis aux mêmes lois. L'âme de l'homme ressemble à un char attelé de deux coursiers et que dirige un cocher. Le cocher, c'est In raison (vou;), qui voit la route à suivre, et qui dirige l'impulsion aveugle des coursiers 6u(jlo; et èriôufxîa, c'est-àdire des passions nobles et des passions basses. La cité, c(»mme l'individu, a besoin de se nourrir, de se défendre, de se gouverner. C'est à quoi tendent respectivement les passions