‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 160 sur 264 · Panathén., :iO · texte numérisé non relu

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nastique utile, mais seulement à titre de préparation. D'autre part, la prétendue science des anciens philosophes n'est que contradiction et chimère. L'explication des poètes est difficile et raremtînt bien faite. Les maîtres de rhéldrique se moquent de la vérité : ce sont des charlatans. Les éristiques et les dialecticiens sont honnêtes et sincères, mais ils s'empêtrent dans des subtilités inutiles. La morale et la politique ne sont pas matière de science rigoureus»', au sens platonicien du mol : il ne peut y avoir sur ces sujets que des opinions, bonnes ou mauvaises. C'est dom sur la pratique avant tout que l'enseignement de la vraie « philosophie » doit être fondé. Il faut faire à la fois la théorie et l'application. Le véritable philosophe, qui est eu même temps maître de rhétori(|ue, apprend à ses élèves, par son propre exemple, par l'analyse de ce qu'il exéculidevant eux, par les essais qu'il leur faitfaire, à décomposer et à manier les idées ; il les exerce à écrire à leur tour sur des sujets sérieux. Au bout de trois ou quatre ans de ci apprentissage théorique et pratique, le jeune homme peul. entrer dans la vie sachant penser et sachant écrire. Les dernières pages du Panathénaïque mettent en scène, pour ainsi dire, la méthode d'Isocrate, de la manière la plus curieuse : un des auditeurs est censé choqué de certains jugements du maître sur Lacédémone ; une discussion courtoise s'engage, et Isocrate prouve le bien fondé dr son opinion : il a ainsi donné à ses disciples une leron d'histoire et de politique en même temps qu'une leçon dr style.

Cette méthode d'éducation ressemble trop à celle (jui inspire nos humanités pour que nous puissions rester inseii sibles à la part de vérité qu'elle renferme. Avouons, d'ailleurs, que, dans la pratique, elle aura toujours une valeur exactement proportionnée à la dose d'esprit scientifique que la nature propre du maître y fera pénétrer. Avec Isocrate, il était à craindre que la rhétorique propremeni

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dite, avec son vague et son mensonge inconscient, n'y prît trop souvent la première place.

Au total, Isocrate a été jugé très diversement. Cicéron et les cicéroniens l'admirent beaucoup; Fénelon le trouve insupportable. Il y a en effet, chez Isocrate, du bon et du mauvais. Son plus grand mérite est d'avoir rendu possible l'éloquence de Démosthène. Son tort est d'avoir tellement enchanté la tirèce parla musicjue de sa parole qu'il a souvent laissé croire à ses successeurs (jue cette musi(|ue suffisait à tout. En bien comme en mal, il est certain que son influence a été profonde, et qu'un ouvrage en prose, après Isocrate, est pres«|ue toujours très différent de ce qu'il eût été avant lui K

9. L'Éloquence politique : vue d'ensemble. — C'est seulement au milieu du iv^ siècle, durant les vingt dernières années de la vie d'Isocrate, que l'éloquence politique proprement dite prit enfin sa place dans la littérature. Les circonstances étaient alors particulièrement favorables à l'éclosion de cette éloquence. C'est le temps où la Macédoine s'élève menaçante en face de la Grèce et d'Athènes. Un grave problème se pose devant le peuple : faut-il voir dans Philippe un ennemi irréconciliable, ou faut-il le ménager? Une foule d'orateurs montent à la tribune pour soutenir les deux thèses. On parle dans l'assemblée, on parle dans les ambassades; on parle aussi devant les héliastes pour s'accuser réciproquement ou se défendre ; car ces luttes politi<jues, selon l'usage athénien, avaient souvent leur épilogue devant les tribunaux. L'importance liagi([ue de ces débats n'aurait cependant pas suffi à sus-

1. Parmi les rivaux disociale, le seul qui mérite d être ici mentionné est Alcidamas, dont nous possédons un curieux discours à'm/* les Sophistes. Il y reproche à Isocrate de former des écrivains plutôt que des orateur». Lui-même, d'ailleurs, n'est pas sans avoir subi l'influence de son adversaire. C'est Alcidamas qui avait écrit quelque part cette belle pensée, citée par Arislote : « Tous les hommes sont les affranchis de la divinité; la nature ne fait pas d'esclaves. » (Arislote, Khét., I, 13, et scolie.)

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Citer une éloquence politique écrite, la seule qui appa>. tienne à la littérature, si d'autres circonstances, tout.. nouvelles, ne s'étaient alors trouvées réunies pour la première fois : l'existence d'oraleurs capables de retrouv.r leur inspiration éloquente la plume à la main, et l'existence d'un public capable de lire avec L.lérét des discours écrits. Rien n'est plus connu et n'a été plus souvent signal,. que la différence qui existe entre bien parler et bien écrire : la véhémence et l'action, qui sont l'âme de l'éloquence politique, risquent de s'éteindre dans le travail silencieux de la plume, à moins que celle-ci ne soit déjà très habile. D'autre part, à quoi bon rédiger des discours qui ont déjà produit leur effet à la tribune, si le public ndoit pas les lire-? Un Démosthène, en écrivant ses discours politiques, ne faisait pas simplement œuvre de littérateur • Il se proposait de continuer et de fortifier l'action de s. parole. Le discours écrit était pour lui comme une sort,. de journalisme approprié aux mœurs grecques. Or toutes ces circonstances favorables ne purent se trouver réunies qu après une pratique déjà longue de l'art des loiz,,graphes, et après qu'Isocrale, par vingt ou trente ans d. discours politico-philosophiques, eut habitué les orateur, et le public, soit à manier les idées générales qui forment le fond de la politique courante, soit à en goûter l'expression écrite. Tous les grands orateurs, d'ailleurs, dans cette période même, n'ont pas été des écrivains : ni Phocion, i,i Démade „ ont rien laissé, sinon le souvenir général d.leur rôle, de leur attitude à la tribune, et quelques mots qui se sont gravés dans la mémoire des contemporains, be ceux-là, nous pourrions à la rigueur ne rien dire, car ils n appartiennent pas à la littérature proprement dite. Bornons-nous à rappeler que Phocion, l'homme que Démo.shene appelait la .. hache de ses discours .,, passa sa vie à faire bravement la guerre comme général et à prêcher la paix. Il combattait le parti de la guerre parce qu'il croyait

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ses compatriotes incapables de tenir tète à la Mact'doine. Comme Hypt^ride lui demandait un jour ce qu'il attendait pour conseiller la guerre : « J'attends, répondit-il, (|ue les jeunes gens consentent h faire campagne, les riches à payer l'impôt et les orateurs à ne pas voler le peuple. »> Il méprisait la foule : un jour que le peuple l'applaudissait, il se tourna vers ses amis : « Aurais-je dit quelque sottise? ►» Drmade, fils d'un batelier, sans rducalion et sans mœurs, est tout le contraire de cet aristocrate sévère et hautain, à l'éloquence brève et tranchante : il n'a de commun avec lui que d'avoir combattu Démosthène. Démade était payé par la Macédoine et ne s'en cachait pas. Buveur, viveur, paresseux, c'était un improvisateur incomparable, et Plutarque prétend, non sans vraisemblance, que souvent sa parole improvisée, pleine de verve, d'imagination et d'esprit, emportait comme un torrent les laborieuses constructions de Démosthène. Parmi les orateurs qui ont écrit, aucun d'ailleurs ne s'est enfermé strictement dans l'éloquence délibérative : plusieurs ont été logographes en même temps qu'hommes politiques, et la plupart même n'ont écrit sur la politique qu'à propos de certains débats judiciaires <. Quoi qu'il en soit, la politique a été leur source principale d'inspiration, et c'est là ce qui est nouveau. Démosthène et Eschine, Hypéride et Lycurgue, malgré la diversité de leurs œuvres, sont essentiellement des politiques. Et tous, la plume à la main, restent de grands orateurs, c'est-à-dire des hommes qui possèdent à fond le maniement des idées générales et à qui les mots obéissent. Ce i\\i'\ établit entre eux des degrés, c'est le génie personnel encore plus que le talent proprement (lit.

1. Nous ne connaissons, à vrai dire, en fait de harangues proprement dites mises par écrit, que celles de Démosthène lui-même et deux ou trois autres qui ont été recueillies dans ses œuvres, mais dont let auteurs sont incertains.

10. Démosthène; sa vie; son œuvre ^ — Drmosthèiie est le chef incontesté de cette pléiade : il domine tous les autres de très haut, par une supériorittî de génie politi(jUf et oratoire qui fait de lui l'un des plus farauds orateurs politiques de tous les temps.

Il naquit en 384, à Athènes, dans le dème de Pœania. A sept ans, il perdit son père, riche fabricant d'armes, (jui laissait aux siens un héritage considérable. Des tuteurs infidèles dilapidèrent cet héritage. L'orphelin, de sant. délicate, fut élevé par sa mère avec une sœur plus jeune, au milieu de ces tristesses. A dix-huit ans, la loi le faisait majeur : l'adolescent chétif se trouva être un homme, résolu à obtenir justice. Trois années se passèrent en pourparlers et en discussions préliminaires. Pendant ce temps, Démosthène apprenait l'éloquence et les affaires à l'écolr d'Isée. Quand l'affaire vint devant le tribunal, en .363, Démosthène plaida lui-même sa cause en grand orateur el la gagna. De nouvelles chicanes l'obligèrent à de nouveaux procès; il n'en sortit que deux ou trois ans plus tard, vainqueur en justice, mais probablement à peu près ruiné, avei ce seul avantage certain d'être désormais trempé pour toutes les luttes.

La tradition rapporte que Démosthène fut attiré de bonn»-

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