‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 142 sur 264 · Phèdre, p. 246, B · texte numérisé non relu

Phèdre, p. 246, B

HISTOIRE DE LA LlTrÉRATL'KE GRECQUE

inférieures de riîriôujiia, les passions nobles du du(Ao;, et l'intelligence. Tout l'art du politique comme du moraliste consiste à établir dans cet ensemble multiple l'unité harmonieuse qui résulte d'une hiérarchie intelligente des divers éléments, de telle sorte que chacun d'eux fasse ce qu'il est apte à faire (ta autoy rpaTTsiv), sans usurper sur les attributions des autres. C'est cette harmonie judicieuse qui constitue proprement la justice dans l'État et dans l'individu. Comment faire prévaloir cette harmonie?

Dans la République parfaite, les trois fonctions essentielles seront réparties entre trois classes distinctes : celle des artisans, des laboureurs, des marchands, chargés de pourvoir à la vie matérielle de l'KUit; celle des gardiens, chargés de le défendre ; celle des magistrats, chargés tle le gouverner. Gardiens et magistrats sont désignés par une sélection attentive et préparés par une éducation spéciale à leur rôle propre. Nulle distinction d'ailleurs, à cet égard, entre les sexes : hommes et femmes ont les mêmes aptitudes, et peuvent être appelés aux mêmes fonctions, après une préparation identique. Heste à combattre l'intérêt personnel et l'intérêt de famille, qui pourraient détruire l'unité de l'État. Pour éviter ce danger, Platon supprime, dans les deux classes supérieures, seules chargées d'une part du gouvernement, l'intérêt personnel par la communauté tl» > biens, et l'intérêt de famille parla communauté des femmes et des enfants. Ces enfants, qui n'ont pas de famille, sont élevés par l'État et pour l'État. I.a foule des guerriers n'a besoin que d'opinions vraies : une grave musique qui soumette l'ûme au rythme, une gymnastique modérée (jui assouplisse et discipline les <orps, voilà pour eux le nécessaire. La science est réservée aux futurs magistrats, m ni devront être des philosophes : la musique et les mathématiques les aflranchiront peu à peu des illusions sensible:^ ; puis la dialectique leur ouvrira l'accès des Idées pures. Quant à Homère et aux poètes, qui ne sont que des imitateurs 1»'

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LA PHILOSOPHIE ATTIQUE

la réalité sensible, qui n'ont sur les dieux que des idées fausses et impies, on les chassera de la République K

Dans l'individu comme dans la cité, il s'agit de mettre chacune des parties de l'Ame à son rang, et de lui faire ac- » omplir sa fonction propre. C'est là l'objet de la morale. L'Ame vertueuse est celle où la raison commande et où les passions obéissent. Cette ûme-là est sage, courageuse, tempérante, et l'équilibre de ces vertus est ce qu'on appelle la justice. Elle est heureuse en même temps que juste. Le bonheur, aux yeux de Platon comme de Socrate, est la fin naturelle de la vie ; mais le bonheur ne va pas sans la vertu. L'âme vicieuse, fût-elle en possession de tous les biens sensibles, est malade et foncièrement malheureuse ; elle ne peut revenir au bonheur qu'en se guérissant, et c'est à quoi sert l'expiation. Le coupable est un sot. S'il n'expie pas volontairement dans ce monde, il sera forcé d'expier après la mort.

On voit la magnifique cohésion de toutes ces vues, profondes, ingénieuses, souvent sublimes, quelquefois paradoxales. Qu'il y ait, dans cette construction hardie, des intempérances de raisonnement purement verbal, des abus de dialectique qui en compromettent la solidité, c'est ce que nous n'avons ni à nier ni à examiner en détail. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a dans cette philosophie de quoi enchanter à la fois le cœur et la raison. Pour admirer et jiour goûter la philosophie platonicienne, il n'est pas nécessaire d'accepter au pied de la lettre la théorie des Idées. Il suflit de croire, avec Platon, que la région des sensations est inférieure, et qu'il faut tenir plus haut le regard de l'Ame. Il y a du platonisme chez tous ceux qui s'attachent à l'idéal, à la raison pure, au devoir, au bien moral, plus qu'à l'intérêt et au plaisir, et qui mêlent un peu de rêve à leur idéal.

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