Anthol. Jacobs, I, p. 153 et suiv
effet, comme il le dit lui-même, l'avaient aimé. Nous possédons sous son nom une centaine d'épigrammes, qui appartiennent à tous les genres alors pratiqués : épitaphes, inscriptions d'ofl*randes, inscriptions de statues, portraits de poètes et d'artistes, poèmes de réflexion philosophique ou morale. Beaucoup de ces poèmes sont composés pour de petites gens, pécheurs ou fileuses, que fréquentait le poète pauvre, et qui offraient à quelque dieu des ex-voto, ou qui étaient morts à la peine. Do là un réalisme de bon aloi, des termes techniques et précis, des mots de métier, que relève une émotion discrète. Il a su dire avec charme la douceur d'une existence pauvre et laborieuse, la grâce du printemps, la fraîcheur d'une fontaine, et, une fois même, en s'inspirant de Simonide, le peu qu'est la vie de l'homme, ce point fugitif de la durée entre deux infinis :
Un temps immense, ô homme, s'est écoulé avant que tu vinsses au jour; un temps immense s'écoulera après que tu seras descendu chez Adés. Qu'est-ce que l'instant de ta vie? Un point, ou moins encore. Et cette vie est dure; car ce moment même, loin d'être agréable, est plus pénible que la mort odieuse. Dérobe-toi donc à la vie et fuis vers le port, comme j'ai fait, moi Phidon, fils de Critos, — je veux dire vers l'Adès '.
4. Les réalistes : Sotadès, Rhinton, etc. ; le mime : Hérodas. — Le raffinement des beaux esprits a souvent pour contre-partie, dans la littérature, un goût vif de réalisme et même de grossièreté. C'est ce qui s'est produit dans la période alexandrine.
Nous avons déjà parlé des Silles de Timon et des poèmes de Ménippe, qui sont, malgré leur inspiration plus ou moins philosophique, des produits de cette veine.
La satire grossière et obscène de Sotadès en est un autre échantillon. Sotadès, né à Maronée, en Crète, vécut sous les premiers Ptolémées. Il composa, pour la simple lecture,