‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 173 sur 264 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

LA PHILOSOPHIE AU IV' ET AU llf SIÈCLE

SOMMAIRE

I. Athènes et la philosophie. — II. Les écoles de second ordre. — III. Le stoïcisme; Zenon; Cléanthe; Chrysippe. — IV. Épicure et répicurisuie. — V. Pyrrhon et le scepticisme; Timon le « Sillogniphe ». — VI. La « moyenne » et la « nouvelle >» Académie ; Arcésilas et Carnéade.

1. Athènes et la philosophie. — De même que la comédie, la philosophie aussi reste en grande partie athénienne dans la période qui suit la mort d'Alexandre. Et ce mouvement philosophique est considérable, car c'est alors que se fondent et s'organisent les plus puissantes doctrines morales de l'antiquité, celles qui ont agi le plus fortement sur la vie des hommes. Non que les philosophes de cette période soient en général Athéniens de naissance; la plupart, au contraire, sont étrangers. Mais Athènes, grâce à l'éclat des écoles toujours vivantes de Platon et d'Aristote, reste comme la capitale delà philosophie. On vient à Athènes pour entendre les philosophes les plus célèbres et pour philosopher soi-même. La vie et l'air d'Athènes restent favorables aux discussions dialectiques. Dans l'apaisement de la politique, dans la molle quiétude de la décadence, l'activité de l'esprit attique a besoin d'un aliment. Elle le trouve dans ces discussions, qui conviennent à sa finesse et qui remplacent peu à peu, pour la cité,

toutes les autres formes disparues de l'activité politique et oratoire. En outre, la vie, à Athènes, est plus libre que partout ailleurs ; on y est moins près des rois et des généraux ; on y garde une indépendance d'allures et de pensée qui favorise la spéculation philosophique et morale. Autour do l'Académie et du Lycée, d'autres écoles se fondent. Bientôt la ville tout entière fourmille de sectes rivales qui, par écrit ou par la parole, se disputent, luttant d'influence et de succès. Entre Stoïciens et Épicuriens, Académiciens et Cyniques, il s'élève des querelles qui font songer à celles des ordres religieux au moyen Age, Franciscains contre Dominicains. Ou encore Athènes est comme une grande? ville universitaire, remplie d'étudiants de tout âge et de tout pays, abondante en paroles subtiles et en discussions interminables. En dehors d'Athènes, les écoles de Mégare, de Cyrène, continuent à mener une existence provinciale assez modeste; le cynisme, d'autre part, est plutôt nomade. Mais ces exceptions, en somme, sont peu nombreuses, et l'on peut dire que la philosophie de cette période est surtout athénienne. La littérature ne lui doit, d'ailleurs, que peu de chose. Et ce n'est pas seulement parce que la plupart de ces écrits philosophiques ont péri : nous savons, en effet, par les témoignages des anciens, que leurs auteurs ou bien n'avaient pas voulu faire œuvre d'artistes, ou n'y avaient pas réussi. Nous n'avons donc pas à en étudier minutieusement les débris. Il suffira de tracer une rapide esquisse de ce grand mouvement de pensée, en indiquant au passage les principales œuvres littéraires qui s'y rattachent K

2. Écoles de second ordre. — Des écoles de Mégare et de Cyrène, il n'y a guère à mentionner que deux noms : celui du Cyrénéen Théodore, qui continue, après Aristippe (et

1. Il a été question plus haut, chapitre xix, des successeurs de Platon à l'Académie et d'Aristote au Lycée. — Pour tous les philosophes dont il va être question, cf. les Vies de Diogène Laërce.

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avant Épicure), à prêcher la morale du plaisir; et celui du Mégarien Stilpon, fidèle à la subtile dialectique de ses maîtres.

L'école cynique a plus d'importance, même littérairement. Diogène, l'homme au tonneau, celui qui demandait à Alexandre de s'ôter de son soleil, avait laissé quelques écrits qui eurent de la réputation; mais nous ne les connaissons plus. — Cratès de Thèbes, autre cynique de ce temps, fut un des maîtres de Zenon ^ — Bion, le Borysthénite, avait écrit divers ouvrages en prose et en vers, et notamment des Entretiem qui eurent l'honneur, par leur verve mordante, d'attirer l'attention d'Horace et de servir de modèles à ses satires'^. — Enfin, Ménippe, de Gadara, en Cœlé-Syrie, fut aussi un écrivain original et novateur : il avait composé divers ouvrçiges de parodie ou de moquerie bouffonne contre Homère, contre les philosophes et les savants, contre Épicure en particulier. Sa Ncxuia était une parodie de celle d'Homère; ses Lettres mettaient en scène les dieux de la religion populaire. Sa verve, incisive et plaisante, se servait tour à tour de la prose et des vers, qu'elle unissait dans un même ouvrage. Ce genre de composition eut tant de succès qu'il survécut à son inventeur : les « satires ménippées » de Varron étaient une imitation des écrits de Ménippe. Elles sont aujourd'hui perdues, comme l'original; mais Lucien aussi s'est in.spiré de Ménippe, et Lucien nous est bien connu ; on sait la place qu'il donne au personnage de Ménippe dans un grand nombre de ses dialogues; il n'est pas douteux que sa moquerie si spirituelle ne doive beaucoup à celle du philosophe de Gadara. La vie de Ménippe doit être placée à la fin du IV* siècle et au début du m^.

3. Le stoïcisme ; Zenon, Cléanthe, Chrysippe. — Le fondateur du stoïcisme, Zenon, fut, dit-on, l'élève du cynique

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