‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 180 sur 264 · Polvbe, XII, '25 h · texte numérisé non relu

Polvbe, XII, '25 h

IIISÏOIRK DE LA LlTTliKATURE GRECQUE

4. La géographie. — La géographie, celle annexe de l'histoire, fil alors au contraire de grands progrès, sous sa double forme descriptive et mathématique. Les conqu«Hes d'Alexandre et l'extension du commerce ouvrait^nt à l'esprit grec des horizons inconnus. On décrivit les pays nouveaux ; on refit une rtude plus mtHhodique de l'ancienne Grèce; en même temps, les progrès des sciences exactes conduisaient certains esprits à se faire une idre plus juste de la Terre prise dans son ensemble, il va de soi qu'une partie considérable de cette production géographique n'a rien de proprement litlf'*rain* et qu'elle appartient à l'histoire des sciences plus iju'à colle de la littérature. Cependant, la géographie descriptive tout au moins admettait autre chose qu'un sec exposé de faits et de chilïVes : on la concevait comme un tableau complet des divers pays, et l'on y faisait une place aux mœurs, aux idées, aux légendes mêmes et à une histoire rapide du passé. Un écrivain, par conséiiuent, pouvait s'y révéler par la mise en œuvre de celte riche matière, par le coloris et le relief du tableau. Malheureusement nous ne possédons plus de ces ouvrages que des débris, et nous n<* savons même pas, le plus souvent, si les anciens leur attribuaient ou non quel(|ue mérite d'art, en dehors de l'intérêt du fond. Il est d'ailleurs probable (jue ce mérite d'art s'y réduisait à peu de chose, comme dans la plupart des écrits en prose de ce temps : les prosateurs alors sont des savants ou des érudits, plus occupés des choses que des mots, à moins (ju'ils n'aient été gâtés par la rhétori(|ue, ce qui est pis que d'y èlrecouiplètemenl étranger. Bornons-nous donc à qurhjues indications très brèv«'S '.

Dans la géographie descriptive, nous trouvons d'abord

1. Cf. C. Mùller (Didot), Geographi gvseci minores. A consulter :

Marcel Dubois, Examen de la géographie de Slrabon^ Paris,

LA lUIÉTOUn^UE ET l'ëIU DITION APRÈS ALEXANDRE 633

des explorateurs «jui décrivent des pays nouveaux : — Néarque, amiral d'Alexandre, qui raconta dans son Périple sa descente de l'Indus et sa navigation sur les côtes de l'océan Indien Justiu'à l'Euphrate; — Mégasthène, qu'on range queI(|uefois parmi h'shistori«'ns d'Alexandre, mais qui est plutôt un géographe au sens large du mot; envoyé plusieurs fois par Séleucus Nicator auprès du roi indien Sandracotta, il eut l'occasion de voir l'Inde de près, et avait consigné le résultat dr ses recherches ou de ses observations dans un ouvrage intitulé 'Ivoixâ, modèle de beaucoup d'autres écrits analogues; — Pythéas, de Marseille, qui avait visité les côtes de l'Alantique depuis Cadès jusqu'aux îles Britanniques, et noté les souvenirs de son voyage dans un traité Ihpl 'i^xsavoj. Tous ces géograjdies ont été jugés très diversement par leurs successeurs, et quelquefois avec une sévérité qui tient à des difierenciîs de point de vue, mais qui n'est nullement justifiée. Mégasthène semble avoir été sincèn' autant que curieux, et Pythéas avait fait des observations scientifiques d'une valeur durable.

D'autres décrivent avec une précision nouvelle des pays déjà connus, comme Timosthène, amiral de Ptolémée Philadelphe, qui relève les ports et les escales de la Méditerranée; le péripatéticien Dicéarque, dans ses Mesures des montagnes du Péloponnèse; Agatharchide de Cnide (première moitié du ii« siècle), qui avait composé Sur l'Europe et l'Asie une vaste «'ncyclopédic^géographitiue ««n cinquanteneuf livres, d'un style agréable et original.

Dautr<*s encore, fort nombreux, sont des périégètes, c'est-à-dire des guides et des explicateurs, ijui font connaître aux voyageurs les villes célèbres. Leur science était souvent de médiocre aloi, et leur littérature ne valait guère mieux. L'un d'eux, pourtant, eut une véritable célébrité : c'est Polémon, né vers la fin du iii« siècle, dans un bourg de la nouvelle Ilion, auteur d'une foule d'écrits qui ne sont pas tous des ouvrages exclusivement descriptifs, et

HISTOIRE DE LA LlTTÉRATl'HE GRECQUE

qui paraît avoir eu quelques-unes des qualités du véritable éru lit — Skymnos, de Chios, avait fait aussi une FhptrÎYriai; assez célèbre, où il décrivait tout le monde alors connu (il® siècle).

La géographie matliémati(iue compte un représentant beaucoup plus illustre : Ératosthène, de Gyrène, qui vécut au in« siècle *. Elève de Callimaque, curieux de philosophie, il termina sa vie comme bibliolhécaire à Alexandrie. C'était un homme universel, à la fois géomètre, géogiaphe, chronographe, philosophe, philologue, et même poète. Comme géographe et comme chr'onogiaphe, il fut un savant de premier ordre. Sa Oco'jrnphie f Petovpaîp'xa), en trois livres, s'ouviait [)ar une revue des systèmes géographitiues antérieurs. Le peu que nous en savons témoigne d'un raie esprit critique : il disait que, dans Homère, il ne fallait pas chercher des faits; il ajouta. t spi ituelh-ment qu'avant de trouver le chemin suivi par Llysse, il fallait r^'trouver h* corroyeur (|ui avait cousu l'outre d'Éole. Ensuite il décrivait la forme de la Terre, qu'il considérait comme sphériqur, étudiait les latitudes elles longitudes, la situation relative des pays, les phénomènes constatés par les explorateurs. Il terminait enlin par un aperçu de la géographie prditique de son temps. Le tout était accompagné d'une caite. L'ouvrage d'Eratoslhène était certainement le chef-d'œuvie de la géogra^diie scientifKjue dans l'antiquité. Sa ChioiingnipZ/iV (fi sp- yt ovoypaçKiiv) n'était pas moins remar(]uable [»ar la vigueur critique et le bon sens. C'est lui (fui semble avoir dit pour la premièie fois que l'âge histoii<;ue commenrait avec les Olympiades, et que les ilges [»récédents étaient mythiques. Ses recherclu-s [ articulières l'avaient conduit à une foule de découvertes de détail devenues aussitôt classiques.

1. Cf. Bernhardy, Erotosthn>ica, Berlin, 182.'. — Le» fntgni. grographiqi es d'ÉiaioaUiène 60ut presque lou8 cités par MrHboii, dans ses prolégomènes.

LA RHÉTORIQUE ET L^ÉRUDITION APRÈS ALEXANDRE 635

5. Histoire de la philosophie, des lettres, des beauxarts. — L'histoire des œuvres de l'esprit humain est encore une forme parliculièie d'histoire, qui prend alors une extension considérable. Déjà Aristote avait inauguré l'habitude, en chaque question, de rappeler les travaux de ses prédécesseurs. Son disciple, Théophraste, composa des ouvrages distincts sur les « opinions » (8oÇai) des philosophes ^ — Après Théophraste, Aristoxène de Tarente compose des Vies de poètes; — Héraclide de Pont aborde l'hisloiie de la philosophie {Svr les Pt/thagoiiciens), l'histoire littéraire {Sur VA(jc d'Homère et (VHésiode, Sur Archiloque et Homère), l'histoire de la musique, h. propos d'Euripide et de Sophocle; — Chaméléon, son compatriote et son contemporain, compose de nombreux écrits sur les poètes classiques et sur les genres traités par eux; — Anligone, de Carysle en Eubée, philosophe et érudit, attiré à Pergarae par Attale I*""", écrit les Vies des philosophes, souvent citée* par Diogène Laërce, et des biographies d'artistes, riches en informations précieuses, dont nous avons un faible écho dans Pline l'Ancien; — Sotion, d'Alexandrie (début du n*' siècle), est l'auteur d'un écrit célèbre en treize livres sur la Succession des philosophes (Aiaôoyri tôîv çiXojo^tuv), c'est-à-dire sur la fdiation des écoles et des doctrines, ouvrage qui est l'une des sources principales de Diogène Laërce et qui a suscité beaucoup d'autres ti avaux analogues.

6. Philologie et grammaire. — Cet esprit de curiosité érudite n'est pas moins actif dans un domaine que les circonstances mettent alors en vue, celui de la philologie. Avant l'hégémonie macédonienne, les Grecs avaient été plus artistes et créateurs en littérature que théoriciens et savants. La ditfusion de l'hellénisme après Alexandre et la fondation de la Bibliothèque d'Alexandrie d'abord, ensuite de celle de Pergame, donnèrent aux études philologiques

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