‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 176 sur 264 · DE 300 A 150 ENVIRON · texte numérisé non relu

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SOMMAIRE

ï. L'hellénisnio après Alexandre: les nouvelles capitales inlellectuellcs : Alexandrie, Pcrf?anie. Anlio<he. etc. — II. La rhétorique. — III. L'histoire. — IV. La géographie. — V. Histoire de la philosophie, des lettres, des beaux-arts. — Vl. Philologie et grammaire. — VIL Technologie. — Vlll. Littérature semi-romanesque. — IX. Litltralure judéo-grecque et littérature apocryi»he.

1. L'hellénisme après Alexandre; les nouvelles capitales intellectuelles : Alexandrie, Pergame, Antioche, etc. — La comédie ot la philosophie, nous l'avons vu, ont continué, au iii^ siècle, à fleurir dans ratnios[»hère athénienne comme dans un climat de prédilection : c'étaient deux plantes délicates qui refusaient de s'acclimater sous d'autres cieux. Mais il n'en fut pas de même de la culture grecque en général : elle fut répandue par la conquête d'Alexandre dans tout le monde oriental et méditerranéen, et, comme le goût des choses littéraires était l'un des traits essentiels de l'art hellénique, la littérature, sous une forme ou sous une autre, fut cultivée partout où s'établirent, à la suite des armées macédoniennes, des groupes helléniques. On sait comment de nouveaux royaumes, nés du partage

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de l'empire d'Alexandre, surgirent e1 s'organisèrent. Des villes nouvelles furent fondées; de vieilles villes asiatiques se transformèrent et s'agrandirent; on y vil des princes grecs, une cour, une société biillanle, des bibliothèques, des écoles, des lettrés de toute sorte. Alexandrie, Pergame, Antioche, devenues de grands centres jjoli tiques et commerciaux, furent aussi des capitales intellectuelles. Alexandrie est le type le plus complet et le plus brillant de ces nouvelles capitales. C'est aussi celle dont, l'action s'est exercée sur la littérature avec le plus de continuité, et ce n'est j>as sans raison que la période comprise entre la mort d'Alexandre et la bataille d'Aclium s'appelle, dans l'histoire de la littérature grecque, « période alexandrine ». — Entre le canal de Pharos et le lac Maréotis, sur une longue bande de terre, végétait une obscure ville égy[)lienne. Alexandre comprit l'avantage unique de cet emplacement, et y fonda Alexandrie. Cinquante ans plus tard. sous les premiers Ptolémées, la jeune cité comptait plus de trois ceni mille habitants : c'était la plus grande ville du monde. Cette prodigieuse croissance, qui ressemble à celle de certaines villes américaines d'aujourd'hui, avait son origine dans le commerce. Alexandrie se trouvait au point de contact des grandes civilisations de l'antiquité, brusquement rapprochées par les conquêtes d'Alexandre : l'Egypte, l'Orient, la (irèce, la Méditerranée occidentale se donnèrent rendez-vous dans son immense port. Les Ptolémées étaient intelligents et ambitieux. Quand ils virent leur capitale devenir la plus riche cité du monde, ils voulurent qu'elle en flit aussi la plus savante et la plus lettrée. Déjà Ptolémée Soter avait commencé d'y former une bibliothèque. Mais c'est Philadelphe, semble-t-il, qui l'installa définitivement et qui la compléta par le Musée. A sa mort, la grande Bibliothèque contenait quatre cent mille volumes, et une seconde, établie au Sérapéum, en renfermait cinquante mille. Ces chiffres ne cessèrent de s'accroître, si bien que le total

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atteignait sept cent mille volumes en l'an 47, au moment de l'incendie qui suivit rentrée de César dans la ville. A côté de la Bibliothèque, le Musée proprement dit. C'était, comme le nom rindi((ue, un lieu consacré aux Muses. Un ij;rand prêtre l'administrait. De nombreux édilicesy étaient juxtaposés et associés I/un d'eux, probablement , servait de domicile à la grande Bibliothèque. D'autres contenaient des salles de ilissection, des observatoires astronomicjues. Dans les Jardins, il y avait des animaux rares et des plantes exotiques. Des portiques environnaient l'ensemble des bâtiments. En suivant ces portiques, on arrivait à un édifice élégant qui renfermait deux salles importantes : l'une était Vevèdre. qui servait aux réunions des savants attachés au Musée; l'autre, la pièce où ils prenaient leurs repas eu commun. Car un personnel nouibreux vivait à l'ombre du Musée, qui tenait à la fois d'une abbaye, d'une l]niversilé et d'une .Xcadémie. C'étaient vraiment toutes les Muses que les rois d'Égyptf avaient logées dans ce beau palais, u Volière des Muses », disait le satirique Timon. Le mot est méchant : qui oserait dire qu'il fût tout à lait injuste? Il est certain que les Muses domestiquées d'Aloxandrie ne sont plus tout à fait les mêmes que les Muses de l'Hélicon. Elles ne chantent plus pour le même public et ne font plus entendre les mêmes accents.

Jusqu'alors, la littérature grecque avait été, dans ses principales formes, profondément nationale et populaire. Elle va devenir cosmopolite et savante. Pendant d»! longs siècles, la littérature avait été la traduction sj>onlanée des idées et des sentiments dont vivait la cité tout entière. Elle s'était adressée avant tout aux membres d'une cité particulière, et à tous les membres de . ettt* cité, sans distinction de classe ni de culture. Même la philosophie socratique, qui arrive à être universelle, est à la fois profondénn'Ut athénienne dans ses caractèjes piincipaux et populaire dans son mode d'expression : Socrate est uu Athénien qui

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cause avec des concitoyens, avec le premier venu d'entre ceux-ci. Dans la poésie, dans l'éloquence, ce caractère national et populaire est naturellement bien plus fort encore. Au contraire, après Alexandre, la littérature s'adresse aux lettrés et aux savants du nronde entier et ne s'adresse guère qu'à eux. Le peuple ne compte plus. Qu'un livre soit écrit à Alexandrie ou à Pergame, cela n'a guère d'importance : il est toujours le même II est fait par des lettrés cosmopolites, pour d'au très lettrés de même sorte, et n'intéresse que le cercle à la fois universel et restreint des beaux esprits ou des savants, qui, dans toutes les villes du monde grec, sont à peu près semblables. La foule ne les connaît pas et ils ne la connaissent pas davantage. Dans beaucoup de ces villes nouvellement hellénisées, la multitude est restée à demi barbare, parlant un grec d'affaires, un grec plein de solécismes. Même dans les pays de race vraiment grecque, comme la vie politique locale a disparu, comme les regards des hommes cultivés ont pris l'habitude de se porter sur un horizon beaucoup plus vaste, une scission s'est opérée entre les savants et le peuple. Un érudit de Tauroménium est plus près parla pensée d'un érudit d'Athènes ou d'Alexandrie que de ses compatriotes ignorants. Même les poètes visent à obtenir le suffrage des cercjes lettrés du monde ♦•nlier plutôt que celui de leurs concitoyens immédiats, conlinés dans les soucis d'une vie pratique assez humble, où les hautes préoccupations n'ont plus guère de place.

Ce caractère cosmopolite et savant de la littérature apparaît dans le fond et dans la forme. Laissons de côté la poésie, dont nous jiarleions dans un prochain chapitre; en prose, certains genres disparaissent, d'autres se transforment, d'autres se montrent pour la première fois. Dans tous, la langue et le style, comme rinsj iration fondamentale, présentent des caractères nouveaux. La philosophie, nous l'avons vu, se confine à peu près dans Athènes, nous

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HISTOIRC DE LA UTTÉRATIRE GRECQUE

n'avons pas à y revenir. L'éloquence véritable meurt, faute d'aliments et d'occasions : il n'y a plus (jue de la rhétorique et de l'éloquence d'apparal. Ueste, parmi les genres qui avaient illustré la prose attique, l'hisloire. qui convient bien à un public ami des livres. Et, en otl'et, elle fleurit alors plus abondamment que jamais : on pourrait presque dire qu elle sévit, car tout le monde écrit des livres d'histoire, bons ou mauvais. Xon st?ulement les anciennes formes de l'histoire sont conservées, mais d'autres naissent : histoire de l'art et des artistes, histoire des écrivains, histoire des philosopiies, histoire des savants. A côté des formes anciennes et nouvelles de l'histoire, les sciences de toutes sortes sont cultivées avec une extrême ardeur : sciences mathématiques, physiques, naturelles, médicales; puis des sciences ou tout à fait nouvelles, ou du moins tellement agrandies qu'elles en sont renouvelées : grammaire, philologie, technologie musicale. Dans toutes les directions, on trouve une immense curiosité, un besoin universel et int<'nse de connaître les choses de la nature et celles de l'humanité, celles du présent et celles du passé : on lit, on com)>ile, on observe, on coordonne, on résume. Cette passion de savoir est si universelle qu'elle se rencontre même chez des hommes (jui sont surtout des poètes. La moitié des grands poètes alexandrins sont en même temps des érudits. L'érudition est la marque propre de cette période, ce qui la distingue entre toutes les autres. Il y a certainement de la grandeur dans celle soif de savoir. Les Alexandrins ont voulu faire l'inventaire du passé grec et celui du monde contemporain. C'était là une noble ambition, digne encore de l'esprit grec, et dont il faut lui savoir gré. La vérité pourtant oblige ù reconnaître que la tache était au-dessus de leurs forces. A part quelques hommes de génie, la plupart manquent de quelques-unes des quaUtés essentielles du savant. Il y a, dans cette immense production, plus de compilation que

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de recherche originale, peu de critiijue, peu de vraie philosophie. Littérairement, les imperfections sont plus graves encore. Nous n'avons guère, de toute cette littérature, que des débris; mais il s'en dégage une impression très nette. Parmi tant d'écrivains en prose, il y a peu d'artistes, c'està-dire peu d'hommes qui aient eu une manière personnelle et neuve de traduire l'impression faite sur eux par les choses. On peut louer leur diligence érudite, non leur génie littéraire. Ce sont de laborieux ouvriers plutôt que des écrivains originaux. La faute n'en est pas tout entière imputable à eux-mêmes : les sujets traités par eux ne comportaient souvent que des qualités assez modestes de clarté et de correction. Ils ont eu souvent ces qualités. Ils ont écrit une langue un peu artificielle, une sorte d'attique cosmopolite, qu'on appelle alors la «langue commune » (xoiv/j o'.atX£y.Toç), et qui était le langage universel des hommes cultivés en tout pays de civilisation hellénique. Ils ont manié cet instrument avec assez d'habileté pour plaire à leurs contemporains et pour les instruire. Ils n'ont pu donner à leur style une physionomie personnelle, soit parce qu'eux-mêmes n'en avaient guère, soit parce qu'ils n'avaient pas l'occasion de la montrer. Toute cette littérature est essentiellement « livresque ». Les hommes de ce temps se ressemblent tous par une certaine communauté de culture générale qui permet à des esprits même médiocres de devenir des lettrés et qui tend à effacer les distinctions personnelles. La plupart, d'ailleurs, sevrés de toute grande activité politiijue et sociale, se trouvent enfermés par les circonstances dans quelque spécialité un peu étroite, où l'àme n'a guère de part, et où le génie môme ne peut se montrer ([ue par le fond des découvertes plutôt que par la forme de l'expression.

Nous n'avons pas à dresser le catalogue fastidieux de tant de productions aujourd'hui oubliées. Ce qui importe surtout, c'est d'embrasser l'ensemble de cette activité, d'en

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HISTOIRE DE LA LITTÉKATL'RE GBECljUE

noter les directions principales, et de signaler, chemin faisant, les noms ou les œuvnîs qui semblent avoir ouvert une voie nouvelle ou laissé une trace plus profonde dans le souvenir de la post^'Ht»', soit par l'invention, soit par W talent *.

2. La rhétorique. — I.a pc-riode alexandrine n'est pas seulement une période de mort pour réloquence propremenl dite : elle correspond aussi à une vt'iilalile éclipse de la rhéiorique. tlntre la rliéluritpie alliijue et celle de la période romaine, il n'y a pas sohition de conlinnilé, car nous connals^ons 1rs noms d'un ceitain nombre lïf niiiîtifs et d'écoles. Mais il y a diminution d'éclat et «l'influence. La grande vogue n'est pas à la rhétorique. On préfère les travaux d'érudition, ce qui n'est pas un mal. Les préceptes d'isocrale sur riiialus, sur le nombre oratoire, sur la noblesse du style, continuaient à s'enseigner; car on les trouve mis en praliipie, avec plus ou moins d'à-propos, par nombre d'écrivains. Mais ce n'est là que de l'en.seignement, non de la littérature. Le seul nom qui méi ite un bref souvenir est celui d'Hégésias de Miignésie, qui vivait au milieu du ni® siècle, et qui, par certaines innovations, exerça de l'inlluence-. (]ette influence, d'ailleurs, ne fut pas heureuse. Il est le rondaleui' de la piemière école •• asialicpie »>, remarquable par la prélenlion, l'absence d'idres (*l de si-ntiments vrais, la recherche ili'n concftii et des faux brillanis de toute sorte. Il avait appliqué celte manière d'écrire à divers ouvrages, notamment à une Histoire d'Alexandre le Grand que Denys d'Halicarnasse considérait déjà commeun chef-d'œuvre de mauvais goût. Le critique ju.^tilie sa manière de voir parla citation d'une pagî qui mérite eu effet toutes les sévérités. Par malheur, Ilégésias fut applaudi et

1. Pour tous les écriv.iins «le cette pérlodp. ouvnge capital à consulter Suseuii'd, Herhic/i'e (fer Hr LUI, in der AlejundrinerzeH,2 vol. in 8 . Leipzig,', 18^1-I8'j2.

2. Fragui. duns C. Mûiler (oidot), à la suite de son Arrien, dans \e* Ffugments des hisiorietis d'Alexandre^ p. 13«-144.

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imité. Son influence était sensible chez l'historien Timée. La réaction définitive contre ce goût détestable ne se produisit guère qu'à la fin du n*' siècle.

3. L'histoire. — L'histoire est plus sérieuse, malgré quelques sacrifices à cette mode fâcheuse. Elle a généralement de la curiosité, une information étendue, beaucoup de lecture, des velléités même de critique. Ce qui lui manque le plus, c'est le sens de la réalité, la connaissance de la politique et de la guerre. Trop d'historiens ne sont alors que des hommes de cabinet, qui n'ont même pas, à défaut d'expérience personnelle, un goût véritable pour les choses dont ils parlent, et qui sont plus disposés à y voir des prétextes d'étaler leur éloquence ou leur érudition que l'objet d'une étude vraiment scientifique.

II faut pourtant faire une exception pour cjuelques généraux ou hommes d'Ktat qui ontécrit le récit des événements auxquels ils avaient été mêlés, et qui ont ainsi continué la tradition de XAnahase. Par malheur, il ne semble pas qu'ils aient été des écrivains. Nous les connaissons d'ailleurs fort mal.

Dans ce groupe, nous rencontrons tout d'abord un des lieutenants d'Alexandre, Ptolémée, fils de Lagos, qui devint roi d'Egypte ^ Il avait composé une Histoire d' Alexandre j souvent citée avec éloges par Arrien. Mentionnons encore Pyrrhus, le roi d'Épire, auteur de Mémoires aujourd'hui perdus; Aratos de Sicyone, le stratège de la ligue achéenne, qui avait aussi composé de volumineux Mémoires (trente livres); Plutarque en blâme le style, mais Polybe en loue la véracité; enfin Annibal, le célèbre général carthaginois, qui avait composé en grec quelques ouvrages historiques, sans doute aussi des mémoires, et qui mérite par là d'être mentionné dans une histoire de la littérature grecque.

En dehors de ce premier groupe d'écrits, peu considérable en somme, la littérature historique de ce temps est

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