‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 171 sur 264 · Athénée, VIII, 352 A · texte numérisé non relu

Athénée, VIII, 352 A

HISTOIRE DE LA LlTÏÉnATLUE GRECQUE

hommes d'un génie original ne se soucient plus de la cultiver.

4. Autres genres lyriques. — L'élégie et l'ïambe '. — Le dithyrambe et le nome, pendant leur période de succès, avaient rivalisé d'éclat avec la tragédie; c'étaient, comme elle, des genres en quelque sorte publics, puisqu'ils étaient associés aux fêtes de la cité. A côté de ces grandes formes du lyrisme, il y en avait beaucoup d'autres, infiniment plus humbles, qui ne sortaient guère du cercle de la vie privée.

Le scolion, cette chanson de table qui a été définie plus haut, et qui avait eu son illustration dès le vi" siècle, se continue, au v« et au iv« siècle, par une foule d'œuvres agréables, spirituelles, quelquefois émues, mais, en somme, très secondaires, et qui, d'ailleurs, ont presque totalement disparu. Le seul échantillon de cette sorte de poésie que nous voulions rappeler ici est l'hymne d'Aristote à la vertu. Composé vers 345, après la mort toute récente d'Hermias d'Atarnée, qui avait été l'un des meilleurs amis du grand philosophe, ce chant procède d'un sentiment touchant et d'une idée élevée. Citons-en au moins le début :

Vertu, objet des efforts de la race mortelle, but glorieux où tend la vie, c'est pour ta beauté, noble vierge, que la mort même est recherchée dans l'Hellade et qu'on y supporte les dures fatigues de l'énergie indomptable. Ton charme jette les âmes dans un amour immortel, plus puissant que l'or et que les voluptés et que le sommeil aux doux regards..., etc.

Mais la forme par excellence de la poésie familière, alors comme dans la période précédente, c'était l'élégie. De même qu'aux siècles précédents, elle continuait à former l'accompagnement presque indispensable des réunions d'amis, des banquets. Presque tous les hommes célèbres par leur esprit, au v" et au iv« siècle, ont composé des élégies ; c'était, par excellence, la poésie de cir-

\. Fragments dans Rergk, recueil cit^ ci-dessus, t. IL

LA POÉSIE AU V*" ET AU IV"" SIÈCLE

constance, qui se prêtait à tous les sentiments et à tous les caprices, tantôt narrative, tantôt philosophique, passant de la louange à l'avertissement ou même à la critique, dissertant agréablement sur des sujets de politique, de morale, ou simplement sur les choses du jour. Genre facile, qui devenait souvent banal, et ne pouvait produire que peu d'œuvres vraiment remarquables.

Au v<= siècle, le plus connu de ses représentants fut Kvénos de Paros. Né vers 460, poète et sophiste à la fois, il était dans tout l'éclat de sa réputation entre 430 et 400 approximativement. D'après les témoignages et les quelques fragments subsistants, Événos nous apparaît comme un homme du meilleur ton, dont la poésie avait plus de grâce et de finesse que de force ou d'essor. Il aime à moraliser ; et il le fait, quoique compatriote d'Archiloque, avec une élégance discrète, qui est vraiment attique. Si le recueil de ses élégies nous était resté, il ne serait pas sans intérêt de le placer à côté du Banquet de Xénophon, l'un et l'autre ouvrage représentant assez bien ce qu'était alors la bonne société d'Athènes.

Critias, le tyran, bel esprit, qui avait composé des tragédies de quelque mérite, fut aussi un poète élégiaque. De ses élégies, il ne nous reste que quelques fragments, dont les plus intéressants proviennent d'un recueil intitulé les Républiques ou les Constitutions (IloÀiTsîai) ; l'esprit d'opposition antidémocratique qui animait l'auteur s'y manifestait certainement; c'était de la poésie aristocratique, au goût des hétairies qui tendaient à l'oligarchie.

Mien différente est l'élégie chez Antimaque de Colophon. Nous parlerons de lui un peu plus loin, comme d'un des poètes épiques les plus remarquables du v'^ siècle. L'élégie, telle qu*il l'a conçue, se rapproche trop de son épopée, par l'esprit et par les sujets trait«''S, pour qu'il y ait lieu de l'en séparer. Contentons-nous d'en faire mention pour le moment, sans y insister.

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La poésie moqueuse, sons ses diverses formes, parodie ou satire, doit figurer naturrllement, dans celle revue sommaire, à côté de l'élégie, à laquelle elle ressemble par certains côtés. Au reste, elle n'est représentée, ni au v« siècle ni au iv, par aucune œuvre de grande valeur.

La parodie remontait, comme genre, jusqu'à la Batrachomyomachie au moins, sinon plus haut. Nous avons noté qu'elle constituait un élément assez important de la comédie ancienne. En dehors du théâtre, nous la voyons alors se développer singulièrement et se mettre au service de la satire morale.

C'est ainsi qu'un poète du V siècle, nommé Ilermippos, dans ses ïambes intitulés Trimètres et TétromètreSy parodiait les récits légendaires d'Ulysse dans Y Odyssée ^ non pour s'en moquer, mais pour s'en faire un cadre où il enfermait plaisamment la critique de ses contemporains. Hégémon de Thasos, dans le même temps, avait sans doute un dessein analogue, lorsqu'il composait une Gigantomachie, qui n'était en fait qu'une autobiographie satirique. En revanche, chez Eubéos de Parium, la parodie semble n'avoir visé qu'à des effets plaisants. Il prenait le ton de l'épopée pour raconter des querelles de portefaix.

Dans la seconde moitié du iv^ siècle, vers le temps de Ménandre, ce genre bâtard fut cultivé avec un certain éclat par le célèbre philosophe cynique Cratès de Thèbes, disciple de Diogène. 11 avait composé des ïambes, des Élégies^ des Hexamètres. Quelle que fût la variété du rythme, l'esprit qui l'inspirait était toujours le même, et aussi le procédé littéraire. 11 imitait, non sans grâce, les vieux poètes, Homère, Solon, en détournant leurs vers de leur sens primitif pour les transformer en satires. C'était donc toujours la parodie, inspirée cette fois par un ascétisme doctrinal, qui se moquait des hommes assujettis à leurs désirs. Citons, à titre d'exemple, le meilleur de ses fragments, celui où, suivant de près la description de la Crète

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