Cf. c. MûUcr (Didot), Frmjm. historicomm f/ra'r., t. IL
(selon Polybe), mais curieux de mœurs et d'anecdotes, et assez naturel dans son style, si Ton en juge par ses fragments; — enfin Tiuiée de Tauroinrnium, le plus ct'dèbre de tous, est celui dont la physionomie nous appaïaît avec le [dus de netteté *.
Timée était né vers le milieu du iv« siècle, mais il vécut environ cent ans, jus<|u'au milieu du iii« siècle, et il poussa ses récits tout près de cette dernière date Chassé de Tauroniéniuni, sa patiie, par le tyran de Syracuse, Agathocle, il vint à Athènes, y vécut près de cin(]uanle ans, et retourna passer les dernières années de sa vie en Sicile, probablement à Syracuse, où régnait Hiéron II. Ses deux principaux ouviages étai^Mit une Histoire de Sicile et une Histoire de Ptjrrhiis qui se faisaient suite. L'ensemble du récit, qui commençait aux origines de la Sicile, se terminait au début de la première guerre punique ;2t)'0. De ce vaste ensemble, il ne nous reste que de misérables débris ; mais les longues diatribes dirigées contre lui par Polybe nous permettent de le connaître assez bien, et même de le défendre en partie contre son accusateur, qui, visiblement, parle en {>olémiste plus encore qu'en critique.
Le grand mérite de limée, sur lequel il faut insister d'abord, c'est son immense érudition. 11 avait tout lu, et notamment les rc cueils de documents originaux, dont il appréciait la vab'ur II était, d'ailleurs, très indé|«endant à l'égard de ses prédécesseurs, et les jugeait avec une vivacité souvent signalée. Il avait du bon sens et de la mesure. Il n'enflait pas ses chiffres, comme Éphore, et, dans le récit des choses anciennes, paraît s'en être tenu à la lettre des légendes, ce qui le fait accuser par Polybe tantôt de mensonge et tantôt de superstition, mais ce qui valait pput-éire mieux que les interprétations maladroitement rationalistes de l'école d'Éphore. Enlin, son souci de la chronologie était célèbre et mérite tous les éloges : dans le chaos des
i. Fi'aym. historicorum grxcor., t. 1, p. 1U3-233.
LA RHÉTORIQUE ET l'ÉRUDITION APRÈS ALEXANDRE 631
systèmes de computation alors en usage, il essaie de mettre un peu d'ordre et de lumière; il établit des concordances entre eux, et les subordonne tous à celui des Olympiades. Polvbe le raille de sa minutie, mais il en profile tout le premier, et personne, depuis Timée, n'osa s'atTranchir des règles qu'il avait posées en cette matière si importante.
A côté de ces mérites considérables, voici les défauts, très graves, et qui parfois compromettent tant de qualités. D'abord, Timée ne connaît rien aux choses de la guerre, et il n'a pas voyagé ; il ne connaît que les livres; sa culture est toute "livresque» ([SueX'.axT; è^-.ç, dit Polybe;. Il ressemble à un médecin qui n'aurait étudié les mabidies que dans les livres, à un peintre qui n'aurait copié que des manncipiins fcj£aaY;x£voi OJXay.oi) ^ Il ne comprend rien aux choses (ju'il raconte, et les rend parfois inintelligibles. De plus, il est gAté par la rhétorique ; bien qu'il méprise les discours d'apparat, il porte lui-même dans l'histoire toutes les mauvaises habitudes des rhéteurs; 11 ne songe ([u'à louer ou à blâmer. Ses éloges comme ses attaques passent toute mesure et sont sottement déclamatoires. Les discours qu'il prête à ses personnages n'f»nt rien de politique ni de raisonnable. Et le fait est que certiins fragments justifient largement ce reproche de Polybe. Enfin son slyle porte la trace du même mauvais goût. Les meillenrs criticpies anciens, Longin et Cicéron, ne lui refusaient pas du talent; mais un talent tout asiatique, à la façon d'Iiégésius, c'est-à dire gâté par la prétention et le bel esprit.
Timée avait assez généralement, au temps de Polybe, la réputation d'être le premier des bistoriens, et Polybe luimôme avait commencé par subir son ascendant. Uien ne montre mieux la décadence profonde de l'Iiistoiie dans cette période et l'impoitance de la révolution tentée par Polybe au siècle suivant.