strabon, XIII. h't. Cf. Plutarqiie, Sylla
rante-sept, et une centaine d'autres nous sont plus ou moins connus par des débris. Nous devons nous borner à un coup d'œil sur l'ensemble de cette production. Mais on ne peut en bien comprendre le vrai caractère que si on la rapporte aux principes mêmes de la philosophie d'Aristote. La première chose à faire est donc de rappeler en quelques mots ce que fut cette philosophie.
15. Principes de la philosophie d' Aristote* — Aristote, comme Platon, fait consister la science à connaître l'essence (oùaîa) des choses. Comme Platon encore, il estime que cette essence doit être cherchée dans l'idée générale qui unit entre elles les choses semblables; il n'y a pas de science du particulier : il n'y a de science que du général. Mais, tandis que Platon donnait à l'Idée une existence réelle distincte de celle des choses, Aristote croit que l'Idée n'existe que dans les choses et par les choses : c'est donc dans la réalité qu'il s'agit de la découvrir. De plus, tandis que Platon subordonne toutes les Idées à l'Idée suprême (lu Bien et s'absorbe peu à peu dans la contemplation de cette essence, Aristote croit à l'indépendance des essences, et ne les ramène pas toutes à un principe unique. Il faut donc les étudier en elles-mêmes et pour elles-mêmes, non pour y retrouver l'Idée du Bien, mais pour en saisir au contraire les différences spécifiques. Connaître une chose, c'est en discerner les éléments premiers, les principes et les causes. Les principes d'une chose sont : son essence, sa quantité, sa qualité, ses difTé rentes relations avec les autres objets; autant de prédicats ou catégories qu'Aristote énumère : il en compte dix. Mais la véritable connaissance est celle qui porte sur Vessence^ c'est-à-dire sur ce qui fait qu'un objet est lui-même et non pas autre. Or l'essence d'un objet se ramène à quatre éléments qui le déterminent et qui sont ses causes : i° la matière (uXrj) dont il est fait; 2° la forme (sISoç) qu'a prise la matière; 3** le moteur (tô xivoiSv) qui a opéré cette transformation ; 4° la fin (tô xéXoç)
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réalisée grâce à elle. C'est le concours des quatre cau^os qui fait passer la matière de Impuissance à Vacte. C'est d'.nc aussi leur ensemble qu'il faut connaître pour possédiM hi science totale de l'objet. Or la dialectique n'y suffit pas. I.i dialectique, fondée sur l'assentiment de l'interlocuteur, ne remonte pas jusqu'aux vrais principes ; elle accepte pour tels de simples opinions; elle ne peut enfanter que le mmIsemblable. I^lle a son prix comme i.'ymnaslique de respiit; elle est même utile dans les sujets qui relèvent de r(q)iiii()ii plus que de la science proprement dite. Mais la M.iir science, la science totale et solide, ne saurait s'en < (intenter. La définition scientifique, qui résume l'essciuf dune chose; la démonstration, qui tire de la définition s« n conséquences, doivent s'appuyer sur une observation ciuiiplète et méthodique <les faits eux-mêmes, de tous les faih.
Puisque le fait est la base de toute science, AristoN' 1»' demande à toutes les sources d'informations : il observ< . il écoule, il est prodigieusement érudit; il est un collechin infatigable de faits de toute sorte : physiques, politi(|Ut n. moraux, littéraires; car tout est matière de science. Kii vertu de ses principes mômes, sa science doit être en< y» I.»pédique.
Sur le fondement de ces faits, il bâtit des théories. Il cherche à dégager de ses observations la nature de tout < »• qui existe. 11 construit une physi(|ue, c'est-à-dirr une théorie des conditions générales de l'être sensible ; — uiio théorie du ciel; — une théorie des plantes; — une thêmit' des animaux; — une théorie de l'ânïe ; — une théori»' 1'' Dieu; — une tliéorie de la politique et de la moralr ; une théorie de la rhêloriiiue, de la poétique, de la «li;il(*i tique, du raisonnement.
16. Coup d'œil sur l'ensemble de ses ouvrages : classification sommaire. — De là le nombre immense et l'iuliiu»' diversité de ses ouvrages, qui se rapportent à toutes les parties de son système. Laissons de côté les poèmes et l^^s
discours, ainsi que les Lettres, qui sont en dehors du système. Mais voici trois groupes d'écrits essentiellement différents, et cependant reliés les uns aux autres par l'unité si vaste de sa conception de la science : 1** d'aAiord des Dialogues, où il se sert du procédé cher à Platon, pour exposer, selon sa doctrine propre, non la vérité tout à fait solide qu'il aspire à constituer, mais du moins des vraisemblances sur les sujets de philosophie (|ui intéressent la plupart des hommes ; 2** ensuite des ouvrages d'érudition, destinés à réunir les matériaux de ses spéculations théoriques ; 3° enfin des traités (;:paY{jLaT£Îai) , où il construit la vraie science pour lui-même et pour ses disciples.
Des dialogues, il ne nous reste que des fragments, quelques-uns assez étendus. Nous connaissons les titres de (juatorze d'entre eux. Les principaux étaient : un dialogue Sur la Philosophie, en trois livres, sorte de Timèe aristotélicien ; VEudème, sur l'àme, comme le Phcdon; le dialogue Sur la Justice, «en quatre grands livres », dit Cicéron; le dialogue Sur la Noblesse, dont il nous reste quelques belles pages; \e Nérinthos, ainsi nommé d'un laboureur corinthien qui, ayant lu le Gorgias, s'était fait philosophe; le Gryllos, qui devait son titre au souvenir du fils de Xénophon, et qui était consacré à la rhétorique; le dialogue Sur les Poètes, en trois livres.
Des ouvrages d'érudition, un seul nous est aujourd'hui connu dans son ensemble, le traité de la Constitution (r Athènes, récemment retrouvé sur des papyrus égyptiens. L'ouvrage comprend deux parties : d'abord l'histoire des transformations politiques d'Athènes ; ensuite l'exposé des institutions contemporaines. La seconde partie est très mutilée, mais la première est presque intacte : on y trouve, dans un raccourci très net et très agréable, toute une parlie de l'histoire d'Athènes qui était assez négligée par les historiens ordinaires, plus curieux des batailles que des institutions. Ce traité de la Constitution d'Athènes, souvent
HISTOIRE DE LA LITTÉKATIRE GRECQIE
LA PH1L0S0PI1II5 AtTlQCE
mentionné par les anciens, faisait partie d'une collection de traités analogues, une véritable « bibliothèque », où Aristote avait étudié les constitutions de cent cinquantohuit cités grecques ou barbares. 11 va de soi, d'ailleurs, qu'une collection de ce genre, en même temps qu'elle exige d'immenses recherches, appelle pour ainsi dire la collaboration de nombreux travailleurs, et qu'on ne saurait affirmer qu'Aristote en eût seul écrit tout l'ensemble. Dans ce même groupe des ouvrages d'érudition, signalons encore les Vainqueurs pythiques; les DidascalieSy véritables « Annales du théâtre >», donnant la liste des représentations athéniennes depuis l'origine, avec les titres des pièces, l«'s noms des auteurs et des chorèges, l'attribution des prix, etc. ; puis le Recueil des traités oratoires^ où Aristote avait condensé si nettement la substance des traités de rhétoriqu*' antérieurs, que personne ne les lisait plus que dans son résumé, au témoignage de Cicéron. D'autres ouvrages du même genre étaient attribués à Aristote : les Questions homériques^ les Problèmes^ le Péplos (recueil de faits divers mythologiques, ainsi nommé à cause des broderies qui couvraient le «voile» d'Athéné) : il est probable qu'en effet l'idée première de ces ouvrages remontait à Aristote, maiil est certain qu'ils ne cessèrent de s'accroître et de perdu* peu à peu leur authenticité.
Les ouvrages acroamatiques forment aujourd'hui I.i presque totalité de l'œuvre conservée d'Aristote. Ils ont éii^ préservés de l'oubli par le culte quetantde siècles n'ont cesx* de rendre à la pensée philosophique du maître, et ils oiit subsisté à travers les ûges, malgré la forme souvent tr» imparfaite qu'ils avaient reçue de leur auteur. Car, i\ faut le répéter, ces écrits n'avaient pas été publiés par Aristoi»* lui-même : ils n'étaient même pas destinés, selon tou! ' apparence, aune publication au moins immédiate. C'élaiei l des notes personnelles, des notes de cours, plus ou moins rédigées, parfois très voisines sans doute de leur forme
définitive, mais d'autres fois plus imparfaites, avec des lacunes, de doubles rédactions, des obscurités de toute sorte qui durent imposer aux premiers éditeurs une tdche lies plus délicates. 11 n'est pas douteux que, si la griffe d'Aristote y a laissé son empreinte partout sensible, dans la forme comme dans le fond, on n'y trouve pourtant aussi en foule tous les genres d'altérations qui devaient résulter nécessairement des circonstances de la publication : larunes arbitrairement comblées, dittographies, amalgames de morceaux appartenant à dos ouvrages distincts, sans
• onipter le menu détail des fautes de copie et l'introduction postérieure douvragos apocryphes. Quoi qu'il en soit df* ces réserves, l'ensemble reste solide et imposant. Sans
• numérer tous les écrits dont il se compose, rappelons-en les grandes lignes, ('e sont d'abord des ouvrages qui se iapportentàla partie «< théorétique » ou contemplative de la science : Métaphysique, Physique, Traité de l\lme, Histoire des animaux, Génération des animaux, elc. ; ensuite ceux qui se rapportent à la <« pratique » : Politique, Morale à Mcomaque, Oryanon (groupe des écrits relatifs à la logique, \'outil de toute recherche : Catégories, De l'expression, Analufiques. Topiques), Réfutation des sophistes. Rhétorique, Pottique.
17. De quelques théories d'Aristote. — Nous n'avons pas à rappeler ici le détail des vues d'Aristote sur l'univers physique et sur l'histoire naturelle. Comme savant, Aristote échappe à l'histoire littéraire. Il suffit de constater sur < ♦' point d'abord son immense savoir, mêlé d'ailleurs de beaucoup d'erreurs alors inévitables, ensuite la puissance d'esprit philosophique avec laquelle il cherche à faire pénétrer dans le chaos des faits la lumière de ses explications systématiques. Son effort pour classer les faits est admirable et souvent heureux. Sa tentative de les expliquer par les quatre causes fondamentales est une tache immense, où il déploie une subtilité ingénieuse, le plus souvent en pure
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perte malheureusement, parce que le problème était mal posé et ne pouvait guère alors ne pas l'être. Physicien et naturaliste admirable pour son temps, mais forcément incomplet et aventureux, Aristote reste aujourd'hui encore un très grand maître sur le terrain des sciences ou des spéculations qui sont proprement humaines. Nous ne parlerons pas de sa logique, presque définitive, mais trop technique pour une histoire de la littérature. C'est seulement du métaphysicien, du politique, du moraliste, du théoricien littéraire qu'il est nécessaire de dire quelques mots.
Il y a de l'âme, suivant Aristote, dans tout ce qui vil, c'est-à-dire dans tout être qui se nourrit, s'accroît et meurt en vertu d'une force propre. L'homme, l'animal, la plante même ont une âme, puisqu'ils ont un principe intern»* de vie et d'accroissement. Mais, de mr^me qu'il y a plusieurs sortes d'êtres vivants, il y a aussi plusieurs sortes d'âmes : les plantes n'ont (ju'uno âme nutritive; les animaux ont une âme sensitive ; l'humme seul a un.' âme raisonnable. L'âme, en tant qu'elh» est la «forme-, de cette « matière » qui s'appelle le corps, en est inséparable, et ne peut donc lui survivre. Mais il y a quelque chose, dans l'âme raisonnable de l'homme, qui dépasse rindividn, qui lui vient du dehors, qui est vraiment divin : c'est la Raison pure, le Nou;. Cet hôte divin se prête lui-même à l'homme pendant la vie, et, quand le corps se dissout av. .: l'âme proprement dite, il retourne vers la Raison universelle, qui est Dieu, et dans laquelle il s'absorbe.
Dieu existe, en effet. Dieu est le principe nécessaire de toutes choses, la fin qui seule explique tout. Dieu n'a [ki5 créé la matière et le mouvement, qui sont éternels; mais il est le premier moteur, immobile lui-même, sans lequel aucun mouvement n'est intelligible. II est la fin suprême vers laquelle tout s'élance et se dirige. Le mouvement et la vie ne sont autre chose, dans la nature entière, qu'uu
immense élan d'amour, conscient ou inconscient, vers la perfection, c'est-à-dire vers Dieu, pensée pure, pensée en acte, pensée substantielle et vivante. — Cette conception métaphysique est assurément l'une des plus grandioses et, dans la sévérité de son expression, l'une des plus poétiques (|ue nous offre l'histoire de la pensée humaine.
Aristote, comme Platon, lie étroitement la politique à la morale : la politique, à ses yeux, embrasse et domine toutes les sciences pratiques, comme la cité enveloppe et domine les individus. Pour plus de clarté, cependant, il étudie séparément les devoirs de l'individu d'abord, ensuite les lois qui gouvernent le corps social.
Voici, dans ses grandes lignes, le plan de la Morale à Nicomnque. — La fin de tout être, de l'aveu général, c'est le bonheur. Or le bonheur réside avant tout dans les biens de l'âme, en particulier dans la vertu, c'est-à-dire dans la perfection morale et intellectuelle. La vertu morale n'est pas innée ; elle n'est pas non plus, comme le croyait Platon, un effet direct du savoir : elle est une habitude de l'âme, acquise par la volonté libre, et qui facilite à l'âme la pratique du bien moral. Celui-ci consiste essentiellement dans un équilibre raisonnable entre le trop et le trop peu : la vertu est dans le « juste milieu » ; le courage est à moitié chemin f^ntre la lâcheté et la témérité. Rien de trop, [jlt)5Iv àyav, disait la sagesse populaire. Aristote le redit à son tour. Puis il analyse successivement l'acte libre, les différentes vertus morales, les vertus intellectuelles, les vices absolus ou irréductibles. Il étudie ensuite l'homme associé à ses semblables par l'amitié. Et l'ouvrage se termine par un dernier livre admirable, où Aristote étudie la hiérarchie des diverses sortes de bonheur : il trouve le bonheur le plus parfait dans l'activité de la partie divine de l'âme, la Raison. — On voit l'ampleur lumineuse de cette théorie, qui recueille dans la conscience populaire aussi bien que dans les livres des sages toutes les vérités éparses, et qui, ramassant le tout en
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un système fortement lié, achève et couronne rouviayt' par une théorie contemplative où se résument à la fois l.i métaphysique d'Aristote et son idéal moral.
La cité d'Aristote n'est pas, comme celle de Platon, nu couvent militaire gouverné par des philosophes : c'est une république tempérée, dont les éléments sont pris dan- le monde réel par un homme qui a étudié toutes les constitutions, mais combinés de manière à éviter tout excès : . jir la théorie du juste milieu régit la politique comint- |,i morale. Loin d'exclure la famille, comme Platon, il y voil la racine nécessaire de la cité. Selon sa méthode habilinll.', qui consiste à chercher la connaissance de l'être parfait dans l'évolution qui l'a préparé, il commence par étudit-i la famille comme organisme politiciue rudimentaire. Il y trouve en ijerme toutes les sortes de pouvoirs poliliqu»-. Il y trouve aussi l'esclavage, et l'admet en tant cjuil repn-e sur une inégalité avérée de nature entre le maître et I • sclave. Après l'étude de la famille, il passe à la critique «l' s théories de ses prédécesseurs. Dans les cinq derniers livres de sa Politique, il expose sa théorie personnelle, et sèni«' à pleines mains, sur tous sujets, les apereus les plus profen.ls et les plus neufs. Il n'est pas un doctrinaire étroit et absolu. Son immense information l'avertit que les diiïérentes formes de gouvernement ne sont pas bonnes ou m mvaises a priori : la royauté, l'aristocratie, la démocialie peuvent être également bonnes relativement à certains <'l ils sociaux. S'il a quelque préférence personnelle, c'est [lour les gouvernements moyens ou mixtes, qui lui semblent les plus conformes à la théorie du juste milieu. Mais il ii<' condamne absolument (jue ceux qui sont vraiment :>> formes corrompues de la royauté, de l'aristocratie et d» li démocratie, c'est-à-dire la tyrannie, l'oligarchie et la d»''iiiagogie ou ochlocratie, oi'i prédominent les passions déiiisonnables. Sa théorie des révolutions dénote autant <l'' pénétration politique et psychologique que de connaissance
des faits. Sa théorie de l'éducation est également fort l>elle. Le principe est de faire avant tout de l'enfant un bon (iloyen, un homme intelligent et vertueux; parmi les choses qu'on lui enseigne, les unes ont une utilité pratique immédiate : lecture, écriture, dessin, gymnastique; d'autres, comme la musique, comme la gymnastique même à certains égards, ont pour objet la perfection de l'âme et (lu corps, et ce ne sont pas les moins nécessaires. L'éducation étant indispensable au bien de l'État, c'est lui qui la donne et la <lirige.
En rhétorique, la grande découverte d'Aristote est d'avoir nettement déterminé la vraie lin de l'art oratoire et d'en avoir déduit la nature de ses éléments essentiels. La rhél.Mique fait pendant à la dialectique : ni l'une ni l'autre n'ont pour objet la connaissance d'un ordre de faits particulier ; elles consistent à bien raisonner sur tout sujet *• la dialectique, avec plus de rigueur; la rhétorique, d'une manière moins serrée et plus populaire. L'objet véritable d une Rhétorique bien faite n'est donc pas, comme le croyaient les rhéteurs, de cataloguer les divisions et subdivisions du tlisrours, ou de collectionner des exordes : c'est d'étudier la théorie de la démonstration oratoire. Telle est la tAche qu'Aristote s'est proposée. Il analyse successivement les idées de l'utile, du beau, du juste, sur lescjuelles reposent essentiellement l'éloquence politique, l'éloquence d'apparat et rélo(|uence judiciaire. Il passe en ivvue les divers « lieux communs » qui peuvent être utiles dans tous les genres d'éloquence. Il montre comment l'orateur peut accroître la force de son argumentation par l'autorité de son caractère ou de ses mœurs, puis par la <onnaissance des passions de son auditoire et son habileté à les manier. De là une série d'analyses des principales [tassions, examinées tour à tour en elles-mêmes, puis par rapport aux différents âges ou aux différentes conditions <1e la vie humaine. Autant d'analyses d'une étonnante pré-
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cision, et dont quelques-unes (par exemple le portrait <l<s trois ûges) sont particulièrement célèbres à cause des nombreuses imitations qu'on en a faites. La Rhétorique se termine par un troisième livre qui paraît avoir constilu»' à l'origine un ouvrage à part, mais qui est incontestablement authentique. Ce livre est consacré d'abord au style (Xsç.; i, ensuite à la composition (TâÇiç). Les douze chapitres sur le style sont certainement ce que nous pouvons lire aujourd'hui de plus profond et de plus précis sur l'histoire du style oratoire grec et sur quelques-uns de ses caractères essentiels. La Poétique n'est pas moins célèbre que la Rhétorique, . t elle a peut-être exercé plus d'inlluence. Elle est malh< nreusement moins bien conservée. L'ouvrage était primitivement formé de deux livres. Le second livre, où il était question de la comédie, est perdu. Le premier subsiste seul, .1 ilest lui-même en fort triste état. La Poétique se couqKiM' aujourd'hui de vingt-six chapitres, qui comprenneni : 1» une introduction générale sur la poésie, ses difféniih genres, ses origines psychologiques, ses débuts historit|uis (chap. i-v); 2° une théorie mutilée de la tragéili<' (chap. vi-xxn); 3" quelques fragments d'une théorie di' l'épopée (chap. xxiii-xxiv); 4® une /"ar/af/o de (iueslinii> diverses (chap. xxv); 5" une comparaison entre l'épopé»- «i la tragédie (chap. xxvi). Les interminables et fastidieu^s discussions dogmatiques des modernes sur les « règl«'> d'Aristote sont de nature à faire tort à son livre. En réali»', l'auteur de la Poétique n'a rien d'un abbé d'Aubignac ni d'un pédant de collège : c'est un profond et puissant espiil qui analyse la poésie comme il analyse tous les fait- tt tous les êtres, avec précision et rigueur, et de plus a c une incomparable connaissance de leur évolution hi> <»rique. La poésie, pour Aristote comme pour Platon, est viw imitation; mais une imitation libre, qui peut représeui r les choses plus belles qu'elles ne sont, ou moins belles*; l 1. Poét., 2.
une imitation qui les généralise, qui est par conséquent plus » sérieuse » et plus « philosophique » que l'histoire ^ Voilà la poésie vengée des dédains de Platon, qui lui reprochait de n'être que l'image d'une vaine image. Autant de manières d'imiter, autant de genres poétiques différents. Cette imitation poétique et musicale s'est peu à peu transformée et achevée, comme tout ce qui vit. La tragédie est la forme la plus haute et la plus complète de la poésie. Suit la définition de la tragédie : définition profonde, pleine de choses, et qui va si avant dans l'analyse de son objet qu'elle dépasse presque la tragédie grecque pour atteindre à l'essence même du drame de l'avenir et de tous les temps. Toute la théorie de la tragédie sort de cette définition. L'action est l'essentiel, le reste est secondaire. Nous n'analyserons pas cette partie de la Poétique ^ rendue familière à tous par les discussions des théoriciens. Notons seulement un détail caractéristique. La fameuse théorie des trois unités est censée appartenir à Aristote. Or la seule unité dont il fasse expressément la théorie est l'unité d'action. De l'unité de lieu, pas un mot. De l'unité de temps, il ne parle qu'incidemment, comme d'un fait usuel et à peu près normal, à propos des différences de la tragédie et de l'épopée. On saisit Là, ce semble, le vrai caractère du dogmatisme d'Aristote comparé au dogmatisme des classiques modernes : Aristote signale un fait comme fréquent et digne d'attention ; Scaliger et Boileau en font une loi, qu'ils promulguent du haut d'un Sinaï.
18. Aristote écrlyain; conclusion. — Les ouvrages d'Aristote appartiennent à des genres si différents que, si l'on veut chercher à l'apprécier comme écrivain, il est indispensable de distinguer chez lui le poète, l'auteur des dialogues, l'auteur des ouvrages d'érudition et enfin l'auteur des notes inachevées, mais souvent admirables, que sont ses ouvrages acroamatiques.