‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 164 sur 264 · Contre Ctésiphon · texte numérisé non relu

Contre Ctésiphon

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HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE f.RECQLT

L*ÉLOQUENCE ATTIQUE

belle prestance, une noble attitude à la tribune, unofaciliir d'improvisation imperturbable, il a reçu des coraplimrnls de Philippe et les rapporte avec complaisance : rhoinrne qui a su l'apprécier ainsi doit être un grand homm»-. Démosthène, en revanche, lui est odieux : il le poursuif d'une haine de politicien à la fois et d'homme de lotlns jaloux ; il se moque de ses cris, de ses gestes violents, de son éloquence laborieuse.

Nous n'avons d'Eschine que trois discours : une accns.ition haineuse et venimeuse contre un certain TimaKiu» . allié politique de Démosthène; sa défense dans l'an'aire «l»l'ambassade, et son plaidoyer contre Ctésiphon Ce sont les seuls qu'il eût écrits, car il n'était pas logographe de profession et il improvisait ses discours politi«|ues : s'il .1 écrit les trois discours que nous possédons, c'est évidemment dans un dessein de propagande.

L'élo(|uence d'Eschine, bien que privée du secours de sa voix sonore et de ses dons extérieurs, resle brillante el bell»\ avec des défauts essentiels pourtant, qui tiennent au fond même de sa nature. Mais ces défauts ne sont pas de ceux qui frappent d'abord et qui puissent compromettre, mèin»' auprès d'un lecteur, le succès immédiat du discours. C'« st seulement à la rédexion qu'on s'aperçoit combien celle élo(|uence politique manque de vues vraiment politique-, combien le soutien de l'histoire et de l'expérience réflécliie lui fait défaut, combien elle est vague, combien elle abu>e des attaques personnelles, de la haine méchante et froi«N', du mensonge impudent, de la calomnie frivole, de touits les ressources (jue la méchanceté peut fournir à la sotli> ". et qui trouvent un écho assuré dans la malignité de l'auoitoire. A côté de ces défauts, que l'attention seule révèle, ks qualités sont éclatantes, et tout en façade : de sorte (pie If lecteur est charmé avant d'avoir eu le temps de se ressaisir. La pauvreté ou la bassesse du fond se recouvre de dignilé extérieure, de noblesse élégante, de grâce et d'harmoni'".

Eschine a toujours à la bouche l'éloge de l'euxodfjLÎa, du bon ordre, dans l'État et dans la vie privée ; il sait parler de lui-même avec une dignité décente, de ses parents avec une sensibilité qui est peut-être sincère ^ En outre, s'il est un politique médiocre, il est bon juriste ; l'ancien greffier connaît bien les lois ; il les discute avec compétence, et sait, tout comme un autre, aligner de belles phrases sur l'importance des documents ofticiels et sur l'utilité des archives qui les conservent à la postérité 2. Mais c'est surtout par la forme que vaut son éloquence, et, à cet égard, elle n'a guère de comparaisons à redouter. Mettons à part, bien entendu, celle de Démosthène, qui est hors de pair. Mais, au-dessous de cette éloquence de génie, on en trouverait diflicilement une autre qui fût plus séduisante que celle d'Eschine : c'est dadiiiirable rhétorique, claire, abondante, variée, pathêti<|ue et spirituelle, négligée parfois avec grâce, toujours d'une ordonnance parfaite. La netteté, une netteté lumineuse, en est le premier caractère. La phrase, sans être balancé»; comme celle d'Isocrate ni serrée comme celle de Démosthène, est ample, facile à suivre, toute animée d'un large souflle d'éloquence. Même limpidité dans ses récits, dans ses discussions, dans l'ensemble de chaque discours. Hien d'inutile. Ses discours, d'une étendue modérée (ils sont d'un bon tiers plus courts que les discours correspondants de Démosthène), sont toujours construits sur un plan très simple : il est facile d'en embrasser l'ordonnance d'un seul coup d'œil. Et cette clarté n'est pas froide : l'orateur nous intéresse toujours; il nous fait désirer à chaque page de connaître celle qui va suivre. Dans ce plan bien ordonné, il répand avec une prodigalité harmonieuse les coub'urs les plus variées. Le ton fondamental de son éloquence est une gravité élégante, voisine

1. Ambcus., 147 et suiv. Beaumarchais aussi a de ces traits émus qui Kagnent la sympathie.

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