Cf. Diels, Doxographi yrxci, Berlin
t't grammaticales un <\ssor nrcessairc. II fallut achclrr des manuscrits, séparer Tauthentique et Tapocryplie, classer les trésors ainsi accumulés, jaiis rendre ces richesses accessibles aux lecteurs, expliquer res chefs-d'œuvre «jue l'évolution de la lanijue et les circonstances nouvelles rendaient plus lointains prmr la foule des esprils même cultivés. De là des catalogues, des scolies, d«'s éditions, des traités grammaticaux, des écrits philologiques de toute sorte. Rien de tout c«l.i. évidemmr'nt, ne [louvait avoir une valeur d'art considérable : c'étaient des ouvrages de science, non de littérature proprement dite. Nous les connaissons d'ailleurs fort mal. Aussi ne saurions-nous les examiner en détail. Il va là pourtant de grands noms, que les humanistes ne peuvent prononcer sans quehjue respect '.
C'est d'abord Zénodote d'Éphèse, élève du poète philologue Philélas, puis précepteur des enfants de IHolémée Soter, et le premier bibliothécaire en chef d'Alexandrie. Oublié comme poète, Zénodote est resté célèbre comme philologue : son édition de Vlliade et de VOdyssée est la première des (lioithoses alexandrines, c'est-à-dire des éditions critiques fondé«\< sur l'étude comparée et méth<Klique des diverses traditions. — Callimaque d'Kphèse, qui paraît avoir été b« succ«'sseur de Zénodote en qualité d.' bibliothécaire, est, au contraire, plus célèhn* comme poète que comme philologue, et nous le retrouverons, à ce premier litre, au chapitre suivant. Il faut pourtant rappeler ici, parmi beaucoup d'autres ouvrages érudits, son imm«*nse publication en cent vingt livres : Tableaux des écrivains illustres rt de leurs ifuvres n':va/.£; t(ôv iv zâcrr; naioîîa o'.aÀa|x- •}avTfov /al o)v Tjvr;pa'^av) ; sorte de bibliographie raisonnée, à la fois biographique, historique et critique, où tous les ouvrages de la Bibliothèque, classés par genres et par ordre de dates, étaient énumérés et catalogués, avec une foule de
1. Les travaux de ces philologues nous sont surtout connus par le« témoignages des scoliastes postérieurs.
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renseignements positifs des plus précieux. — Ératosthène avait aussi composé un ouvrage fort important Sî<r la Comédie ancienne.— Aristophane de Hyzance, élève de Callimaque, bibliothécaire à soixante-deux ans (début du ii'" siècle), fut grammairien, lexicographe, bibliographe, éditeur de textes, et il le fut avec une supériorité de méthode et de savoir qui le met au premier rang. En grammaire, il fonde la théorie de Vanalouie, qui essaie d'expliquer rationnellement la variété des formes grammaticales. En lexicographie, il accumule les recherches sur le sens précis des mots, sur les proverbes, sur les variations mêmes de la langue. En bibliographie, il complète les Tableaux de Callimaque. Comme éditeur, il publie Homère, Hésiode, les principaux poètes lyriques, les tragiques et h's comiijues, Platon, etc., avec des arguments, des signes critiquesde toute sorte, des indications métriques,des signes d'accentuation, destinés àrendre ces vieux textes plus clairs et à en préserver plus sûrement la vraie physionomie. — Aristarque de Samothrace, né vers 215, mort vers 143, fut le disciple et lesuccesseurd'Aristophane. Grammairien, lui aussi, et défenseur de la théorie de Vanalogie, il fut surtout éditeurde textes et commentateur. Outre des éditions célèbres d'Homère, d'Hésiode, d'Alcée, de Pindare, de plusieurs tragédies d'Eschyle, on lu* devait d'innombrables commentaires exégétiques. Son nom est devenu proverbial pour exprimer l'idée d'un critique de premier ordre. Les scolies des âges postérieurs nous permettent d'entrevoir encore assez nettement ce que fut sa critique relativement à Homère et à Pindare. Ce fut, à coup sûr, celle d'un homme prodigieusement érudit, d'un goû* très fin, très ferme, très pénétrant même dans de certaines limites, mais plus humaniste qu'historien, tout nourri d'un rationalisme qui, malgré son intelligence, le condamnait à ne pas nous satisfaire toujours pleinement dans l'appréciation des très vieilles choses. — Le dernier des grands critiques de ce temps est Cratès de Mallos (en Cili-
LA RHÉTORIQUE ET l'ÉRLDITIOX APRÈS ALEXANDRE 639
cie), contemporain d'Aristarque et parfois son adversaire. Philosophe stoïcien, il fut conduit par sa philosophie même aux ôtudes de grammaire. Altale 11 Tatlira à Pergame. Nous le connaissons moins bien que les grands Alexîindiins do cette période. Nous savons pourtant qu'il comballil la théorie de Vanaloqic pour y substituer celle de Vanomalie, c'est-àdire de i'irrégularilé, de la spontanéité créatrice en matière de langage. C'était là une vue profonde, qui paraît l'avoir dirigé aussi dans toute sa crili<]ue. Il avait publié des commentaires sur Homère, sur Hésiode, surdauties poètes encore.
7. Technologie. — Les théoriciens des arts et des sciences ne sont pas plus que les philologues des littérateurs proprement dits. Ici encore, par conséquent, quelques brèves mentions devront nous suflire.
Mettons d'abord à part Aristoxène de Tarente, le disciple d'Aristote, que nous avons déjà rencontré comme biographe, et qui s'e^t occupé en outre de théorie rythmique et musicale. Il avait d'ailleurs, comme philosophe, composé des traités érudits sur la législation, et divers autres ouvrages. Mais il est aujourd'hui surtout connu par ses Éléments harmoniques, dont il nous reste trois livies, et par ses Éléments rythmiques, dont nous n'avons [dus que des fragments, d'ailleurs très instructifs '. Aristoxène avait traité ces su jets en vrai disciple d'Aristole, fondant ses théories sur l'analyse directe des faits. Son style est vigoureux et précis. Son goût, naturellement sévère, fait de lui un parli»an des anciens et un ennemi des novateurs.
Les mathématiques et la [diysique comptent alors de très célèbres représentants. — Euclide, qui vivait à Alexandrie sous Ptolémée Soter, est l'auteur des Éléments de géométrie (treize livres), où toute l'humanité civilisée n'a cessé depuis d'aller chercher les principes de celte science; il est dadleurs probable qu'il fut moins un inventeur qu'un admi-
1. Cf. Westphal, Aristoxenua von Tarent, Leipzig, t883. Les Élémentn rythmique» ont été IraduiU par C.-Ë. Ruelle. Paris, I870.
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rable professeur. — Aristarque de Samos, élève du péripatélicien Straton de Lampsaque, fut le premier astronome grec qui ait eu cette vue de génie que c'était probablement •a Terre qui tournait yutour du Soleil, et non le Soleil autour de la Terre. — Archimède, né à Syracuse vers 287, tué au siège de celle ville par les Romains en 212, fut un des plus grands génies scientiljques de l'antiquité. Géomètre, ingénieur, physicien au sens moderne du mot, il excella dans toutes ces S'iences. Il nous resie de lui quelques écrits, relatifs surtout à la géoinélrie; nous n'avons qu'une traduction latine de son traité Sur les Corps flottants, où se trouvait énoncé et dévelopj)é le principe (jui porte son nom. — Apollonios de Pcrga (en Pamphyliej fut célèbre, vers le même t*>mps, comme géomèlre et comme astronome, pentlant que Philon de Hyzance s'illustrait comme ingénieur, et suitout comme ing^Miieur militaire.
La médecine, au iir siècle, produit deux savanis remarquibles, Hiéropliile de Chalcédoine et i'Jrasistrate d'Élis, qui deviennent cliels d'école. Les hiérophiléens étaient plus fijides aux doctrines d'ilippocrîte ; les érasistratéens, plus novateui's. D'auires, les « einpiriqui'S »>, semblent avoir été moins doctrinaires, plus soucieux des recettes traditionnelles. Tous, d'ailleurs, faisaient avec ardeur de l'anatomie, parfois méiue de la vivis«'Ction, non seulement sur des animaux, mais aussi, dit-on, sur des criminels, mis à leur disposit.on par les rois d'Lgypte et de Syrie.
Citons rncore. dans un ordre de connaissances assez voisin, le niouvenieut d'éludés qui fait naîlre alors tant de traités théoriques ou pratiiiues sur les sciences naturelles, IhplOr^pîwv, e-.p'.axa, AïO-.xa, rswpyixi, etc. La plupart de ces écrits ont disparu sans laisser d'autres traces qu'une v.igue mention dans quelque ouvrage subséquent; mais le fait même de cette vigoureuse lloraison achève de caractériser la période ardemment curieuse et laborieuse à laquelle ils appartieuneut.
HISTOIRE DE LA LlTTÉItATlRE riRECOLE
8. Littérature semi-romanesqne. — Par un contraste inattendu, et cepontlant assoz naturel, cet Aire d'érudition est aussi un Age d'imaginalion romanesque. Non seulement l'imagination se nn'le trop souvent à l'érudition elle-même, qu'elle gâte et qu'elle compromet par l'amour du merveilleux, de l'étrange, notamment dans la description des choses lointaines ; mais voici (ju'elle s«' crée son domaine propre et qu'elle renouvelle la tradition inaugurée par la Cyropédie.
Hécalée d'Abdèn* (ou de Téos, contemporain du premier Ptolém*''»', était l'auteur d«* deux ouvrages, Sur les Hypcrborêens et Sur i Egypte, où, sous prétexte d'histoire, il donnait libre cours à l'expression de ses fantaises philosophiques, religieuses et morales ^
Evhémère de Messine, son contemporain, exerça une inlluence considérable par un singulier livre intitulé : Vlnscription sacrée ( 'lecà àva^paçr; ) 2. Cette inscription, «lu'il était censé avoir lue sur un autel de la ville de Panara, capitale de la Panchaïe, rapportait (ju'Ouranos, Kronos et Zeus avaient été des rois de la Panchaïe, divinisés après leur mort. L'auteur partait de là pour exposer ce qui s'est appelé désoimais révhéméi isme, c'est-à-dire la théorie suivant laquelle les dieux sont des hommes divinisés. On sait le prodigieux succès de Tévhémérisme, qui avait ses racines, à vrai dire, dans les époques antérieures, mais qui, ainsi présenté, devint la religion (ou l'irréligion) d'une foule d'esprits cultivés.
Qu'il y ait eu, en outre, à celte date, «inehiue chose comme de vrais romans, c'est ce que prouve notamment l'existence de ces Contes milésiens, dont les officiers de l'armée de Crassus faisaient leurs délices pendant les expéditions contre les Parlhes^, et qu'on attribuait à un certain
1. Cf. G. Mûller (Didot), Fragm. historicorum grxe., t. II. p. 384-39C.